07/10/2017

Le nouveau parvis de la cathédrale Saint-Michel ne fera pas l'unanimité !

Tout a débuté il y a bientôt dix ans avec le plan de relance de Nicolas Sarkozy, dont les bâtiments classés Monuments historiques ont largement bénéficié. Carcassonne obtenait de la part de l'état, la restauration de la cathédrale Saint-Michel : réfection des toitures et des gargouilles, remplacement des pierres défectueuses. Le Grand orgue de Cavaillé-Coll entièrement révisé par le facteur Nicolas Toussaint a été béni par Monseigneur Planet, évêque de Carcassonne, le dimanche 24 septembre 2017. Quelle émotion que d'entendre pour la première fois résonner tous les timbres de ce merveilleux instrument ! Citons à ce titre l'excellent organiste Florent Mamet pour sa virtuosité.

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Depuis ce temps donc, notre joyau de l'art religieux Languedocien fait sa toilette. Ce chantier s'achèvera dans quelques semaines, avec l'inauguration d'un parvis devant l'entrée Est de la vieille dame. De mémoire, il n'y a jamais eu de parvis devant notre cathédrale, pas plus d'ailleurs qu'il y en a eu au Moyen-âge devant Notre-Dame de Paris. Quand on a déjà un joli square gazonné devant pour admirer la façade, a t-on besoin d'un parvis bétonné ? Là, est toute la question surtout lorsqu'on ne peut raser les immeubles autour pour offrir davantage de dégagement. Eh ! bien. Il semble que l'architecte des bâtiments de France et ses collègues du ministère de la culture aient vu les choses différemment.

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Les nouveaux lustres financés, choisis et placés par l'Etat dans la cathédrale

N'excluons pas sûrement quelques édiles de notre bonne ville qui ont dû participer à cette commission. Ont-il entrepris des recherches sur l'origine de la construction de ce square, bientôt transformé en parvis ? Si seulement, ils avaient eu l'heureuse initiative de nous le demander...

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© Ministère de la culture

Jusqu'à la première moitié du XXe siècle, le square faisant face à la cathédrale n'existait pas. Sur son emplacement s'élevaient des maisons d'habitation et la rue de la lune permettait de passer du boulevard Barbès à la rue Voltaire. Après la Grande Guerre, tout ceci fut rasé et resta en terrain vague. Il ne restait que les murs qui l'entouraient. Sur le boulevard Barbès, des baraques de photographes et de marchands s'adossaient à ce mur.

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© Ministère de la culture 

Chantier de restauration de la cathédrale en 1884

A l'occasion d'une grande fête commémorative, le 14 septembre 1919 à 9 heures sont dévoilées et inaugurées les plaques de marbre portant le nom des soldats de Carcassonne tués à l'ennemi, disparus ou morts sous les drapeaux en 1914-1918. Cette cérémonie à l'initiative du conseil municipal dirigé par M. Faucilhon (maire) se déroule dans la grande salle de la mairie. Ces plaques de marbre ont été démontées lors de la destruction de l'hôtel de ville au milieu des années 30. Nous parlons ici de celui qui se trouvait jusqu'en 1933 sur l'emplacement de celui que l'on nomme maintenant "Ancienne mairie". Quand il fut détruit, on décida de fixer ces dalles comportant les noms des poilus décédés au combat, contre le mur du square faisant face à la cathédrale. Elles s'y trouvent toujours avec le nom de mon grand-père... Il n'y a pas si longtemps, ce jardin fut baptisé "Square de l'armistice de 14-18 et de la capitulation nazie".

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Les enfants de Carcassonne "Morts pour la France"

En 1948, le futur square n'était donc qu'un terrain vague et les murs enserrant la cathédrale ne permettaient pas d'admirer le porche d'entrée, ni la façade. 

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© Martial Andrieu

Le terrain vague et la rue de la Lune vers 1945

Le 22 juin 1949 vers 11h45, le maire Philippe Soum donna symboliquement le premier coup de pioche afin d'abattre les murs enserrant la cathédrale. Ce projet avait échoué depuis près d'un siècle ; c'était au moment où Viollet-le-duc achevait le gros œuvre de la restauration de la cathédrale Saint-Michel. Là, l'ensemble des parties prenantes se sont entendues : M. Naudet (Architecte en chef des Monuments historiques), M. L'Archiprêtre, M. Soum (Maire de Carcassonne). M. Bourely, architecte des Monuments historiques, adressa à la Commission, un rapport qui reçut un avis favorable.

