24/03/2017

On retrouvé les vestiges de la chapelle de l'Hôtel Dieu dans un champ

Depuis deux jours nous évoquons le souvenir de la destruction de l'Hôtel Dieu et de sa chapelle sur le boulevard Camille Pelletan. Aujourd'hui, il ne reste plus que le dôme car tout le reste est passé au pilon. Enfin, c'est ce que l'on croyait jusqu'à ce que l'on nous indique que les pierres de taille provenant de la chapelle, avaient été entreposées dans un champ sur la commune de Berriac. Enfouies sous la terre pendant 40 ans, il semblerait que le propriétaire du terrain ait décidé de les rassembler. Pour quel usage ? Nous l'ignorons, mais cela démontre une nouvelle fois s'il le fallait, le soin et l'intérêt que les municipalités successives ont porté au patrimoine de Carcassonne. Comment ce bien communal a t-il pu se retrouver dans un terrain privé ?

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Plusieurs tonnes de pierres taillées 

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Que diront nos archéologues et nos historiens ?

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23/03/2017

La construction du Palais des congrès de Carcassonne (Salle du dôme)

Après la démolition de l'Hôtel Dieu et de la chapelle attenante en 1977, l'espace ainsi dégagé servit pendant de long mois de parking anarchique. La ville venait de raser trois siècles d'histoire sans réel projet sinon celui d'une hypothétique nouvelle mairie - vite abandonné - et d'un parking avec espaces verts. Tellement ils ont aimé le patrimoine de Carcassonne, qu'une partie des vestiges de l'Hôtel Dieu a été passé au pilon pour construire la nouvelle rocade ; l'autre partie, se trouve actuellement dans un champ à Berriac à proximité du chemin de Canteloup. Vous y retournerez les pierres de taille de l'ancienne chapelle du Dôme, dont nous avons publié des photographies hier. D'après des témoins, il semblerait même que le propriétaire chercherait à en tirer profit...

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Maquette du Palais des congrès 

Le bulletin municipal "Vivre à Carcassonne" de 1981 présente le projet de construction d'un Palais des congrès, sur le terrain de l'ancien Hôtel Dieu dont on avait conservé le dôme.

La création de la Salle du Dôme sur le terrain laissé libre par la démolition de l'ancien hôpital, complète le projet initialement inscrit au Programme municipal de 1977 et deviendra effective dès 1983. Cette réalisation souhaite répondre à un besoin croissant et au désir de créer un pôle attractif réel et puissant, proche du coeur de la ville. Pour se faire, l'ensemble doit permettre un grand rayonnement d'activités et s'adapter à une série de programmes diversifiés, la capacité de la grande salle étant de 3000 places assises.

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La ville demande à l'architecte Castella de faire plusieurs propositions afin que les habitants puissent donner leur avis. Ce sont au total sept variantes qui seront présentées au public. Ce Palais des congrès qui n'est autre qu'une salle polyvalente doit pouvoir accueillir du sport, des meetings électoraux et syndicaux, des expositions, des spectacles et des réceptions.

Cette Salle du Dôme adossée aux murs aveugles des bâtiments existants du Bureau d'Aide Sociale, est conçue pour s'intégrer au tissu urbain de ce quartier et pour transformer cette vaste esplanade en un lieu de rencontre privilégié. Le point fort de la composition sera donné par le Dôme de l'ancienne chapelle, fortement typé architecturalement, qui deviendra l'accès de ce ensemble.

De part et d'autre de cette entrée se trouveront les pavillons de l'Aude et du Tourisme ; à deux pas du Centre-Ville et face à la Cité médiévale, ils seront idéalement placés pour présenter les richesses touristiques et les produits régionaux.

Les volumes volontairement bas des constructions s'intégreront aux bâtiments voisins en mettant en valeur les parties anciennes existantes ainsi que la ceinture verte qui caractérise le périmètre du Centre-Ville...

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Les sept variantes présentaient une salle de 3000 m2 avec une jauge pour les spectacles allant de 1600 à 2000 places. Nous sommes loin des 3000 places assises annoncées. Ce que les projets avaient en commun :

Utilisation du Dôme comme entrée, servant de distribution

Galeries de verre

Places de parking : 60, soit le nombre de places occupées en moyenne

3 petites salles de 150 m2 chacune et des bureaux. 

