29/09/2016

L'inauguration du petit train touristique de la Cité de Carcassonne

Le Petit train touristique de la Cité de Carcassonne n'aurait peut-être jamais vu le jour sans l'initiative de deux hommes. Le premier c'est Jacques Pueyo - conseiller municipal - qui mit en relation le maire Raymond  Chésa avec Louis-Paul Barbaste. L'aventure commerciale de cet enfant du quartier de la Barbacane commence en 1980 avec la construction chez Bernard Blatter, forgeron à Saissac, du Petit train de Saissac. Homologué par les mines en 1981, il sillonna la Montagne-noire et fit découvrir aux touristes le lac du Lampy et la Prise d'Alzeau, sur le parcours du Canal du midi. M. Barbaste est le précurseur dans l'Aude de ce nouveau mode de transport à vocation touristique.

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L'idée de l'installation de ce petit train dans la Cité médiévale ne fut guère appréciée par les Monuments historiques, contrairement à la municipalité. Cela n'empêcha pas son inauguration le mardi 17 juillet 1984 ; cela fait maintenant 32 ans que cela dure.

"Notre souci est d'animer, soulignait hier R. Chésa lors du voyage inaugural."

Avec un micro, M. Barbaste assortit sa visite de commentaires techniques et historiques avec un passage remarqué par les quartiers de la Barbacane (St-Gimer) et de la Trivalle. Le tarif en 1984 était de 15 francs le tour, soit 2 €. Une personne handicapée s'exprimant dans le journal La dépêche qualifia ce train d'utilité publique :

"Sans ce petit train, jamais je n'aurais vu la Cité si belle... et put faire une visite si complète."

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Aujourd'hui, le Petit train de la Cité propose toujours ses visites commentées à l'extérieur du monument. Bien entendu, la locomotive a changé d'aspect et les remorques ont amélioré leur confort. Il serait vraiment regrettable si un jour, l'Opération Grand Site venait à remettre en cause la présence du Petit train aux abords de la Porte Narbonnaise. Le manège de chevaux de bois, puis les artistes de rue ont été priés de d'aller voir ailleurs. Espérons que le Petit train ne sera pas le suivant sur la liste... Car visiblement, le souci actuel n'est plus d'animer.

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Informations

http://www.petit-train-cite-carcassonne.com/train/

Source

La dépêche du midi / 18 juin 1984

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28/09/2016

L'histoire de la ligne aérienne Carcassonne-Paris depuis l'aérodrome de Salvaza

La ligne aérienne

entre

Carcassonne et Paris Orly

a été ouverte le 28 mai 1970 avec la compagnie Air Inter. Ce furent le début des vols commerciaux de l'aérodrome Salvaza, jusque-là dévolu à l'aviation de plaisance.

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La publicité municipale ci-dessus indique que trois vols à destination de la capitale s'opéraient les mardis, mercredis et jeudis à 6H55 en seulement deux heures via Nîmes. Les retours au départ de Paris Orly s'effectuaient les lundis, mercredis et jeudis à 20h05.

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La caravelle Air Inter

En juin 1971, la ligne ouvre à nouveau avec un passage par Cahors, cinq fois par semaine mais avec seulement 6 clients par vol alors qu’il en aurait fallu 13 pour équilibrer le budget ; une convention est signée en 1972 avec l’armée. De septembre 1975 à juin 1976, 7137 voyageurs font monter la moyenne à 8,4 passagers par vol, avec un an d’arrêt en 1982.

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© Christine Ortiz

Sur le tarmac de Salvaza

Les vols reprennent pour Paris le 25 mars 1983 via Montpellier mais avec une moyenne de seulement 6 personnes par avion et la Chambre de Commerce, pour recouvrir l’emprunt, doit faire appel à la Mairie et au Conseil Général.

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Le fokker de la compagnie TAT en 1979 à Salvaza

En mars 1989, on estime qu’avec 30 000 passagers, le déficit serait encore de 2,6 millions de francs...

Le 14 juillet 1991, la ligne redémarre avec en un an, à peine 11 780 voyageurs, la moitié de ce qu’il faudrait, chiffre atteint en 1993 et 1994.

