02/12/2013

Jacques Tissinier et les chevaliers cathares de l'A61

Connaissez-vous les Chevaliers cathares ? Mais non, cela n'a rien à voir avec le catharisme ! Je veux parler de l'oeuvre qui orne depuis plus de trente ans l'aire de repos de Pech-Loubat, sur l'autoroute A61 en arrivant sur Narbonne.

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J'ai voulu en savoir davantage sur l'artiste qui en était l'auteur et je me suis livré à une enquête de détective pour remonter jusqu'à lui. Après quelques coups de téléphone au pif, j'ai pu retrouver cet artiste originaire de l'Aude dans la région parisienne où il vit depuis 40 ans. Avec une extrême gentillesse, il m'a livré tous ses secrets ou presque...

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Jacques Tissinier est né le 23 juillet 1936 à Molandier, village du Lauragais dans l'Aude.Le nom de Tissinier dérive du mot tisserand "Tesseyres en languedocien". Au XIIe siècle, à l'époque de la croisade contre les Albigeois, les Cathares étaient communément appelés les tisserands à la robe de lin blanc, propageant les idées de l'hérésie. Depuis le XVIIe siècle, la descendance du patronyme Tissinier vit toujours à Molandier.

Etudes

En 1957, Jacques Tissinier entre à l'Ecole des beaux-arts de Toulouse. Il remporte le prix Suau de la ville de Toulouse. Entre 1961 et 1962, il est à l'Ecole des arts décoratifs de Paris et travaille avec Michel Grommaire. Son passage sera l'occasion de nombreuses rencontres avec Georges Braque, André Malraux, Bernard Dorival et Jean Cassou. L'année suivante, il passe les portes de l'Ecole des beaux-arts de Paris avant d'être logiste au Prix de Rome de peinture. En 1963, il devient pensionnaire à La casa Velasquez de Madrid et expose au Musée d'art moderne de Madrid et Biennale de Paris.

Expositions des années 1960

1965: Exposition Shemes au Musée d'art moderne de Paris. 1966: Lauréat de la fondation de la vocation. 1967: Musée des arts décoratifs de Paris. 1968: Ecole des beaux-arts de Paris

Principales oeuvres

Tissignalisation des abattoirs de Pamiers (1968)

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Les abribus de Port-Barcarès (1968), réalisés en acier émaillé au four à 950°.

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Les crayons libertaires (1972): collège Papus de Toulouse, collège Jean Moulin d'Aubervilliers...

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Les sémaphores écritoires et le crayon libertaire "J'écris ton nom liberté" ont été exposés sur le parvis du centre Georges Pompidou de décembre 1977 à avril 1978.

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Sémaphores épigraphes au Centre Pompidou en 1977

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Porte-étiquète de 9 mètres de haut

(Collège Triolo à Villeneuve d'Asq)

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La Tissignalisation n°14 orne depuis 2003 le plafond de la station de métro Pyramides à Paris. Il s'agit de disques colorés en acier émaillé de 16cm de diamètre. Ils figurent une feuille de papyrus rouge, blanc, bleu et orange.

Les chevaliers cathares

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Solheil d'Oc enlusis el eime dels felibres"

Soleil d'Oc illumine l'âme des fois libres

Ce projet fut l'objet d'une commande lancée par Hubert Mouly en 1977, maire de Narbonne, pour occuper la future aire de repos de Pech-Loubat sur l'autoroute 61. Conceptualisée en 1978-1979, l'oeuvre devait représenter des regards scrutant l'horizon. On ne parlait pas encore de Chevaliers cathares, mais ces formes de 13 mètres de hauteur tournées vers la mer, seront constituées de ciment et de quartz sablé. Au niveau des yeux, Jacques Tissinier achète dans une brocante d'anciens canons lunettes de la Kriegsmarine. Le public pourra ainsi monter à l'intérieur et apercevoir la cathédrale St-Just de très prés. Six mois après l'inauguration en 1980, les lunettes seront volées et serviront à la chasse aux canards dans l'étang de Bages. En 1982, les ASF se porteront acquéreur de ces Chevaliers cathares pour 190 000 francs (source: Rue89)

La polémique

Les défenseurs du catharisme vont bientôt crier haro sur le sculpteur, pour avoir désacralisé l'image des "bons hommes". Il est accusé d'hérésie! "Il n'y a jamais eu de chevaliers chez les Cathares...etc". La presse régionale fait les gros titres, de ce qui est considéré dans le midi comme un véritable scandale. La chanson de Francis Cabrel "Les chevaliers cathares" donne une ampleur sans précédents à cette affaire en lui donnant un écho national.

Les chevaliers Cathares pleurent doucement au bord de l'autoroute, quand le soir descend comme une dernière insulte, comme un dernier tourment..."

