20/08/2014

Quand le fils de Jean Bringer (Myriel) m'adressa ce courrier...

Hier 19 août, lors des cérémonies officielles de la libération de Carcassonne dont nous fêtons aujourd'hui le 70e anniversaire, un buste de Jean Bringer sculpté par Hélène Cannac a été déposé dans l'escalier d'honneur de la mairie de Carcassonne. Cette oeuvre provient d'un don de la veuve de l'ancien chef départemental des FFI à la ville de Carcassonne, par l'intémédiaire de M. Jean-Louis Bonnet. Ce dernier a également remis aux archives départementales des documents personnels du résistant assassiné à Baudrigues, dont des photographies de son fils Jean-Marie Bringer. Dans ces archives figure également un manuscrit écrit par Thérèse Paillet, l'infirmière du Dr Delteil, à l'attention de son fils, pour plus tard... Personne n'aura connaissance de ce document à part M. Bonnet, puisque ce dernier a fait mettre une protection qui ne le rend consultable qu'en 2044. C'est dire si ce texte doit être embarrassant, quant aux révélations qu'il contient...

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Le buste de Jean Bringer a été dévoilé par le maire Gérard Larrat, en présence de la veuve de Jean-Marie Bringer, fils du résistant audois.

© Christophe Barreau (L'Indépendant)

J'avais été en contact avec Jean-Marie Bringer qui habitait près de Limoges. Le 17 septembre 2008, il m'adressa le courrier ci-dessous, qui manifeste son état d'esprit par rapport au destin de son père. Jean-Marie Bringer est décédé le 5 janvier 2011 à Limoges.

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Monsieur,

je vous remercie tout d'abord pour votre très gentille lettre. cela va sans doute vous décevoir, mais Carcassonne n'est rien pour moi, sinon une ville où j'ai passé une jeunesse colorée de tristesse.

Mon père, avec ses amis ont été assassinés par les nazis, dénoncés par des français cupides. Acte qui s'est toujours produit depuis l'origine de l'humanité, qui continue à se produire aujourd'hui et qui hélas continuera à se produire demain.

Ils ont morts en combattant une idéologie, l'idéologie nazie et non POUR une idéologie ou un quelconque "honneur" de la France.

Je ne vous apprendrais rien en vous disant que l'intolérance nazie a été en grande partie dégonflée, mais que d'autres, aujourd'hui, reprennent du souffle, en particulier les idéologies religieuses qui ne demandent, une fois de plus, qu'à emprisonner et détruire l'Homme, supprimer les valeurs de la République... La gueuse!

L'histoire bégaye.

Demain reste à faire et je ne tiens pas à régurgiter un passé que j'ai mis tant de temps à assimiler.

Je souhaite plutôt qu'aujourd'hui, trop près de nous, les religions et non la laïcité deviennent positives (voir Catherine Kintzler, Marianne2)... et à votre livre ainsi qu'à vous-même un heureux avenir

Très cordialement

Jean-Marie Bringer

(1943-2011)

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© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

Commentaires

Alors là Martial, ce qui viens de se passer pour la Libération à Carcassonne et la partie que tu nous révèle me laisse sans voix.
1.La Mairie a changé la date de la Libération et fait un pied de nez à l'histoire en passant du 20 au 19;
2 un individu(vocabulaire gendarmistique neutre) se fait remettre un buste et le remet à la mairie.
Pourquoi?, quel est le but?
Pourquoi Mme Bringer est allé remettre des archives de cette manière, en passant par ce circuit?
Une remise de documents ne se fait pas sur un coin de table.
C'est tellement hors norme.
Et des documents qui ne sont pas passés par voie normale , après, qu'est-ce qu'il y a réellement?
Après 2044, quand elles seront accessibles, comment l'historien va les traiter?
Quant au nom de sculptrice??Bingo
Bon Martial, là, ça va être dur parce qu'il faut tout remettre dans l'ordre et refaire le puzzle.

Écrit par : Myriam | 20/08/2014

connaitrons nous un jour le mystère de la mort de Jean Bringer et de ses compagnons.??..en 2044 je ne serais certainement plus là pour connaitre l'énigme dommage ...
j'aurais bien aimé savoir

Écrit par : constance pressoirs | 21/08/2014

Ne peut-on pas déclassifier ce document ??...

