31/10/2013

Henri Daraud, facteur de pianos

La récente fermeture du magasin "Piano Porchez" dans la rue A. Tomey, a sonné le glas du métier de facteur-accordeur de piano dans notre ville. A la fin du XIXe siècle, ils étaient trois à Carcassonne (Gillon, Cauvet et Barbot). Au milieu du XXe, ce fut Henri Daraud (rue Courtejaire) puis Jean-Jacques Trinques (Pianos Porchez) et dans une moindre mesure Claude Serrano (Claude musique, Bd Omer Sarraut), M. Reta (SOS musique, Allée d'Iéna). Il ne s'agit pas de vendre seulement des instruments, faut-il encore avoir été formé pour les réparer et les accorder sans l'aide d'un diapason numérique comme beaucoup aujourd'hui. Un vrai accordeur dispose uniquement d'une clé et de son oreille pour ajuster les cordes du piano à la bonne fréquence. C'est ce qui s'appelle avoir l'oreille absolue; ce qui permet de chanter par exemple un la, sans avoir eu aucune référence harmonique auparavant. Il faut 1h à 1h30 à un accordeur pour équilibrer harmoniquement un piano (75 euros en moyenne) et 3h à un bricoleur qui vous prendra bien plus cher. Ne faites pas accorder vos pianos en cadre bois, cela ne sert à rien! Il y avait autrefois des écoles comme des pianos Pleyel ou Erard qui formaient en 10 ans des facteurs-accordeurs, mais ce temps est révolu... Aujourd'hui la dernière manufacture de pianos se trouve à Alès (Gard), ce sont les pianos Rameau, mais pour combien de temps? Rameau possède l'ancienne marque française Pleyel. Sachez donc que si vous achetez Rameau ou Pleyel, vous faciliterez la production française sérieusement concurrencée par les pianos chinois ou coréens.

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Henri Daraud s'installe comme facteur-accordeur de piano dans la rue A. Ramond (en face Stanislas) où il a son atelier. Le magasin de vente ouvert en 1955, se trouvait à l'angle des rues Ramond et Courtejaire. On y trouvait des partitions et divers autres instruments de musique. Henri Daraud qui était diplômé de chez Erard et Gaveau, était très demandé par tous les artistes qui se produisaient dans le sud de la France. Il est décédé en 1989 et sa fille a repris à sa suite le magasin, pour assurer la vente de disques jusqu'en 2000.

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Une séance de dédicaces chez Daraud, où sont passés de nombreux artistes. Jean-François Daraud est ainsi tombé tout petit dans ce milieu artistique qui fait de lui, le carcassonnais détenteur du plus beau carnet d'adresse d'artistes. C'est lui et J-J Trinques qui ont fondé le musée du piano à Limoux, que la ville de Carcassonne n'a pas souhaité accueuillir à l'époque. Une exposition d'anciens instruments, unique en Europe.
 
A lire:
 
Le piano Pleyel d'un millénaire à l'autre (J-J Trinques / Editions L'Harmattan / 2003)
 
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29/10/2013

L'église du loup

Il y avait depuis un temps immémorial à la sortie du hameau de Villalbe en direction de Lavalette, dans l'actuel domaine de St-Geniès, un prieuré réuni au Châpitre Cathédral de Carcassonne. Dans le champ de l'autre côté de la route, faisant face au domaine, une église avec un cimetière adossé à celle-ci était communément appelée "Glèisa d'al loup". A la mort de St-Gimer, évêque de Carcassonne, on vint l'inhumer près du Prieuré. Or pour une raison inconnue, si son corps fut bien enterré là, en revanche sa tête fut déposée en bordure de l'actuelle route de Lavalette. Une croix des rogations en matérialise de nos jours encore l'endroit. Quelques jours après, plus rien ne tourna rond: les poules ne pondèrent plus, les vaches marchèrent à l'envers... Devant ce phénomène inexpliqué, on remit la tête avec le corps de l'évêque et tout rentra aussitôt dans l'ordre.

