24/04/2018

Cet homme qui empêcha la destruction des platanes du square Gambetta...

De 1248 à 1570, l'emplacement de l'actuel square Gambetta était occupé par le jardin et le couvent des Cordeliers. Il fut démoli sur l'ordre d'un commandant militaire afin de permettre à la ville basse de se défendre contre les huguenots.

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Le nouveau square Gambetta réalisé en 2016

La construction du Pont neuf entre 1850 et 1873 amena la la création d'une place sur le terrain appelé autrefois, "la place au charbon". On pensa dessiner une place triangulaire, puis le Conseil municipal dans sa délibération du 18 janvier 1950 opta plutôt pour la forme rectangulaire que nous connaissance encore aujourd'hui.

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Le Square Gambetta en 1900

En 1859, l'architecte Buckler proposa d'entourer la place d'une double rangée de platanes. Le 8 décembre de l'année suivante, Antoine des Plas eut l'idée de faire construire un bassin central alimenté par une gerbe d'eau. Ce jardin ainsi aménagé en son centre prit le nom en 1864 de Sainte-Cécile, patronne des musiciens. Restait à délimiter ses abords par une clôture en pierre de Beaucaire. Son espace désormais parfaitement matérialisé, prit la dénomination de square Gambetta en 1881, soit un an avant la mort de l'illustre défenseur de la République.

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Durant l'été 1944, les Allemands craignant un débarquement allié sur les côtes méditerranéennes vont ordonner la destruction de ce merveilleux havre de paix. Le colonel commandant la place militaire de Carcassonne, souhaite que l'axe donnant sur la route de Narbonne soit dégagé, afin de contrer l'avancée des troupes alliées. Des Carcassonnais sont alors réquisitionnés, mais aucun d'entre-eux ne souhaite vraiment raser ce magnifique jardin. C'est sous la contrainte que la municipalité devra se plier aux exigences de l'occupant. Les micocouliers, les saules pleureurs et autres arbustes remarquables disparaissent à jamais, tout comme les bassins et le superbe kiosque à musique. Dans le boulevard entourant le square, des tranchées anti-char sont creusées. Voilà le triste spectacle de cet été 1944 !

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Le square après le départ des Allemands

Certains éléments du décor seront mis à l'abri et sauvés par les municipaux. Deux statues : Mercure et La France blessée. La première se trouve actuellement dans la cour du musée des beaux-arts ; la seconde au cimetière Saint-Michel. D'autres, comme les balustres en pierre de Beaucaire, se trouveraient chez un particulier dans le quartier du Païchérou. Peu de choses, en somme. 

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En revanche, la double rangée de platanes plantée en 1859 a résisté à la destruction du square. Vous pouvez encore l'admirer de nos jours, elle est vieille de 159 ans ! Au moment de la démolition, le colonel Allemand demanda avec insistance à Roger Gayraud, chef des services techniques de la mairie, que l'on active l'abattage des platanes. L'employé communal trouva alors un subterfuge afin de l'empêcher. Il rétorqua à l'officier que le S.T.O (Service du Travail Obligatoire) avait considérablement diminué ses effectifs et que, par voie de conséquence, la vitesse d'exécution s'en trouvait altérée. M. Gayraud fit valoir que l'on ne pouvait répondre aux souhaits de l'autorité militaire avec pour seule main-d'œuvre, des retraités diminués par les restrictions alimentaires. Le débarquement en Provence n'ayant eu lieu que 4 jours avant le départ des troupes Allemandes, l'affaire en resta là. 

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Désormais, lorsque vous passerez sous les ombrages des platanes du square Gambetta, vous aurez sans doute une pensée émue pour Roger Gayraud.

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20/04/2018

La dernière séance du cinéma le REX, rue de la liberté

De tant de salles de cinéma que comptait encore le centre-ville de Carcassonne il y a 30 ans, il ne restera bientôt plus rien. Le Colisée, jusque-là exploité en salle d'art et d'essai, va définitivement fermer le 30 juin prochain. Voilà un nouveau coup dur porté à l'activité, jadis si rayonnante, du centre-ville.