Il y a un projet beaucoup plus simple que ceux de Viollet-le-duc et Saulnier. Il consiste à abattre les murs entourant la cathédrale, sauf la partie subsistante des anciens remparts, notamment les murs de l'enclos appartenant aux Beaux-arts qui autorisent la ville à construire sur son emplacement et celui de la rue de la lune, un square qui réunirait le boulevard Barbès et la rue Voltaire. Ce projet revaloriserait un quartier de la ville. Saint-Michel n'a pas de porte... La porte était anciennement placée au nord (pour éviter le vent de cers). Elle a été murée par le Chapitre au début du XIXe siècle. La petite porte près de la tour n'est pas suffisante pour les cérémonies, notamment les sépultures. Quant à celle qui a été percée provisoirement par Viollet-le-duc en attendant un grand porche trop fastueux, ayons le courage de la regarder et d'avouer qu'elle ne ferait pas de réclame à un garage ou à une usine. Une table de communion cache de sa lourde masse, les cérémonies du chœur à un bon quart de l'assistance. La direction des Beaux-arts approuve totalement la réouverture de la porte du nord avec le déplacement de la chaire qui en est la conséquence, l'aménagement de la Sainte-Table, la construction à l'ouest d'une porte décente. Qui finance ?" (La Républicain / 25 octobre 1949)

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© L'indépendant

Le conseil municipal valide la construction du square le 3 novembre 1950. Les travaux débuteront en mars 1951. Peu à peu cet espace s'ornera des vestiges d'une fenêtre de la maison Grassialo et de la statue de Jeanne d'arc.

Le nouveau parvis

Comme nous l'écrivons en début d'article, la transformation d'un square verdoyant en parvis bitumé n'est pas du goût de tout le monde. Pour le moment, on s'exprime à voix basse mais nous n'avons rencontré personne pour sauter de joie.

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Un aspect du chantier ce samedi

Imaginez aujourd'hui, un espace bétonné au centre et un rétrécissement latéral supporté par des blocs de béton qui devraient accueillir des végétaux. C'est le parti pris de nos grands penseurs, alors même que la municipalité manifeste sa volonté de revenir au végétal. Deux exemples : le square Gambetta, le Jardin de la poste et le futur square Chénier.

Jeanne d'Arc privée de parvis ?

Selon les informations que nous avons recueillies auprès de la cathédrale Saint-Michel, la statue de Jeanne d'Arc sera mise dans le jardin du Chapitre. C'est-à-dire derrière le chevet de la cathédrale, là où personne ne la verra à côté de la Croix de mission. Cette statue avait été acquise par le chanoine Combes et placée dans une fenêtre donnant sur le boulevard Barbès, depuis l'actuel lycée privée St-François. C'est en 1972 qu'elle fut mise dans le square de la cathédrale, avec la plaque des réfugiés d'Alsace-Lorraine. Sera t-elle restaurée ?

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Jeanne d'Arc autrefois dans le square

Il se dit que le choix de pousser la fille de Lorraine à l'écart du parvis, serait dicté par la volonté d'exclure de sa vénération, les processions patriotiques du Front National. Mais chut... c'est pas correct de le dire. Barbès peu trembler à deux pas de là, car les vénérations communistes... Nous qui ne vénérons que le patrimoine, sommes marris.

