15/12/2017

Entretien avec le philosophe et académicien Carcassonnais Ferdinand Alquié (1906-1985)

Nous avons souvent évoqué sur ce blog la mémoire de Ferdinand Alquié, académicien et philosophe. Nous ne pouvons que regretter qu'il n'en soit pas de même dans sa ville natale... Le fonds Alquié versé à une bibliothèque municipale qui n'existe plus, dort dans un tiroir. Les heures de conférence sur le surréalisme enregistrées dans une célèbre université américaine, n'ont même pas trouvé preneur à Carcassonne. C'est dire si l'on se fout d'Alquié du quart comme du centième. A la lecture de l'entretien qu'il donna le 22 avril 1984 à l'Indépendant et que nous reproduisons ci-dessous, la tradition philosophique était selon lui l'école de la raison. On ne jète pas avec l'eau du bain des siècles de pensée structurée. Pour reprendre son expression : "chercher à bâtir la maison sans le rez-de-chausée". C'est un peu modestement ce que nous faisons ici, nous souvenir et rendre hommage à ceux qui nous ont précédés. Imagineriez-vous aujourd'hui qu'un journal local, faisant ses recettes quotidiennes avec la rubrique des faits de justice et de police, se risquerait en interviewant un philosophe ? D'ailleurs, y a t-il encore dans les rédactions locales des professionnels capables de tenir ce genre d'entretien ?

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Entretien avec Ferdinand Alquié

Il se murmure, il se dit tout haut et sur tous les tons que la philosophie à l’instar des économies mondiales est « en crise ». Quel est le sentiment de Ferdinand Alquié sur la question ?

C’est très difficile de définir la crise de la philosophie. Mais je déplore que ce soit effectivement vrai… Pendant longtemps, il y avait un contact, une certaine continuité entre les grands philosophes et le grand public. Et cela venait de ce que les grands philosophes traitaient de sujets, répondaient à des questions que tout le monde se posait.
Descartes, par exemple, démontre (on pense qu’il démontre) l’immortalité de l’âme, l’existence de Dieu… Si vous prenez Kant, il définit lui-même la philosophie comme devant répondre à un certain nombre de très grandes questions : Que pouvons-nous connaître ? Que devons-nous faire ? Que nous est-il permis d’espérer ? Qu’est ce que l’homme ? Il est bien évident que n’importe qui, qui a une certaine culture, se pose ces questions.

Vous pensez qu’une cassure s’est produite avec le public…

La cassure vient d’abord du fait que ces problèmes ne se posent plus et ne sont plus posés par les grands philosophes. Je prends par exemple Heidegger qui est le plus grand philosophe de ce siècle, d’une manière à peu près unanimement reconnue. Eh ! bien, si vous me demandez si Heidegger croit à l’immortalité de l’âme, je ne le sais pas ; s’il croit en Dieu, je ne le sais pas. Quelle morale, il conseille ? Je ne le sais pas. Et quand je prends Heidegger, je prends l’exemple le plus favorable. Car si vous prenez des philosophes français à la mode, par exemple, Derrida, si vous voulez, il n’est plus question de rien de semblable, il est question de langage, de la structure du langage.
De ce fait, la coupure avec le public éclairé est totale. Parce que les questions que traitent les philosophes du jour, enfin pas tous et certainement pas moi, les huit dixièmes sont des questions qui n’intéressent plus personne.

N’est-ce pas que l’objet de la philosophie s’est élargi et qu’en même temps il est devenu flou ?

Pour moi, il ne s’est pas élargi, il s’est au contraire spécialisé, et il refuse de répondre à un certain nombre de problèmes. C’est déjà une première raison de cette décadence de la philosophie. La seconde raison est l’obscurité des philosophes actuels. Les causes en sont également nombreuses. C’est avec Kant et après lui que la philosophie a pris un langage effroyablement difficile. Si vous prenez « La phénoménologie de l’esprit » de Hegel par exemple, vous n’y comprenez strictement rien alors que si vous lisez les « Méditations métaphysiques » de Descartes, je ne dis pas que vous les comprendrez à fond, puisqu’on discute depuis Descartes pour savoir ce que cela veut dire, mais vous comprendrez quelque chose.
Prenez encore un homme qui n’est pas un philosophe mais qui a une grande influence sur les philosophes contemporains en France , Jacques Lacan : essayez de lire du Lacan. Huit fois sur dix, on ne comprend pas ce qu’il veut dire, et même de quoi il est question.

L’art au-delà de la raison.
Mais ce n’est pas d’une façon plus générale propre à notre époque. L’art lui aussi est souvent incompréhensible. La poésie elle-même, suit parfois un travers identique. Même si son objet est différent, n’étant pas forcément de clarté…

Oui, mais la poséie ça me paraît beaucoup plus normal, parce que la poésie s’efforce d’exprimer l’irrationnel.

C’est une conception nouvelle de son rôle. Depuis le romantisme allemand. En tout cas de façon consciente.

Je ne le crois pas. Je crois que chez les grands poètes classiques, par exemple, Raci,e, il y a souvent un double sens : le sens logique et au-delà du sens logique un sens proprement poétique qui est aussi rationnel que celui de différents auteurs modernes.
Dans la mort de Phèdre, les vers :
« Et la mort dérobant à mes yeux la clarté, rend au jour qu’ils souillaient toute sa pureté » qui sont des vers admirables. Il est bien évident que d’un point de vue rationnel, cela ne veut rien dire du tout. Donc, nous sommes dans un ordre qui est aussi rationnel que celui des poètes modernes. La différence c’est que chez Racine, vous avez toujours les deux sens.
C’est comme dans la peinture. Un grand peintre était autrefois un monsieur qui faisait des tableaux ressemblant au réel et en même temps beaux.
La philosophie avant, si je puis dire, débarrassé la peinture de la reproduction du réel, il ne reste plus que l’autre élément. Chez le poète c’est assez pareil, mais la poésie contemporaine, je crois, répond bien à quelque chose d’éternel.