Le REX

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© Ministère de la culture

Après l'expulsion des religieux du Couvent des Carmes en 1880, un pensionnat s'installa dans l'actuel Évêché. L'incendie survenu dans la première décennie du XXe siècle à cet endroit fut d'une violence inouie. Les flammes pénétrèrent dans l'église des Carmes par la porte de la sacristie. Le bâtiment du pensionnat revint à la paroisse St-Vincent. Il abrita une société de gymnastique, le catéchisme mais surtout une vesta salle de concert. C'est là qu'on entendit les oeuvres jouées par la Société des concerts symphoniques dirigée par Michel Mir. Ensuite, le cinéma muet remplaça le cinématographe; la salle servit au cinéma catholique jusqu'au mois d'août 1914. Pendant la guerre, on y entreposa des sacs de grains. En 1918, une association d'éducation populaire fit modifier la salle; le cinéma catholique devint L'idéal cinéma. La fin du cinéma muet tua l'Idéal cinéma, remplacé par le Rex. Le parlant arriva à Carcassonne et deux grandes firmes se partagèrent le gâteau: La Western Electric et La Gaumont. L'Odéum opta pour la première et le Rex, pour la Tobis. Les premiers films parlant à Carcassonne furent La chanson de Paris, Le collier de la reine et Le chanteur de jazz avec Al Johns.

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Marcel-Yves Toulzet et Jean Marais

Le REX fut administré par par M. Toulzet. Dans un article de 2009, Claude Marquié rappelle cette anecdote de Me Clément Cartier - ancien président du Ciné-Club - au sujet des projections au Rex.

"Tous les films étaient préalablement visionnés par un prêtre censeur. Les scènes jugées scabreuses (baisers langoureux ou prêtres louchant sur des jeunes filles) étaient systématiquement coupées."

Le projectionniste enlevait au ciseau les scènes censurées et conservait les bouts de pellicules dans une boite, prévue à cet effet. Si on devait procéder de la sorte aujourd'hui, la durée de certains films n'exercerait pas 10 minutes... Cela révèle au moins certaines pratiques d'un autre âge.

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Au début des années 1980, l'Association diocésaine audoise qui était propriétaire des locaux ne souhaita pas renouveler le bail du cinéma Rex. On détruisit à l'intérieur de la salle plus de cinquante années de souvenirs cinématographiques, afin de réaliser trois étages de bureaux pour l'évêché. Le balcon fut arraché ainsi que l'écran, les insonorisateurs, etc...

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Les ferrailleurs emportèrent tout. L'arrière-cour sera quelques temps après; aménagée en un parking et un jardin. Ainsi se termina la belle aventure d'un cinéma mythique de Carcassonne... un de plus sur la longue liste.

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L'ancien REX, rue de la liberté

Sources

La dépêche du midi / août 1983

La dépêche / 2009

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15/04/2018

Des juifs réfugiés à Lagrasse, sauvés des nazis par un couple de boulangers

Après l’armistice de juin 1940, le gouvernement de Vichy soucieux d’assurer la police sur le territoire prend en charge le sort des réfugiés, elle les regroupe dans divers camps, dont celui de Rivesaltes qui avait accueilli les Républicains espagnols fuyant la dictature franquiste. Dans l'Aude en 1942, il existe trois camps placés sous l'administration du Groupement de Travailleurs Etrangers. Il emploie ces réfugiés à différentes tâches pénibles. Certains travaillent à la mine de Salsigne, d'autres à casser des cailloux pour refaire les routes. Chaque G.T.E porte un numéro : GTE 145 à Axat dirigé par M. Parayre compte 110 Espagnols, 1 Allemand, 1 Russe qui sont employés aux mines. GTE 318 à Bram dirigé par M. Foulquier compte 263 personnes dont 43 juifs (193 Espagnols, 7 Polonais, 16 Allemands, 10 Hongrois, 19 Roms, 7 Sarrois, 11 autres) employés aux mines. Enfin, le GTE 422 dirigé par le milicien Jean Tricoire compte 737 personnes (711 Espagnols et 26 juifs) employés dans la Sylviculture et l'industrie ; son siège est à Carcassonne, 44 rue Voltaire.

