09/11/2014

Les archives de l'ancien Lycée Impérial de Carcassonne jetées aux ordures

Comme nous vous l'annoncions vendredi, l'administration du lycée Paul Sabatier placée sous la responsabilité de Monsieur Mercadal — proviseur de l'établissement — avait jeté jeudi à la benne à ordures, un grand nombre d'archives et d'anciens manuels scolaires. Ce dépotoir de la mémoire collective se trouvait devant les bureaux du proviseur situés à l'entrée du lycée à la vue des futurs universitaires. Un beau symbole, en somme ! Sans la curiosité et la présence d'esprit de Julien Llamas — élève à Sabatier et excellent jeune citoyen Carcassonnais — cet évènement serait passé aux oubliettes. Julien a d'abord demandé l'autorisation à M. Mercadal de pouvoir fouiller et prendre des photographies de la benne. Ce qu'il fit. Ensuite, s'apercevant que les documents constitués par des listes d'appels, des fiches, des croquis de travaux dataient pour les plus anciens de 1884, il entreprit d'en sauver le plus qu'il pourrait à pied emporter chez lui. Aujourd'hui, ce sont autant de preuves visant à démontrer la faute de ces fonctionnaires de l'Éducation nationale.

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Alerté par l'élève qui avait posté la photo ci-dessus sur Facebook en expliquant le problème, je décidais de rendre publique ce désherbage sauvage des archives du lycée. Jusqu'à présent, je m'en remettais aux dires de Julien quant à la qualité des archives vouées au pilon, considérant le fait comme grave. On imagine aisément l'effet produit sur la toile et les répercutions dans la ville. Aussi, le vendredi matin Julien vit deux hommes de l'administration descendre dans la benne pour d'après lui, en extraire les documents les plus anciens sous les yeux d'un proviseur faisant l'étonné. La benne fut ensuite bâchée, ce qu'elle n'était pas la veille. Il semblerait que l'on ait pris conscience des conséquences, en tentant de réparer l'erreur. Enfin, il faut l'espérer.

Le vendredi à 14 heures, je décidais d'appeler la directrice des archives départementales. Elle m'indiqua ne pas avoir été mise au courant de ce déserherbage par le proviseur du lycée. La procédure veut qu'en pareil cas, les archivistes procèdent au tri des documents en vue de leur conservation. La directrice m'assura alors qu'elle allait dépêcher sur place ses agents. À 16 heures, elle me confirma qu'ils s'y étaient rendus en me remerciant vivement pour ma démarche. Nous savons que l'on tentera par tous les moyens de minimiser les responsabilités en racontant qu'il n'y avait rien dans cette benne de bien important. Aussi, avons-nous rassemblé les preuves du contraire, grâce aux documents récupérés par Julien.

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Il s'agit purement et simplement des archives du Lycée Impérial de Carcassonne qui fonctionna jusque dans les années 1960, avant la construction du lycée Paul Sabatier. Notons que l'historien Claude Marquié faute d'archives pour réaliser une conférence à la SESA, pensait qu'elles avaient été détruites lors du déménagement. En fait, elles ont transité par le lycée Sabatier qui les détient depuis 50 ans, avant de les jeter aux ordures dernièrement. Il me semble que les administrations ont l'obligation passé un certain délai, de verser leurs papiers aux archives départementales.

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L'ancien Lycée Impérial de Carcassonne, rue de Verdun

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Une liste d'appel des élèves pour l'année 1891

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Les réparations effectuées au lycée en 1902

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Une liste des fonctionnaires du Lycée Impérial

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Les professeurs de années 50-60 dont René Nelli

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Les services et émoluments du personnel pour 1947, mais également les provisions pour la cantine en période de guerre et la comptabilité.

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Un dossier du XIXe siècle

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Exposés au regard des élèves, les fiches individuelles des anciens avec leurs noms, adresses, téléphone et filiation. Ici les années 1970...

