22/08/2017

Quand le domaine de Fontgrande était un centre artistique au pied de la Cité

Au pied de la Cité et au milieu des vignes, une vieille bâtisse allait être remise en état par la force et la volonté d'un certain nombre de Carcassonnais, amoureux des arts. Qui pourrait se douter aujourd'hui que le domaine de Fontgrande, situé en bordure du chemin des Ourtets, avait été dès le début des années 1960 un centre artistique de premier plan ? Hélas ! Le temps passe et l'oubli vient refermer les pages de gloire de notre bonne vieille ville de Carcassonne. Au milieu de cette vaste campagne, la maison vétuste mais richement empierrée, isolée au cœur d'un vaste jardin, fut remarquée par quelques concitoyens. Ceux-ci pensèrent qu'il se pourrait créer là, une sorte de foyer où seraient regroupés les arts et les artistes. Ils ont donc imaginé un ensemble d'ateliers et de salles d'exposition, le tout assorti d'une salle de réunion rustique, familière et accueillante où librement les artistes et leurs amis pourraient se retrouver et où, le grand public serait admis. Dans l'idée des créateurs, il s'agissait de donner à la Cité de Carcassonne, un complément de bon goût avec la participation d'authentiques artistes.

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Fontgrande en 1962

Quels étaient ces créateurs et mécènes de la vie artistique Carcassonnaise ? Au premier rang, citons Madame Ginette Lauer, propriétaire d'une librairie et d'une galerie dans la rue Clémenceau. Citons ensuite MM. Galabert, Jean Deschamps (Directeur du Festival), Ramon Marti, Henri Castella (Architecte), Clément Cartier (Avocat), Georges Rousset, André Bousquet, Vialas (Verrier), Lauca (Ferronnier), Dauré (Entrepreneur des Monuments historiques), Claude Tarlier (Artiste peintre), Raboul et Mme Ganechine.

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Fontgrande aujourd'hui, propriété de Madame Pujol.

Ce foyer de l'art - unique dans la région - ouvrit ses portes le 20 juin 1962 pour une durée saisonnière de trois mois. Bien entendu, il ne s'arrêta pas de si tôt. L'inauguration débuta par le vernissage d'une exposition de Roland Biège, à laquelle succéda le peintre hollandais Daemen. Claude Tarlier, s'était aménagé dans les soupentes un atelier capable de susciter l'admiration des grands peintres, il furent avec Georges Rousset les premiers artistes de Fontgrande.

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© Danièle Buffet

Bernard Buffet

Parmi les artistes ayant exposé leurs œuvres à Fontgrande de leur vivant : Bernard Buffet (1928-1999), Jean Lurçat (1892-1966), Marc Saint Saens (1903-1973), François Fau dit Farvèze, Roger Froisser (1924-2003), Jacqueline Bez, Boris Veisbrot (Emailleur), Geneviève Duboul (Céramiste), Jean Camberoque (1917-2001), Ernest Ziller (1897-1976), etc.

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© Droits réservés

Fontgrande accueillit également des soirées musicales avec des artistes de jazz. On reconnaît de gauche à droite : Roger Alonso, Jean Osmont, ?, Loulou Boyer, René Coll, ? et le Dr Barrière.

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19/08/2017

"Simon de Montfort" et "Le sol commandé", deux œuvres du patrimoine théâtral Languedocien

"Il faut que la ville de Carcassonne concède son théâtre pour un nouveau bail, non point à quelque vague impresario parisien ou belge, à l'homme de paille de quelque obscure coterie, à quelque littérateur en chambre, solitaire et aigri, - mais à un méridional, connaissant son pays et sa race, croyant en eux, et désireux beaucoup plus de faire de belles choses que d'amasser de gros sous." Cet extrait d'un article de presse aurait sans doute pu être écrit hier ; il le fut de la main d'Armand Praviel en 1928, à l'issue de la représentation de deux pièces d'auteurs régionaux données en dehors des fêtes du bi-millanire de la Cité.

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© Martial Andrieu / Plaque de verre

Le public au Théâtre de la Cité

C'est grâce à l'intervention de Maurice Sarraut, sénateur de l'Aude, et au désintéressement de Romuald Joubé et de ses camarades de la Comédie française, que l'on put monter deux pièces méridionales.

"Le sol commandé"

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© La France libre

Jean Camp

(1891-1968)

Auteur dramatique et poète, Jean Camp était né à Salles d'Aude. Il fut professeur au lycée Louis le grand à Paris et s'engagea dans la France libre en février 1943. A ce titre, il reçut la Médaille de la Résistance et fut élevé au grande d'Officier de la légion d'honneur. On lui doit un grand nombre de pièces dont "Le sol commandé", drame paysan en vers, créé en 1927 sur la scène du théâtre de la nature de Coursan. Ce lieu de spectacle en plein air fut fondé par Louis Izard, le directeur du théâtre du Capitole de Toulouse.  Romuald Joubé deviendra le directeur artistique de cette scène estivale, appréciée de Joseph Delteil et de François-Paul Alibert.

