31/05/2014

Contrevents et... marrez-vous!

Tout le monde connaît désormais l'effort des pouvoirs public afin de rénover la bastide St-Louis. On ne peut plus faire n'importe quoi quand on souhaite réhabiliter son logement. Un cahier des charges drastique soumet le maître d'oeuvre à l'administration compétente, qui renvoie souvent l'entrepreneur à ses chères études. Il est normal que l'on ne puisse apercevoir l'ombre d'une antenne parabolique, d'une climatisation, d'un volet roulant en PVC. Le plus souvent, le contrevenant dénoncé par le voisin voit arriver sur le chantier les inspecteurs et là, une belle amende est dressée en bonne et due forme avec convocation au tribunal. Là, où intervient le côté absurde c'est que les bâtiments de France vont à refuser une fenêtre si à défaut de chêne (par exemple), le menuisier s'avisait à vouloir la monter en bois exotique (moins cher) même verni couleur chêne. Les artisans nous expliquent que le responsable de ce service de l'état qui avait d'abord refusé de vous recevoir pour vous expliquer ce qui est interdit — arguant qu'il n'a pas que ça à faire — vous signifiera que tout doit être comme à l'origine une fois la fenêtre commandée. Comprenez au Moyen-âge ou à la Renaissance... Tout ceci fait considérablement augmenter les devis et malgré les aides, cela dissuade les propriétaires d'entreprendre les travaux fort coûteux. Aussi, si vous passez dans la rue piétonne, il vaut mieux regarder droit devant que de lever les yeux, à défaut priez pour que le contrevent ne vous tombe pas sur la tête!

780416934.JPG

À l'angle des rues Clémenceau et de la liberté

658977357.JPG

Rue Clémenceau, des magasins réhabilités dans leur architecture primitive et en levant les yeux, le bailleur a préféré s'arrêter là.

1569153325.JPG

Rue Victor-Hugo

333717014.JPG

Face à la Maison de la presse, rue Clémenceau

274219715.JPG

Quand vous aurez des menuiseries à refaire, faites comme ici... Murez-les, c'est nettement plus médiéval! Les exemples étant multiples, nous vous invitons à visiter la Bastide St-Louis sur cette thématique.

____________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

30/05/2014

Carcassonne, tu as perdu ton âme culturelle

 

La globalisation de ce monde mercantile uniformise chaque jour davantage la culture, bien précieux issu de nos traditions. Que serait la musique si elle n'avait pas suivi les courants divers et variés du folklore de nos pays, de nos régions? Que serait notre langue si elle ne s'était pas construite dès l'antiquité à partir de mots latins ou grecs? Que serait l'art pictural?... Sommes-nous donc arrivés aujourd'hui si bas qu'il faille faire table rase de tout ce passé et peut-on fouler du pied ce qui a fait notre socle sociétal? Bien que le beau ne soit qu'une notion subjective, il semblerait que l'on ait pris maintenant pour postulat de détruire ou d'assombrir ce qui n'était que lumière. La lumière spirituelle, la lumière du vivant. Place à l'oscurantisme religieux, dogmatique ou politique. L'homme vit dans l'ombre caverneuse de l'habitude et des réflexes conditionnés par des marionnettistes, actionnant les ficelles d'une pensée convenue. N'ayant plus de goût à la curiosité, à la lecture et à l'écriture qu'il maîtrise fort mal... Il erre dans les méandres d'une politique qu'il subit et qui a désarmé en lui toute notion de libre arbitre. Alors, que fait-il? Il vocifère à qui veut l'entendre, car ses congénères qui ne poursuivent pas les mêmes intérêts restent sourds, son droit à manifester avec des pancartes bariolées agitées comme des pantins de bois. C'est un passif qui n'agit plus qu'en désespoir de cause! Pourtant, n'aurait-il pas mieux à faire à prendre son destin en main et à tenter de changer ce monde de l'intérieur? S'informer et militer au sein de mouvements associatifs, de collectifs citoyens... Cela s'appelle, le courage!

A Carcassonne, petite ville de 50 000 âmes, on suit béatement comme des moutons conditionnés à l'économie de marché, les repas culturels élaborés à partir d'OGM (Opinion Gratuitement Manipulée). Tout ce cirque bâti sur les lumières synthétiques et sur l'acharnement d'un bruit incontrôlable, vise à abrutir l'électeur devant un écran de fumée.