2 pavillons "Tourisme" et "Produits régionaux"

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La construction de la Salle du Dôme

Vous remarquerez que le projet d'intégrer le vestige de l'Hôtel Dieu dans le chantier pour en faire l'entrée principale de la Salle du Dôme, n'était pas sot. Or, aujourd'hui la salle est totalement dissociée de ce Dôme, dont beaucoup se demandent encore ce qu'il fait là. Seuls, les vieux Carcassonnais et les historiens locaux en connaissent l'origine. Sous ce dôme, on peut observer une représentation des apôtres du Christ datant du XVIIIe siècle - elle est livrée à la fiente des pigeons. Les pavillons "Tourisme" et "Produits régionaux" ont disparu. En fait, ils n'ont jamais été construits.

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En mars 1983, lors des élections municipales, la Salle du Dôme n'est pas achevée. La liste "Carcassonne avenir" menée par le candidat d'union de la droite Raymond Chésa, s'en prend à la réalisation de la municipalité sortante. Quand Raymond Chésa prend la mairie, il critique - de ses propres mots - l'héritage que lui ont laissé les socialistes. Selon le maire, la Salle du Dôme n'est pas un Palais des Congrès, mais une salle polyvalente qu'il faudra rentabiliser. Le coût de l'opération étant trop élevé, le conseil municipal revoit à la baisse les prétentions du projet.

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L'intérieur de la salle en construction

Pendant les premières années, on y verra surtout les spectacles sur glace d'Holiday on ice. La salle sera également occupée par les matchs de handball du HBCC qui jouait à cette époque en Nationale 2. Du côté des expositions : salon du mariage, salon de l'habitat, etc.. Impossible toutefois d'y faire des congrès, ni des foires expositions comme cela était prévu à l'origine. 

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La marotte des politiques sur le Palais de Congrès dure depuis 40 ans. En 1986, c'est à cause de l'escroquerie Orta sur la construction d'un Palais des congrès à l'île, que la ville s'est endettée de 20 milliard de francs pendant 20 ans. La taxe foncière a plombé sérieusement les finances des ménages pour rembourser cette somme astronomique, sans compter les intérêts. Aujourd'hui, le maire de Carcassonne transforme la Salle du Dôme en Palais des Congrès, après l'arrêt du projet du cinéma Odéum pour cause de désamiantage - présenté en 2009 aux Carcassonnais. Sans vouloir jouer les rabats-joie, faire et défaire c'est toujours travailer... mais avec l'argent du contribuable.

"En attendant d'en savoir un peu plus sur son coût – le projet est estimé à environ 2 M€ – le futur Dôme serait avant tout une salle modulable. Un outil capable d'accueillir plus de 900 personnes en configuration restaurant, de 70 à 130 box en mode salon, plus de 700 personnes réunies en congrès et enfin une salle de spectacles pouvant accueillir 1 800 personnes assises. Pour parvenir à boucler ce budget, la ville entend donc faire participer l'Agglo, le département, la Région et l'État. Mais désormais quid de l'Odéum ? «Je persiste à penser que nous aurions dû en faire un centre des congrès dès 2009», a rappelé Gérard Larrat. Les circonstances en ont décidé autrement. Mais quelques années et 700 000 € euros plus tard, l'ancien cinéma, désamianté à grands frais, reste une coquille vide. Alors, pour le faire revivre, le maire de Carcassonne évoque deux pistes : en faire un bâtiment dédié aux associations ou bien un centre d'accueil universitaire."

(La dépêche / 11 décembre 2015)

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22/03/2017

La destruction de l'Hôtel Dieu (XVIIIe siècle) et de sa chapelle en 1977

La municipalité Antoine Gayraud qui avait inauguré le nouvel hôpital général en bordure de la route de Saint-Hilaire, se demandait ce qu'elle pourrait faire du vieil Hôtel Dieu. Le bâtiment construit au XVIIIe siècle sur le boulevard Camille Pelletan avait fini par devenir insalubre et la chapelle attenante n'accueillait plus guère de fidèles.