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Henri Tort-Noguès et Ferdinand Alquié à Carcassonne

La raison est-elle encore le moteur de la réflexion des nouveaux philosophes ?

Les nouveaux philosophes c’est autre chose ! Je n’ai pas pour eux une très grande estime… (SILENCE). Ils me sont néanmoins assez sympathiques. Ils ont du reste rendu certains services intellectuels parce que, avant eux, le marxisme était était une espèce de dogme. Si l’on n’était pas marxiste, on était considéré comme un imbécile. Ils ont quand même sur ce plan changé les choses, mais je ne peux pas dire que ce qu’ils ont apporté sur le plan proprement philosophique soit de véritable valeur. Il n’y a pas de contenu. Ce sont des invectives… Je ne crois pas que ce sont de bons philosophes mais je ne nommerai personne.

Enseigner, n’est pas jouer.
On se méfiait naguère de l’enseignement de la philosophie, parce qu’elle était jugée subversive. Aujourd’hui, c’est sa « subjectivité » qui semble être en cause. En tout cas, la méfiance demeure.

Je vous demanderai ce que vous appelez « On » ?

Disons, l’opinion publique.

Alors je crois que l’opinion publique a raison de se méfier non pas de la philosophie, mais de la façon dont on enseigne.
Je n’ai jamais voulu signer les différentes protestations qu’on m’a soumises pour défendre la philo. Cela sous n’importe quel ministère. Ceci pour la raison suivante : quand on enseignera la philosophie dans les classes de philosophie, je serai à la tête du combat pour qu’on augmente les horaires. Mais, vu que la plupart des classes de philosophie sont devenues des classes de pur et simple bavardage sur l’actualité politique du jour, je ne vois pas du tout pourquoi on augmenterait les horaires.
Il y a des gens qui ne font plus du tout de philosophie… qui est un personnage génial…. Mais la philosophie ne se réduit pas à Nietzche.
Les professeurs ne veulent plus rien enseigner. Ils se mettent à l’écoute de leurs élèves et déclarent que ceux-ci en savent plus qu’eux. Et que le professeur n’a pas à transmettre un savoir…
Nous sommes l’un des rares pays où l’on enseigne la philo dans les classes secondaires. La supériorité de l’enseignement français venait de là. La classe de philosophie était une révélation pour tout le monde !

Mais nous retrouvons la subvention.

Quand j’étais jeune, les parents craignaient que la philosophie, en éveillant les esprits des élèves, des doutes sur la foi religieuse ne leur fit perdre cette foi et la philosophie était suspecte à ce titre. Je ne crois plus que ce soit le cas. Elle est suspecte parce que beaucoup de parents s’aperçoivent que ce qu’on leur enseigne sous un nom, n’a plus ni tête ni queue…
Je connaissais un père d’élève dont la fille voulait préparer Sèvres (Normale sup). Il me dit de convoquer sa fille pour savoir ce qu’elle savait. Je m’aperçus en quelques questions qu’elle ne savait absolument rien… Qu’est-ce qu’une idée générale ? Un concept ? L’induction la déduction ? Le syllogisme ? Zéro, zério, zéro…
Je lui demande comment elle a fait pour être reçue au bachot. Elle me répondit : Oh ! vous savez, il y a toujours un texte parmi les trois sujets. J’ai pris ce texte et j’ai répété en gros ce qu’il voulait dire. J’ai eu 12 et j’ai été dispensée de l’oral…
Mais enfin votre professeur vous a fait cours ? J’ai vu alors que ce cours qu’elle m’a montré, était une comparaison entre la civilisation blanche et la civilisation noire. Ce cours prétendait montrer que la civilisation noire était supérieure à la nôtre, que nous avions détruit cette civilisation…
La philosophie telle qu’on l’enseigne dans l’enseignement secondaire pourrait être supprimée sans que l’on ressente le moindre mal.

Ferdinand Alquié, qui reconnaît que « de son temps, il a existé de mauvais professeurs », a le sentiment qu’à présent le mal est profond et qu’il ronge tout l’édifice, de bas en haut

Moi, qui adorais enseigner, je vous jure que dans mes dernières années de Sorbonne, j’étais tellement écœuré que j’ai pris ma retraite sans drame. L’enseignement supérieur est devenu impossible… Impossible, comme de construite une maison qui n’aurait pas de rez-de-chaussée.

Entre Dieu et le néant.
La mort, Dieu, où allons-nous ?
Vous n’êtes guère optimiste quant au devenir de notre civilisation…

Je suis extrêmement inquiet. Je suis même assez triste… Je suis triste d’abord d’être vieux… Sentir s’approcher la mort est une chose triste mais sentir, qu’en même temps que vous, meurt autour de vous ce que vous avez aimé et ce pourquoi vous vous êtes battu, c’est encore plus triste, parce que la consolation qu’on peut avoir quand on sent s’approcher la mort, c’est de se dire par exemple : J’ai passé ma vie à expliquer Descartes, Kant… Penser que tout le monde s’en fout, c’est horrible.

Avez-vous la foi ?

