24/12/2013

Lettre autographe de Maurice Sarraut, sénateur de l'Aude

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Maurice Sarraut (1869-1943) fut d'abord un homme politique, membre du Parti Radical Socialiste, élu comme sénateur de l'Aude entre 1913 et 1932. Il démissionnera pour devenir le propriétaire du quotiden La Dépêche. Après l'armistice de 1940, il approuve le gouvernement de Vichy et soutien Pétain. Ce n'est qu'en 1943 qu'il prendra ses distances avec Laval; au moment de la création de la Milice. Il sera assassiné le 2 décembre 1943 par des Miliciens. Il repose au cimetière Saint-Vincent de Carcassonne.

Lettre du 2 septembre 1894

Mon cher Alboize,

Je suis désolé et vexé à la fois du facheux effet produit sur l'organisme délicat de mon bon ami Édouard par le climat de Carcassonne, ma seconde patrie. J'imagine que sa maladie n'offre aucun caractère de gravité et je souhaite de mon tout coeur que la mer répare promptement la santé ébranlée de notre cher gamin. Oserai-je vous demander, en grâce, de ne pas dire, à votre retour ici, que Carcassonne l'ût rendu malade?

Je me suis imposé la tâche ardue de réhabiliter, dans l'esprit de ceux qui m'entourent, notre ville d'origine; Nadaud (1) l'a ridiculisée. Mais le ridicule, ce n'est rien. Quantité de gens– voire du meileur monde– s'en accomodent au point de le considérer comme une des conditions nécessaires de l'existence. mais cumuler le ridicule et l'odieux, c'est vraiment trop; que voulez-vous répondre aux malveillants qui nous diront: "Carcassonne est non seulement la ville la plus bête de France, mais encore la plus pernicieuse. On y attrape les fièvres, la jaunisse, etc..." Hélas! nous ne pourrons que rougir– silencieusement!

Épargnez-nous ce nouvel avatar.

Je regretterai infiniment de ne pas vous voir, à mon arrivée à Carcassonne: Je me proposais de passer, en votre agréable compagnie, quelques bonnes heures dans l'atelier de Laugé (2). Enfin! l'important est qu'Édouard guérisse vite. Nous aurons tout le temps de causer impressionisme cet hiver à Paris.

Je vois Raynaud assez souvent; il m'a fait l'amitié de donner le service le service de l'artiste, pas la 2e représentation de Sereno Torelli, à la Comédie Française. Vous voyez que, même pendant votre absence, je trouve le moyen d'être votre obligé!

Présentez, je vous prie, à madame Alboize mes respectueuses amitiés et embrassez mon ami Édouard– j'y tiens– L'air salin le remettra vite, sans doute.

Croyez-moi votre bien dévoué, Maurice Sarraut.

Le bonjour à Laugé et à notre ennemi intime A. Rouquet (3)

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(1) Gustave Nadaud (1820-1893), auteur de la chanson "Carcassonne" dans laquelle est tirée la célèbre phrase "Il ne faut pas mourir, sans avoir vu Carcassonne". Cette chanson sera reprise par Georges Brassens

(2) Achille Laugé (1861-1944), peintre pointilliste né à Arzens (Aude). Un musée est consacré à ces oeuvres à Limoux.

(3) Achille Rouquet (1851-1928), félibre, graveur et fondateur de "La revue méridionale". On lui doit le premier embrasement de la Cité de Carcassonne.

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Commentaires

c'est une lettre pas très glorieuse a l'encontre de carcassonne qu'il dénigre ouvertement....

Écrit par : constance pressoirs | 24/12/2013

C'était le temps où l'on pouvait s'exprimer librement, c'était avant la pensée unique, cela avait son charme mais parfois c'était bête comme du foin comme ici dans cette lettre.
"la ville la plus bête de France, mais encore la plus pernicieuse. On y attrape les fièvres, la jaunisse, etc..." C'est tellement excessif que cela est insignifiant à la limite on a envie de rire!!!

Écrit par : Authier | 25/12/2013

Ah, le parisianisme...ça te changerait un socialiste...

Écrit par : Gasc | 26/12/2013

Attraper les fièvres ou la jaunisse à Carcassonne était la dure réalité dans cette ville qui commençait sérieusement à se peupler à cause de l'age d'or de la viticulture .
En plus il passait déjà nombres de touristes qui venaient visiter la Cité et partaient immédiatement à cause de l'insalubrité notable.
Il n'y a aucune exagération dans la lettre.
Jusque dans les années 1930, Carcassonne été réputée pour avoir une voirie et une hygiène très moyenâgeuse. C'est grâce à la municipalité ayant à sa tête le Docteur Thomey que le tout a l'égout est devenu général, les rues ont été cimentées, l'eau potable est enfin arrivée chez les particuliers.
Les fièvres se sont éloignées pour les carcassonnais mais surtout les touristes ont pu séjourner à Carcassonne.

Écrit par : Marie | 28/12/2013

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