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Après un arrêt de 3 ans, Air Liberté assure la reprise le 12 juin 1997 en reprenant la liaison avec Paris (21 307 passagers transportés). Les difficultés de la compagnie et sa fusion avec AOM enterrent la ligne définitivement vers Paris, le 10 juin 2001.

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© Claude Boyer / L'Indépendant

Le 12 décembre 2012 inaugure la ligne Carcassonne - Paris Beauvais. Jugée pas assez rentable par Ryanair, les vols en direction de la capitale sont à nouveau interrompus deux après. Aujourd'hui, l'aéroport Sud de France - Pays Cathare est orphelin d'une connexion aérienne avec Paris.

Sources 

Alfred Raucoule / L'aéroport de Salvaza / Tome 5

La dépêche 

L'indépendant

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27/09/2016

Les statues de la vierge cachées ou disparues de la Bastide Saint-Louis

La vierge du Saint-Suaire

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A l'angle de la rue Pinel et de la rue de Verdun se trouve une élégante niche. Au XIVe siècle, il y avait à cet endroit l'oratoire du Saint-Suaire et la statue qui l'ornait était appelée "La vierge du Saint-Suaire". Cela n'a rien d'étonnant puisque les R.P Augustins conservaient dans leur couvent, un suaire sensé avoir enveloppé le corps du Christ. Ce drap attirait une foule de pèlerins à Carcassonne et Louis XIV en personne visita le couvent des Augustins à cet effet. Le suaire a été conservé ; il se trouve dans le trésor de la cathédrale Saint-Michel. Vous ne le verrez jamais, car le curé desservant le garde pour lui. S'il avait un tant soit peu le sens du commerce, ce suaire pourrait à lui seul faire des miracles. Comme par exemple, recueillir des fonds pour la restauration de l'église des Carmes. On vénère bien le suaire de Turin ; celui de Carcassonne n'a rien à lui envier.

Revenons à cette statue, car elle a une histoire... En 1568, pendant la première période des luttes entre catholiques et huguenots, elle fut un jour trouvée de bon matin dans le ruisseau. Elle était mutilée et souillée de boue. Les catholiques crièrent à la profanation, et traitèrent les huguenots d'iconoclastes. Ils prirent les armes et les attaquèrent, non seulement dans les rues mais aussi dans leurs demeures. Il y eut des morts et des blessés. A la suite de ce pugilat, on organisa une grande procession en expiation de la profanation qu'on reprochait aux disciples de Calvin. Elle se termina par la pose d'une nouvelle statue dans la niche. Qu'est-elle devenue ? Mystère...

La statue de la Merci

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Au n° 22 du boulevard de Varsovie, cette maison est appelée communément "Maison de la vierge". Elle marque l'emplacement du couvent des pères de la Merci. Ces religieux recueillaient les aumônes pour délivrer les catholiques esclaves des Barbaresques.

Notre-Dame du Sauveur

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A l'angle de la rue de Verdun et de la rue Chartrand, on distingue une magnifique statue en marbre blanc. Le sculpteur serait Barata fils, à qui l'on doit la fontaine de Neptune de la place Carnot. Monsieur H. Bourbon était propriétaire de cette maison ; il acheta cet oeuvre d'art et la fit placer à cette niche qui abritait autrefois la statue votive de Notre-Dame du Sauveur. Celle-ci avait été placée à cet endroit dans un oratoire, afin de matérialiser l'emplacement de l'ancienne église du N-D du Sauveur qui fut supprimée lors de la construction de l'Officialité au XIVe siècle. Le magasin - aujourd'hui, la Ferme - s'est très longtemps appelé "A la vierge". Les vieux Carcassonnais le nomment encore ainsi.

Notre-Dame de Lourdes 

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A l'angle de la rue du 4 septembre et Jules Sauzède, dans le quartier dit "de l'artichaut" on distingue une statue dédiée à Notre-Dame de Lourdes. Ce lieu de dévotion était régulièrement fleuri, ce qui bien sûr n'est plus le cas. En dessous, se trouvait la fontaine de l'artichaut.