Je vous répondrai que je n’en sais rien. c’est une question que je me pose sans cesse. Je vous répondrai que je désire l’avoir. Je ne peux pas dire que je suis un négateur de la foi, mais je ne peux pas dire non plus que je l’ai.
Le mot foi lui même exclut la notion de certitude… Mais mettons que j’ai un doute profond….plus qu’un doute profond. L’église catholique déclare que personne ne sait s’il a la foi ou pas.

Je pense dont je suis… surréaliste.
Comment peut-on être cartésien et surréaliste ?

Pour moi la réponse est extrêmement simple. L’essence de ma philosophie se définit ainsi : c’est que l’objet n’est pas l’Etre, c’est-à-dire que tout ce qui nous apparaît à titre d’objet à un arrière-fond ontologique qui ne nous est pas accessible. Ça c’est une idée fondamentale et l’expérience philosophique que j’ai eue depuis que je suis enfant est celle-là. Je me suis toujours dit, et spontanément, tout ce que je vis et que j’appelle le monde réel est fait de qualités sensibles.
Il est bien évident que la neige ne se sent pas froide, qu’elle ne se voit pas blanche et pourtant cela est. Et nous sommes sûrs que cela demeurera quand nous serons plus là pour le voir.
Ça c’est une idée qu’on trouve chez tous les philosophes et notamment chez Kant. C’est la fameuse chose en soi qui s’oppose au phénomène. Descartes dans la « méditation première » commence à mettre le monde en doute, c’est-à-dire qu’il n’est pas sûr que le monde existe, à comparer l’état de veille et l’état de rêve, à dire qu’il n’est pas sûr qu’il ne rêve pas, puis finalement il trouve l’Etre d’abord dans Dieu et il déclare que Dieu est incompréhensible : Incomprehensibilitas ratio formalis Dei est.
Dans les philosophes que j’aime, qu’il s’agisse de Descartes ou de Kant, l’essentiel est l’affirmation d’un arrière fond ontologique qui ne se confond pas avec l’objet.
Or, si nous passions maintenant aux surréalistes, ils n’ont jamais dit autre chose. Et si nous prenons la démarche surréaliste telle qu’elle est, c’est sans cesse l’attente des signes. Vous savez l’importance qu’a chez Breton la notion de signe. Or, s’il guette des signes, c’est qu’il guette quelque chose qui fait signe. Et ce quelque chose, il ne sait pas ce que c’est.
Sur le plan proprement conceptuel, vous pouvez dire bien sûr que Descartes et Breton, c’est absolument le contraire. Par exemple, Descartes croit en Dieu, Breton est athée. Mais je n’ai pas connu d’esprit plus profondément religieux que Breton. Il était sans cesse à attendre quelque chose qui était le monde visible. Pour moi, ces deux démarches, bien qu’absolument distinctes, l’une raisonnante l’autre poétique, recouvrent une expérience profonde qui est la même.
Je dois dire que Breton n’en a jamais convenu. Je lui ai dit 100 fois la chose et il me répondait que Descartes c’était le rationalisme. Les Français répètent sans cesse d’une manière imbécile « nous sommes cartésiens ». Quand j’entends « nous autres cartésiens », je sais que c’est une connerie qui va suivre. !
Il est normal que Breton ait été horripilé par tout ça et qu’il ait pensé que Descartes en était la source. Cela vient de ce que les gens ne comprennent rien à Descartes. C’est le plus irréationnaliste des philosophes. Il est le seul à avoir dit, et là, c’est inouï, que Dieu est le libre créateur des vérités éternelles. C’est-à-dire que 2 et 2 font 4 son des vérités librement créées par Dieu et qui aurait pu les créer autrement. 2 et 2 pourraient faire 5. Même les philosophes catholiques (St-Thomas, etc.) estiment que Dieu est soumis à la logique. Sur le plan de l’irrationnel, on peut pas aller plus loin que Descartes. Or, Descartes passe pour le champion du rationalisme ! Il n’y a pas plus surréaliste que ça.
Je pense donc qu’on peut perte cartésienne et surréaliste, non seulement d’une manière parce que je le suis mais je pense que je le suis d’une manière absolument cohérente.

Carcassonne, métropole intellectuelle.
Ne pas se méprendre. Même si des signes nous indiquent que toute vie intellectuelle n’est pas morte à Carcassonne (heureusement), l’essentiel de ce propos est restituer dans les années 20-30. Mais, n’anticipons pas, les noms vont rafraîchir les mémoires. Vous avez la réputation dans le milieu philosophique d’être un homme de rigueur. Est-ce qu’elle est le fait de votre enseignement ou n’est-elle pas le fait de votre nature d’homme méditerranéen ?

Je suis né à Carcassonne presque par hasard… Du point de vue du sang, je ne suis pas du tout Audois, mais je suis resté très attaché à Carcassonne où j’y ai de nombreux amis.

Charles Cros, rationaliste et poète, Pierre Reverdy, Joë Bousquet, Joseph Delteil, René Nelli, Jacques Roubaud, le professeur J. Ruffié, Ferdinand Alquié…. Une liste magistrale. Avez-vous le sentiment d’appartenir à une lignée de Sud spécifique.