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© Martial Andrieu / Plaque de verre

L'œuvre de Jean Camp porte la dédicace suivante : "Aux vignes de la plaine Audoise, née des efforts têtus de ma race, en filial hommage."

Lors de la représentation à Carcassonne, la musique du compositeur Catalan Josep Fontbernat y Verdaguer était interprétée par la cobla "L'art Gironi". Parmi les interprètes de la pièce, ont peut citer : Romuald Joubé (Simon), Fanny Robiane (Jeune paysan), Mme Ritter (Bernilde), Gauthier-Sylla (Jacques), André Méric (Paul), Pierre Sentès (Valet de ferme), Juliette Peine.

"Simon de Montfort"

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© Maison Saint-Prix

Jean Suberville

(1887-1953)

Né à Saint-Médard dans la Haute-Garonne, Jean Suberville fut un discipline et ami d'Edmond Rostand. Caporal au sein du 94e RI durant la Grande guerre, il fit jouer "Cyrano de Bergerac aux tranchées". Une pièce en 1 acte et en vers de sa composition. On lui doit également un grand nombre de pièces, parmi lesquelles La passion de Don Juan, La nouvelle Sapho, Perdigal, Bertrand de Comminges, etc. Grand prix de poésie de l'Académie française.

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© Martial Andrieu / Plaque de verre

Simon de Montfort est une pièce en vers en 4 actes et 1 tableau. Créée d'abord aux arènes de Saintes (Charente Maritime) en 1926, puis le 15 février 1927 au Trocadéro à Paris, elle fut jouée à Carcassonne les 28 et 29 juillet 1928. Elle sera reprise en 1937, lors de l'exposition nationale devant le pavillon du Languedoc. Au milieu de l'histoire de la conquête de Simon de Montfort, l'intrigue se noue autour de Saucie d'Aragon, proie disputée par Raymond de Toulouse et Simon de Montfort. A tel point, qu'elle devient la cause involontaire du conflit.

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© Bernon

Romuald Joubé

 "A neuf heures du soir, devant l'immense amphithéâtre grouillant de spectateurs, devant la nuit pure qui s'assombrit peu à peu, une voix s'élève, jaillissant des remparts obscurs : celle de Romuald Joubé, qui adjure l'ombre de Montfort, jadis inhumé en face, sous les voûtes romanes de la cathédrale Saint-Nazaire. Elle proclame l'apaisement des anciennes querelles, dans la fidélité et le respect du passé le plus douloureux.

Car nous aimons toujours la France

En chantant notre terre d'Oc !

Aussitôt, les trompettes sonnent, la scène s'éclaire, et nous voyons descendre de la tour du Moulin du Midi, le comte Raymond VI et la comtesse Eléonore : le drame est commencé."

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© Maison Saint-Prix

La mise-en scène réglée par Pierre Aldebert secondé par Pierre Sentès, fut des plus grandioses. On utilisa toutes le décor naturel des remparts, des tours et des portes séculaires de l'antique Cité. Parmi les 100 figurants, l'Orphéon de Castelnaudary interprétait des chants Languedociens. La distribution de la Comédie française n'en fut pas des moins prestigieuse : Romuald Joubé, Colonna Romano, Juliette Verneuil (Comtesse de Toulouse), Albert Reval (Raymond VI), Jean Forment (Simon de Montfort), André Méric (Roi d'Aragon), Gauthier-Sylla (Arnaut Amalric), etc.

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Colonna Romana par Raymond Lheureux

Le succès fut tel que l'on réclama une seconde représentation et ceux qui n'avaient pas pu obtenir de billets à la première, se rendirent à l'hôtel de la Cité où logeait Romuald Joubé. Celui-ci sortit au devant de la foule et indiqua qu'on allait lui donner satisfaction. A la fin de la représentation, il s'adressa au public de cette manière :

"La pièce que nous venons de représenter a été écrite pour la Cité de Carcassonne, c'est ce soir une véritable création... Aussi, suis-je heureux de vous dire le nom de son auteur. C'est notre compatriote Jean Subervile."

Romuald Joubé était né à Mazères dans l'Ariège... Un enfant du pays, sans doute. En 1930, François-Paul Alibert, natif de Carcassonne, prenait la direction du théâtre. Avait-on écouté la supplique du journaliste Armand Praviel ?

 

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17/08/2017

Contre le massacre de la place Carnot !