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Sans aucune consultation des associations du patrimoine, la ville décida que tout serait rasé et que l'espace ainsi dégagé servirait de parking. Il fut un temps envisagé d'y édifier un nouvel hôtel de ville, mais le conseil municipal fit l'acquisition de l'Hôtel de Rolland dans la rue Aimé Ramond. On enterra le projet et pendant deux ou trois ans, l'espace vacant fut transformé en parking anarchique. Qu'allait-il advenir de cet endroit ? C'est à cette époque que la ville sortit du chapeau la construction d'une salle polyvalente qui prit le nom de "Salle du Dôme".

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L'entrée de l'Hôtel Dieu

Il ne reste plus aujourd'hui que la porte monumentale dans la rue Georges Brassens. Les armes sur le fronton avaient été burinée pendant la Révolution Française.

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Les travaux de démolition conduit par l'entreprise Depaule débutèrent à Pâques 1977. Dans un premier temps, seul l'Hôtel Dieu fut rasé. 

"Le vieil hôpital n'est plus. Il s'est éteint sous les coups d'une pelle mécanique, après de longues années d'activités. Mais personne ne regrettera ces vieux bâtiments qui ne pouvaient plus remplir les services qu'on était en droit d'exiger d'eux. Peu à peu les murs s'abattent, des milliers de tonnes de matériaux sont évacués et table rase est faite. (...) Mais les démolisseurs ont encore du pain sur la planche. Un mois sera nécessaire pour venir à bout des vieux murs dont l'épaisseur est de quatre-vingt centimètres. Des rampes d'accès sont aménagées pour permettre à la pelle mécanique de les atteindre dans une débauche de bruit et de poussière.(...) Bientôt, à cet emplacement, un parking agrémenté d'espaces verts, fera oublier aux riverains qui bénéficieront d'une vue agréable, les autres murs gris qui bouchaient l'horizon." (L'indépendant)

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L'abbé Jean Cazaux intervint afin de tenter de sauver de la destruction du Dôme de l'Hôtel Dieu. In-extremis, il parvint à ses fins. Aujourd'hui, personne ne conteste la conservation de ce vestige qui sans son action aurait été détruit. Des balustres en marbre de Caunes-Minervois provenant du Dôme ont été sauvés ; ils se trouvent dans le choeur de la cathédrale Saint-Michel.

"Seul demeurera de cet ensemble le magnifique dôme qui, rappelons-le, est un monument classé. Sa conservation rend d'ailleurs le travail des démolisseurs tout autour très délicat. De nombreuses précautions sont nécessaires pour faire disparaître les murs qui l'entourent et laissant apparaître les voûtes qui le soutiennent. Des contre-forts en forme d'escalier renforceront ces voûtes."

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Ce ne sont pas les incantations de l'Indépendant qui purent sauver la chapelle. La mairie décida quelque temps après, de l'abattre sans autre forme de procès. Sur la photo ci-dessus, on aperçoit à l'extrême gauche les anciens bâtiments de la "Carcassonnaise gymnastique". Il ont été rasés à la fin des années 80 ; c'est aujourd'hui un immeuble d'habitations qui accueille au rez-de-chaussée les activités du Club de l'âge d'or du Dôme.

"Avouons qu'il serait dommage que ce bâtiment disparaisse alors qu'il pourrait devenir une belle salle de spectacle. Gageons que l'ajournement de cette décision est de bon augure."

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Vue côté rue Georges Brassens

"C'est avec plaisir que les riverains du "feu" hôpital, dont il ne reste maintenant que les cendres, ont revu ces jours-ci la pelle mécanique. En effet, depuis quelques mois, ils se demandaient si les travaux d'aménagement du parking n'étaient pas enfouis sous les décombres. En fait, ces travaux avaient pris du retard du fait de problèmes dans la consolidation du dôme aujourd'hui en mesure d'être terminée.

Espérons que l'aménagement des terrassements du parking vont maintenant reprendre de plus belle, avec, parallèlement, la création d'espaces verts. Les automobilistes s'impatientent d'autant que la crise du stationnement à Carcassonne s'accentue de jour en jour. Il n'est même plus facile de trouver une place sur les boulevards les jours d'affluence." (La dépêche du midi)

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© Google maps

L'Hôtel Dieu du XVIIIe siècle et la chapelle attenante ont été rasés pour rien. Il ne reste aujourd'hui qu'un misérable parking. Quant à la salle du dôme édifiée en 1983, elle n'a jamais répondu aux exigences de son temps : expositions, gymnase, salle de spectacle...