Il est frappant que parmi les noms que avez cités, il y a des gens qui étaient l’objet d’une grande admiration de la part d’André Breton.
C’est le cas de Charles Gros, c’est plus que le cas pour Reverdy puisque le manifeste du Surréalisme s’inspira directement de lui. Bousquet, lui n’était pas surréaliste à proprement parler. Il a signé de nombreux manifestes, il avait pour le surréalisme une grande admiration, je ne dis pas qu’elle était réciproque. Je crois que ce serait fausser des idées - et sur le surréalisme et sur Joë Bousquet - que de les assimiler, bien que dans mon livre sur la philosophie du surréalisme, j’ai cru devoir finir par deux textes relatifs à Joê Bousquet dans la chambre duquel j’ai été, si l’on peut dire, initié ; où j’ai connu le surréalisme à ses tout débuts.
Il y a très peu d’hommes à qui je dois quelque chose et qui m’ont vraiment appris. Parmi eux, il y a le professeur de musique de Carcassonne qui s’appelle Michel Mir, il y a Estève en philosophie, qui m’as appris beaucoup de choses. Il y a mon père qui était professeur de physique, Emile Bréhier à la Sorbonne, Laporte, Gilson à la Sorbonne. Il y a Darbon à Bordeaux. Ça c’est ce qu’on peut appeler mes maîtres.

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Balard, Sire, Estève et Alquié

Reçu avec mention très bien au bachot, F. Alquié, jeune Carcassonnais débarque dans une grande Khâgne de Paris où il va retrouver René Nelli et 95 condisciples. Ne vous inquiétez pas pour lui : il y fut aussitôt le premier de la classe. Une preuve, assure t-il, de la valeur de son professeur de philosophie à Carcassonne : Estève.

Je ne peux que lui rendre hommage. Le rôle d’Estève a d’ailleurs toujours été minimisé en ce qui concerne Joë Bousquet. Je crois que sans Estève, Bousquet ne serait pas devenu ce qu’il est devenu. Estève avait un sens de la vie extraordinaire. Se promener dans la rue avec lui était inouï.

Et René Nelli ?

Nelli était dans une classe en dessus de moi, mais nous avons été en Khägne ensemble. Nous avons eu douze ans ensemble. J’ai toujours été l’ami de Nelli. Il est exact qu’il y avait à Carcassonne, aussi bien à ce moment là (les années 20) que quand j’y étais professeur de philosophie (1932 à 1937), un milieu exceptionnel.

Viennent alors les noms de Bousquet, Molino, Sire et Maria Sire. Carcassonne était bien une métropole culturelle. Une preuve supplémentaire ? La voici :
Michel Mir avait fondé ici une association de concerts symphoniques. J’y jouais du violon. C’était une époque où les disques de phonographes ne donnaient que de petites opérettes ou « Les cloches de Corneville ». La radio n’existait pratiquement pas. A Montpellier même, il n’y avait pas d’association de concerts symphoniques. J’ai joué des symphonies de Mozart, de Beethoven. C’était médiocre, mais enfin nous jouions de grands musiciens.

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Au-delà de la nostalgie.
Sur le pommeau de son épée d’académicien, Ferdinand Alquié a voulu voir figurer un symbole de la nostalgie. Il a choisi le mythe platonicien de Phèdre, c’est-à-dire de l’âme tirée par un cheval noir et un cheval blanc qui chute puis s’incarne après avoir suivi le cortège des dieux. Mais l’âme se souvient de la beauté ineffable qu’elle a vue parmi les dieux. Et naît l’amour…
Je suis d’une certaine façon un philosophe de la nostalgie, estime F. Alquié et c’est assez dire sa quête d’une arrière monde, « des choses qui sont derrière des choses ». Si le poète court immédiatement à cet univers englouti sous les apparences, le philosophe chemine, lui, au pas de la « raison » n’en concevant nulle jalousie. Tous deux selon le mot de Descartes s’approprient « des semences de vérité comme en un silex ». L’antenne extrême de leurs âmes dissemblables touche au même paradis, entre le ciel étoilé et la loi morale.

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13/12/2017

Le grand projet d'extension de la gare de chemin de fer de Carcassonne

En 1927, la Compagnie des Chemins de fer du Midi souhaite transformer et étendre la gare de Carcassonne dont la construction remonte à 1857. Les conditions de ce projet sont énoncées dans un document que nous nous sommes procuré auprès d'un collectionneur. Défendons ici le caractère exceptionnel de cette découverte historique, qui n'a pas été évoquée - à notre connaissance - par d'autres chercheurs. Par ailleurs, si cette étude avait été mise en œuvre, elle aurait apporté de profondes mutations dans la vie économique et commerciale de la commune. 

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La gare de chemin de fer en 1927

Après avoir reçu dans son bureau de l'hôtel de ville, le directeur de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, Albert Tomey lui écrit un courrier le 1er août 1927. 

"J'ai l'honneur de vous faire connaître que le Conseil municipal serait, en principe, disposé à se substituer à la Chambre de commerce pour la transformation et l'extension de la gare de Carcassonne."

Le maire ajoute cependant, que cela ne se ferait pas sans certaines conditions à apporter au projet technique et financier. En effet, la ville souhaite que la compagnie tienne compte du plan d'aménagement et d'embellissement de Carcassonne. Celui-ci s'articule autour de la construction d'un nouveau port à l'Estagnol, près duquel les vins et le charbon devront désormais être débarqués. Le déplacement du quai des wagons réservoirs, dégagera considérablement l'engorgement sous le pont du Quai Riquet. Par ailleurs, le déchargement des bestiaux pourra rester à la gare.

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Quai des vins

Sous le pont de la ligne Carcassonne-Quillan à l'Estagnol, le maire considère que l'élargissement prévu de 8 mètres est insuffisant; il faut tenir compte de l'espace pour les tramway de l'Aude. Une palée séparerait les deux voies afin d'éviter les accidents.