C'est sous ce titre qu'une pétition circule dans Carcassonne, afin de s'opposer à la construction d'un parking souterrain de quatre niveaux sous la place Carnot. Nous sommes le 10 juin 1972 ; l'émotion est vive depuis que le conseil municipal présidé par Antoine Gayraud a adopté le principe de cette réalisation. Le projet serait presque passé inaperçu, faute de maquette ou de plans présentés aux Carcassonnais, si ceux-ci n'avaient pas été éveillés par le bruit assourdissant d'une foreuse au centre de la place. Ce ne sont pas les résultats peu concluants du premier sondage effectué par la Soltechnic le 10 mars 1972, qui ébranlèrent la motivation de la mairie. 

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La place Carnot vers 1970

"Dès une profondeur de cinq mètres, l'on se heurte à une masse de calcaire compact et très dure. Or, le parking doit faire onze mètres de profondeur. Le creusement ne serait pas, dans ces conditions, une petite affaire. A moins d'utiliser des charges d'explosif - ce qui me semble être exclu à un tel endroit."

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 Quel projet ?

Lors d'une réunion du conseil municipal, le maire Antoine Gayraud avait évoqué, selon des "prévisions très élaborées" que Carcassonne attendrait 80 000 habitants. 

"La ville va continuer de s'étendre. Elle mesure déjà près de sept kilomètres de long ! Les boulevards dits extérieurs, ne le sont déjà plus. Ils sont devenus le cordon ombilical qui relie le centre ville aux quartiers périphériques, l'axe vital de l'agglomération. Ils se meublent déjà de leurs premières vitrines. Inévitablement, le commerce local va se trouver à l'étroit dans le centre ville, même s'il dispose encore de place. Certains commerces, pour pouvoir s'agrandir, devront s'installer sur les boulevards, même si certains refusent avec vivacité cette perspective."

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Le premier adjoint Fernand Ancely, envoyé auprès des commerçants pour une opération séduction à la Chambre de Commerce le 18 avril 1972, déploya les arguments de la ville. A partir du postulat selon lequel "il y a actuellement 2,8 voitures pour 10 habitants, dans cinq ans, il y en aura 6,8. Cette statistique prouve à quel point le problème de la circulation et du stationnement à Carcassonne doit être repensé. Il importe donc de trouver des solutions efficaces pour tous et qui ne soient pas préjudiciables au commerce local. A plusieurs reprises, la municipalité a repoussé les propositions de plusieurs sociétés commerciales désireuses de créer de grandes surfaces dans la périphérie. Nous nous sommes farouchement opposés à leurs offres."

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MM. Obadia (Union des commerçants), Ancely (1er adjoint), Auriol (Président de la CCI), Bonnafous et Danjean

Pour remédier à ce problème, la municipalité étudia trois emplacements pour y réaliser un parking souterrain : place d'armes (Général de Gaulle), Jardin des plantes (Square Chénier), boulevard Jean Jaurès. Le projet de la place d'arme étant trop coûteux, car il aurait fallu installer 400 parcmètres pour qu'il soit rentable, le choix s'est porté sur la place Carnot. C'est en fait la société privée chargée de prendre à son compte les travaux qui en jugeait ainsi. La construction du parking place Carnot n'excluait pas l'installation de 85 parcmètres tout autour. Les travaux d'un coût estimé à 600 millions d'anciens francs dureraient 10 mois, pendant lesquels le marché serait déplacé sur le parking de l'ancien lycée. L'entrée du souterrain se ferait face à l'actuelle pharmacie Bibal et la sortie, face à la boutique Benetton. Durant cette réunion, M. Ancely s'engagea à remettre en place la fontaine de Neptune et à replanter six platanes devant être abattus. Un sondage parmi les 120 commerçants présents, donna le nombre de 110 favorables au projet.

Les opposants

Les nombreux défenseurs du patrimoine historique ne l'entendaient pas de la même oreille ; il s'étaient chargé de le faire savoir. Madame Cahen-Salvador au nom de la F.D.A.S.E.M désapprouvait le projet de destruction de la place Carnot. Elle organisa avec le concours de la presse un referendum, dans lequel une majorité d'opposants au parking se fit connaître. Les déclarations de M. Ancely à la réunion avec les commerçants n'étaient pas de nature à calmer le jeu.

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" L'argumentation des personnes désireuses de sauvegarder le patrimoine archéologique des anciens ne tient pas. (...) Si nous devions tenir compte chaque fois des levées de boucliers, nous ne ferions jamais rien. Lorsque le conseil municipal aura pris une décision pour la réalisation de ce parking, aucune protestation ne le fera revenir sur sa décision !"

Le 5 juillet 1972, Pierre Costeplane - Membre de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude - écrit une lettre ouverte au maire, publiée dans la presse.