Sainte-Eulalie

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Au Moyen-âge, la commanderie de Saint-Eulalie occupait ce terrain. La vierge que l'on aperçoit dans une alcôve de la façade de Monoprix se trouvait à l'angle de cette rue, dans un bâtiment aujourd'hui détruit. L'immeuble actuel date de la fin du XIXe siècle ; c'était le Bazar Combéléran. La statue a été sauvée et ainsi déplacée.

Notre-Dame de Pitié

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Provenant de l'église de Peyriac-Minervois, la statue de Notre-Dame de Pitié fut vendue par un antiquaire à Mme Delteil - épouse du Dr fondateur de la clinique. Cette vierge ornait le jardin de l'établissement - aujourd'hui, maison de retraite Montmorency. On la plaça à l'intérieur du bâtiment pour la protéger. 

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© M-C Ferriol

D'après M-C Ferriol - Conservatrice des objets d'art sacré - cette statue se trouve dans l'église Saint-Vincent. Madame Delteil en avait fait don à l'abbé Jean Cazaux.

Source

Le culte de Notre-Dame à Carcassonne / Louis Cros / 1978

Cette brochure dactylographiée de 30 pages et jamais éditée, a été sauvée par mes soins de la décharge publique. Louis Cros fait partie de ses passionnés Carcassonnais, auxquels on n'accorde aujourd'hui aucune reconnaissance. Pourtant, leurs travaux auront fait considérablement avancer la connaissance du patrimoine de notre ville. Nous ne sommes tous que les dépositaires d'un héritage...

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26/09/2016

Ramón Martí (1902-1989), le plus Carcassonnais des Catalans

Ramón Martí était né à Manresa près de Barcelone en 1902. Le coup d'état du général Primo de Rivera en Espagne et l'instauration de la dictature, l'avaient amené à fuir son pays en 1923. Ce gouvernement militaire persécutait les Catalans ; l'enseignement de cette langue à l'école était proscrite. Il était interdit de l'écrire et même de la parler. Les opposants devaient s'exiler ou craindre l'emprisonnement, la torture et les exécutions. La répression contre l'indépendance de cette terre annexée par l'Espagne au Moyen-âge fut terrible et sans pitié. On ne peut pas bien comprendre l'actuel séparatisme Catalan sans connaître ce que le gouvernement espagnol de l'époque Rivériste et Franquiste a fait subir à ce peuple ; ce pays qui s'étendait avec sa langue et sa culture de la Sardaigne aux Baléares.

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 Ramón Martí s'installa donc successivement comme décorateur à Perpignan, Toulouse, Paris et Bruxelles. Deux ans après, il s'installe à Carcassonne. En 1936, il part combattre les troupes de Franco lors de la guerre civile espagnole. Il est blessé lors du débarquement d'Ibiza, retourne en France où il obtient sa naturalisation.

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© Patrice Cartier

Patrice Cartier et Ramón Martí en 1979

Pendant la Seconde guerre mondiale, l'ancien émigré défend la France contre l'occupant Allemand et s'engage dans l'Organisation de la Résistance Armée (ORA) en Haute-Vienne. De retour à la vie civile, il occupe plusieurs fonctions avec talent dans le domaine des arts : Décorateur, peintre, caricaturiste, journaliste et cinéaste. En 1949, il collabore à la chronique de l'Indépendant : "Les Catalans chez eux et ailleurs".

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Ramón Martí dans "Le Sourcier" de G. Savi

Entraîné par son ami Carcassonnais Georges Savi, il figure dans de nombreux films muets amateurs. Les deux éternels gamins gagneront plusieurs prix nationaux. En 1955, il part à Cannes défendre "Le sourcier" réalisé à Carcassonne par Georges Savi  et remporte le Premier prix du film amateur ; ce même film est primé au Festival de Katowice (Pologne) en 1959. Deux après, "Le voleur chausse du 42" obtient le Grand prix du Festival de Cannes et prix du Président de la République. En 1961, "Un départ à toute pompe" est réalisé en 35 mm (format professionnel).

