21/01/2017

Le noël Carcassonnais : un chant liturgique en occitan

Grâce à Georges Bruyère, archiviste de l'Evêché, j'avais appris que Paul Lacombe s'était servi d'un motif d'un vieil air carcassonnais pour écrire sa Rhapsodie sur des airs du pays d'Oc. Des recherches plus poussées m'ont appris que cette oeuvre fut jouée pour la première fois en 1906 au Congrès de musique régionale de Montpellier, placé sous la présidence de Frédéric Mistral. Le motif en question est une Elévation sur

Le noël carcassonnais

que Jean Escaffre (ancien organiste de St-Vincent) avait fait connaître à son professeur parisien Alexandre Guilmant. Ce dernier après l'avoir harmonisé l'avait inclus dans son Deuxième livre de noëls op.60. Voilà pour l'anecdote. Restait à retrouver le texte occitan puisque cette partition se chantait autrefois. Il y a dans Carcassonne des gens qu'il faut savoir solliciter et qui d'autre que Jean-Louis Bergnes, titulaire de l'orgue de la Basilique Saint-Nazaire pouvait me renseigner ?

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Le texte de ce noël en occitan que j'ai retranscrit ci-dessous, avait été manuscrit il y a fort longtemps par une soeur du Monastère de Prouilhe dans l'Aude pour M. Bergnes. Elle l'a écrit tel qu'il était chanté et de mémoire. J'ai eu du mal parfois à lire certains mots, d'où sûrement quelques erreurs de compréhension. 

Noël carcassonnais

1.

Qu’ès aco qu’aousici ?

Tout m’espabourdissi

Coumpaïre Miquel

Me semblo que d’arejos

Cantoun de louanjos

Amoun sul mourrel

Al lun d’un esclaïre

Que lusits en laïre

Moun diou qu’aco si bel !

2.

Béléou per talastre

Aquel noubel astre

Que bésen lusi

Marco le Mesdio

Que la proufessio

Announço béni

Rebeilhats bous, Pastrès !

Benets à me n’os autres

Benets bi lè aousi

3.

Es sus la cabano

Qu’aquel astre plano

Boli bous parla

La neit es sereno

Diots un ourgena

Disoun gloria,

In excelsis Deo !

Bei pas dins l’Ideo

Cantoun i Gloria

4.

Oui, Brabes Pastres

Esprès boi bous aoutres

Sioun benguts dal cel,

L’Eternel nous mando ;

Benets bous demando,

Quitats le troupel

Benets dins l’estable

Le saoubur aïmable

Sul fé d’un rastel.

5.

Merci, boun anjeto

Joust bostro houleto

Coun desisex, nous,

Nous rendex urouses

E maï glouriouses

D'un bounhur pla doux.

Nous farex l'intrado

per qu'à l'accouchado

Renden las hounours

 

6.

Y faren ouffrando

Pouden pas maï grando

D'un petit troussel

D'un paouc de laïtaché

Per qu'aquel maïnatché

Bengue bei le bel

De bouno facusseto

E d'uno flasqueto

De boun lainot biel 

7.

Seou d'un paouc de lano

Raï dins la cabano

Y tricoutari

uno couberturo

Per faïre caouduro

A soun petit leit

Car, fa fret bietase

Sous le biou esliasé

Jalaio la neit 

8.

Jeou a la bierjeto

Dorti n'o raoubeto

De moun effantou,

Per qué m'el counserbe

E mé le preserbe

De touto malou

Car, a la cresenço

Qu'a touto puissenço

Soun cor ès tan bou, 

9.

Le Dious admirable

Sul fé de l'estable

Ben per nous salba.

Se l'enfer menaço

El proumet sa graço

Anen l'adoura,

Soun amour nous presso

Faguen la proumesso

De toujours l'aïmar

10.