Certes, des sondages de notre ville ont même été consultés d'une manière officielle : je veux parler des commerçants du centre ville, qui se sont, paraît-il, prononcés dans leur majorité en faveur du projet, persuadés que la meilleure façon d'attirer les clients était de leur faire miroiter l'alléchante perspective de payer leur place au parking 50 centimes la demi-heure, sans parler des amendes pour dépassement de temps ! Il va sans dire que cette enquête, limitée aux seules personnes susceptibles de tirer un hypothétique profit de la réalisation du parking se révèle effectivement avantageux pour certains, ceux qui ont leur maison à moins d'une centaine de mètres de la place Carnot, les autres, moins favorisés par le sort, ne risquent-ils pas d'en subir les désavantagent ? En d'autres termes, est-ce que les commerçants de la périphérie, qui eux n'ont pas été consultés, n'ont pas quelques sujets de craindre le surcroît de concurrence que vont ainsi leur faire ceux du centre-ville ? Pourquoi n'a t-on pas plus consulté les jardiniers qui, les jours de marché, installent leur éventaire sur la place ? Les quelques-uns que nous avons interrogé se sont révélés plus la plupart hostiles au projet et indignés du peu de cas qu'on fait d'eux.

D'autres part, nous sommes loin d'être rassurés sur le caractère esthétique de la réalisation. ce genre de question ne fait guère partie des préoccupations majeures de MM. les promoteurs et entrepreneurs de travaux publics. Certes, on nous a fait des promesses à ce sujet : tous les arbres qu'on sera obligé d'abattre seront ensuite remplacés. C'est tout juste si on ne nous a pas garanti que nous pourrons bientôt voir les nouveaux plus beaux et plus gaillards que les anciens.

On a également cité le cas de villes où de semblables travaux ont été effectués sans trop de dégâts, mais sans donner le moindre détail sur la situation, les dimensions des places où ils ont été faits, sans nous dire si elles étaient plus ou moins dégagées que notre minuscule place aux Herbes, ni combien d'arbres ont été chaque fois abattus et combien ont été laissés en place. Nous aimerions voir des documents, photographiques ou autres, sur ces réalisations exemplaires. Il nous paraît par ailleurs scandaleux que, avant d'entreprendre des travaux d'une telle ampleur, la municipalité n'en fasse pas publier les plans dans la presse locale et qu'une maquette n'en soit pas exposée en un lieu où chacun puisse la voir à loisir..

Enfin, une dernière question que doivent se poser de nombreux habitants de notre ville : combien coûteront ces travaux et qui les financera ? La municipalité ( ce qui revient à dire, les contribuables) ? Quelques généreux philanthrope ? Ou bien, comme le bruit en court, une entreprise capitaliste qui compte s'assurer de confortables bénéfices par l'exploitation du parking ?

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La publication de cet article n'est pas innocente, car il se pourrait bien qu'un jour un tel projet revienne sur la table. Il le fut en 1995, au moment de refaire entièrement la place Carnot et d'en supprimer le stationnement. Au début des années 1970, on étudia la possibilité de construire un parking sur le Canal du midi, entre la passerelle de Varsovie et le pont de la paix. Ce projet trop coûteux ne fut pas retenu, pas davantage qu'un souterrain pour les piétons sous le boulevard Jean Jaurès...

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Le dernier duel au pistolet entre deux Carcassonnais

 Le duel d'honneur est le fait pour un homme de "souffler" (généralement avec un gant) un adversaire ayant attenté à sa réputation ou à son honneur. Le refuser c'est prendre le risque de passer pour un lâche ou un traître et de perdre ses relations. Des règles codifiées organisaient les duels avec des témoins. Cette pratique va peu à peu tomber en désuétude, jusqu'à sa disparition presque totale après la Seconde Guerre Mondiale. Si aucun texte actuel ne prévoit explicitement l'interdiction des duels, il ne demeure pas point que les deux parties s'exposeraient au principe selon lequel "le consentement de la victime n'exclut pas la responsabilité de l'auteur d'une infraction. Le participant au duel se rendrait donc coupable, en cas de mort de l'autre, de meurtre, et en cas de blessure, de violences volontaires (avec circonstance aggravante : préméditation, usage d'une arme)."duel-pistol.jpg

Image extraite du film Barry Lyndon

Au début du XXe siècle, il y avait dans notre ville un certain nombre de journaux qui se partageaient la faveur des lecteurs : "La dépêche de Toulouse", dirigée à Carcassonne par l'avocat Osmin Nogué, beau-frère de Maurice et Albert Sarraut ; "Le petit Méridional" de M. Cabanis ; "L'Express du Midi" de M. Barrière ; "La France de Bordeaux" par M. Saunac ; "Le Télégramme" de M. Garès, oncle de René Descadeillas qui fut le directeur de la Bibliothèque municipale ; "Le courrier de l'Aude" d'Hippolyte de Bordas. La concurrence allait bon train et surtout l'animosité des différences politiques. Pour un mot ou pour un adjectif, on s'envoyait des témoins et Maître Abadie du 17e dragons préparait les combattants. Les combats en champ clos opposaient Garès à Nogué, Garès à Cabanis et Cabanis à Nogué. A l'issue de ce dernier duel, l'avocat Nogué fut assez sérieusement blessé au bras droit.