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20/03/2017

Une place dans Carcassonne à un héros historique qui n'a jamais existé !

Qui pouvait bien être ce Davilla, dont une de nos places les plus illustres porte le nom depuis 1899 ? Selon Louis Fédié (1815-1899) - Conseiller général de Couiza et membre éminent de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne - ce personnage était Premier consul de la ville en 1355. Au moment de l'attaque du Prince noir qui dévasta la Ville basse, Davilla se serait porté à la tête des milices bourgeoises pour défendre Carcassonne et aurait été tué héroïquement. 

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Le 2 novembre 1355, le Prince de Galles se présente devant Carcassonne ville basse, et somme les habitants de se rendre à discrétion. La défense pourrait être essayée du côté du Midi et du Levant ; mais du côté du Nord et du couchant, la résistance était impossible. Les Consuls et les chefs des Corporations offrirent vingt-cinq mille écus d'or pour rédimer la ville. (...) Le Prince de Galles refusa, et attaqua la ville. La résistance fut des plus énergiques et le gros de l'action se concentra à la porte de Toulouse. Attaquée par une forte colonne d'assaillants cette porte fut défendue avec le plus grand courage par les milices et les bourgeois armés. A la tête des défenseurs on voyait le premier Consul Davilla, qui revêtu de ses insignes de cérémonie, donnait l'exemple d'une héroïque résistance. Les Anglais parvinrent à forcer le passage, et le Consul Davilla fut tué sur la brèche.

(Louis Fédié / Histoire de Carcassonne / 1886)

Fort de cette information qui n'a jamais pu être vérifiée, la ville de Carcassonne donne le 30 juin 1899 à l'ancien rond-point de la Porte de Toulouse, le nom de Place Davilla. Aucun historien n'a pu retrouver le document sur lequel s'est appuyé Fédié pour citer Davilla. Il n'empêche qu'une plaque commémorative fut placée le 6 janvier 1900 sur l'un des piliers de la Porte de Toulouse.

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Dans les années 1950, la plaque fut déposée afin de mettre fin à la légende. Selon l'hypothèse de Jean Sarrand, communiquée dans le bulletin de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne en 1976, l'erreur proviendrait d'une mauvaise lecture de Fédié. Il s'agirait d'Arnaud de Villar, lieutenant du sénéchal de Carcassonne en 1348. Selon une autre hypothèse, ce serait une inscription en occitan dans le texte qui l'aurait induite en erreur "Lo consul da villa" - Le Consul de la ville. Si la plaque fut enlevée, la place demeure encore avec le nom de Davilla. Restait à savoir ce qu'elle était devenue... Un historien amateur de la ville l'avait récupérée ; son fils la garde soigneusement dans son jardin depuis ce temps.

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Jacques Blanco vient de la retrouver et tel le pêcheur qui présente fièrement sa prise au photographe, il pose pour la postérité avec la sienne. Gageons que l'illustre secrétaire des Amis de la Ville et de la Cité ne finisse pas "Premier Consul" comme Bonaparte. Avec son violon d'Ingres, voyez un peu le tableau !

Sources

Louis Fédié / Histoire de Carcassonne / 1886

Les Audois / Dictionnaire biographique / 1990

Photos

Jacques Blanco

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18/03/2017

Huit résistants Audois jugés au tribunal militaire de Bordeaux en 1950

Au mois de novembre 1950, comparaissent devant le Tribunal militaire de Bordeaux huit prévenus désignés comme "La bande à Chiavacci". Il ont à répondre des chefs d'inculpation d'assassinats, vols qualifiés, coups et blessures ayant entraînés la mort et d'actes de barbarie. Ces exactions ont été réalisées peu de temps après la Libération de Carcassonne.