Le besets, maïnatches

Coum el siogneu sa fetches

L'aouffesses pas pus

De sa paouro cretcho

A toutis nous pretcho

Bou la fas bertuts

Josep e sa maïre

Le badoun pecaïre

Escouten Jesus.

 

Traduction

1
Qu’est-ce que j’entends ?
Tout me stupéfie,
Compère Michel !
Il me semble que des anges
Chantent des louanges
Là-haut sur la colline
A la lumière d’un éclair
Qui brille dans les airs.
Mon dieu que tout ceci est beau !


2
Il se peut que, par hasard,
Ce nouvel astre
Que nous voyons luire
Indique le Messie
Dont la prophétie
Annonça la venue.
Réveillez-vous, Bergers !
Venez avec nous,
Venez l’entendre.


3.
Et sur la cabane
Que cet astre domine
Je veux vous parler.
La nuit est sereine,
On croirait que des orgues
disent Gloria
Au plus haut des cieux !
Je manque de tête :
Ils chantent le Gloria !


4.
Oui, Bons Bergers,
Exprès pour vous
Je suis venu du ciel.
L’Eternel vous le demande,
Quittez le troupeau,
Vous verrez dans l’étable,
L’aimable Sauveur
Sur un berceau de paille.


5.
Merci, bon angelot,
Sous votre houlette,
Conduisez-nous.
Vous nous rendrez heureux
Et même glorieux
D’un bien doux bonheur.
Vous nous permettrez l’entrée
Pour qu’à l’accouchée
Nous rendions les honneurs.
6.
Nous lui feront l’offrande,
Nous ne pouvons plus importante,
D’un petit trousseau,
D’un peu de laitage
Pour que cet enfant
Devienne bientôt le plus beau,
D’une bonne brassière,
Et d’un flacon
De bon xxx vieux.


7.
Si j’ai un peu de laine,
Simplement dans la cabane
Je lui tricoterai
Une couverture
Pour réchauffer
Son petit lit,
Car il fait froid, bigre !
Sous le bœuf et l’âne
Il gèlerait, la nuit !


8.
Moi, à la Vierge,
Je porte une petite robe
De mon enfançon
Pour qu’elle me le conserve
Et me le préserve
De tous les malheurs,
Car je crois
En sa toute puissance.
Son cœur est si bon !


9.
Le Dieu admirable
Sur le berceau de l’étable
Vient pour nous sauver.
Si l’enfer menace,
lui nous promet sa grâce,
Et nous allons l’adorer.
Son amour nous garde,
Faisons la promesse
De toujours l’aimer !


10
Vous le voyez, enfants,
Comme xxx
xxx
Depuis sa pauvre crèche
A tous il nous prêche
Vouloir faire des vertus
Joseph et sa mère
L’admirent ; pêcheurs

Vous pouvez l'écouter ci-dessous

https://www.youtube.com/watch?v=E3mYUMZJzck

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19/01/2017

Lo cant dè San Gimer (Chanson de la Barbacane)

Bien davantage que les vieilles pierres, il y a dans nos provinces des traditions orales ou musicales qui se sont perdues au fil des générations. Il y a bien des situations que le français ne saurait imager comme l'occitan. Il était dans tout le pays carcassonnais un cantique fort connu, que l'on chantait dans la paroisse de Saint-Gimer au pied de la Barbacane: Lo cant dè San Gimer. C'est en travaillant sur Paul Lacombe et plus précisément sur sa Rapsodie sur des airs du pays d'Oc, que j'ai découvert l'existence de cet air. J'ai trouvé ainsi que le compositeur carcassonnais, avait inclus dans cette oeuvre écrite pour le congrès de musique régionale en 1907, le refrain de ce cantique à St-Gimer. Restait à retrouver la musique et le texte... Qui d'autre que l'éminent organiste de St-Nazaire, Jean-Louis Bergnes, aurait pu m'aider ?