L'oeuvre de R. Martí c'est aussi ses nombreuses chroniques dans "Le Midi-Libre" pendant vingt-quatre ans. Il prend sa retraite en 1981, mais poursuit sont talent d'écriture dans "Le courrier de la Cité". Inutile d'ajouter que ce personnage aujourd'hui oublié côtoya les plus grands de nos poètes et écrivains : Joë Bousquet, Jean Lebeau, René Nelli, Michel Maurette, etc... Il est décédé le 7 juin 1989 à l'âge de 87 ans à Carcassonne. Sa tombe se trouve au cimetière d'Alzonne. Au cours de sa vie, l'émigré Catalan n'a jamais cessé de militer pour les libertés individuelles et l'émancipation de l'homme.

Ci-dessous, le film "Le sourcier"

https://www.youtube.com/watch?v=u1gI9VXW21s

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25/09/2016

Le passage du Comte de Floridablanca, secrétaire d'Etat du roi Charles III d'Espagne

Une lettre autographe du 7 janvier 1777 signée de la main de Gabriel Marie de Tallleyran-Périgord, commandant en chef du Languedoc, à l'attention de Monsieur de Pelletier - Major de Carcassonne - annonce le passage du Comte de Floridablanca. Voilà un évènement historique non sans importance, puisqu'il marque l'arrêt à Carcassonne de l'Ambassadeur d'Espagne à Rome, sur le chemin de Madrid où il sera nommé Secrétaire d'Etat (Premier ministre) par Charles III.

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Joe Moñino y Redondo de Floridablanca

peint par F. Goya en 1780

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© le-prince-de-talleyran.fr

Montpelier, le 7 janvier 1777

Je vous préviens, Monsieur, qu’il se pourra que M. Le comte de Florida-Blanca, cy devant Ambassadeur du Roi d’Espagne à Rome, et que Sa Majesté Catholique vient de nommer secrétaire d’état au département des Affaires étrangères passe à Carcassonne à son retour de Rome pour se rendre en Espagne, que l’intention de Sa Majesté est qu’il lui soit rendu les honneurs attribués aux maréchaux de France par l’ordonnance du 1er mars 1768.

Sa Majesté veut aussi que sans user d’aucune réserve avec ce ministre étranger, on lui fasse voir dans le plus grand détail les fortifications de cette place et des environs s’il parait le désirer.

Vous voudrez bien en conséquence vous conformer à ces ordres, et m’informer de ce qui se sera passé à cette occasion.

J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Comte de Périgord.

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Le Comte de Floridablanca appartenait à la Franc-maçonnerie. Il mena une politique d'ouverture conforme à l'esprit des lumières selon les principes de despotisme éclairé. La Révolution française changera le cours de sa politique ; craignant la contagion à l'Espagne, il durcit son action au sein du gouvernement. Disgracié par Charles IV, il est remplacé par le comte d'Aranda puis par Godoy.

 

"Dépossédé de ses titres et de ses honneurs, Floridablanca est enfermé à la citadelle de Pampelune jusqu'à ce que lui soit accordé en 1796 la « paix de Basile » et qu'il soit réhabilité par Ferdinand VII. Il retourne alors à Murcie, sa ville natale, au couvent franciscain. En 1808, après l'élimination de Godoy et la déposition des Bourbons, on le nomme à la présidence de la Junte centrale, qui tente de rassembler les Espagnols en guerre contre l'occupant français. les Français. Obligé de se replier avec la Junte à Séville, c'est là qu'il meurt le 30 décembre 1808. Ayant rang d'Infant d'Espagne, il est inhumé dans la chapelle royale de Séville." (Robin Dufaye)

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24/09/2016

Enquête au coeur des trésors endormis de la Bibliothèque municipale de Carcassonne

 Le 30 avril 1999, l'excellent journaliste de la Dépêche, J-L Dubois-Chabert - jugé trop subversif culturellement parlant et mis au placard depuis - s'alarmait de l'état de conservation des incunables dans la Bibliothèque municipale de Carcassonne :

"Autant de richesses dans un si petit périmètre, Carcassonne possède-là un patrimoine inestimable... mais fragile comme une promesse de campagne. Les conditions de conservation de ces ouvrages anciens sont loin d'être idéales." 