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Les accusés à leur procès

Les faits

Ce qui doit éclairer d'emblée notre réflexion, ce sont les compte-rendus dans la presse issue de la Résistance, selon qu'elle soit Gaulliste ou Communiste 

"Les inspecteurs de police de Carcassonne, Got et Durand ainsi que M. Tagliaferri furent exécutés ; M. Carillo, suspecté à tort d'avoir appartenu à une association de collaboration avec les Allemands, fut torturé et garda une incapacité de plus de deux mois. Amoureux du tison rougi, de l'écrasement des membres par la presse à papier, ils supplicièrent Raymond Tessier, Christian de Lorgeril et Louis Ganet jusqu'au dernier soupir. Ces deux derniers - emprisonnés à la Libération pour suspicion d'appartenance à la Milice. Enfin, ils ne dédaignaient pas d'arroser d'essence le corps de leur victime, afin d'y mettre le feu. Quant à la liste des vols commis lors de leurs "perquisitions" ou des visites organisées dans cette intention, elle est longue. Les huit accusés se trouvent en face d'un dossier, on ne peut plus volumineux." (Le Midi-Libre)

Pendant ces cinq ans, des lois d'amnistie aux traitres et collaborateurs ont été votées. Von Faber du Faur a été acquitté par le tribunal militaire de Paris. Le tribunal militaire de Bordeaux juge actuellement des Résistants. Hier matin, avant l'audience, M. Tixié-Vignancourt, ex-ministre de Pétain, qui avait pris place dans le public, avait eu un long entretien avec le conseiller Wagner. Il n'y a rien dans l'acte d'accusation qui permette de penser un seul instant que les inspecteurs Got et Durand, aussi bien que Tagliaferri, qui furent exécutés, étaient des des dénonciateurs de patriotes. Pourtant, ils l'étaient. Le président du comité de local de libération l'a déclaré dans sa déposition. (Le patriote)

Le contexte politique

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© Assemblée Nationale

Jean Llante

En 1948, l'union nationale autour du Gouvernement provisoire formé par le Charles de Gaulle avec dans ses rangs, cinq ministres communistes avait volé en éclat. Chaque formation reprenait son indépendance et renouait avec les discordes d'avant-guerre. Le régime des partis s'installait dans la Quatrième République et le général rendait son tablier. Le communisme poussait ses pions en Europe de l'Ouest et le gouvernement français tentait de contenir son influence. Aux Etats-Unis, dès 1950 le sénateur Mac Carthy voyant des communistes partout, procédait à la chasse aux sorcières de Moscou. En France, l'opération Boléro-Paprika vit l'expulsion de 397 étrangers d'obédience communiste dont 176 espagnols, suspectés de préparer un coup d'état. Le PCE (Parti Communiste Espagnol) fut interdit en France.

Pendant ce temps, Robert Schuman, est nommé Président du Conseil (Premier ministre) par Vincent Auriol. Dans un passé si proche, Schuman avait été sous-secrétaire d'état de Vichy et avait voté les pleins pouvoirs au maréchal. Frappé d'Indignité Nationale et d'inéligibilité à la libération, il retrouva une virginité politique dès le 15 septembre 1945. Grâce à l'intervention de ses amis, la Haute-Cour de justice prononce un non-lieu en sa faveur. Tiens, comme Maurice Papon, René Bousquet, etc... Le fondateur de la Communauté Européenne était donc pétainiste. Sa postérité est sans égale sur les places et artères française, pourtant il était d'avis en 1940 de déposer les armes contre l'Allemagne nazie. En 1990, l'évêque de Metz demande à instruire son procès en béatification ; il est toujours en cours, mais le pape François n'a toujours pas trouvé quel miracle il a accompli.

C'est à partir de cette époque que les anciens Miliciens et Collaborateurs, vont voir leurs peines d'Indignité nationale réduites ou abrogées. Les lois d'amnistie du début des années 1950, leur donneront l'absolution totale de leurs crimes.

A Carcassonne, le préfet Louis Maurice Picard envoie de multiples rapports au ministre de l'Intérieur de l'époque, Jules Moch (à partir de juillet 1950 : Ministre de la Défense nationale), alimentant la théorie du rôle de « cinquième colonne » joué par le Parti Communiste Espagnol :

« J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur la présence dans mon département de nombreux guérilleros espagnols qui d'après les renseignements que j'ai pu obtenir sont considérés par le PC comme des troupes de choc spécialement destinées à se trouver à la pointe du combat en cas de troubles. »

Ce préfet de l'Aude, né en 1907, avait été déporté à Dachau.