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La partition du refrain

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Vous trouverez ci-dessous un lien pour écouter la Rapsodie de Paul Lacombe que j'ai reconstituée à partir d'instruments virtuels - Serge André a fait le reste. A partir de la 45e seconde, vous entendrez le thème du cantique de St-Gimer. Bien entendu, cette oeuvre sonnerait beaucoup mieux avec un vrai un orchestre... mais dans ce pays, on n'aime pas la musique régionale.

https://www.youtube.com/watch?v=uC0Emxz9x_o

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18/01/2017

Une très belle fresque réalisée dans l'église du Sacré-coeur de Carcassonne

Depuis le mois de septembre 2016, Thibault Remaury - curé desservant l'église du Sacré-coeur de Carcassonne - peut s'enorgueillir de la réalisation d'une belle fresque à l'intérieur de ce lieu de culte construit en 1955. 

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A partir d’une maquette du Père Angelico Surchamp, faite pour une fresque en 1955 dans l’église du Sacré-Cœur de La Chapelle Saint Luc, fresque disparue depuis, les Passeurs de fresques ont réalisé une fresque de 7m sur 2.5m pour l’église du Sacré-Cœur de Carcassonne.

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© Les passeurs de fresque

Cette réalisation est l'oeuvre de l'association "Les passeurs de fresque" située dans le département de l'Aube. Les artistes avaient déjà par le passé dessiné de petites fresques sous le porche de l'église. 

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© Les passeurs de fresque

Pendant leur travail in situ, ils ont reçu très gentiment les personnes intéressées, tout en expliquant le principe de la fresque. Le résultat est à la hauteur et permet d'ajouter une nouvelle oeuvre d'art au patrimoine religieux de Carcassonne.

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© Les passeurs de fresque

La fresque et l'autel en marbre de Caunes-Minervois

Merci à Maryse Audouy

http://lespasseursdefresques.fr

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17/01/2017

Le Midi-Libre a été créé à Limoux dans la clandestinité pendant l'été 1944

Le débarquement en Normandie venait d'avoir lieu quelques jours auparavant. En ce début d'été 1944, cinq personnes entrent dans le café Négrail à Limoux et s'assoient autour d'une table pour consommer. Des gens ordinaires en somme, cherchant à étancher leur soif en période estivale. C'est tout à fait ce qu'ils voudraient laisser paraître... Après un premier rendez-vous raté suite à l'arrivée intempestive de soldats Allemands dans le café, le groupe s'est reformé au même endroit quelques heures plus tard. Qui sont-ils ? Quels sont leurs desseins ?

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© Google maps

L'ancien café Négrail sur la promenade du Tivoli

Il y a autour de cette table cinq résistants : Jean Graille, Madeleine Rochette, Georges Morguleff, Francis Vals et Jacques Bellon. On ne parle pas des opérations militaires, mais de la mise en place d'une nouvelle presse indépendante représentant le Mouvement de Libération Nationale.

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© Martial Andrieu

Jean Graille sera par la suite préfet. Pendant le second mandat de Raymond Chésa à la mairie de Carcassonne, il deviendra son premier adjoint.

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Georges Morguleff, grand ami de Lucien Roubaud

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Francis Vals, chef régional du Mouvement de Libération Nationale. Il sera maire de Narbonne jusqu'en 1971 et député socialiste de l'Aude.

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© brasserie-tivoli.fr

"J'avais, en d'autres circonstance, notamment avec Lucien Roubaud et Francis Vals, déjà abordé les problèmes de presse racontait à l'époque Jean Graille. Nous avons commencé à parler de la nécessité de faire un journal non communiste qui défende les idées propres au MLN. Jacques Bellon, le seul que je ne connaissais pas, animait le débat. Il parlait d'abondance, avec beaucoup d'assurance et un accent indéfinissable. Savision du futur journal était déjà très claire et ambitieuse. A limoux, nous avons mis au point pour la première fois de façon pratique la création d'un quotidien à Montpellier. "Au coeur de la clandestinité, les grandes lignes du journal, qui ne s'appelle pas encore Midi-Libre, son tracées."