"Les garnements allaient chanter sous sa fenêtre le grand air des "Huguenots" de Meyerbeer : En mon bras droit, j'ai confiance."

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Osmin Nogué

Parallèlement à ces combats politiques à Carcassonne, il y avait des duels provoqués pour des raisons d'ordre privé. Ville de garnison aristocratique, des intrigues trop poussées étaient la cause de combats courtois, mais ardents. Le dernier duel qui eut lieu fut celui de Jean Mistler - député de Castelnaudary, homme de lettres et Académicien - avec Roger Detours. Il date de 1934 ! A la suite des évènements de février, Mistler, faisant partie du gouvernement Daladier, souleva l'ire de Roger Detours, qui, le rencontrant au Café Terminus, le gifla à deux reprises

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Jean Mistler

Mistler fit alors un discours. Il parla de la République, de ses immortels principes devant les jours de belote goguenards. L'affaire se termina au champ de tir de Villemaury, près de Palaja. Selon les chroniqueurs de l'époque, les pistolets partirent de travers...

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11:17 Publié dans Politique | Tags : duels | Lien permanent | Commentaires (1)

16/08/2017

Sarah Bernhardt au théâtre municipal de Carcassonne

Ce blog n'a d'intérêt à mes yeux que s'il apporte à la connaissance, des sujets inédits ou complémentaires, à ce qui a été déjà évoqué par nos historiens locaux. C'est peut-être là sa vraie utilité et ce qui, en quelque sorte, fait son succès. L'histoire du théâtre municipal en elle-même est connue ; il suffit de lire les anciens bulletins de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude ou de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne. En revanche, il semble que personne ne se soit attardé sur les témoins de cette époque. Or, dans de vieux articles de la presse locale, il est possible de retrouver cette mémoire. Il suffit parfois de vouloir s'en donner la peine, mais au final c'est loin d'être inintéressant.

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La comédienne Sarah Bernhardt par Nadar

Sous l'Ancien régime, l'emplacement de l'actuel théâtre Jean Alary était occupé par le Couvent des Jacobins. Aliéné à l'Etat après pendant la Révolution française pour la somme de 30 200 livres. Une première partie comprenant l'église, le cloître, le grand escalier, l'entrée et la sacristie fut adjugée à M. Jean Aubry, plâtrier, à la date du 13 germinal An III (2 avril 1795). Le même jour l'acquéreur céda les 3/4 de l'ancien couvent à M. Jean-François Loup, Silfrein et Philippe Marrel, François Sébastien et Antoine Fourès. Le même mois, Marrel et Fourès se désistèrent à leur tour. Ambry et Loup demeurèrent le propriétaire d'une partie des bâtiments. Le reste du couvent représentant une superficie de 950 m2 fut adjugé à Ambry le 23 juin 1796, puis revendue à Loup le 9 décembre 1795.

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Un négociant d'Alzonne, Benoît Faral, acheta les droits de Loup et Ambry dans le but de faire de l'église, une salle de spectacle, les bâtiments extérieurs devant servir à la location. Pour réaliser ces travaux, il s'adressa à l'architecte Champagne qui dressa les plans. La salle dont le coût des travaux s'éleva à la somme de 141 946 livres 11 sols et 5 deniers, fut prête le 1er octobre 1796. Faral prit M. Hertz pour associé ; il versa 750 000 francs en assignats et 50 000 francs en numéraire. La salle fut affermée au sieur Désormaux, artiste de Toulouse, qui dut s'acquitter de 6000 francs pour le semestre représentant la saison théâtrale. Par la suite, Hertz devint l'unique propriétaire de la salle de spectacle qui fut vendue à Casimir Courtejaire le 3 novembre 1843. Il la légua en héritage à la commune de Carcassonne, par acte du 10 octobre 1874 (Me Mouton), avec cette clause testamentaire :

"Comme il importe au donateur de laisser à sa ville natale un souvenir durable du don qui lui est fait, la ville, en acceptant cette donation, s'oblige à conserver à l'objet donné sa destination de salle de spectacle. En conséquence, la ville devra s'assurer contre l'incendie, l'entretenir convenablement, même l'embellir, autant que le lui permettra sa situation financière. Elle ne pourra pas utiliser les décors ou tout autre partie du matériel pour une autre salle de spectacle. Toutes ces clauses ne sont pas purement comminatoires, mais de rigueur, de telle sorte que leur inexécution entraînerait la révocation de la donation."