Les arrestations  

Le 12 mars 1948 à Limoux, la gendarmerie procède à l'arrestation des suspects et à leur incarcération à la Maison d'arrêt départementale. Parmi eux, il y a trois maquisards appartenant aux FTPF (Francs Tireurs et Partisans Français) liés au Parti Communiste. Le député communiste de l'Aude Jean Llante s'indigne :

"L'autre jour à Limoux, on a arrêté trois Résistants !"

Dans un courrier adressé au Ministre de l'Intérieur, le préfet Picard indique que cette affaire ne peut entrer dans le cadre de l'Ordonnance du 6/7 1943, concernant les crimes et délits accomplis en vue de la Libération du territoire. Il est motivé par l'ordre donné le 18 mars 1948 par le Garde des sceaux aux procureurs généraux de faire application de cette ordonnance.

"Tortures et pillages postérieurement au départ des Allemands sur des victimes taxées à tort ou à raison de Collaboration par un certain nombre de Résistants ou pseudo-résistants. Beaucoup ont fait l'objet de condamnations de droit commun. Hans, alias Walezewsli Stanislas dit "Stani le tueur" a été récemment abattu à Montauban. Ces crimes ont été commis nuitamment à la prison de Carcassonne et dans la région de Limoux.

Le risque d'insurrection 

Les communistes vont alors tout tenter afin de délivrer leurs camarades en activant leurs réseaux (CGT, Associations d'anciens combattants FTPF, députés communistes, etc..). Le 5 août 1948, un première réunion se tient à Limoux dans la salle St-Louis. 25 personnes entendent protester contre "le maintien en détention des patriotes limouxins". Parmi eux, M. Dejoi (Président de l'Amicale des FFI - FTPF) et M. Loupia alias Colonel Blucher. Ce dernier prétend que ces véritables résistants ont agi sur ordre ; il en prend la responsabilité.

Partout dans l'Aude, le PC tente de mobiliser au-delà de ses troupes. Des courriers de toutes les sections locales arrivent sur le bureau du préfet. On menace d'organiser des manifestations afin de réclamer la libération de Cartier, Lafforgue, Mounié, Nouyé et Molinié détenus depuis 5 mois à la prison. Le 12 août 1948, lors d'une réunion à la mairie de Carcassonne le colonel Blucher ne s'oppose pas au procès, mais demande la mise en liberté provisoire. Il rappelle que les exécutions réalisées par la Résistance le furent sur ordre de l'Etat-major suivant la nécessité d'éliminer les traitres et les Collaborateurs. L'argent pris à ces derniers se justifiait pour subvenir aux besoins de la Résistance. Il s'indigne de l'acquittement du général Weygand et de l'amiral Abrial, alors que d'authentiques résistants sont en prison. Blucher espère un grand rassemblement de protestation le 22 août 1948, lors de l'inauguration du Monument à la Résistance Audoise au square Gambetta, en présence du général Zeller.

Une détention provisoire qui dure

Le préfet prend l'affaire au sérieux lorsque les communistes envisagent de forcer les portes de la prison de Carcassonne afin de faire libérer les 7 détenus. Il décide donc de les transférer à la prison de Béziers avec l'accord du procureur François Pastour et s'inquiète auprès du ministre, de la résolution signée par 350 FTPF afin de hâter la procédure. L'avocat des prévenus Maître L. Mas, n'obtient pas la requalification de ses clients de prisonniers de droit commun en prisonniers politiques. Après un an de détention, la colère monte et le Conseil général intervient à son tour. 

Dans le journal communiste "La voix de la patrie", Jean LLante attaque le 5 août 1949 son collègue député l'abbé Gau - ancien résistant - après ses propos tenus à l'Assemblée nationale au sujet des détenus.

" J'ai cité à deux reprises et mon collègue M. Llante y a fait allusion, le cas de quatre résistants de ma région qui sont emprisonnés pour crime de droit commun. Il ne m'appartient pas de révéler ce qui figure dans le dossier, mais les crimes qu'ils ont commis sont épouvantables. Le Parti Communiste demande leur libération. C'est une honte !