Et pour terminer sur une note positive le constat dramatique d'ouvrages du XIIIe siècle conservés dans un bâtiment non climatisé dépassant en été le 25°, le journaliste concluait ainsi : "Vivement la médiathèque". Il y a donc 18 ans de cela et depuis des "progrès" ont été enregistrés pour l'ensemble des usagers.

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Un désherbage dans une benne à ordure en 2010 en pleine rue de Verdun qui fit scandale, la bibliothèque municipale passant sous compétence de la Communauté d'agglomération, un projet de médiathèque de plusieurs milliers d'euros payé par les contribuables et jamais réalisé à ce jour, l'ensemble des collections transférées dans un pré-fabriqué à Montquier loué 10 000 € mensuels depuis 2010. Aujourd'hui, nous ne sommes pas prêts de voir cette médiathèque sortir de terre ; depuis six ans les collections sont tenues à l'écart des Carcassonnais à dix kilomètres de là. Alors, nous avons voulu savoir ce qu'il y a de précieux dans les collections de feu la Bibliothèque municipale.

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Comme un symbole, l'année dernière les services de la ville de Carcassonne ont découpé la plaque ci-dessus en deux. Ils n'ont conservé que "Musée des Beaux-arts". La bibliothèque ayant été virée de la rue de Verdun, on a transformé ses anciennes salles pour agrandir le musée en 2013. Agrandissement pour accueillir la collection de Cérès Franco qui n'a séjourné qu'un an à Carcassonne, puisque la nouvelle municipalité n'en a plus voulu. Elle se trouve désormais à Montolieu. Les élus préfèrent-ils le Musée à la Médiathèque ? 

Aspect historique

 C'est en 1796 seulement, après la création de l'Ecole centrale de l'Aude que les dépôts réunis après 1790 furent envoyés à Carcassonne. Une salle du futur lycée les abrita. Un professeur de l'établissement fut désigné comme bibliothécaire. Aucun catalogue ne fut dressé. Le 5 mai 1804, la ville devint propriétaire de la bibliothèque de l'Ecole centrale et nomma un bibliothécaire pour 1200 francs annuels. Trouvant la charge trop lourde, elle supprima son salaire et la bibliothèque végéta. Des livres durent vendus, rendus à leurs propriétaires ou cédés à l'Evêché. En 1833, une commission de 12 membres choisis par le ministre de l'Intérieur sur 36 noms choisis par le maire fut chargée de conserver les collections de la Bibliothèque et de créer un Musée des Beaux-Arts. En fait, elle s'occupa en priorité du Musée et se soucia peu de la Bibliothèque. Elle sera fondée le 2 mars 1845 par un arrêté du préfet sous le nom d'une association : La Société des Arts et des Sciences de Carcassonne.

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La Bibliothèque quitta le lycée et logea dans un appartement loué en ville. Avec la construction d'un nouveau Palais de justice, les locaux de l'ancien Présidial allaient accueillir en 1861 la vieille dame. On soigna le décor, puisque le fonds d'Etat fut disposé sur les boiseries qu'on avait apportées de Lagrasse en 1796.

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© La dépêche / Roger Garcia

Au fond, les boiseries de l'Abbaye de Lagrasse en 2010. En 2011, elles furent démontées pour créer une nouvelle salle du musée. Où sont-elles désormais ? Il serait dommage qu'un jour, un ignorant décide de les mettre à la décharge. On peut hélas s'attendre à tout dans cette ville... C'est donc à partir du milieu du XIXe siècle que la bibliothèque commença à recevoir des dons. C'est d'ailleurs une partie de ceux-ci qui se retrouvèrent dans la benne à ordure durant l'été 2010, d'après l'Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne. En 1866, Charles de Fierville étudia un certain nombre de manuscrits ; par la suite, les bibliothèques constituèrent un catalogue.

Les trésors de la Bibliothèque

L'ancienne Bibliothèque municipale possède quelques oeuvres d'une grand valeur littéraire ou historique. Nous allons faire un peu le tour de ce trésor dont nous ignorons aujourd'hui la localisation. Il se dit qu'il aurait été transféré aux Archives départementales de l'Aude, mais tout ceci reste d'une grande opacité.