Sources

Léon Riba / Carcassonne. Ses places, ses rues / 1951

Le Républicain / Octobre 1949

Programme des fêtes de l'armistice / 1919

Recherches, notes et synthèses / Martial Andrieu

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30/06/2017

Simone Veil s'était réfugiée près de Carcassonne en juin 1940

Depuis ce matin, les hommages se multiplient après l'annonce du décès de Madame Simone Veil, ancienne ministre de la santé et Présidente du parlement européen. Tout le monde sait bien qu'avant la loi sur l'Interruption Volontaire de Grossesse qu'elle défendit à l'Assemblée Nationale, les femmes n'avaient que des aiguilles à tricoter à s'introduire dans le vagin pour stopper une maternité non désirée. Que beaucoup d'entre elles mouraient d'hémorragies. Que les faiseuses d'anges passaient devant les tribunaux et que certaines étaient même guillotinées. Que d'autres plus fortunées, allaient se faire avorter dans des pays où la pratique était légalisée. Que la majorité des filles mères gardaient leur enfant en l'abandonnant devant les églises ou les maternités, ou bien étaient mises à la rue par leurs familles, se considérant déshonorées. Madame Veil mit ainsi fin à bien des drames sanitaires et sociaux, non sans créer un vif émoi dans les milieux conservateurs et religieux.

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Simone Veil née Jacob arrêtée à Nice par la Gestapo en raison de sa religion juive, sera envoyée à Auschwitz avec sa mère et sa sœur. Son père et son frère, dans un camp en Estonie. Seule la jeune Simone et sa sœur reviendront vivantes de cet enfer. Dans une interview accordée au Mémorial de la Shoah, Simone Veil raconte pendant près de trois heures ce passé qui la tourmente. Nous avons relevé le passage concernant son séjour près de Carcassonne.

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Le 10 juin 1940, l'Italie de Mussolini déclare la guerre à la France. A Nice où vivent les Jacob, le père de Simone est un homme posé et clairvoyant. Il n'a qu'une peur ; c'est qu'une fois l'armistice signée, les Italiens ne revendiquent l'ancien comté de Nice et éventuellement la Savoie. "Mes enfants Italiens ? Jamais ! s'exclame t-il." Pensant les protéger de ce péril, il les envoient par le train rejoindre ses oncles et tantes. Ces derniers ayant fui Paris depuis l'invasion de la France par les troupes Allemandes, s'étaient réfugiés dans un village à côté de Carcassonne. Dans les souvenirs de Simone Veil, elle arrive le 15 ou 16 juin 1940 dans cet hôtel près de Carcassonne. Là, pendant trois ou quatre jours, elle vit entassée avec ses oncles et ses tantes. Les gens déracinés pleuraient et l'angoisse se faisait encore plus vive. C'était un lieu où se trouvaient beaucoup de réfugiés Belges. L'atmosphère pesante contrastait avec le bel été chaud qui s'annonçait. Finalement, la crainte d'une séparation encore plus longue avec ses parents amena les oncles et tantes à la renvoyer à Nice. Le téléphone fonctionnait encore... Eux, souhaitaient trouver le moyen de rejoindre l'Angleterre. Simone avec sa sœur et son frère rentra sur la côte d'azur où un effroyable destin l'attendait avec sa famille.

Peut-être ne saurons-nous jamais dans l'hôtel de quel village, Simone Veil a séjourné. Je pencherais pour Bram, qui fut un lieu de rassemblement important pour les réfugiés de Belgique à cette époque. 

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27/06/2017

Jean-Marc Savary, l'homme qui murmure à l'oreille des livres depuis 32 ans...

Ce Carcassonnais renverse les montagnes, bouscule les préjugés et finalement arrive à se faire une place dès 1985 en créant sa maison d'édition "Liber Mirabilis" dans la capitale audoise. Tout ceci bien entendu au prix d'une énergie comparable à dix fois la puissance de la bombe atomique lancée sur Hiroshima. Car à Carcassonne, il faut bien cela si l'on n'est pas le fils de ou l'encarté d'un parti politique... Aujourd'hui, pour relancer un centre-ville commercialement moribond il faut des moteurs à explosion venant de la sphère privée. Oui, car les subventionnés vivent pépères avec un argent public bien souvent accaparé pour eux même ; il parlent de solidarité mais au final ne comptent pas partager, ce qu'une collectivité généreuse leur octroie. 