Écrit par : Stéphane | 21/08/2014

La question est de savoir si c'est M. Bonnet qui a demandé cette protection de 30 ans, où la veuve de Jean Bringer. Dans le premier cas, avait-il tout légitimité pour le faire?
Même s'il faut toujours saluer l'archivage de documents tels que ceux-ci et reconnaître la bonne action de M. Bonnet, je rejoins l'idée de Myriam. Pourquoi les archives ne sont-elles pas directement intervenues auprès de Madame Bringer?
Il est tout de même dommage qu'un seul historien puisse avoir à lui seul sur ces épaules, les secrets de la dénonciation de Jean Bringer. Et qu'aucun autre, ne puisse vérifier ce qu'il va écrire sur le sujet, avant 2044.
Cela ne poserait pas tant un problème de méthode, si cela ne posait pas avant tout un problème d'éthique vis-à-vis d'une telle histoire.

Écrit par : Martial Andrieu | 21/08/2014

Cette lettre du fils de Jean Bringer donne plusieurs indications, à lire entre les lignes:

Primo, Jean-Marie Bringer n'aimait pas Carcassonne qui lui avait enlevé son père quand il n'avait qu'un an.

Secondo, il avait appris depuis qui avait donné son père à la Gestapo par cupidité.

Tertio, il en voulait aux Carcassonnais qu'il tenait pour responsables de son malheur, sachant qu'aucun d'entre-eux n'a dénoncé le véritable coupable, connu de certains. Rappelons que Faux, était un agent de la Gestapo et pas un dénonciateur. C'est donc un autre bien informé qui a été grassement payé par la Gestapo après sa dénonciation. 10 ans de travaux forcés, c'est peu pour un tel forfait surtout 15 ans après...

Quarto, Jean-Marie Bringer indique dans sa lettre que son père se battait contre une idéologie et pas pour sauver "l'honneur" de la France. Phrase lourde de sens et qui est à contre-courant de tout ce qu'on veut nous faire admettre dans les commémorations. Je m'explique.
À mon avis, le fils de Bringer avait compris que les vrais résistants étaient tous morts et qu'il ne restait plus que les supposés pour se glorifier d'actions en faveur de la patrie qu'ils ont été très peu de survivants à commettre. D'ailleurs, les vrais héros ne font jamais étalage de leurs forfaits. Parmi les faux-dévôts se sont trouvés certains brebis galeuses à agir pour l'argent. Les mêmes qui ont roulé carrosse après la guerre.
Jean Bringer était un homme de convictions, comme son fils et pas un chercheur de breloques à la boutonnière au nom de la grandeur de la France.

Oserais-je écrire que Jean-Marie Bringer ne serait pas venu à la remise du buste de son père à Carcassonne, s'il avait été en vie...OUI! Je suis sûr que cet homme droit fuyait l'hypocrise.

Ce n'est que mon avis, bien sûr

Écrit par : Martial Andrieu | 21/08/2014

Je rejoins Martial dans ces propos, et je suis tout autant troublé de la manière dont ont été versées ces pièces d'archives...
En effet la lettre de Jean-Marie BRINGER est plutôt orientée en laisse présager d'une vérité sordide dont il avait connaissance.
Affaire à suivre car elle ne peut en rester là

Écrit par : sln11220 | 22/08/2014

Oui, dommage que la municipalité ait confondu les dates du 19 et du 20 Août, pour la commémoration de la Libération de Carcassonne.peut-être est-ce pour faire l'économie d'une organisation. Le même jour on fait d'une 'pierre deux coups"
Baudrigues et le Quai Riquet. Ou est la démarche du souvenir !!!!
pour ceux qui n'ont pas choisi le jour.. de donner leur vie, pour nous.
En ce qui concerne les documents de la famille Bringer déposés aux AD, cette démarche est régie par un règlement je pense :
** soit un dépôt sous forme de contrat....
** soit un don sous forme de convention....
La directrice actuelle des AD de l'Aude peut répondre à ce questionnement.
Pierre-Baptiste

Écrit par : Pierre-Baptiste | 22/08/2014

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