Le projet de la compagnie prévoyait la construction d'une passerelle, allant du quai des voyageurs jusqu'au chemin du cimetière Saint-Vincent. Elle serait passée au-dessus des quai de déchargement. Les riverains s'y opposèrent par pétition en date du 26 juin 1927. La municipalité demanda le creusement d'un souterrain depuis la cour des voyageurs, jusqu'au croisement de l'actuelle rue Buffon et du chemin du cimetière. Avec deux sorties et un éclairage pour la surveillance effectuée de 4 du matin à minuit.

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Plan de transformation de la gare de Carcassonne

(Architecte H. Germa - Août 1926)

Le maire insiste également sur la façade de l'actuelle gare, indigne d'une ville touristique comme Carcassonne. Il conviendrait de lui donner l'aspect d'une gare de type provençal ou moderne, comme "certaines dispositions heureuses qui ont été réalisées sur la Cote d'Azur". Effectivement, nous avons trouvé que la gare de Nice, possédait exactement le même aspect architectural que le projet présenté pour Carcassonne. Afin de vous donner une idée de l'aspect qu'aurait pu avoir notre gare, nous avons projeté sur celle-ci, la façade de celle de Nice.

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© Martial Andrieu

Photomontage du projet de transformation de la gare

Ce projet achoppera sur l'aspect financier car la municipalité demanda des contreparties à la compagnie, l'estimant seule bénéficiaire des transformations envisagées. La mairie devra à ses frais élargir les trottoirs du pont Marengo, rénover la chaussée de l'avenue de la gare, modifier et élargir les voies d'accès à la gare de l'Estagnol. Le coût supplémentaire pour la ville étant de 700 000 francs. En conséquence, elle exige une surtaxe des voyageurs et marchandises transitant par Carcassonne. Dans ces conditions, les deux parties ne réussiront pas à s'entendre. Une histoire qui semble rappeler pour des raisons identiques, le refus des Consuls de la ville de recevoir le Canal royal du Languedoc au XVIIe siècle. 

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12:20 | Tags : gare | Lien permanent | Commentaires (1)

12/12/2017

La construction du temple protestant, rue Antoine Marty

La révocation de l'Edit de Nantes en 1685 avait chassé les protestants du département de l'Aude. Ce n'est qu'après la Révolution française qu'ils purent timidement faire leur réapparition au fil des migrations professionnelles et des évènements sociaux. Au cours du XIXe siècle, on retrouve des fabricants de draps venus du Tarn (Barthe, Rives), des militaires (Juge), des brasseurs Alsaciens (Lauth et Lauer). Aves la crise du phylloxéra, des familles entières de viticulteurs ruinés viendront des départements voisins. Parmi elles, se trouve une grande majorité de protestants. 

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La petite communauté va tenter de s'organiser... Le 13 juin 1842, regroupée autour d'un conseil d'administration, elle demande son rattachement au consistoire de Mazamet. Les six offices annuels sont alors dispensés dans un local mis gratuitement à la disposition des fidèles par Philippe Lauth. Ce dernier n'est autre qu'un industriel alsacien, propriétaire d'une brasserie à Carcassonne.

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Philippe Lauth

Cet industriel se distingua à Carcassonne pour ses œuvres de mécénat en faveur de la musique. Il fut le président de la Société des Concerts Symphoniques et de l'Association des Amis de la Ville et de la Cité. L'ami du compositeur Paul Lacombe et de Michel Mir, légua son grand orgue à l'église de Palaja. 

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La brasserie Lauth, bd Omer Sarraut

 Ce premier temple est inauguré le 12 mars 1942 en présence de protestants et de catholiques. En 1863, la communauté de Carcassonne demande son rattachement au consistoire de Toulouse. Le nombre de fidèles passant en 1874 à deux cent cinquante personnes, Philippe Lauth souhaite récupérer son local. La brasserie a besoin de davantage de place pour son expansion. Les protestants vont alors louer un local chez le voiturier Salanché, 22 rue du Pont vieux. L'année suivante, Adolphe Monod vient pasteur à Carcassonne. Cette fonction sera entérinée par le décret du 17 juillet 1878 promulgué par le Mac Mahon, Président de la République. Petit à petit l'idée de la construction d'un temple fait son chemin.

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La IIIe République n'est guère favorable à l'exercice des cultes. Le maire de Carcassonne Théophile Marcou s'oppose à l'édification du temple. Les propriétaires de terrains en vente se défilent les uns après les autres et la préfecture rejète les demandes d'autorisations. En 1888, un terrain est enfin trouvé dans la rue des Jardins (rue A. Marty). Le financement se fera par souscription auprès des paroissiens, mais également grâce aux nombreux voyages du pasteur Monod afin de recueillir des fonds en Suisse, France, Etats-Unis et Angleterre. Ceci explique l'aspect anglican du temple de Carcassonne. Il est inauguré le 6 novembre 1890.