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Alors, comme tout électron libre et indépendant, Savary le gêneur lance de nouveaux défis. C'est le loup de la fable de Jean de la Fontaine, qui n'envie pas le chien repus mais attaché. Il aime sa ville et son beau pays d'Aude à l'instar d'un Jean Girou, précurseur du tourisme local dans les années 30 et que l'on a remercié avec un coup de pied au derrière. Du coup, sa bibliothèque et ses tableaux sont partis en héritage à Toulouse et Montpellier. Savary entend bien relancer le commerce de la vieille bastide avec une approche artistique et littéraire. Déjà, depuis quelques semaines, il a fait copain avec le caviste de la rue Tomey, chez lequel on distille lectures et causeries autour d'un vin des Corbières. Bientôt un mariage ! Les bancs viennent d'être publiés à l'entrée de la mairie. Samedi 1er juillet 2017, Jean-Marc Savary inaugure sa vitrine dans la rue Albert Tomey. A cette occasion, l'artère sera bloquée à la circulation toute la journée afin d'y faire place nette aux écrivains et artistes en tous genres. 

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Liber Mirabilis, 39 rue Tomey

"J'ai loué ce local fermé depuis dix ans afin d'y installer mes bureaux. Il n'y avait que le Canard bleu, le caviste du coin chez qui nous organisons maintenant des lectures et des débats. Aux squatteurs et autres dealers, nous avons dit d'aller jouer ailleurs. Ainsi, nous reprenons possession de cette partie de la rue jusque-là mal famée, car des artistes peintres vont bientôt s'y installer."

A l'évidence, nous assistons à une renaissance de ce quartier grâce à des hommes de bonne volonté. Nous citerons la grande philosophe Linda de Suza qui chantait : "Un enfant peut faire chanter le monde, un seul homme peut le faire pleurer." Eh ! bien, disons que Savary est ce gosse qui vit encore sa passion en tentant dans le bon sens, de contaminer les autres. En regardant dans le rétroviseur, nous allons nous arrêter sur les débuts de l'homme qui murmure à l'oreille des livres.

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Savary n'a que 22 ans en 1985 lorsqu'après son service militaire dans les Commandos, il s'interroge sur son devenir professionnel. Bien que son penchant aille vers le journalisme, sa situation de demandeur d'emploi ne le satisfait guère. C'est alors qu'une idée le prend, celle de créer un salon du livre à Carcassonne. La salle du dôme inaugurée quelques temps plus tôt, ressemble à une coquille vide. On ne s'y presse pas pour y organiser des évènements. Savary obtient une audience auprès du maire Raymond Chésa et avec le soutien de son adjoint à la culture, Jacques Albarel, il organise le 1er salon du livre de Carcassonne. Enfin, un soutien mesuré... Il paiera la salle et ne recevra pas de subventions ; le maire souhaite juger le petit afin de voir de quoi il est capable. 

"Tu comprends, me dit Raymond, quand je donne 1 franc dans le sport cela me rapporte une voix. Quand je donne 1 franc dans la culture, cela me rapporte 1/2 voix. Finalement, il eu raison puisqu'il a été élu à quatre reprises, souligne Savary avec amusement."

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Roger Hanin et Michel Sawas en 1985

Ramon de la Trivalle ne va pas être déçu. Jean-Marc Savary attire à Carcassonne du 9 au 10 novembre 1985, cinquante exposants et une quarantaine d'éditeurs parmi les plus prestigieux : Grasset, Gallimard, Loubatières, etc. Mieux encore, il se cherche un parrain pour le salon.

"J'avais entendu parler de la polémique lancée au sujet du livre de Roger Hanin, qui était le beau-frère de François Mitterrand. Il était un peu chahuté et fâché par cette situation. J'ai tenté d'en tirer un avantage en l'invitant comme parrain de mon salon. C'était un peu gonflé car je ne le connaissais pas. J'ai passé plusieurs coup de fil chez Grasset (sa maison d'édition) à Paris en expliquant ma démarche avec le culot de mes 22 ans. On dit me qu'il est en ce moment sur le tournage du film "Soleil" avec Sophia Loren. A force d'insister, on finit pas me le passer. Avec mes arguments, je lui fais ma proposition. Un blanc, au téléphone. Puis, il me donne son accord. C'est ainsi que Roger Hanin vint deux jours à Carcassonne.

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Dédicace à J-M Savary

Ce salon eut un succès retentissant, car hormis Paris, ce fut l'un des premiers a être organisé en province. Si l'aventure ne s'était pas arrêtée en 1995, Carcassonne n'aurait rien à envier à Brive.

