27/06/2013

Message de Pablo Iglesias Nunez, fils de résistante déportée

Bonjour Monsieur Andrieu. Je suis espagnol et je pensais que nous-seuls, les Espagnols avions un problème d’amnésie collective. Les blessures de la Guerre d’Espagne ne sont pas refermées, mais je m’aperçois avec effroi que l’amnésie espagnole est contagieuse et atteint la société française et en particulier la société carcassonnaise. Que serions-nous devenus sans le courage et l’abnégation de ces femmes et de ces hommes, Français et étrangers, de diverses sensibilités, qui ont su combattre le fascisme international et ont défendu les idées de justice, de liberté et de tolérance. Ces idées sont celles qui permettent que tous, sans exclusions, puissions aujourd’hui nous exprimer librement.
Je suis le fils de Mercedes Núñez, républicaine espagnole, engagée dans la Résistance à Carcassonne, arrêtée par la Gestapo et interrogée violemment par le sinistre René Bach au siège de la Gestapo, puis déportée à Ravensbrück. Je ne réclame pas vengeance. Simplement je veux crier haut et fort : Plus jamais ça !


Nous devrons attendre encore des années (2045) pour que les Archives puissent nous éclairer sur ce qui se passait au siège de la Gestapo, route de Toulouse., car malheureusement, de nombreux documents classés sensibles de « haute trahison » au sujet de la collaboration ne sont toujours pas consultables publiquement aujourd’hui. En effet, les archives sensibles du procès Bach (tortionnaire de la Gestapo), qui s’est déroulé aux Assises de Carcassonne, fin juillet 1945, font l’objet de cette limitation.


Les témoins directs de la barbarie sont sur le point de disparaître et la jeunesse a besoin de repères de mémoire pour comprendre le présent et construire le futur.
Le contexte international actuel exige d’être vigilant. Comme disait le dramaturge allemand, Bertolt, Brecht : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ».


Le profit immobilier ne peut s’établir au détriment des valeurs républicaines et démocratiques.
Merci Monsieur Andrieu pour votre courage et votre détermination. Je regrette vivement que l’on ne puisse pas compter avec le soutien efficace des organismes et associations censés faire de la mémoire un devoir prioritaire.


Salutations cordiales.


Pablo Iglesias Núñez

Commentaires

Merci pour ce témoignage. Pendant que les uns ne font pas bruit et n'en feront pas au profit de l'immobilier, un autre souhaite crier haut et fort, "plus jamais ça !"

Écrit par : Brigitte | 28/06/2013

Dans son libre “Llibre d’exilis (3)”, le Minorquin Josep Portella Coll recueille un extrait du témoignage de Miguel Amantegui, résistant espagnol, arrêté à Carcassonne le 25 mai 1944 avec 11autres compagnons, parmi lesquels Gabriel Mascaró, Pedro Almagro, Francisco Rovira, Pierre Terrades, Antonio Mari Font, Vicente Miralles, Soriano, Juan López, ainsi que Mercedes Núñez, ma mère. Sept d’entre eux témoigneront au procès Bach. Amantegui relate la torture infligée par René Bach et ses collaborateurs à la Maison de la Gestapo, route de Toulouse :

Amantegui es negà a cooperar i va ser torturat per un grup de soldats
menats per Bach.
…“Con una cuerda me ataron los pies y me colgaron en el techo. La cabeza
la tenía hacia abajo y, a unos centímetros, situaron una tina de agua. No
sé cuántos me pegaron, ni que tiempo estuvieron haciéndolo. El tiempo
se pierde y los golpes duelen debido a la insensibilidad del mismo dolor.
La boca la tenía reseca pero no me daban agua. Yo veía la tina muy cerca
de mis labios, pero no podía hacer nada. Se paseaban por la habitación
con alimentos y se burlaba de mí. Después de estas torturas psicológicas
venia la tanda de golpes. Mi rostro estaba casi desfigurado. La espalda era
negra. Un hematoma enorme me cubría todo el cuerpo. Ellos se cansaron
de pegarme y con el sadismo peculiar de los nazis, me dijeron que me iban
a fusilar allí mismo. Trajeron unas frazadas para limpiar pisos y hermetiza-
ron aún más el local. Me ordenaron ponerme de pie y pegarme a la pared.
Como cinco de la Gestapo rastrillaron sus metralletas y me apuntaron al
pecho. Yo los miré con dignidad. Cuando uno sabe que lo van a matar lo
menos que puede ser es digno ante la muerte. No podía darles a ellos el
gusto de que me vieran morir con miedo. Me sobrepuse al dolor del cuerpo
y a esa sensación rara que uno siente cuando va a perder la vida. De mi
boca sangrante salió una sonrisa de victoria, no de vencido.
Mientras, ellos, a la voz imperativa de apunten, levantaron sus armas
que yo vi como cinco enormes agujeros redondos”…

Miguel Amantegui parviendra à s’échapper du train qui les conduisait en déportation début juin 1944.

Salutations cordiales.
Pablo Iglesias Núñez

Écrit par : Pablo Iglesias Nuñez | 28/06/2013

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