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L'éclair, journal conservateur du midi fondé en 1881, avait son siège 12, rue d'Alger à Montpellier. Durant l'occupation, il s'était largement compromis par ses positions collaborationnistes. Le 21 août 1944, l'éclair sort son dernier tirage mais malgré cela, Albert Marsal qui le tient, refuse toute prise en main du journal non mandatée par le Mouvement de Libération Nationale.

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© Martial Andrieu

Locaux de l'Eclair à Montpellier

Le 23 août, Madeleine Rochette, Jacques Bellon et Lucien Roubaud au nom du MLN prennent possession des locaux. Le Midi-Libre est né ; Lucien Roubaud vient d'en trouver le nom. A Carcassonne, en demi-heure, Jean Graille réquisitionne l'agence locale du journal. Le Midi-Libre s'installe donc place de la poste (actuelle place du maréchal de Lettre de Tassigny). Guy Cando est nommé chef d'agence.

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© Google maps

L'ancienne agence du Midi-Libre à Carcassonne

Dans cette rédaction, il n'y eut dans un premier temps que des journalistes issus de la Résistance. Nommons par exemple, Charles Fourès qui fut le bras droit de Jean Bringer.

"A l'échelon régional, Midi-Libre se fait largement l'écho des arrestations, des procès, des exécutions légales ou illégales des collaborateurs locaux. En mars 1945, il dénombre 300 traîtres passé par les armes, dont trois préfets sur six, 5404 arrestations, 808 internements et 385 révocations prononcées dans l'administration. Midi Libre et le MLN adoptent une attitude ferme : "il faut frapper à la tête et ne pas ménager les vrais responsables". Parallèlement, le titre condamne toutes représailles et exécutions sommaires. Et constate douloureusement, l'incapacité des la Résistance à recomposer le champ politique du pays. Des conflits éclatent, les anciens clivages réapparaissent. Midi Libre va en souffrir."

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Maurice Bujon

(1910-2008)

Né à Narbonne, ce journaliste sera arrêté par la Gestapo en février 1944 pour ses activités de chef départemental du Mouvenemt Unifié de Résistance. A 34 ans, il deviendra en septembre 1944 le tout premier rédacteur en chef du Midi-Libre, nommé par Jacques Bellon.

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Le 25 juin 2015, le groupe La dépêche prend le contrôle de ce journal de la Résistance. Pour ne froisser les consciences de personne, nous n'évoquerons pas le passé de "La dépêche du midi" sous le gouvernement de Vichy.

Sources

70 ans du Midi-Libre (1944-2014)

Recherches personnelles

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16/01/2017

François Teysseyre (1821-1887), fondateur de l'école de musique de Carcassonne

Lorsque François Tesseyre arrive à Carcassonne après de sérieuses études musicales au conservatoire de Paris, seuls les enfants issus de famille les plus fortunées de la ville prennent des cours de chant payants dispensés par les Frères de écoles chrétiennes. L'initiative qu'il va alors prendre en direction de la classe ouvrière va révolutionner durablement la vie musicale carcassonnaise et faire émerger un certain nombre de futurs grands compositeurs locaux comme Paul Lacombe ou Armand Raynaud. Si Lacombe est resté un peu dans les mémoires, en revanche Raynaud qui fut 1er Chef d'orchestre de Gand puis du Capitole de Toulouse a été injustement oublié.