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Affiche de Sophie Rocco

L'année suivante, le salon attira 60 exposants à la salle du Dôme avec pour parrain, l'ancien flic Roger Borniche. L'acteur Alain Delon devait figurer parmi les invités, mais il n'a pas pu trouver de ligne aérienne entre Paris et Carcassonne. C'est Fréquence Cabardès qui relaya sur les ondes radio, toute l'actualité du salon.

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© Droits réservés

R. Borniche dédicace "L'affaire de la môme Moineau"

Le 3e salon du livre du 21 au 22 novembre 1987 réunit 8 éditeurs étrangers, avec l'exposition de 60 incunables de la première bibliothèque ésotérique du monde d'Amsterdam. En relais avec le salon, le public put assister à 8 conférences et diaporamas au Théâtre municipal sur des sujets tels que Monségur, les bâtisseurs de cathédrales, le Celtisme, le compagnonnage avec François Iché. Henri Tort-Nouguès - Grand maître de la Grande Loge de France - vint parler de Franc-Maçonnerie.

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Qui dit salon du livre, dit tête d'affiches... Ici, Amanda Lear goûte aux joies de la Blanquette de Limoux. Arthur Conte présenta son nouveau livre, tout comme Léo Campion (1905-1992). Le samedi soir, une pièce de théâtre "Vittorio" de Paolo Pasolini créée pour l'évènement, fut jouée au théâtre municipal.

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Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin à Carcassonne. Quand Chésa se brouilla avec son adjoint à la culture Jacques Albarel en 1992, le carrosse qui amenait Savary se transforma en citrouille. On ne peut pas dire, comme dans la Comédie humaine de Balzac, que le vieux Raymond avait donné une peau de chagrin au jeune fougueux. Alors, petit à petit, on déplaça le salon tel un SDF, de centres d'accueil en centres d'accueil, du Dôme vers l'Hôtel de la Cité, l'hôtel Terminus, l'hôtel du Donjon pour finir à la chapelle des dominicains en 1995 ; de 5000 m2 à 300 m2. Ainsi s'acheva le Salon du livre de Carcassonne qui migra vers Cordes-sur-Ciel au moment où Paul Quilès - ministre de Mitterrand - remporta la mairie.

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Notons au passage que Quilès à qui Mitterrand cherchait un point de chute, souhaitait se présenter aux municipales de 1995 sous la bannière socialiste. Les barons du Ps local qui régnaient sans partage sur l'Aude, firent comprendre à tonton que l'ancien ministre des PTT n'était pas le bienvenu. On lui préféra donc Jacques Arino qui finit par se ramasser. Paul Quilès fut élu à Cordes-sur-Ciel où sans augmenter les impôts, il multiplia par quatre le budget de la commune. La petite bastide Tarnaise c'est quand même autre chose actuellement, que les épées en plastique de Carcassonne...

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16/06/2017

Le compositeur Jacques Charpentier est décédé hier matin à l'âge de 83 ans

C'est avec une grande émotion que j'ai appris hier, le décès du compositeur et organiste Jacques Charpentier. Il s'était fixé à Carcassonne depuis les années 1960, après plusieurs collaborations musicales avec son ami Jean Deschamps, dans le cadre du Festival d'Art dramatique de la Cité. Il avait notamment composé la musique pour la pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre "Les mouches". Inutile que je revienne sur la carrière de Jacques Charpentier, pour laquelle nous avons consacré de nombreux articles sur ce blog. Disons que cet homme affable et abordable faisait honneur à ceux avec lesquels, il s'abandonnait à parler de musique. J'en fus et à ce titre, les moments hélas trop courts que j'ai passés avec lui, furent en tous points délicieux. Sa préface dans mon ouvrage biographique de Paul Lacombe, restera à jamais d'une inestimable valeur. Que dire de plus quand un homme, qui fut la tête pensante et créatrice de la musique nationale au sein du ministère Malraux, accepte de préfacer votre ouvrage ?