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Le temple de Carcassonne, rue A. Marty

Sources

Merci à Agnès de Watteville 

Eglise protestante de Carcassonne - Mai 2013

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09/12/2017

Ces Carcassonnais engagés volontaires dans la Waffen-SS

Après sa prise de fonction à la tête de l’état, le maréchal Pétain décide de rassembler sous une même bannière l’ensemble des associations d’anciens combattants de la Grande guerre. La légion des combattants est ainsi créée. Voici comment le gouvernement de Vichy va se servir de la légitimité du vainqueur de Verdun pour assoir sa propagande et surtout, contrôler la moralité et les idées politiques des français. Les conditions d’adhésions à la Légion des combattants se limitant aux anciens combattants, son cercle est un peu trop restrictif. Ceux qui ne peuvent y prétendre seront reversés dans une nouvelle association appelée La légion des volontaires français. A Carcassonne, elle ouvre ses bureaux dès le 25 mars 1942 au n°14 de la rue de l’Aigle d’or. Elle possède un comité au sein duquel, on retrouve les noms de notables (avocat, radiologue, ingénieur, etc) de la vie publique Carcassonnaise. Chacun d’entre eux préside un groupe : collaboration, propagande, action sociale. Cette fois pour être légionnaire, il suffit d’en faire la demande ou, mieux encore, d’être coopté par deux membres. Le dossier de l’impétrant n’est valide qu’après une étude sérieuse de moralité civile et politique. Les candidats menant une vie dissolue et ayant des mœurs légères sont ajournés. Les relations extra-conjugales comme les divorces font l’objet d’un rejet, tout comme bien entendu l’appartenance à une société secrète, à un parti politique ou à un syndicat. En revanche, la L.V.F accueille avec bienveillance les brebis égarées, à fortiori si elles adhèrent déjà aux principes de la Révolution nationale prônée par Philippe Pétain.

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© Musée de la Résistance

Le gouvernement de Vichy tisse sa toile afin de contrôler les Français par eux-mêmes. La Légion des Combattants tint un premier meeting le 11 janvier 1941 au cinéma l’Odeum, en présence d’un millier de légionnaires et de volontaires de la Révolution nationale. Ceci, sous la présidence d’Henri Caillard, avocat narbonnais nommé par Vichy à la tête de la mairie de Narbonne. A Castelnaudary, l’assemblée générale de la légion eut lieu à la « Maison des œuvres » le 8 juin 1941 avec le futur Académicien Jean Mistler, maire de la ville. Une fois le fanion de la légion remis à la section, la réunion se termina par un défilé.

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Ainsi, à Carcassonne se créent des comités de quartiers, au sein desquels les commerçants adhérents à la Légion, sont chargés de donner des informations sur la moralité de leurs clients. Toute la ville est ainsi divisée en secteurs A, B, C… En consultant les archives, on est d’emblée surpris par les noms et le nombre d’artisans impliqués. Soyons magnanimes ! En 1942, le maréchal Pétain est encore une icône pour beaucoup de gens, capable de relever le pays après la défaite de juin 1940. Il suffit pour cela de se référer à l’accueil qu’il reçut à Carcassonne la même année ; des boulevards inondés de monde montaient ces cris fervents : « Vive Pétain ». Ceux qui avaient compris où le maréchal allait entraîner le pays, s’étaient rassemblés à la statue de Barbès. Ils entendaient déjà résister contre la machine idéologique implacable de l’Etat Français, pour la République. Ceux qui eurent le courage de se montrer subirent les coups du S.O.L (Service d’Ordre Légionnaire) venu en découdre avec les opposants. Certains parmi eux seront ensuite emprisonnés et exécutés par les hommes de Darnand. Le 12 juin 1942, le dirigeant de « Combat » Albert Piccolo est arrêté à la suite des protestations contre la conférence du professeur Grim - bras droit de Josef Goebbels. Picolo eut à ce moment-là la hardiesse d'arracher le bouquet de fleurs, que les collaborateurs allaient tendre à cette éminence grise du parti nazi. Ceci en pleine rue Courtejaire... Il venait ainsi de se signaler auprès des autorités préfectorales.

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Albert Picolo

Le S.O.L, fondé en janvier 1942 à Carcassonne disparaîtra en février 1943 avec la constitution de la Milice française, au théâtre municipal de Carcassonne. Notons tout de même que certains notables qui avaient adhéré à la Légion, en démissionnèrent au cours de l’année 1942. Au sein de la L.V.F dirigée à Carcassonne par Louis Boyer se trouve un organe appelé à combattre le communisme : La Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme. Elle tint une réunion au cinéma Le Colisée réunissant 500 personnes, le 23 mars 1943. L’inauguration du centre de recrutement des Waffen SS a lieu le 7 octobre 1943, rue Chartrand. Le capitaine allemand Reinhardt de la Kommandantur était invité, mais ne s’y est pas rendu. En soirée, on fête le départ de 10 volontaires conduits par le milicien Emilien Boyer. Le lendemain, c’est au tour du chef départemental de la Milice, Marcel Lefèvre, de partir pour la Waffen SS. Ajoutons que le mois suivant, Carcassonne est choisie comme lieu de rassemblement pour les Waffen SS de la région de Montpellier. La cadence des départs est de dix par semaine.

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Joseph Darnand qui avait déjà prêté serment à Hitler le 8 août 1943 est nommé SS-Frw Obersturmfûhrer à l’ambassade d’Allemagne à Paris. A partir d’octobre 1943, une partie de ses cadres de la Milice s’enrôlent pour la future Waffen SS française : Pierre Cance, Henri Fenet, Ivan Bartolomei, Albert Pouget, Pierre Bonnefoy, Jacques Massot, Léon Gauthier (fondateur du Front National avec Jean-Marie Le Pen), Jacques-Flavien de Lafaye, Paul Pignard-Berthet, Jean Artus, Noël de Tissot, Marcel Lefèvre (Chef de la Milice de l’Aude, né à Lézignan) et Emilen Boyer (Franc-Garde Carcassonne).