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Au premier plan, le champ dans lequel se trouvait "l'église du loup"et son cimetière. Les anciens nous rapportent qu'on y trouva des ossements humains au cours de nombreux labourages et qu'une vue aérienne prise lorsque le champ n'était pas en semailles matérialise parfaitement son emplacement. Dans le fond, entre les sapins, le domaine de St-Geniès (aujourd'hui, à l'abandon)

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La croix de St-Geniès où l'on aurait déposé la tête de l'évêque St-Gimer au début du Moyen-âge...

En ce temps là, Carcassonne était entouré de fôrets et dans la Malepère toute proche en entendait les hurlements des loups. Ceux-ci livraient de terribles batailles pour défendre leur territoire de chasse et jour... Une laie s'étant aventurée avec son marcassin un peu trop près d'un loup, celui-ci tenta alors de faire avec son petit un bon déjeuner. Afin de défendre sa progéniture, à grand coup de boutoir la laie réussit à mettre en fuite le loup qu'elle blessa sérieusement. L'animal vint se réfugier au domaine de St-Geniès, possession de l'évêque St-Gimer depuis 931. Là près du Prieuré, un moine du nom de frère Rémi voyant la bête ensanglantée, sans prendre peur, pansa ses plaies et la sauva d'une mort certaine. L'animal ne manifesta aucune hostilité envers le religieux et put repartir en direction de la fôret. Les troubadours dans leur chanson de geste rapportèrent cette histoire et les habitants de Villalbe nommèrent cette chapelle "la glèisa dal loup".

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Après la croisade contre les Albigeois, le domaine de St-Geniès devint la possession de Guillaume de Voisins. L'église du loup avait subi de nombreux dommages et les habitants très attachés à leur chapelle demandèrent que l'on construise avec les matériaux récupérés, une nouvelle église dans Villalbe-haute. Ce fut fait en 1784 et c'est l'église dédiée à l'assomption de la vierge que l'on connaît aujourd'hui dans le hameau. Le compoix de 1714 nous apprend que le bâtiment de l'ancienne boulangerie de la Grand'rue (aujourd'hui la cantine de l'école primaire) était un presbytère. Cela explique pourquoi au cours de la réfection du pétrin du boulanger en 1976, on a découvert dans le mur une croix du XVIe siècle d'une exeptionnelle valeur archélogique.

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Madame Vialade, propriétaire de la boulangerie de Villalbe, fit don de cette croix à la paroisse. En 1976, l'Abbé Maurice Vidal la fit sceller à l'intérieur de l'église du hameau et encore aujourd'hui elle illumine son transept. Il s'agit d'un bel ouvrage d'art de grande dimension à double face; d'un côté le christ et de l'autre la vierge et son enfant. La branche transversale mesure 50 centimètres et est ornées de bagues et cabochons aux extrémités. S'agit-il de la croix de l'église de loup? Mystère...

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Coups de pouce!

Erwens est un artiste local, auteur-compositeur et interprète de ses propres mélodies qui se produit régulièrement dans notre région. C'est un créateur non médiatisé qui a des choses à dire et dont les ballades ne manqueront pas d'anoblir vos oreilles. Il sort actuellement un album de 13 titres, totalement auto-produit, qu'il vous propose au prix de 20€ (port compris).

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Ci-dessous son site internet

http://www.erwens.com/

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Le gigot à la ficelle, oeuvre de Jean-Marc Savary, sera lu par la comédienne Élodie Delfa au grand auditorium Lamartine de Pau, le dimanche 10 novembre 2013.