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© DDM

Jacques Charpentier voulait que l'on joue sa musique et qu'elle soit reconnue avant sa mort. A plusieurs reprises, il me confia ses craintes ; il faisait un parallèle avec le devenir de celle de Paul Lacombe. Que son unique opéra "Béatrice de Plannisolas" sur un livret en occitan de René Nelli, n'ait été jamais représenté à Carcassonne, le tourmentait. En 2013, il s'empressa de m'annoncer l'attribution d'un Diapason d'or pour l'exécution de ses Etudes karnatiques par un pianiste Allemand. Il était en droit d'attendre quelque chose de la part des municipalités de Carcassonne sur le plan culturel, mais n'avait plus guère d'illusions.

 Un jour, je dis à Chésa que je connaissais très bien.

- Pourquoi donc, fais-tu un Festival pareil ?

- Pourquoi, me répondit-il, tu n'aimes pas ?

- Ce n'est pas un Festival, ça ! 

- Tu comprends, ça fait venir du monde.

 - Dans ce cas, je te conseille de le remplacer par un festival de la pornographie. Tu en auras encore davantage.

Chésa est allé bouder dans son coin...

Les inflexions programmatiques du Festival le rendaient furieux : "Ah ! Si Deschamps voyait ça". Le pire c'est quand sur un coup marketing, la mairie annonçait en 2015 les 10 ans du Festival de Carcassonne. Lui, plus que tout autre, savait que Jean Deschamps était à l'origine du Festival qui débuta dans les années 60. D'abord, ce n'est pas un Festival, disait-il. Car, il n'y a pas de thématique et on ne peut pas se prévaloir de ce titre.

"J'habite rue Denisse à deux pas de la place Carnot, me disait-il. En été, je suis obligé de fermer mes fenêtres pour ne pas entendre le bruit assourdissant des sonorisations. J'aime la musique populaire, mais en France elle n'existe plus."

Il n'était pas tendre non plus avec la politique culturelle du gouvernement Hollande. "Ils sont en train de détruire tout ce que l'on avait mis en place avec Malraux : Les centres culturels, les conservatoires, les orchestres nationaux, les Jeunesses musicales de France, etc." 

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On n'était pas ami avec Jacques Charpentier, c'est lui qui voulait que vous le soyez. Cela fait une sacré différence dans ce pays où les gens se disent l'ami de quelqu'un, alors qu'ils ne le connaissent que depuis 5 minutes. Carcassonne a perdu un homme de grande valeur qu'elle n'a pas su utiliser, comme d'ailleurs beaucoup de talents et de belles choses qu'elle possède. Soyez assurés qu'ils seront tous présents mercredi 21 juin à 16 h à la cathédrale St-Michel pour ses obsèques. Après tout, ce serait bien là la moindre des choses, non ?

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10/06/2017

Hommage à Jeannot Lapasset (1946-2017)

Avec la disparition de Jean Lapasset à son domicile vendredi dernier, après une longue maladie, s'éteint le dernier d'une génération de cafetiers brandissant l'amitié et la serviabilité comme étendard. Le café des Négociants c'était le café Lapasset, tellement le nom de cette famille marqua de son empreinte le cœur des Carcassonnais de toutes les générations. Pour preuve, malgré la vente de l'établissement en 2008 et son changement d'enseigne, on désigne toujours l'endroit comme étant chez Lapasset. L'ancien siège de l'USC, de la boule tapageuse, des jeunes lièvres, du FAC, etc. Autant de rires, de tapes dans le dos, de bons gueuletons entre amis avec la caserne Laperrine et ses bisasses du 3e Rpima. Combien de troisièmes mi-temps, les jours de défaites comme les jours de victoires ? Combien de lotos et de canards gras gagnés ? Au-delà de la perte physique de Jeannot Lapasset, c'est toute la bibliothèque immatérielle de ce lieu qui vient de brûler. Cette richesse lui avait été léguée par son père René, en même temps que le café. Notre devoir était d'en sauver un peu la mémoire. C'est ce que je fis en 2010 quand il me reçut à son domicile, en m'ouvrant ses souvenirs photographiques. Cet homme avait à la fois la force d'un chêne et le cœur d'un poète ; c'est d'ailleurs ce qu'il y a de remarquable chez les rugbymen. Nous n'allons pas être tristes, car l'homme aux belles bacchantes avait pour habitude de les sublimer d'un sourire. Nous allons simplement rappeler l'histoire de cette famille et de ce qu'elle apporta à la vie de notre ville.