Les artistes de passage

L'art lyrique vit passer des artistes aux voix merveilleuses : Martin, Lafeuillade, Sireau, Duluc, Serda, les dames Boulanger, Prévost, Pothier, Vizentinin Bardou, etc. On y entendu l'opéra du Bizet "Les pêcheurs de perles" en 1890. La première de Lohengrin de Richard Wagner se déroula en 1904. Des créations comme Messaline de Isidor de Lara en 1905, Hannibal de Joseph Baichère - compositeur et organiste de l'église St-Vincent - sur un livret de Victor Gastilleur, autre Carcassonnais. On entendit Sapho de Massenet en 1921 et Gismonda d'Henri Ferrier en 1924. La vie de Bohème de Puccini en 1901.

L'art dramatique permit aux spectateurs d'apprécier MM. Talma et Ligier, Mmes Georges, Duchenois, Rochel, etc. Dans ses mémoires, Edmond Got, de la Comédie française, parle du théâtre en ces termes :

"1er juillet 1966... Quant au théâtre de Carcassonne, impayable ; dans une vieille église démantelée, pire qu'à Tours, je m'habille, pour l'exemple, dans les anciennes latrines de la sacristie. Mais avant Marseille et Montpellier, j'ai tenu à jouer dans ce trou..."

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Au cours de la saison de 1889, Sarah Bernhardt vint jouer "Hernani" de Victor Hugo. Afin de ne pas salir la longue robe de satin blanc qu'elle portait au cinquième acte, la grande comédienne fit mettre un tapis partant de sa loge jusque dans les coulisses. La salle de spectacle était dans un état déplorable et les artistes ne considéraient comme un honneur de jouer à Carcassonne.

"Lors de son passage, cette tragédienne crut devoir nous traiter de sauvages ;parce que les loges n'étaient pas à sa convenance ; parce qu'il y avait des courants d'air dans les coulisses ; parce que le public ne lui avait pas fait un triomphe dans Hernani, cette pièce ayant été choisi pour son caractère politique plutôt que la Dame aux camélias qu'avait proposé l'imprésario ; parce que les musiciens de l'orchestre ne voulurent pas céder leurs fauteuils pour qu'elle puisse louer une cinquantaine de chaises à 10 francs." (L'éclair / 22 septembre 1895)

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© H. Alaux

A gauche, l'entrée de l'ancien théâtre en 1905

Notons que cette clause n'a pas empêché la ville de Carcassonne du temps de la municipalité Chésa, d'envoyer à la benne à ordures l'ensemble des toiles et des décors. Elle aurait pu acheter l'immeuble mitoyen pour en faire un magasin à décors, mais préféra le laisser à la Banque de France. Elle y réalisa un parking privé. Les glaces des loges furent vendues par des employés de mairie à une brocante de la zone de la Bourriette. Les chaises et autres objets, pris par d'autres employés pour chez eux...

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© Musée des Beaux-arts de Carcassonne

Casimir Courtejaire en 1843 par J-P Montseret

Le 9 juillet 1929, le Conseil municipal prit une délibération relative à la reconstruction du bâtiment, à cause de sa vétusté. Les héritiers de Courtejaire donnèrent leur consentement le 2 décembre 1931. On démolit l'ensemble de l'ancien couvent des Jacobins avec son cloître en 1933. 

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Le cloître lors de sa démolition

Deux architectes, MM. Raymond Esparseil (1876-1966) et Marcel Oudin (1884-1936), établirent les plans des travaux qui furent effectués par M. Fioriom. Commencés le 19 juillet 1933, ils ne furent achevés que le 27 décembre 1935. Entre-temps, une partie de l'immeuble Peyronnet fut acheté suivant l'acte du 8 janvier 1935. 

Raymond Esparseil évoque le souvenir du théâtre

L'ancien théâtre était constitué par l'église du couvent des Jacobins. Ce couvent en 1229, fut tout d'abord installé à la Cité. Il fut transféré à la Barbacane, en 1247, dans la rue Longue : détruit par l'inondation de 1255, on l'installa sur la rive gauche de l'Aude, sur la carrière du quartier de cavalerie (Caserne Laperrine, NDLR) en 1347. Nous avons retrouvé ses fondations lors de la dernière guerre en faisant des tranchées. Il fut détruit en 1355 par le Prince noir et reconstruit dans la ville, à l'emplacement du théâtre actuel.  

En 1932, la ville institua entre les architectes de France, pour la construction du théâtre, un concours auquel j'ai pris part. A ma grande surprise, j'ai eu le prix et l'exécution. J'avais en effet, dessiné le projet par plaisir, et sans arrière-pensée, pendant le chômage, dans un moment de crise de nos exploitations minières (Raymond Esparseil était le fils de Marius, inventeur de la mine de Salsigne, NDLR). Depuis mon entrée en loge pour le concours des Beaux-arts, en 1900, j'avais complètement abandonné l'architecture, pour me consacrer à mon métier de mineur, au cours duquel, cependant, j'avais eu l'occasion de construire des usines, des logements et des cités ouvrières, de telle sorte que je n'avais pas perdu l'habitude de la construction. C'est ainsi que le nouveau théâtre fut construit sous ma direction, malgré une mauvaise Kabbale, tellement bien montée au bénéfice de mon associé de Paris, que mon nom avait été effacé des constructeurs du théâtre.