L'affaire est dépaysée

Le 10 octobre 1949, le préfet demande au procureur de dépayser l'affaire

"Elle a servi en effet d'agitation au Parti Communiste et les récents évènements du 2 octobre à Carcassonne prouvent que ce parti cherche à donner quelque vitalité à ses manifestations sur la voie publique."

Le 3 décembre 1949, il écrit au Ministre de l'Intérieur pour le renvoi devant une autre juridiction formulée par le parquet général de Montpellier auprès de la Cour de cassation. Le 6 juillet 1950, on apprend que les accusés seront jugés devant le tribunal militaire de Bordeaux. Ce procès n'interviendra que le 14 novembre 1950 ; le 8 septembre les inculpés avaient été remis en liberté provisoire.

Le procès à Bordeaux

Chiavacci

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Le tribunal militaire de Bordeaux en 1953

Le 14 novembre 1950, ils sont huit à comparaître dans le box des accusés. Trois d'entre eux avaient été déjà condamnés aux assises pour avoir, révolver au poing, volé des plaques d'or chez un dentiste de Limoux. L'audience se déroule donc sur le Cv des inculpés.

Le premier, Michenet, actuellement employé des PTT explique :

- J'ai été incarcéré le 15 mai 1940, par les autorités françaises pour avoir distribué des tracts contre l'armée Allemande.

Cette déclaration liminaire fait sursauter le tribunal et c'est le commandant Raymond qui rectifie :

- Pour avoir démoralisé l'armée française, ce n'est pas pareil. A ce moment-là, il y avait des soldats français qui se faisaient tuer.

Michenet poursuit :

- J'ai été chef-adjoint de la police politique à la Libération. J'étais sous les ordres de "Louis" et du commandant Bourga jusqu'en novembre 1944.

Le commandant Raymond intervient : "La défense a dit tout-à-l'heure que c'était à ces hommes que le tribunal devait de pouvoir siéger en ce jour. Quels sont donc les titres des accusés ?

Pour ma part, répond Michenet, j'ai fait un travail d'instructeur et je n'ai pas combattu les Allemands d'homme à homme.

Quant à Chiavacci, il fait un retour sur son passé : "abord enfant de troupe, puis élève à l'Ecole d'application Fontainebleau, il finit, après une tentative infructueuse pour devenir commissaire de police, par être exploitant de cinéma. Arrêté par la Gestapo, je fus, dit-il, libéré par la Croix-Rouge, le 19 août 1944.

Le Président rappelle que, pendant un temps, Chiavacci fut soupçonné d'avoir été un dénonciateur mais que les faits n'ont pu être prouvés. Depuis, l'accusé a quitté le Parti Communiste parce que, dit-il, c'était contraire à ses idées. Ses contacts avec les Allemands ? L'accusé indique au commandant Raymond qu'il appartenait au service de Kervanoel.

Cartier, membre des FFI du 10 juin au 2 août 1944 ; Lafforgue, Coronas, Mounié, Molinié, qui entrèrent dans les maquis à des époques diverses, affirment qu'ils ont combattu l'occupant presque tous dans les mêmes circonstances. C'est-à-dire lors de l'attaque de la colonne ennemie qui se réfugiait en Allemagne.

Lafforgue en août 1944, sabotait les voies ferrées tandis que Mounié sabotait des camions et effectuait des parachutages. Quant à Molinié : "Je ne voulais pas, dit-il, travailler pour les Allemands car il fallait travailler le dimanche." Il rejoignit le maquis et fit, d'après ses affirmations, des sabotages de locomotives à Bédarieux. Nouyer, enfin, appartint successivement à plusieurs maquis. Disons encore à l'avantage des accusés que plusieurs d'entre eux, notamment Mounié et Molinié ont, après le départ des Allemands, participé au sauvetage d'aviateurs britanniques tombés en montagne.

Les inculpés se renvoient les responsabilités et la défense dépose des conclusions tendant à écarter l'accusation de vols en ce qui concerne Mounié, Coronas, Lafforgue et Cartier.