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Français engagés dans la division SS Charlemagne

Emilien Boyer naît le 3 avril 1910 à Carcassonne et réside 43, rive droite du Canal - aujourd’hui, avenue Pierre-Charles Lespinasse (résistant déporté). Il est ajusteur-mécanicien de métier, mais très vite devance l’appel sous les drapeaux et s’engage dans l’armée le 10 avril 1929. Comme tous les hommes de sa génération, il participe à la Seconde guerre mondiale dans l’armée française avant d’être démobilisé le 16 juillet 1940 après la capitulation. Son frère Louis était déjà secrétaire départemental de la L.V.F lorsque Emilien rentre dans la Milice française, plus exactement dans la Franc-Garde de l’Aude. Dans la nuit du 23 au 24 septembre 1943, il échappe à une tentative d’assassinat devant chez lui. Le journal « Combats » relate cet évènement dans es colonnes le 2 octobre : « Jeudi soir, à Carcassonne, le Franc-Garde Emilien Boyer, qui venait d’assister à une de nos réunions hebdomadaires, regagnait paisiblement son domicile lorsqu’il dépassa un groupe de trois individus aux mines suspectes qui paraissaient guetter sa venue. A peine avait-il esquissé un geste de défense que ceux-ci déclenchaient, en effet, sur lui, le feu nourri d’une mitraillette et deux révolvers. Cependant indemne, Boyer, sans perdre un instant son sang-froid riposta aussitôt, parvenant à mettre en fuite ses agresseurs. »
Ce journal ne dit pas qu’il se trouvait avec Marcel Lefèvre, qui échappa lui aussi à la mort.

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© Bundesarchiv

Lorsque Boyer arriva Sennheim pour sa formation de SS, il gagna un diplôme de vainqueur de la compétition de boxe de la Waffen-SS étrangère, délivré par le Reichsfûhrer-SS Himmler, le 23 novembre 1943. Rien d’étonnant à cela… Emilien Boyer pratiquait déjà la boxe en 1935 à Carcassonne ; il avait été sélectionné en équipe de France. Comme l’indique le Waffen-SS André Bayle dans une interview en septembre 2005, les hommes intégrant cette unité devaient avoir de grandes qualités sportives. Boyer intègre l’école des sous-officiers SS de Posen-Treskau au tout début de 1944. Ce n’est pas dans la division SS Charlemagne qu’il se mit à l’ouvrage, mais en Galicie (Ukraine) comme responsable des estafettes dans le 1er bataillon de la Sturmbrigade. Ce bataillon sera presque entièrement décimé, mais Boyer s’en sort. Il est même un des derniers à décrocher du terrain, le 22 août 1944, en emportant un Pierre Cance blessé sur une moto. Croix de fer 2e classe, il est ensuite promu Hauptscharfûhrer, le 12 novembre 1944 et dirige le Waffen-Grenadier Régiment SS 57. Nous n’allons pas nous étendre sur les états de service d’Emilien Boyer au sein de la SS. Après avoir déserté en avril 1945, il s’enfuit avec d’autres camarades et arrivent à se cacher en Allemagne jusqu’au 13 décembre 1945. Ils sont fait prisonniers.

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Emilen Boyer est rapatrié en France avant d’être condamné par la Cour de justice de Montpellier. Son frère Louis sera fusillé à Carcassonne le 7 juin 1945. Comme beaucoup de responsables nazis et de Miliciens, Boyer ne fera pas sa peine. Il sera exclu de l’armée et s’établira en 1951 à Saint-Sébastien sur Loire jusqu’à sa retraite. A la fin des années 1970, il reviendra habiter à Carcassonne. Là, il occupera les fonctions de secrétaire de la Carcassonnaise boxe avant de mourir en janvier 1995.

Loin de faire l’apologie de la Waffen-SS, il nous a paru intéressant d’évoquer cette épisode ignoré de la Seconde guerre mondiale concernant Carcassonne. N’oublions pas qu’en février 1944, un grand nombre de Franc-Garde partit de Carcassonne pour combattre la Résistance dans le maquis des Glières. L’ensemble des têtes dirigeantes audoises échappera aux jugements en se réfugiant en Espagne ; elle reviendra dans l’Aude après l’amnistie de 1952. En juin 1943, une estimation donne pour l'Aude 350 miliciens et 600 Franc-Garde.

Sources

ADA 11

Fonds Julien Allaux

Archives militaires de Fribourg

Encyclopédie de l'Ordre nouveau / G. Bouysse

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07/12/2017

A la cité, les évêques n'ont pas les mêmes valeurs....

Le cimetière de la Cité médiévale possède au moins une particularité : il possède deux tombes d'évêques inhumés côte à côte mais ne bénéficiant pas du même lustre, traitement et restauration. La comparaison ne s'arrête pas là... La première tombe, richement ornée des armes et d'une épitaphe, appartient à Mgr Bazin de Bezons (1701-1778) qui officia sous l'Ancien régime, comme évêque du diocèse pendant 48 ans. Il souhaita se faire inhumer ainsi à côté des pauvres, qu'il avait institués comme ses légataires universels. La première restauration de cette dalle funéraire fut opérée en octobre 1971 par un archéologue amateur. La dernière en date, nous la devons à l'Association des Amis de la Ville et de la Cité.

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"Ci-gît, Armand Bazin de Bezons, évêque de Carcassonne, remarquable par sa piété, exemple pour clercs et laïques, père des pauvres, plein de zèle pour la maison du Seigneur. Les héritiers reconnaissants, les pauvres, ont posé cette pierre. Décédé le 11 mai de l'an 1778 après avoir régi 47 ans le diocèse."