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© Association d'études du Catharisme

Ce manuscrit du XIIIe siècle est unique ; il n'en existe pas de réplique. Il se compose de 140 feuillets dont le premier est pratiquement inexistant. Ce roman écrit en langue romane et en vers faisait partie de la bibliothèque de M. de Murat. A l'origine, sa couverture en bois avait disparu lorsqu'au XIXe siècle, elle fut remplacée par un marocain. C'est le joyau des deux littératures d'Oc et d'Oil car il offre un premier modèle du roman psychologique et de l'amour courtois. "Flamenca" qui n'avait pas de titre, trouva son nom grâce à M. Raynouard, Membre de l'Institut en 1834.

Philomena

 "Gesta Caroli Magni ad Carcassonam et Narbonam et de aedificatione monasterii Crassensis, autore Philomena."

En dehors de Carcassonne, il existe quatre autres versions de ce texte, toutes manuscrites conservées à : Bibliothèque Laurentienne (Florence), British Museum (Londres), Bibliothèque Nationale de France, Bibliothèque d'Aix-en-Provence. L'exemplaire de Carcassonne est également une copie provenant de l'Abbaye de Lagrasse avant la Révolution. Philomena rattache la fondation de l'abbaye de Lagrasse aux faits d'arme de Charlemagne et de Roland dans les guerres contre les Sarrasins.

Ouvrages religieux

Missel à l'usage de l'église de Carcassonne daté de 1472, comprenant 339 feuillets avec initiales et pages ornées. cet ouvrage est relié en bois recouvert de cuir, avec ornements à froid et restes d'un fermoir en laiton. La reliure fut restaurée en 1966.

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Office de la vierge Marie qui fut la propriété au XVIe siècle d'un marchand de Laure-Minervois. Les notices sont écrites en Roman.

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Le roi David en prière, issu d'un psautier acquis par la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne au XIXe siècle.

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Salluste (XVe siècle) de 178 feuillets en parchemin. Ci-dessus, la Conjuration de Catalina.

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Quintilien forme un ouvrage volumineux, un manuscrit de 246 feuillets en parchemin du XVe siècle, en écriture italienne avec des initiales ornées. Au feuillet d'incipit, on voit une note de M. de Murat (ancien propriétaire) qui précise que les notes marginales et les corrections sont de la main du cardinal Jouffroy. Il se le serait procuré en Italie et le lut à Rome en 1454. D'après M. de Fierville, cet ouvrage provient de l'abbaye de Cluny à laquelle le cardinal donna la moitié de ses biens.

Les lettres de Napoléon 1er

En 1869, le Carcassonnais Cornet, gendre du baron Peyrusse, donna à la ville, pour remplir le voeu de son beau père décédé neuf ans plus tôt, plus de 400 pièces concernant entre autres la comptabilité des administrations diverses de l'île d'Elbe pendant le séjour de l'Empereur, la comptabilité du payeur pendant les campagnes de 1809 à 1814, la comptabilité du quartier impérial pendant les Cent jours.

Le registre de correspondance et d'ordres dictés directement par Napoléon à son secrétaire à l'île d'Elbe avait disparu à Paris pendant l'incendie de la Commune. Or, il existe à Carcassonne une copie de ce registre dans son intégralité, puisque Cornet-Peyrusse qui avait pour désir de composer une histoire du séjour de Napoléon à l'île d'Elbe obtint l'autorisation de le copier.

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© A.A.V.C

Le baron Peyrusse. Daguerréotype conservé au Musée des Beaux-arts de Carcassonne et retrouvé grâce à Alain Pignon dans les réserves.

Les papiers du baron Peyrusse contiennent le "Grand livre des Recettes et des dépenses de l'île d'Elbe". Il fut exposé en 1969 au Grand Palais pour commémorer le second anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte. On y trouve aussi une copie du journal de Sir Neil Campbell qui, chargé par le vicomte de Castlereagh d'installer Napoléon à l'île d'Elbe, resta auprès de lui à sa demande. Il y a également un certain nombre de rapports à l'Empereur, au général Drouot, au maréchal Bertrand, presque tous annotés par Napoléon.