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Le village de Lagrasse, au cœur des Corbières

Le lieu où sont encasernés les juifs lagrassiens est un ancien couvent qui appartenait à une institution religieuse : «  Les sœurs de Nevers  ». Il y a là des médecins, des avocats, des enseignants, etc…bref que des gens aptes à casser des cailloux. Quand le père de Robert rentre le soir il est accablé : «  Les pauvres gens ! ». Il parle avec eux, certains lui racontent leur parcours et ce qu’ils ont subi. Savent-ils ce qui les attend ? "Il y a aussi un dentiste, un nommé Weissler. Il a ramené d’Allemagne l’outillage nécessaire, dont une fraiseuse à pédale. Il plombe mes dents cariées selon une méthode allemande : une seule séance de vingt minutes environ. Et ça tient ! Parmi ces hommes il y a un certain Wang, 24 ou 25 ans, ingénieur. Blond aux yeux bleus, c’est le parfait aryen. Il sait jouer du piano. Comme la jeunesse de Ribaute organise des petites soirées pour mettre un peu de bleu dans les esprits, on va demander à l’officier de gendarmerie qui a la haute main sur le G.T.E. d’autoriser M.Wang à se rendre à Ribaute pour jouer du piano. Instrument rare à Ribaute. Celui de Mme Rouger ? Il s’y met, trois arpèges et : « C’est une vieille casserole », il dit en français. Celui de Ginette Gibert fera l’affaire.Trois de ces juifs sont logés à Ribaute, dans une vieille maison réquisitionnée, située près de l’église, un couple et son fils d’à peu près mon âge ( 18 ans ). Tous les jours ils doivent se rendre à Lagrasse ( à pied ) pour attester de leur présence et travailler. On les croise quelquefois lorsqu’ils se promènent le long de la rivière. On se dit bonjour…"Un matin de la fin août 1942 ma mère entre brusquement dans ma chambre et me dit : « Les gendarmes frappent à la porte de ces gens !». La fenêtre de ma chambre s’ouvre sur l’impasse où se trouve la maison. Dans l’entrebâillement des volets j’ai vu le brigadier de gendarmerie entrer dans la maison accompagné d’un gendarme. Pas même cinq minutes après ils en ressortaient, mais accompagnés des trois habitants. Le brigadier ferme la porte à clé. Ils passent sous ma fenêtre. Les deux hommes portent chacun une valise. La femme sanglote. Le fils baisse la tête. Seul le père se rebiffe et proteste . Le brigadier le sermonne sèchement. Tous ces juifs partiront le jour-même pour Drancy, d’où ils repartiront le 28 août dans un train aux portes plombées en direction d’Auschwitz."

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Agnès, Lucien Bertrand et leurs enfants

Dans ce camp de Lagrasse, une centaine de juifs cassent des cailloux sous le contrôle des Ponts et Chaussées. Autour de la popote commune au foyer de Lagrasse, les femmes organisent des séances récréatives. Il y a la jeune Paule Nieger, d'origine allemande, qui ne sait pas ce qu'est devenu son mari. Elle chante des extraits de l'opérette "l'Auberge du cheval blanc" avec une certaine Lily, future Mme Devèze qui s'illustra plus tard comme interprète et conférencière la Cité. Un soir du mois de mai 1944, la panique envahit le camp qui est dirigé vers Bram. Paule et son ami Martin ont réussi à fausser compagnie aux Allemands et aux Miliciens venus les arrêter. Ils cherchent de l'aide chez le commandant de gendarmerie, le médecin de Lagrasse. Sans les rejeter, ni les dénoncer aucun ne souhaite prendre le risque de les cacher. Paule Nieger se souvient alors du boulanger... Agnès Bertrand en l'absence de son mari, leur propose d'en discuter avec lui et de revenir dans deux heures. A bout de ce laps de temps interminable, Lucien Bertrand leur offrit de les cacher dans une pièce au-dessus du four à pain : "Nous ne voulons pas d'argent, ni maintenant, ni jamais. Si nous pouvons vous aider, ce sera notre récompense".