Juste à côté, de "l'évêque des pauvres" se trouve à même le sol la sépulture de Guillaume Besaucèle (1712-1801). Il fut évêque constitutionnel de Carcassonne pendant dix ans, de 1791 à 1801. Lors de la Révolution française, il se prononça en faveur de la Constitution civile du clergé et prêta le serment. Il échappa à la Terreur et mourra en 1801 sans avoir pu mener à bien ses réformes. Guillaume Besaucèle fut enseveli à côté de l'illustre Bazin de Bezons "se croyant l'héritier de sa doctrine et de son autorité" (Mahul - 5e volume - p.529)

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La tombe en marbre rose de Caunes-Minervois de Guillaume Besaucèle ne comporte pas d'inscription. Il est enterré comme les pauvres... Remarquons simplement la différence de traitement dans la restauration, entre deux évêques inhumés côte à côte. Les Carcassonnais seraient-ils davantage attachés au souvenir de l'Ancien régime qu'à celui de la Révolution française ? Je prends le risque d'affirmer ici que les catholiques de cette ville ne sont pas depuis 1789, majoritairement Républicains. Certains ont même cru qu'en 1940, un certain Philippe Pétain... C'est une autre histoire. 

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28/11/2017

Jean Amiel (1882-1964), érudit et écrivain oublié

Jean Amiel naît à Limoux le 9 février 1882. Son père, qui porte le même prénom que lui, est tailleurs d'habits, et Françoise Sabadie, sa mère, veille à l'éducation de ses enfants. Après des études chez les Frères des Ecoles Chrétiennes à Carcassonne, il exerce un temps le métier de son père puis se tourne vers le journalisme. Ses petites chroniques paraissent alors dans "Le télégramme".

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© Collection Martial Andrieu

Lorsqu'il passe le conseil de révision en 1902, on apprend qu'il exerce la profession de librairie à Carcassonne où il réside, 12 rue de la Liberté. Il est réformé à cause d'une hypertrophie du cœur, mais participera quand même à la Grande guerre, sans toutefois pouvoir prétendre en 1933 à la carte d'ancien combattant. Jean Amiel se marie en 1906 et ouvre sa librairie, 50 rue de la gare. En 1919, il est à l'initiative de la création du "Comité Saint-Régis". Le trésorier est Auguste Rougé, rue du Palais prolongée. Cette association organise des procession au tombeau de Saint-François Régis, né en 1599 à Fontcouverte. Jean Amiel qui en l'animateur le plus fervent, rédige une plaquette pour les pèlerins tout en continuant à publier des chroniques dans les journaux locaux.

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Saint-François Régis

"Dès 1909 il publie une série de plaquettes intitulées "Mes veillées littéraires" bientôt suivies, en 1911, par une présentation de "La Bibliothèque Publique de Carcassonne" qu'il lui serait bien difficile de reconnaître de nos jours diluée qu'elle est dans une Bibliothèque de l'Agglomération ! En 1919 il révèlera le 1er autographe du poète révolutionnaire et audois, André Chénier; celui-ci n'avait que 9 ans lorsqu'il apposa "d'une main déjà sûre" sa signature sur un acte de baptême le "12ème de Juin 1771". Il se fera connaître vraiment en 1928 en republiant une oeuvre d'histoire locale "L'Histoire des Antiquités et Comtes de Carcassonne" de Guillaume Besse qui ne se trouvait qu'en de rares exemplaires chez les érudits ou les bibliothèques locales." (Au nom de tous les Amiel / Jean-Louis Amiel)

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En 1929, il écrit "Six ataciens célèbres", "La vie amoureuse et tragique d'André Chénier" et "Le fait de Fontcouverte". "La maison de St André" en 1931, sur l'hôtel particulier de François II de St André, bourgeois drapier. "La Vie et les Mémoires de Delphine Roumieux 1830-1911" en 1936 aux Méridionales à Nîmes et un certain nombre d'opuscules et ouvrages dont "Petite vie illustrée de St J-F de Régis", "Album souvenir de Fontcouverte" et sur des personnalités audoises comme l'écrivain Henri Bataille ou Charles Cros  sur "Le révérend-père Clément Cathary S. J. (1828-1863) Missionnaire de Madagascar" (1957), etc.

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"Il tira de l'oubli plusieurs figures de l'histoire audoise et d'autres encore comme "Le libraire Jean-Baptiste Lajoux et ses fils (1786-1873)" une famille carcassonnaise de l'édition, ou analysa certains rapports de personnalités, comme "St Jean-François Régis et le St Curé d'Ars" qui ne parut qu'après sa mort, en 1969 ; il fit aussi des communications diverses comme celle sur "Le nom des tours de la Cité" en 1929 à la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude dont il était un fervent membre, article réédité d'ailleurs en 1981."

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Jean Amiel que l'on appelait également Jean d'Atax, en référence au fleuve Aude ainsi nommé par les Romains, était un brillant autodidacte amoureux de son département. Comme beaucoup de ses semblables, il est tombé dans l'oubli. Grâce à quelques recherches que nous avons entreprises et au travail biographie de Jean-Louis Amiel, nous vous présentons cet hommage. Jean Amiel est mort le 15 avril 1964 à Toulouse.

Sources

Au nom des Amiel / Jean-Louis Amiel

Recensement militaire / ADA

Annuaire de l'Aude / 1921

www.nom-amiel.org

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