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Ordre manuscrit de Napoléon au Baron Peyrusse

(7 juin 1815)

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Si l'on ajoute à cela les archives d'André Pons dit Pons de l'Hérault (1772-1858), la Bibliothèque municipale possédait sur les dernières années de l'Empire un ensemble de documents de premier ordre dont beaucoup sont inédits. Tout ceci appartenait aux Carcassonnais et a été accaparé au profit de la Communauté d'Agglomération avec le succès que nous connaissons.

Les archives des loges maçonniques

Il existe une liasse de documents sur les comptes-rendus des délibérations de plusieurs loges maçonniques de Carcassonne entre 1761 et 1819 et des rituels. Après 1743, la loge au 18° des Commandeurs du Temple de la Parfaite Vérité se réunissait dans un appartement de l'Hôtel Carbou, situé à l'angles des rues de la République et Jules Sauzède. Un pièce avait été aménagée en temple. D'autres manuscrits proviennent du peintre Jacques Gamelin fils, dont le père avait décoré une loge sous la clinique Delteil (aujourd'hui, maison de retraite Montmorency). Gamelin appartenait à "La parfaite amitié et des Commandeurs du Temple Réunis" à l'Orient de Carcassonne.

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Les murs peints par Gamelin père

Un ouvrage fort rare complète la collection. Son auteur est Louis-François de la Tierce (1699-1782). "La tierce". Histoire, obligations et statuts de la très Vénérable Confraternité des Francs-Maçons, tirés de leurs archives et conformes aux traditions les plus anciennes : approuvés de toutes les Grandes Loges et mis au jour pour l'usage commun des Loges répandues sur la surface de la terre. (1742)

Les Lettres d'André Chénier

Il n'existe dans le monde qu'un très petit nombre d'écrits autographes d'André Chénier. La Bibliothèque de Carcassonne en possédait 15, rédigés entre 1789 et 1794, pendant la tourmente révolutionnaire. Elles sont entrées en 1880 et 1892 par la famille du poète révolutionnaire. 

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Lettre du 10 janvier 1790 de Londres, adressée à son père

M. Descadeillas - ancien conservateur de la Bibliothèque - note : "Nombre de pièces ou d'ouvrages de Marie-Joseph Chénier en édition originale sont également réunis aux manuscrits parmi lesquels on voit des liasses de correspondance qu'on n'a pratiquement pas étudiées. Il s'agit de la correspondance de M. et Mme Gabriel Chénier : 2500 autographes, disent les catalogues. On y lit les noms de descendants des grandes familles de l'Empire, de personnages de la haute administration et de la politique, aussi quelques lettres inédites de Sainte-Beuve que M. Guiraud Venzac releva en 1956."

Toutes ces pièces manuscrites et tous ces ouvrages ont figuré à l'exposition Chénier, à la Bibliothèque Nationale en décembre 1962.

Les Lettres de compositeurs du XIXe siècle

Le fonds Paul Lacombe (1837-1927) recense plus d'une centaine de lettres manuscrites qui lui avaient été adressées par ses amis compositeurs durant sa vie : Bizet, Massenet, Fauré, Chabrier, etc...

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Ainsi que les partitions manuscrites et dédicacées par le maître Carcassonnais.

René Descartes 

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Ajouté et signé de la main de René Descartes, les Principes de philosophie (1644) font aussi partie du fonds de l'ancienne Bibliothèque municipale.

"F. Ogier acris judicii Senatori censendo proponit" Des Cartes.

Les incunables

Au total, la Bibliothèque conserverait 37 incunables en 50 volumes dont :

La Bibla sacra latina de Nicolas de Lyre (circa 1488)

Lettres à Lucilius de Sénèque (1475)

Aeneas Sylvius (1473)

etc...

Sources

La bibliothèque municipale / R. Descadeillas / 1970

Catalogue collectif de France / BNF

http://ccfr.bnf.fr/portailccfr/jsp/ccfr/sitemap/ead_sitem...

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