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Voilà une séance qui pourrait être accueillie dans notre région. La comédienne voudrait faire tourner son spectacle dans les médiathèques du languedoc-Roussillon. Si vous êtes intéressé, contactez les Éditions Liber-Mirabilis: revue.liber-mirabilis@orange.fr

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27/10/2013

Sortie de CD

Dans les semaines qui viennent, un enregistrement des plus beaux airs du répertoire de Luis Mariano va sortir en Cd sur le département. Cet évènement fait suite aux concerts que j'ai donné à la Féria de Carcassonne en 2011 et au Festival 2012, sur la place Carnot. Il est le fruit d'une demande de la part de nombreux amoureux de cette musique, mais aussi du centième anniversaire de la naissance du célèbre ténor, décédé le 14 juillet 1970. Il sera tiré dans un premier temps à 300 exemplaires et est entièrement auto-produit.

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Afin d'alléger le coût de fabrication, nous recherchons des partenaires. En contrepartie, nous apposerons leur logo au dos de la pochette du Cd. Il est évident que tout ramène à Carcassonne: le chanteur, les photos, la Féria.

Si vous êtes intéressés ou simplement désireux de me soutenir, vous pouvez me contacter à andrieu-martial@wanadoo.fr ou laisser un commentaire avec votre contact sur ce blog.

Vous pouvez écouter un extrait en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.youtube.com/watch?v=CzFstDpQRxY

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26/10/2013

Vestiges des anciennes fonderies carcassonnaises

Notre ville possédait plusieurs fonderies entre la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle. Cette activité est directement liée à l'essor de la viticulture dans l'Aude pour laquelle il fallut construire une mécanisation nécessaire à son développement: pompes, charrues, sulfateuses...etc. Nous allons voir dans cette chronique qu'il existe encore en ville quelques vestiges discrets, précieux et méritant d'être sauvegardés malgré l'indifférence dont ils font l'objet. C'est à cet examen que j'ai procédé lors de mes déambulations pédestres dans Carcassonne.

La fonderie Sicre-Arnaud

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Sans un coup de chance, rien ne permettait de penser que cet immeuble situé au 63 rue d'Alsace était celui de l'ancienne fonderie Sicre-Arnaud. Elle fut reprise avant sa fermeture dans les années 1930 par A. Radigales, Ingénieur des Arts et Métiers. Fonderie et constructions mécaniques, elle produisait des pompes, moto-pompes, pressoirs, cuves, robinetterie...

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En passant par le proche, rabattu sur le côté et visiblement inutilisé, l'ancien portail en bois de la fonderie. Le seul témoin de de l'existence de cette industrie à cet endroit. Les élements du puzzle grâce à cette découverte semblent s'assembler, car... La fonderie Sicre, selon mes annuaires, était située 15, boulevard de la Préfecture (Actuel Jean-Jaurès). A la fin du XIXe siècle, le numéro 1 commençait à l'immeuble faisant angle avec la rue Antoine Marty (laboratoire Blanc) ce qui permet bien de positionner cette fonderie à l'endroit du garage Métropole, construit vers 1930.

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La fonderie Sicre occupait l'ensemble du terrain allant de la rue d'Alsace au garage Métropole.

La fonderie Fafeur

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Fondée en 1841 par Xavier Fafeur, ingénieur diplômé des Arts et Métiers, la fonderie était située au square Gambetta. Elle comprenait tout le corps de bâtiment allant du square à la rue Pierre Germain. A cette époque, l'immeuble moderne de l'EDF (actuelle Communauté d'agglomération) n'était pas construit.

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Ce bel immeuble longeant le Square Gambetta est la demeure de Xavier Fafeur. Au dessus de la porte d'entrée, on peut lire Fafeur frères.

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Une page extraite du catalogue de vente. Chez quelques anciens viticulteurs on doit bien retrouver dans un coin d'une grange, une pompe Fafeur.

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Dans la rue de Verdun (Immeuble Cotte), une barre de seuil fabriquée par Fafeur.

La fonderie Durand-Roger

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Toujours au Square Gambetta, ce bel immeuble est celui de l'ancienne fonderie Marsalqui deviendra ensuite par les alliances familiales, A.Roger et Durand-Roger.