Paure Carcassona!

Ils ont vendu ton âme pour quelques sesterces

2789163967.jpg

Les fêtes de 1898 avec la venue des Cadets de Gascogne à Carcassonne!

2606721551.jpg

Carte du félibre Carcassonnais Achille Rouquet, fondateur de la Revue méridionale

282819280.jpg

Les fêtes de l'âme occitane en 1936

_____________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

 

29/05/2014

L'inauguration de l'école J. Jaurès

Construit sur l'ancienne prison et gendarmerie de la ville le long du boulevard, le groupe scolaire Jean Jaurès est inauguré le 22 juillet 1928 pendant les fêtes du bi-millénaire de la cité. Le Président de la République M. Gaston Doumergue est descendu à cette occasion avec son ministre de l'instruction publique M. Herriot. A 15h, le cortège présidentiel quitte sous le soleil la salle du manège de la caserne pour se rendre par les boulevard Commandant Roumens et Camille Pelletan au groupe scolaire. Les enfants des écoles sont là pour les accueillir. Les filles portent des gerbes de fleurs et les garçons agitent des drapeaux. "L'adorable printemps de la patrie" selon l'expression de M. Herriot, déploie le plus chaleureux des hommages aux autorités de la nation. M. Doumergue et l'ensemble de sa suite s'installe alors sur l'estrade prévue à cet effet. C'est le moment des discours...

509240223.jpg

Le Dr Tomey, maire de Carcassonne, est le premier à prendre la parole. Après les remerciements d'usage à l'endroit du Président de la République et du Ministre de l'instruction publique, M. Tomey se lance dans un long pensum sur l'école et les vertues démocratiques qu'elle défend. Un hommage est rendu à MM. Bertrand et Vidal, premiers architectes du groupe scolaires, trop tôt disparus pour assister au couronnement de leur bâtiment. Le continuateur de l'ouvrage, M. Enderlin, est vivement salué par le premier magistrat de la ville.

Du discours du Ministre Herriot, je retiendrai cette citation: "Si nous ne devons cesser de défendre l'idée de laicité contre ses irréductibles adversaires, contre ceux qui n'en comprennent pas la beauté, le temps n'est-il pas venu d'assurer l'égalité dans la répartition du savoir, d'offrir aux jeunes français des chances égales dans la lutte pour la vie, non pas au nom d'une théorie politique sectaire mais en vertu d'une idée généreuse et moralement indiscutable de fraternité?"

 À l'heure où depuis plusieurs années l'état supprime des postes d'instituteurs au nom de la rentabilité, dans les classes déficiantes en élèves. Où il y a toujours trop d'élèves par classes, ce qui entraîne l'échec des plus faibles et pour les plus aisés leur inscription dans le privé... L'unité républicaine appelle à méditer sur les valeurs héritées des anciens.

Sources:

     La dépêche (Juillet 1928)     

 L'Oeuvre (Juillet 1928)

__________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

28/05/2014

Elle n'avait que 19 ans en 1943, mais elle a vu l'horreur...

En cette journée de 1943, Carcassonne est toujours occupée par l'Allemagne nazie. Paulette n'a que 19 ans et depuis le début de la guerre, elle a trouvé un petit travail à la Croix-rouge. Sa fonction est de récolter et d'expédier les colis destinés aux soldats français prisonniers en Allemagne. Cette fois, la délégation départementale située avenue Arthur Mullot, lui a demandé d'aller à la gare SNCF chercher un paquet. Lorsqu'elle arrive sur le quai, il y a beaucoup de personnes qui attendent le train et un jeune milicien, la mitraillette en bandoullière.