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© Martial Andrieu

J'avais donc complètement perdu de vue à Paris, les relations artistiques d'autrefois et je n'avais aucun moyen de chercher seul les nombreux sous-traitants qu'une construction de cet ordre exige, tant dans le domaine artistique que de l'embellissement et de la construction. C'est pourquoi je me suis associé à Paris, avec un architecte qui s'occuperait de tout cela dans la capitale, pendant que je surveillerais les travaux de la construction sur place. Ce qui fut fait. Nous avions pris cependant à frais communs, pour les dessins d'exécution d'après mon plan à l'échelle exigée, un jeune architecte qui s'est révélé dans la suite architecte de valeur, ce qui nous a permis de transformer la façade originale que j'avais dessinée, parce que le prix en était hors de question. C'était avec cet architecte que je discutais sur place, ce qu'il y avait à faire et qu'il mettait en ordre en rentrant à Paris avec mon associé.

Celui-ci venait rarement à Carcassonne et s'est tellement mal conduit avec moi et notre employé que celui-ci nous a quittés, rompant avec lui, tout en conservant d'excellentes relations avec moi. Mon associé est mort peu après (Marcel Oudin, NDLR), me laissant la responsabilité des erreurs qu'il avait faites en dehors de moi et de la terminaison de la construction dont je n'ai pas voulu signer la réception des travaux, mon associé, malgré moi, ayant accepté de la part d'un sous-traitant, et en dehors bien entendu de l'entrepreneur général, qui n'y était pour rien, une malfaçon.

Les vestiges

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© Google

Un domaine situé sur la commune de Palaja fut la propriété de Casimir Courtejaire. Après la mort du mécène et lors de la destruction de l'ancien couvent servant de théâtre, les héritiers ont récupéré un très grand nombre de vestiges. Presque l'ensemble des colonnes en marbre de Caunes-Minervois qui devaient constituer le cloître sont dans ce domaine, mais pas seulement... D'autres objets sont visibles dans le musée lapidaire Pierre Embry à la Cité.

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Dans le coulisses du nouveau théâtre, on aperçoit dans le mur une ancienne voûte ogivale. Sous la scène, il y a encore l'emplacement du chœur de l'église du couvent.

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© Martial Andrieu

La destruction de la maison attenante dans les années 1990 a mis au jour les vestiges de l'ancien couvent. C'est ce dont je me suis aperçu, lorsque par hasard, le parking de la Banque de France étant ouvert, j'ai pu prendre cette photo.

Sources

Midi-Libre / 1960

L'éclair / 1895 

Notes et synthèse / Martial Andrieu

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© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

15/08/2017

Le parcours tortueux d'une croix de mission à travers Carcassonne

Si l'on peut encore admirer derrière le chevet de la cathédrale Saint-Michel et en toute discrétion, cette croix de mission de 1815, ce n'est pas grâce à l'opération du Saint-Esprit mais à plusieurs Carcassonnais très dévoués. Sans leur concours, cet objet d'art sacré serait allé rejoindre la longue liste des couvents, églises et autres témoins du passé chrétien de notre ville, à avoir subi la foudre des anticléricaux. De ce point de vue, on peut affirmer sans crainte que Carcassonne est une cité martyre. Il va de soi qu'ici nous ne faisons ni l'apologie du cléricalisme, ni de ses opposants. Nous essayons de regarder l'histoire en face en appelant un chat un chat.

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© Martial Andrieu

La croix de mission dans le jardin de la Cathédrale

C'est le 24 mars 1815 que cette croix fut érigée sur la place Davilla à la suite d'une mission organisée par Mgr Arnaud-Ferdinand de la Porte, évêque de Carcassonne, pour le rachat des horreurs commises pendant la Révolution. Elle délimitait, si l'on peut dire, les deux paroisses de St-Michel et de St-Vincent, à l'extrémité ouest de la porte de Toulouse (rue de Verdun). Réalisée par le serrurier Serre, à qui l'on doit également le portail du jardin du Calvaire situé en haut de la rue Voltaire, elle porte les attributs de la passion du Christ.