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Une publicité parue en 1902

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Une pompe Durand-Roger devant le siège de la fonderie (Collection Claude Marquié)

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Parmi mes découvertes, cette plaque de canalisation dans le hameau de Villalbe.

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Toujours à Villalbe, cette colonne d'eau qui servait à remplir les comportes et les réservoirs des sulfateuses. Il s'agit d'un mobilier municipal historique qui est en train de rouiller et pour lequel un coup de peinture serait utile. Il y en a deux dans le hameau qui sont en fonction mais seul le cantonnier et le dernier viticulteur encore en activité en ont la clé.

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Avec un peu de curiosité, on se rend compte du nom du fabriquant. Une preuve que la ville avait passé des marchés avec Durand-Roger.

La fonderie Plancard

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Une publicité de 1902

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Avec l'autorisation de J. Blanco (Photo: Chroniques de Carcassonne)

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C'est ici sur l'allée d'Iéna que se tenait la fonderie Plancard. On voit encore sur les murs les vestiges du bâtiment. Après sa fermeture, les matériaux Geynes ont occupé le local.

La fonderie Matignon

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Une publicité de 1904

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Sur l'avenue Bunau Varilla, juste en face de la rue d'Isly, vous verrez encore les inscriptions de la fonderie Matignon sur cette façade.

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La fonderie Martignon avait fabriqué l'ensemble des vespasiennes de Carcassonne.

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C'était là, dans la rue de Chateaudun, l'usine de Jean Matignon

La fonderie Martignol

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Publicité de 1902

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Type d'éolienne que l'on rencontre encore dans les champs par chez nous. Près de 2000 ont été posées pour l'irrigation des cultures en Languedoc. Marius Martignol fabriquait ces moteurs à vent.

La fonderie Méridia

Il s'agit de la toute dernière fonderie de Carcassonne encore en activité en 1953. Joseph Durand (famille Durand-Roger) avait repris les anciennes fonderies Guiraud(7, avenue du Pont neuf) en créant une nouvelle activité 11, boulevard du général Leclerc (Source: Claude Marquié)

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A côté de la prison, l'entrée de la fonderie Méridia. C'est aujourd'hui, la société Chipie international qui occupe le local.

La SAFA

 

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La Société des Aciéries et Fonderies Audoises est créée par Charles Guibert, père du professeur de danse Françoise Bouichet. Cet ancien ingénieur des Arts et Métiers rachète la fonderie Durand-Roger (Méridia). Il possède alors trois usines qui emploient 120 personnes et fait construire les locaux de celle se trouvant dans la zone de la Bouriette, à l'angle du boulevard Denis Papin et de la rue Niepce.

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C'est aujourd'hui l'entreprise Coq et Torrès qui occupe les locaux de la SAFA (photo: J. Blanco)

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La fonderie fabriquait des fontes d'assainissement, des récupérateurs de chaleur, des plaques de cheminées dessinées par Charles Guibert. Ce dernier avait inventé à la fin de sa vie, des canisettes pour chiens. Malheureusement, son décès survenu trop tôt, il ne put voir leur commercialisation.

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Ici, se trouvait l'emplacement du four

Merci à Françoise Bouichet pour son témoignage

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23/10/2013

En bref...

Plusieurs journaux et magazines allemands reprennent l'article de la Deutsche Presse Agentur, sur la sauvegarde et la transformation de la maison de la Gestapo de Carcassonne en bâtiment destiné aux associations des Droits de l'homme.

Europe Online

http://www.europeonline-magazine.eu/haus-der-gestapo-fran...

Greenpeace Magazin

http://www.greenpeace-magazin.de/tagesthemen/einzelansich...

Voilà qui devrait permettre aux décideurs d'engager des fonds européens pour la réhabilitation de ce bâtiment, après l'avoir fait classé comme Monument historique. Enfin, c'est à souhaiter...

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