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Le 10 mai 1849, François Tesseyre écrit au Conseil municipal: "Monsieur Teysseyre, professeur de chant à l'honneur de soumettre à votre examen le projet qu'il a formé de fonder dans Carcassonne, une classe de chant destinée aux ouvriers, aux enfants indigents, à tous ceux enfin, qui avec des dispositions naturelles pour la musique n'ont ni le temps ni les moyens d'en apprendre même les éléments." Dans cette lettre il indique que des villes comme Narbonne ou Castres ont déjà une école municipale et détaille avec force, l'intêret d'un tel projet pour "les enfants du peuple". Il propose que l'inscription des élèves se fasse sur la présentation d'un certificat de vaccination et après avoir établi qu'il savent écrire et lire. Leur admission se fera après un petit examen devant le directeur. Ce dernier qu'il se propose d'être en même temps que professeur serait nommé par M. le maire. En contrepartie, François Teysseyre s'engage contractuellement à donner tous les ans un concert au bénéfice des pauvres dont le produit moyen s'élèverait à 500 francs environ.

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Le Conseil municipal dans sa séance du 27 février 1850, enterrine la proposition de François Teysseyre. La première école municipale de musique de Carcassonne est ainsi créée! Elle comprend trois classes: Solfège élémentaire, Chant, Solfège élémentaire pour adultes. Les cours à partir du 1er avril 1850 sont dispensés dans une classe de la rue du Séminaire (rue Victor Hugo) et chez le directeur, rue du 24 février.

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La liste des élèves va passer de 16 en 1850 à 35, trois ans plus tard. Sur sa lancée, Teysseyre va créer en 1851 la Société Philharmonique grâce au vivier des élèves de l'école et ainsi, porter aux programmes des concerts, la musique symphonique et d'opéra. Pendant une quinzaine d'année François Teysseyre sera de tous les combats pour initier de nouveaux élèves à l'art musical. Malheureusement, un changement de municipalité et de jalouses querelles venant de ceux-là même qu'il avait instruits, évinceront en 1867 ce professeur méritant, de la direction de son école. François Teysseyre s'éteint à Carcassonne le 27 mars 1887. Il est inhumé au cimetière St-Michel.

Cherchez donc le nom de François Teysseyre dans Carcassonne. Tiens ! Même pas dans le conservatoire de la ville... Cela vous étonne t-il ?

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15/01/2017

Cinq attentats dans Carcassonne au cours de la nuit du 25 juin 1946

Un an après l'armistice du 8 mai 1945 mettant fin à la Seconde guerre mondiale, des attentats ne faisant que des dégâts matériels allaient se produire dans Carcassonne. Dès le mois de septembre 1944, les miliciens qui avaient pu être arrêtés furent jugés et fusillés. Les autres s'enfuirent vers l'Espagne où ils trouvèrent asile au Grand hôtel Continental de Barcelone. Un grand nombre de personnes suspectées d'intelligence avec l'ennemi furent incarcérées à la prison de Carcassonne, à l'hôpital général et au Grand séminaire. Certaines y passèrent plusieurs mois en attente de leur jugement qui intervint en décembre 1944 devant la chambre civique de l'Aude. Cette dernière se déclarant incompétente pour les faits les plus graves, c'est la Cour de justice de la République qui les jugea entre janvier et avril 1945. Les miliciens en fuite furent condamnés à mort par contumace ; les autres, les collaborateurs, les membres du PPF et de la LVF à des peines d'Indignité nationale et à la confiscation des biens. Les mois passèrent... Ces derniers firent très souvent appel et la cour de cassation minora les peines de la Cour de justice dès l'année 1946. Tant et si bien qu'à partir de 1951, le Président de la République amnistia presque en totalité les anciens miliciens et collaborateurs, en même temps que les actes pour résistance. Ceux qui s'étaient exilés purent rentrer au pays presque la fleur au fusil, sans que les familles de déportés ou de résistants aient la possibilité de protester. Fermez le ban ! En six ans, ces gens avaient été lavés des crimes de guerre. Ce qu'il faut dire qu'un des avocats défenseurs et le président du tribunal qui les jugea dans l'Aude, avaient été soit dans la Légion Française des Combattants et de la Révolution Nationale en 1942, soit déjà en place sous Vichy. 