Jacques Tissinier lance un défi par courrier à Francis Cabrel:

"Je vous donne rendez-vous à l'aube du 21 juin, jour des feux de la St-Jean, sur le site même, de l'autoroute avec les armes de votre choix"

Le 29 octobre 1983, la Dépêche du midi titre:

"Le chanteur n'a pas relevé le défi du sculpteur"

Mes remerciements à Jacques Tissinier pour son aimable coopération

Crédit photos:

Jacques Tissinier

Blog: Bagnolet en vert

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Commentaires

"...ils ont oublié leur robe de sang...."

magnifique chanson...

Écrit par : jpp | 02/12/2013

merci a Jacques Tissinier car lorsque j'aperçois les chevaliers je sais que j'arrive chez moi ....Merci je ne connaissais pas leur histoire ....ma vie sur Carcassonne c'est arrétée en 1962 vous m'apprenez tout je ne vous remercierez jamais assez ...

Écrit par : constance pressoirs | 03/12/2013

Moi j aime bien cette création, tout comme la chanson de Francis Cabrel. Mais je préfère encore l excellente chanson de l excellent Mans de Breich, prière cathare...
À écouter et redécouvrir au besoin. Quant à la polémique?
Bien sur il y a eu des chevaliers cathares, ou plutôt devenus des cathares, ou mieux ayant été des bons hommes, puis retournés au monde pour défendre leur terre, comme le seigneur de Roquefort, avant de redevenir un Bon homme et de périr dans le bûcher de Montségur.
Ceci.. Dit le vrai scandale dans le catharisme c est le commerce, le cathare à toutes les sauces... Il faut se rappeler de 1998, quant la mode était de dire que les cathares n avaient jamais existé, que ce ne tait qu une vague dissidence plus ou moins pessimiste...faudra faire un dossier sur cette reconstruction de l histoire, et voir si ça a coûté de l argent au brave contribuable....

Écrit par : Jean Louis Gasc | 03/12/2013

ce qui m'enerve chez cabrel c'est la référence au nord de la Loire comme si l'Occitanie avait toujours été un pays de cocagne ou personne ne tuait ni ne torturait personne pour des questions religieuses avant que les barbares du Nord ne débarque! et si le catharisme avait triomphé comment aurait t il traité ceux qui n'avaient pas la meme croyance?

Écrit par : moi | 27/06/2014

Voila un article intéressant qui permet de nous remettre dans le contexte de création de ces fameuses statues.

Après avoir fouillé le net à la recherche de traduction des textes inscrits sur les "boucliers" de ces statues, je vous remercie d'en avoir décrypté une.
Auriez-vous, par hasard, connaissance du second texte ainsi que sa traduction ?
http://www.monnuage.fr/photos/point-d-interet/93350/409532

Cordialement

Écrit par : Lex | 18/08/2014

Belibaste
Esclarmonde
Trencavel
Albigeois
Pélerins (?)
Tisserands
Troubadours.
Amicalement (ce n'est pas gravé)

Écrit par : jean-marie detrey | 18/08/2014

Plutôt Patarins que Pélerins...

Écrit par : jean-marie detrey | 18/08/2014

Merci beaucoup pour ces informations.
Je constate que tout ces noms ont un lien direct avec l'histoire du Catharisme.
Ces statues qui ne devaient être au départ qu'un simple point d'observation, s'avère représenter formellement ce mouvement d'une façon certes plus moderne, mais faut il nécessairement associer constamment le sang et la souffrance à ce peuple qui prônait les valeurs simples et la non violence ?
Respectueusement.

Écrit par : Lex | 19/08/2014

Une fois encore le pâtre d'Astaffort étale sa non connaissance d'un sujet qu'il a malgré tout mis en chanson
Quelques années plus tard il commet un pamphlet inepte contre la corrida alors que sa culture sur le sujet et encore une fois Nulle.
Francis Cabrel devra un jour nous répondre lâche semble t'il il n'a jamais répondu à une de mes lettres concernant ses contradictions évidentes

Écrit par : Gatumel | 05/11/2014

Les Chevaliers Cathares évoquent pour moi le passage oblige lorsque mes parents ma soeur et moi prenions l'autoroute des deux Mers synonyme de vacances. On s'arrêtait alors à l'aire d'autoroute et nous montions [à l'époque les entrées n'étaient pas condamnées] contempler la vue.

En ce qui me concerne, je passe la polémique sur cette oeuvre d'art, je ne retiens que la symbolique des souvenirs de mon enfance et rien que pour ça, je suis heureux de les voir à chaque fois que je prends l'autoroute.

Écrit par : Franck | 16/08/2017

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