trains-shoah.jpg

Très peu de temps après, une locomotive avec à sa file des wagons à bestiaux s'arrête en gare. On ouvre un des wagons et là, Paulette doit faire face à l'horreur. Devant ces yeux, des femmes en larmes, crient et tentent de s'extraire de cet habitacle restreint afin de prendre un peu d'air. Il y a aussi des enfants, mais pas d'hommes. Les autres voyageurs sur le quai font comme si rien n'était, c'est l'indifférence générale avérée ou supposée. Le jeune milicien, lui, tient en joue ces pauvres gens destinés vraisemblablement à la déportation. Alors, voyant Paulette, une de ces femmes lui lance un bout de papier. Est-ce une adresse ou un mot? C'est sûrement un acte désespéré, une bouteille à la mer dans cet océan déchaîné et criminel. Paulette va alors pour s'en saisir, mais le milicien lui intime l'ordre avec son arme de rester à sa place. On referme les portes du wagon, le train part et la jeune Paulette gardera ce souvenir tragique de cette journée ou elle fut incapable de porter assistance et secours. Aujourd'hui, ce n'est qu'à 90 ans qu'elle m'a livré ce lourd secret et tout en respectant son anonymat, j'ai décidé de faire le relais de ce témoignage.

___________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

27/05/2014

Le premier café PMU de Carcassonne

C'est en 1950 que sont apparus les premiers paris sur les courses hippiques dans un café de Carcassonne; ce fut le Pari Mutuel Carcassonnais. Ceci, six ans avant la création du tiercé au niveau national. On doit cette révolution au Café Biscans, situé à cette époque au numéro 13 de la rue Victor Hugo. L'établissement a déjà une longue histoire lorsque Lucien Biscans en fait l'acquisition en novembre 1927.

café Biscans 2.jpg

Autrefois, Café du Centre, l'établissement appartint à la famille Sénet depuis la fin du XIXe siècle. Lucien Biscans est déjà dans le métier lorsqu'il l'achète en 1927. Il avait déjà débuté sa carrière comme garçon de café au Grand Café Continental (Bd Omer Sarraut) avec Marius Calmet dans les années 1910, chez M. Vincent. Après avoir tenu un troquet à Montlaur, il revint s'installer à Carcassonne jusqu'à son décès en 1966.

IMG_0007.jpg

Le Café Biscans devint sans doute le plus populaire de la ville. On y jouait à la Poule... Les clients misaient l'apéritif au 109. Il fallait faire tomber dix quilles et faire neuf carambolages. C'est dire, si on levait le coude! Côté table, c'était les parties de bézi (ancètre du rami), de belote ou encore la manille.

café biscans.jpg

L'affluence était telle les jours de tiercé que l'on dû enlever le billard, qui prenait trop de place. Sur cette photo, on aperçoit Anna Biscans, son mari Lucien et leur fils André. Les clients faisaient la queue pour faire enregistrer leurs paris. Ce café fut également l'un des premiers a posséder un poste de télévision. Pour la coupe 1958 en Suède, ils durent installer des haut-parleurs dans la rue, tellement il y avait de monde. Une antenne de 20 mètres sur le toit permettait de capter les retransmissions. L'établissement fut vendu en 1966 à Jean Ferrando et prit le nom de Longchamp en 1973. Puis, ce dernier déménagea en 1988 sur la place Carnot, où il se trouve aujourd'hui, et l'ancien café devint un commerce de tissus.

2014-05-27_08h30_15.png

L'ancien café Biscans est maintenant devenu un pub irlandais. La bière a remplacé le Pernod...

Merci à Mme Bernard pour ses souvenirs

________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

 

 

26/05/2014

1944: Des documents de l'US Army classés "Secret défense", revélés...

Nous venons de mettre la main sur des documents de la plus haute importance pour l'histoire de la seconde guerre mondiale dans l'Aude, concernant la protection des sites historiques du département et l'inventaire des oeuvres d'art à la libération. Ils étaient jusque-là classés "Secret défense" par l'US Army...

seconde guerre

Les forces alliées chargées de bombarder les positions ennemies sur le territoire français, avaient pris soin d'étudier la position des sites historiques grâce à de nombreux documents, des vols de reconnaissance et des contacts sur place. Sur la carte ci-dessus, sont indiqués en gras les bâtiments de Carcassonne classés comme remarquables et dont il faut éviter la destruction. Une liste détaillée dressée par l'armée américaine, indique l'ensemble de ces sites: l'église St-Vincent, la cathédrale St-Michel, la basilique St-Nazaire, le Pont vieux, la Cité et les remparts, le château comtal, la bibliothèque et les archives municipales, le musée des Beaux-arts.