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Dans la rue de la gare en 1946

Un an après les rancoeurs chez les patriotes restèrent très vives - ce qui n'excuse en rien certaines attitudes - de voir que finalement la justice avait été - selon eux - si clémente. On ne le dit pas assez, mais l'occupation Allemande avec le soutien de l'Etat Français provoqua une guerre civile entre Français. Dans ce type de de conflit, les revanches sont inévitables et ceux qui avaient été dénoncés, dénoncèrent à leur tour. Ceux qui avaient crevé de faim s'attaquèrent à ceux qui s'enrichirent avec le marché noir, etc... C'est dans cette ambiance qu'en 1946 à Carcassonne, plusieurs attentats se produisirent dont nous vous relatons les faits ci-dessous. Les noms des personnes ont été remplacés par une initiale.

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Le Midi-Libre a été créé à la Libération par le résistant Carcassonnais Lucien Roubaud. Ce journal remplaça "L'éclair" qui s'était compromis dans la collaboration. 

Midi-Libre

Mercredi 26 juin 1946

Dans la nuit de lundi à mardi vers 2 heures du matin, coup sur coup, quatre explosions provenant de divers points de la ville déchirèrent le silence. Celles-ci n'ont pas fait de victimes mais ont provoqué des dégâts matériels importants.

A 1h52, une explosion  avait lieu rue Victor-Hugo, à la laiterie de Monsieur B, ancien membre du "groupe collaboration". La grille de fermeture du magasin fut arrachée de sa glissière et tordue à mi-hauteur, la vitrine complètement détruite au ras du sol. Sur la bordure en bois, une cavité de 33 cm de largeur située à 4à cm au bord de la porte semble désigner l'endroit où avait été placé l'explosif. Il a été retrouvé un petit morceau de cuivre de 4 cm de longueur provenant d'un détonateur. Deux autres magasins, situés en face, ont été également leur vitrine démolie. A 30 mètres du lieu de cette explosion inconnue d'ailleurs, mais dans une moindre mesure, pour les suivantes les fenêtres des immeubles ont eu de nombreux carreaux brisés.

A 1h54, une nouvelle explosion avait lieu, rue de Verdun, à l'épicerie C. Ce magasin n'a que peu souffert de l'explosion et seul un trou de 33 cm de diamètre se trouve au bas d'une vitrine.

A 1h59, une troisième détonation se produisit rue du marché, chez Monsieur R, qui fut membre du "groupe collaboration". La devanture a été entièrement réduite en morceaux, malgré les volets de bois qui la protégeaient. Sur le côté gauche de ce magasin, la partie cimentée a été désagrégée sur 30 cm de longueur et la partie en bois se trouvant au-dessus a été complètement arrachée. Les deux magasins situés en face ont eu leur vitrine partiellement endommagée.

Quelques minutes après, une quatrième explosion se faisait entendre rue Georges Clémenceau, à l'ancienne boucherie H, dont le nouveau propriétaire est depuis un an M. Ange P. La grille de la devanture a été tordue, l'encadrement des glaces arraché et celles-ci complètement brisées. Les marbres destinés à recevoir la viande ont été cassés sous l'effet de l'explosion. L'engin ayant provoqué celle-ci semble avoir été placé à 50 cm du sol entre la grille et la vitrine. Les devantures d'un magasin voisin et de deux magasins situés en face ont volé en éclats. 

D'après les premiers renseignements qui ont pu être recueillis, toutes ces explosions auraient été provoquées au moyen de plastic. Cette hypothèse a d'ailleurs été confirmée par la découverte faite hier matin, rue Courtejaire, devant l'imprimerie R, d'une boule de plastic de 300 grammes environ, prête à fonctionner, mais dont les conditionnement défectueux avait dû empêcher la détonation.

Deux explosions se sont produites hier matin (25 décembre, NDLR) à Alet, provenant de deux engins explosifs qui avaient été placés devant les bureaux de la société hyppo-métallurgique.

Une information est ouverte en vue de découvrir le ou les auteurs de ces explosions.

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