"La branche supérieure est surmontée d'un coq pour rappel les paroles de Jésus à Pierre : "Avant que le coq ne chante tu m'auras renié trois fois." Au-dessous, l'inscription I.N.R.I (Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm) qui signifie "Jésus de Nazareth, roi des juifs", qui Pilate fit fixer dessus. Au centre, un cœur entouré d'une couronne d'épines. A gauche, la lanterne qui éclaira les soldats au jardin des oliviers. A droite, le calice remémorant les paroles de Jésus : "Si ce calice ne peut s'éloigner de moi..." Les deux extrémités sont occupées, l'une par le soleil, l'autre par la lune, qui s'obscurcirent au moment du trépas. On voit au-dessous le marteau, les tenailles et clous de la crucifixion ; le voile dont Véronique se servit pour essuyer la face de Jésus ; l'aiguière et la cuvette que Pilate utilisa pour se laver les mains ; le sabre de Pierre auquel est restée accrochée l'oreille du serviteur du Grand-Prêtre ; la verge de la flagellation et le roseau sceptre de railleries. Plus bas, fixée à un bâton, l'éponge qui humecta les lèvres de l'agonisant ; la bourse de Judas ; lance qui perça le côté et l'échelle de la descente de croix. (Louis Cros, ancien archiviste de l'évêché)

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La croix de Villegly dite "Croix de Louis XVI"

On trouvait une croix identique au chevet de l'église de Fanjeaux. A Villegly, on peut encore admirer un calvaire contemporain de la croix de Carcassonne et presque semblable. 

Sous la Monarchie de Juillet, la croix fut déposée. En 1830, on la transporta dans la chapelle du Rosaire de la Cathédrale Saint-Michel qui trouvait sur l'emplacement de l'actuel parvis. Après la fin de l'épidémie de Choléra, les Carcassonnais voulurent manifester leur reconnaissance et ériger une croix à l'entrée de la ville. Quatre ans plus tard en 1858, l'évêque souhaitant perpétuer le souvenir de la Mission des Révérends Père Augustins, obtint de M. Roques Salvaza - maire de Carcassonne - que la croix soit réinstallée sur la place Davilla.  Le 11 décembre 1858, 3000 personnes assistèrent à son érection sur son piédestal.

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En 1881, l'atmosphère politique était à la lutte contre les courants monarchistes et bonapartistes soutenus par l'église catholique. Considérant cette dernière comme un adversaire de la République, les élus radicaux de l'Aude cherchèrent à amoindrir son influence sur la population. Prétextant que la croix effrayait les chevaux, le maire Joseph Teisseire somma Mgr Leuilleux de l'enlever de la place Davilla. Devant le refus de l'évêque, la mairie déboulonna la croix le 9 mars 1881, aux frais de l'évêché. Elle fut laissée telle quelle sur le trottoir. Ceci provoqua de vives protestations parmi une partie des Carcassonnais qui entonnèrent le Parce Domine, face à d'autres chantant la Marseillaise. Mademoiselle Gaubert qui habitait à l'angle du boulevard Marcou et de la place Davilla, proposa que l'on installe la croix dans son jardin. Ce fut chose faite, après que des séminaristes l'ont transportée à bout de bras. On la fit restaurer par François Ourtal et on y fixa un Christ en fonte. Le 14 mars 1881, l'évêque procéda à la bénédiction de la croix profanée. Par la suite, la demeure de Mlle Gaubert fut vendue aux sœurs de Saint-Aignan qui la cédèrent aux Sœurs Marie-Auxilliatrices. Ces religieuses y créèrent l'école Sainte-Marie que les Carcassonnais appelèrent "Le couvent de la Croix".

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L'ancienne maison de Mlle Gaubert

Après que les sœurs ont coupé les arbres qui protégeaient la croix du vent et des intempéries, celle-ci commença à rouiller et le coq à se tordre. Ce dernier fut confié à Antoine Clavel, ferronnier à Revel en 1958 ; la croix, quand à elle, passa entre les mains de la maison E. Laucat de Mieux-en-val. Les dorures furent refaites par l'abbé Esquirol, curé de Montolieu. En 1970, les sœurs vendirent leur couvent à un promoteur immobilier qui ne prit aucun soin de la croix ; elle fut tordue par la grue du chantier et mise à l'extérieur du bâtiment. Sans le secours de Gustave Mot, elle aurait rejoint la ferraille. Son piédestal, œuvre du sculpteur Léon Nelli ne put être sauvé car trop abimé par l'épreuve de démolition. Il portait les dates des missions de 1858 et de 1933.

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Démolition de l'Ecole Sainte-Marie en juillet 1970

 C'est l'entreprise Lauze qui redressa la croix et permit sa restauration. Après quoi, elle fut déposée sur un nouveau piédestal, réalisé par Gleizes, dans le jardin du Chapitre attenant au chevet de la cathédrale Saint-Michel. Elle s'y trouve depuis le mois d'août 1975.

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Le Christ qui avait été ajouté en 1858 fut enlevé et mis dans le jardin de la maison de retraite Béthanie, rue Pasteur, où il se trouve encore aujourd'hui. Si la Croix de Mission de 1815 n'est pas classée à l'inventaire des monuments historiques, ce serait une bonne chose qu'elle le soit.

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L'ancien couvent depuis 1971

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Seul vestige de l'école Sainte-Marie, la plaque sauvée par J. Blanco

Sources

Louis Cros / Académie des Arts et des Sciences / 1985

Midi-Libre / 1957

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