  Il est noté l'inventaire suivant:

Bibliothèque et Musée:

24 000 volumes, 692 manuscrits, 72 incunables et des peintures du XVIIe et XVIIIe siècles.

Peintures de Gamelin, 2 portraits par Rigaud, 3 paysages par Pillement, Ruines par H. Robert, Paysages par J. Vernet, Nature morte par Chardin, Toilette de Diane par Natoire, Saint-Pierre par Ribéra, Scène de lion chassé par Rubens, Paysage marin par Van de velde, Mariage de Sainte-Catherine par Van Dick, fournitures, céramiques, horloge, ciboire du XIIe siècle.

Cathédrale St-Michel et Basidlique St-Nazaire:

Statue de Notre-Dame de la Romiguière, Trois statues dans la chapelle du Rosaire, Sainte-Bénédicte et Saint-Bernard, Vitraux dans le choeur et le transept, Bas-relief de scène de siège dans la chapelle de Rodier, Tombeau de Radulphe de 1266, statue d'une femme agenouillée dans la chapelle Saint-Joseph, un vitrail dans la chapelle Sainte-Croix, 22 statues, Statue de la vierge à l'enfant dans la chapelle Sainet-Anne, Tombeau de l'évêque dans la chapelle de Rochefort.

État des lieux à la libération

embry.jpg

Pierre Embry (1886-1959)

Des contacts sont établis dès septembre 1944 par l'armée US avec Pierre Embry, Conservateur des antiquités et objets d'art de l'Aude, et avec MM. Bourely et Nodet, respectivement architecte et architecte en chef des Monuments historiques du département. Tout ceci dans le but de dresser un état des lieux des éventuels dommages sur les sites historiques et des spoliations commises par l'occupant. Les services de l'armée américaines se déplaceront même à Carcassonne.

Une lettre signée de Pierre Embry est adressée au capitaine David K. Young/ 2678th CA Regiment (OVHD)/ Delta Base.

"Par suite de votre visite du 23 septrembre (1944, ndlr), qui a eu lieu en mon absence de Carcassonne, j'ai l'honneur de vous informer, en ma connaissance, que tous les objets classés (par le Ministère des Beaux-arts), concernant le département et les archives communales, sont restés à leurs places et n'ont souffert d'aucun dommages."

3512260922.jpg

Une liste des dommages sur la Cité de Carcassonne a été dressée par Monsieur Bourely, architecte des Monuments historiques et donnée aux services américains. Le rapport fut traduit en anglais et classé sous le nom d'Appendice "A" et concerne les Pyrénnées-Orientales, l'Aude et le Vaucluse.

La Cité dans son entier a été négligée, non débroussaillée et généralement dans un piteux état, en raison de l'évacuation des habitants depuis que l'occupant avait pris possession. Il a été rapporté par le gardien du château que les allemands dans leur débâcle ont oublié des caisses de grenades dans une petite cour du château, après leur menace de faire sauter la Cité toute entière. De nombreux trous ont été construits dans les rues, probablement pour servir d'abris. (traduit de l'anglais).

En complément, une nouvelle liste baptisée "Herein" indique les autres dommages pour l'Aude.

À Carcassonne:

Le château comtal a été laissé dans un grand désordre et une grande saleté. Les serrures ont été dans plusieurs cas forcées. Aucun objet de valeur n'a disparu. Sur les remparts, toutes les portes des poternes ont été bouchées; plusieurs tours sont emconbrées de plusieurs matériels (sacs de déchets, tas de graviers...) Une partie des rempart a été percée, près de la tour de la Peyre, afin de construire un abri souterrain. (traduit de l'anglais)

Enfin, un rapport de la commission alliée du 8 octobre 1944 publié par le Quartier général de l'opération Branch, nous apprend qu'un voyage de reconnaissance à l'ouest du Rhone a noué des contact avec les civils chargés des Monuments historiques à Nîmes, Toulouse, Albi, Montpellier et Carcassonne. On note que les allemands étaient bien moins correct  qu'en Provence dans leurs occupations des sites historiques. L'amphithéâtre de Nîmes a subi des dommages à cause d'un abri anti-aérien, le château de Beaucaire a été bombardé.

________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014