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© Collection Martial Andrieu

Tout commence en 1905 avec Jean Lapasset qui après avoir quitté Paris achète les trois cafés de la place d'armes (Aujourd'hui Général de Gaulle) pour n'en faire qu'un seul. Il le baptise "Grand café des négociants" en raison des nombreux courtiers en vins de passage les jours de foire, sur le boulevard Barbès.

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© Collection Martial Andrieu

Dans les années 1920, les clients et amis du café posent autour de Jean Lapasset. Le charisme du patron emporte l'adhésion des clients. Ce sont des négociants en vins qui les jours de foires, finalisent leurs affaires autour du zinc. 

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© Collection Martial Andrieu

Jean Lapasset passe ensuite la main à son fils unique René en 1930, surnommé amicalement "Luigi". Ce dernier fit les beaux jours d'une ASC qui jouait jusque dans les années 30 à XV, au poste de talonneur. 

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© Coll. Jean Lapasset

René Lapasset jouait à l'ASC

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© Coll. Jean Lapasset

René Lapasset s'était lié d'amitié avec les cirques qui s'installaient régulièrement sur la place d'armes (aujourd'hui, général de Gaulle). Ci-dessus, une photo avec Mustapha, le patron du cirque Amar. Il était également un grand ami d'Achille Zavatta et de tous les forains. 

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© Coll. Jean Lapasset

Le passage du Tour de France dans les années 1950

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Soirée de loto au Café des Négociants, au cours de laquelle René Lapasset annonçait les numéros tirés du sac. Les heureux gagnants repartaient avec canards gras, poulardes et jambons.

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Jeannot Lapasset entouré par sa mère et son père semble prêt à prendre la relève. Il a alors une dizaine d'années. C'est au début de 1970 que René passera la main à son fils unique. En fait, René ne quittera jamais vraiment les lieux dans lesquels il mourra en février 1992, à l'âge de 90 ans. 

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© Coll. Jean Lapasset

Jean Lapasset avec sa petite Vespa devant le café de son père

"Jeannot" prit la succession et modernisa le café. Il bénéficia de la clientèle fidèle, mais il sut surtout la conserver. Les lycéens ne manquaient pas les parties de flippers et de glisser une pièce dans le juke-box. Les samedis, combien de matches du Tournoi des 5 nations suivis depuis l'unique télévision du café ? 

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© Collection particulière

Jeannot Lapasset avec des amis bien connus

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© Collection particulière

Jean Lapasset avec le maire Raymond Chesa. 

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© Collection particulière

Jean Lapasset était passionné de belles voitures. On lui doit la création de la course du Col du Portel. En 2008, il vendit le café des Négociants à Norbert Serres. L'établissement allait devenir le Saint-Germain, car l'ancien propriétaire ne souhaitait pas que l'on conserve le nom d'origine. 

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J'avais photographié le café Lapasset en 2008 avant sa transformation. Aujourd'hui, ce lieu a changé d'aspect mais l'âme des Lapasset y est encore pour de nombreuses décennies. En ces moments difficiles, je voudrais témoigner de mon amitié à Marie-Aude, sa fille durement éprouvée par la perte de son père. Ainsi, bien sûr, qu'à l'ensemble de sa famille.

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27/04/2017

Sortie d'un livre sur le hameau de Villalbe

J'ai l'honneur de vous présenter mon dernier livre : Villalbe, un hameau de Carcassonne. Cet ouvrage, fruit d'un travail de recherches de quatre années, évoque l'histoire Villalbe depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Plusieurs chapitres sont également consacrés à la vie sociale de ses habitants, à travers les associations et les festivités d'autrefois. Vous y retrouverez des personnes et des souvenirs, grâce aux nombreuses photographies qu'il contient.

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Ce livre sera disponible dès le 9 mai. Si vous souhaitez un ou plusieurs exemplaires, je vous invite à m'adresser un mail à cette adresse :

andrieu-martial@wanadoo.fr

Je vous dirai alors comment procéder

Villalbe, un hameau de Carcassonne

160 pages 

15 €

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