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© corbières-matin.fr

L'ancienne boulangerie de Lagrasse

 Pendant neuf mois, malgré de nombreuses incursions Allemandes dans le village, le secret fut bien gardé. Ginette, Jeanine et Suzanne, les trois enfants des époux Bertrand furent mis dans la confidence... C'est l'un d'entre eux qui sauva Paule et Martin, car la Milice qui était sur les traces d'un résistant nommé Crémade fit irruption dans la boulangerie. La jeune enfant présente dans la boutique s'écria : "Crémade ? Mais je le connais ! Je l'ai vu partir vers Tournissan." Ainsi, la maison ne fut pas fouillée. A la fin de la guerre, le couple d'Israélites après avoir monté un magasin de tissus à Carcassonne, s'exila aux Etats-Unis en 1953. Les enfants se sont mariés... Ginette a épousé Robert Guilhem (quatre enfants) ; Jeanine avec Jean Assens (deux enfants) et Suzanne avec Louis Rey, buraliste à Lagrasse.

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© Yad Vashem

Lucien Bertrand est décédé en 1960

Les époux Bertrand reçurent chaque année une photo-souvenir postée de Cincinnatti avec de nombreux cadeaux de la part de Paule Neiger et de Martin Tattmar. La dédicace portait à chaque fois ces mots : "En souvenir à nos plus chers, vous, toute la famille Bertrand."

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© Yad Vashem

Paule et Martin Tattmar

Le 29 juillet 1968, l'Institut Yad Vashem de Jérusalem décerna à Agnès et Lucien Bertrand le titre de Juste parmi les Nations". C'est le mardi 8 mars 1972 qu'Agnès Bertrand reçut à Paris des mains de l'Ambassadeur d'israël en France la Médaille des Justes. 

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© Yad Vashem

Son excellence l'Ambassadeur Masher Ben Nathan

Aujourd'hui encore le souvenir du courage des époux Bertrand et de leurs filles est matérialisé par une plaque apposée sur l'ancienne boulangerie du village.

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"Celui qui sauve une vie, sauve l'humanité toute entière"

(Coran 5.32 et Talmud Chapitre 5. Mishna 5)

Sources

Notes, synthèse et recherches / Martial Andrieu

Souvenirs de M. Anguille

Comité de Yad Vashem

Midi-Libre / 8 mars 1972

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11/04/2018

Guide à la Cité de Carcassonne. Quel métier de sportif !

Les qualités indispensables à l'exercice du beau métier de guide à l'intérieur de notre cité médiévale, peuvent se résumer dans cette cette locution latine : "Mens sana in corpore sano". Il paraît évident à tout un chacun - enfin, nous l'espérons - qu'un guide possède une tête bien faite et bien pleine pour transmettre aux visiteurs la science de l'histoire. Qu'en est-il du défit physique auquel sont confrontés quotidiennement les arpenteurs de nos remparts ? Voyez plutôt... Ce sont des milliers de marches à monter et à descendre pour accéder aux tours qu'ils affrontent chaque jour, des portes à ouvrir et à fermer, des kilomètres à parcourir parfois sous une chaleur accablante en été. Ils doivent se poiler de rire devant leur téléviseur, lorsqu'on applaudit aux exploits de quelques vedettes pailletées dans l'émission Fort Boyard. 

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MM. Roméro, Goroix et Régnier en 1967

Aujourd'hui, nos chers guides se sont débarrassés de leur costume de fonction. Ils peuvent en période estivale s'habiller à leur aise avec un short et des manches courtes. En 1967, ils étaient six hommes dirigés par leur chef Marc Robin, en fonction depuis 1954. On peut citer MM. Roméro, Goroix, Régnier, Balmigère et Camilli. Six guides pour 2687 visiteurs le week-end de Pâques en 1967. Combien sont-ils en 2018 alors que le chiffre des entrées est nettement supérieur ? La visite durait 45 minutes, depuis le musée jusqu'au tour des remparts. Le monument étant ouvert toute l'année, ils travaillaient tous les dimanches sans relâche, leur seul jour de repos collectif était le 14 juillet, ou la Cité n'est pas accessible au public à cause de l'embrasement. Après le décès de M. Embry, la vieille ville s'est retrouvée sans guide-conférencier. Jacques Houlet, directeur de la Caisse des Monuments Historiques décida de nommer Alain George en 1964. C'est ensuite Jacques Devèze, le fils de Lily, qui lui succéda. 