Le verdict

Au terme du procès les accusés sont acquittés le 18 novembre 1950. Le préfet de l'Aude informe le Ministre de la défense par courrier le 5 décembre 1950, que la population de Carcassonne est fort mécontente de la décision du tribunal militaire. Que celle-ci est due à la pression incessante du Parti Communiste pour obtenir ce résultat

Il y a lieu de signaler que durant la détention des suspects, la Fédération communiste de l'Aude ne cessa d'alerter l'opinion publique pour protester contre ce qu'ils appelaient l'arrestation illégale des résistants de Limoux. Il ne se passait pas de semaine sans qu'un article de presse ne vienne rappeler l'activité des intéressés dans la Résistance et critiquer violemment l'attitude du gouvernement dans cette affaire. (...) Le sentiment qui prédomine dans l'esprit public est que la campagne d'intimidation organisée par le Parti Communiste porta ses fruits et que les juges du tribunal de Bordeaux ont été impressionnés par les pétitions, lettres adressés en masse au moment du jugement par les organisations d'obédience communiste.

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16/03/2017

La Passion du Christ : Une vieille tradition théâtrale Carcassonnaise disparue

Le 16 octobre 1900, on apprend dans Le courrier de l'Aude qu'une "oeuvre artistique et moralisatrice" est offerte aux spectateurs par le Musée vivant de passage à Carcassonne. "La troupe de M. Kétorza-Drumont fait revivre avec une réelle perfection le sacrifice du Fils de l'Homme. Les principaux rôles : Jésus, la Vierge Marie et Marie-Magdeleine sont remplis d'une façon admirable. Tout Carcassonne ira voir ces scènes de la Passion qui ont surtout le mérite de jeter une douce impression sur l'âme des spectateurs." Salomon Kétorza, né en Tunisie, est un homme de spectacle propriétaire d'un cinéma ambulant. Il mourra en 1928.

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La Passion aux Carmes

 Un autre article de presse paru dans L'Eclair le 16 mars 1910, nous informe que plusieurs représentations de la Passion du Christ ont lieu durant la Semaine Sainte au chevet de la chapelle Notre-Dame des Anges, derrière l'église des Carmes. "Les nombreux figurants mériteraient chacun un éloge particulier". 

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Jean-Marie Cazaux (Jésus Christ)

Le mystère de la Passion fut créé à Carcassonne au sein de "L'Oeuvre des Carmes" en 1906. Pour la circonstance, plusieurs paroissiens de St-Vincent interprétaient les rôles de Judas (René Stark), Marie-Magdeleine (J. Pradelles), Jean-Marie Cazaux (Jesus). Ce dernier serait un lointain cousin de l'abbé Jean Cazaux, ancien curé de Saint-Vincent. C'est donc vers lui que nous nous sommes tournés.

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D'après l'abbé, cette représentation théâtrale aurait été organisée chaque année par la paroisse de St-Vincent, propriétaire des Carmes. Sur l'actuel parking de l'Evêché se tenait autrefois une salle "Le Familia" dans laquelle seront projetés des films ayant passé la censure religieuse. Nous nous souvenons d'une précédente chronique dans laquelle M. Ouliac racontait que des parties de la bobine du film étaient parfois coupées. Selon l'autorité épiscopale, elles présentaient des scènes trop dénudées ; comprenez pour l'époque qu'il s'agissait d'une jupe au-dessus du genou. Selon l'abbé Cazaux, l'église a toujours eu un problème avec le sexe des hommes.

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La cène dans la salle du Familia

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Les Rameaux

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Les adieux de Béthanie

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Le Baiser de Judas

Il est fort probable que ces représentations se soient arrêtés avec le début de la guerre de 1914. Toutefois, elles reprendront après la Seconde guerre mondiale dans le quartier des Capucins. A l'époque du père Augustin - Très Révérend Père Supérieur du Couvent des Capucins - une représentation de la Passion était donnée dans l'actuelle salle du Secours Catholique, rue du 24 février. Elle attirait beaucoup de monde de Carcassonne et des alentours.

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Père Augustin, Gabriel Langlès

(1906-1983)

Mlle Canellas qui habitait rue Fortuné, s'occupait des accessoires. Georgette et ses amies cousaient les habits dans des morceaux de draps blancs, garnis de rubans et de macarons de toutes les couleurs. M. Philoctête avec son visage émacié et une barbe volontairement laissée poussée, interprétait le Christ. On peut également citer M. Mousseigne de la famille Chonier.

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© P. Hyvert

M. Philoctête alias Jesus Christ

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