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© La dépêche

Le métier de guide à Carcassonne a nettement évolué... Ne vous y trompez pas, la rentabilité d'un service rendu au public est devenu un axe majeur de la politique du Centre des Monuments Nationaux. Comme à Carrefour, où les hôtesses de caisse sont remplacées par des automates, le guide est concurrencé par l'audio guide. Prenez le plan, l'appareil auditif et démerdez-vous ! Toutefois, vous disposez encore du choix de visite avec un guide patenté. Comment le reconnaître ? Tâtez-lui les mollets ! Lui seul, a la cuisse et le mollet aussi ferme que la pierre qu'il gravit chaque jour.

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06/04/2018

L'époque où l'on fabriquait des bérets Basques à Carcassonne...

Entre les deux guerres, l'ensemble de la Haute-Vallée de l'Aude connaît une période de quasi plein emploi grâce à ses usines de chapeaux. A la veille de la grande crise économique de 1929, les différentes sociétés chapelières de l'Aude vont se regrouper afin de mutualiser leurs efforts. De cette restructuration du paysage industriel vont émerger trois nouvelles enseignes. En 1928, la société Canat et de la Chapelle de Couiza s'allie avec les établissements Jean Peille d'Espéraza pour devenir l'I.C.A (Industrie Chapelière de l'Aude). La même année, les usines Villa d'Espéraza et de Couiza fondent l'U.C.F (Union Chapelière Française) ; nous allons en reparler. Enfin, l'année suivante Jean et Baptiste Bourrel s'associent et prennent le nom d'Etablissements Bourrel réunis.

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Publicité dessinée par le peintre Jean Camberoque.

Cet accroissement des débouchés a été momentané et dû au développement brusque des importations des Etats-Unis. Mais la crise de 1929 est venue arrêter brutalement cette expansion. En 1927, ce sont 3 017 127 de cloches à chapeaux qui étaient exportées depuis la Haute-Vallée. Ce chiffre passa à 9 161 787 en 1929. Après la Seconde guerre mondiale, on n'en compte plus que 368 226.

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L'Union Chapelière Française est fondée par M. Villa d'Espéraza le 30 juillet 1928, suivant statuts déposés chez Me Escarguel, notaire à Carcassonne, le 17 juillet 1928. Son siège social se trouve à Paris, mais son usine s'implante à Carcassonne au n°33 de la rue Alfred de Musset.

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A partir de 1950, la crise chapelière a pour effet de ne plus pouvoir proposer de travail, car il lui impossible de renouveler son personnel. C'est 60% des moins de 21 ans qui quittent Espéraza et Couiza en direction de Quillan et Limoux, villes dans lesquelles de nouvelles industries se créent. Cinq ans plus tard, il ne reste plus que trois fabricants de cloches. Le COFIC fait transformer par l'I.C.A et l'U.C.F les matières premières qu'elle achète. Après la faillite de l'U.C.F, seule l'I.C.A exécutera ce travail.

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A l'arrière de l'église du Sacré-Cœur, l'usine des bérets avec sa cheminée

La faillite de l'Union Chapelière Française intervient le 26 mars 1955 pour défaut d'intérêt de masse. A dater du 7 novembre 1958, l'affaire d'Henry Villa est rachetée par Raoul de Rochette demeurant au château de Gaja près de Carcassonne. Il acquiert un fonds de fabrication et de vente de bérets avec la contremarque Perly pour 90 millions de francs, à la Société Union Chapelière Française représentée par Pierre Azéma, président du Conseil d'administration.

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En 1974, la cheminée de l'ancienne usine des bérets qui culminait à 26 mètres au-dessus du quartier de la Pierre Blanche, est abattue. Les bâtiments sont alors transformés et deviennent la propriété de la société textile Sermo qui s'en servira d'entrepôt.

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Les bâtiments de l'usine sont aujourd'hui occupés par un bowling. Il ne reste plus que les toits pour matérialiser encore le passé industriel de ce lieu oublié qui fit vivre de nombreuses familles d'ouvriers.

Sources

Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

Revue d'économie méridionale / 1959

Bulletin des annonces civiles et commerciales

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02/04/2018

Mgr Jean Joseph Pays (1882-1951), évêque de Carcassonne

 Né le 7 janvier 1882 à Julos (Hautes Pyrénées), Jean Joseph Pays n'avait pas été élevé avec une cuillère en argent dans la bouche. Ses parents étaient au contraire des travailleurs de la terre vivant très modestement, mais suffisamment pour arriver à nourrir dix enfants : "Ma première éducation familiale fut plutôt austère. Nous étions nombreux et plus riches de traditions honorables et chrétiennes que des biens de la fortune. Nos parents vénérés nous donnèrent en particulier l'exemple du travail, et de bonne heure aussi nous en firent prendre l'habitude. Notre père aimait à rappeler avec une pieuse confiance qu'il était né le même jour que Bernadette, le 7 janvier 1844. Lorsque j'eus fait ma Première Communion le 15 août 1892, M. l'abbé, comme nous appelions le pasteur de la paroisse, me demanda si je voulais étudier pour devenir prêtre. On fut bien vite d'accord, M. l'abbé, mes parents et moi-même." Une vocation familiale, puisque son frère sera le supérieur de la Congrégation de religieux attachés à la grotte de Lourdes.

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Jean Joseph Pays en 1940

Le 9 juillet 1905, après des études au Séminaire Saint-Louis des Français à Rome, Jean Joseph Pays est ordonné prêtre. Directeur du Grand Séminaire de Tarbes, sous l'épiscopat du cardinal Gerlier, Primat des Gaules et archevêque de Lyon, l'abbé Pays est nommé évêque de Carcassonne par le pape le 16 août 1932. Son prédécesseur Mgr Portes prendra ses fonctions à l'archiépiscopat d'Aix-en-Provence.

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Sacré le 7 octobre 1932 dans la Basilique du Rosaire à Lourdes, Mgr Pays est intronisé dans la cathédrale de Carcassonne le 27 octobre 1932. La République l'honore en 1949 en lui décerna la légion d'honneur, épinglée par le préfet de l'Aude M. Picard, en présence du Dr Philippe Soum, maire de la ville. Très vite, le nouvel évêque s'attache à connaître l'ensemble du département, visitant jusqu'à 8 localités par jour. En 1935 : 66 confirmations et 130 visites canoniques de paroisses. En 1936 : 85 confirmations et 120 visites. En 1937 : 69 confirmations et 130 visites. Même malade, il a tenu jusqu'en décembre 1950 : consécration de la cathédrale en novembre 1949, pèlerinage à Rome en mai 1950, pèlerinage diocésain à Lourdes en juillet, retraites pastorales en septembre, triduum de la Bienheureuse Javouhey en novembre à Limoux, ordination, etc. Concernant ses œuvres pour le département : Réorganisation des collèges de Carcassonne et de Narbonne, fondation de la Manécanterie Notre-Dame et de l'orphelinat Notre-Dame de l'Espérance, aménagements du Grand Séminaire et de la Maison de Béthanie.

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Mgr Pays sur son lit de mort

Le lundi 18 juin 1951 Mgr Pays s'atteint subitement à l'évêché à 8 heures du matin. Carcassonne va alors lui faire des obsèques grandioses, certainement à la dimension de ce personnage d'église. Elles ont lieu le jeudi 21 juin à 9h30, présidée par Mgr Saliège, archevêque de Toulouse. 

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A travers les rues du centre-ville, le cortège s'ébranle, comme ici place Carnot. Une foule immense le salue sur son passage. Dans la cathédrale, on remarquera la présence des R.P abbés des Cisterciens de Fontfroide et Saint-Michel de Cuxa, des Bénédictins d'En Calcat, des Trappistes de Sainte-Marie-du-désert. Les Vicaires généraux Rivière et Boyer accompagnés du Chancelier Cazemajou, aident le services religieux célébré par Mgr Garonne. Du côté des autorités civiles : MM. le préfet Picard, le secrétaire de préfecture Alexis Fabre, l'abbé Gau (député), Dr Henri Gout (ancien député), Francis Vals (Président du Conseil général), Itard-Longueville (Maire), etc. Les honneurs militaires sont rendus par un détachement du 24e R.I coloniale.

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La tombe de Mgr Pays dans le chœur de la cathédrale St-Michel

Le corps de l'évêque fut déposé dans la crypte du chœur le 22 juin 1951 à 16 heures. Il repose aujourd'hui aux côtés de ses illustres prédécesseurs et successeurs.

Sources

Notes, synthèse et recherches / Martial Andrieu

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