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Là, l'année scolaire 2003-2004. Nous avons masqué les renseignements confidentiels, mais ils ne l'étaient pas. Certaines fiches contiennent même l'exclusion et le parcours disciplinaire.

Nous espérons que les Archives départementales auront pu récupérer l'ensemble de ces dossiers, car Julien n'en a sauvé que 5%. Sur mes conseils, il déposera aux Archives de l'Aude ce qu'il a pu extraire de la benne. L'administration du lycée n'admettra jamais sa faute ; au moins, donnera t-elle en secret ce qu'elle a récupéré à l'intérieur de la benne le vendredi matin... Je remercie beaucoup Julien Llamas et tous les historiens devraient en faire de même. Pour ma part, je désespère chaque jour de voir cette ville aux mains de gens si peu concernés par le patrimoine.

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09:43 Publié dans Carton rouge, Écoles | Tags : lycée | Lien permanent | Commentaires (19)

Commentaires

Il est très réconfortant de voir un jeune concerné par le patrimoine. Souhaitons qu'il soit contagieux.
Heureusement car la "petite" histoire comme parfois la grande semble être anecdotique dans cette ville.
Bravo à Julien qui, avec votre appui, a dénoncé cette ineptie.

Écrit par : Brigitte | 09/11/2014

Bonjour,
Ne serait-ce pas une entorse à la loi sur la confidentialité des données personnelles? Qu'en dirait la CNIL ?

Écrit par : sophie | 09/11/2014

Vous avez certainement raison. La confidentialité dans ce cas n'a pas été respectée, ces archives étant au vu et à la disposition de toutes personnes présentes dans le lycée. D'autre part, une fois la benne enlevée par les services de la ville, dieu seul sait ce qu'elles seraient devenues . Auraient-elles été détruites ou... .

Écrit par : Brigitte | 09/11/2014

Justement je pensais comme vous!
Car dans toutes ces archives jetées au quatre vents, il y a des personnes derrières avec nom âge et toutes les indications concernant leur vie!
Dans un premier temps on peut penser que des gens mal intentionnés peuvent s'approprier d'une identité en puisant dans cette benne toutes les informations et s'en servir!
Peut on penser qu'au niveau de la direction d'un collège ou d'un lycée les responsables sont des incapables et des ignorants quand cela concerne les archives?
Pourtant il faut constater suivant les faits que ce sont des irresponsables!
A ce niveau c'est grave!

Écrit par : Antonia Reynes | 09/11/2014

Vous avez raison, les documents produits par une administration sont soumis à des délais de communicabilité codifiés dans le Code du Patrimoine !
Et surtout, ces documents ne peuvent être détruits sans l'autorisation des archives départementales (dans ce cas) : chaque fonctionnaire est responsable pénalement des archives qu'il produit et qu'il conserve !
C'est édifiant !!

Écrit par : Lilyba | 11/11/2014

Vraiment, c'est extraordinaire, au sens propre du mot. Ce proviseur ne doit pas savoir comment s'écrit l 'histoire. Gageons qu'il a pu mettre une machine à café à la place des archives...

Écrit par : robert de colle | 09/11/2014

Le proviseur devrait être sanctionné et les archives qui sont protégées par la loi devraient évidemment être placés aux archives départementales, Ç est un service public, comme l école publique et obligatoire... Vous avez bien fait de prévenir Mlle Caucanas...

Écrit par : JLG | 09/11/2014

Quel exemple donné par ce proviseur!
Aussi ignorant qu'il est irresponsable , mais chargé par l'Education Nationale de veiller sur nos enfants et leurs enseignants.
Quelle education a t-il reçu pour étre choisi pour ce poste ? et que pourra t il transmettre à nos enfants ?

Écrit par : gibert | 09/11/2014

Mr Andrieu
vous voulez qu' on réagisse a ce blog et bien réagissons ! mais a qui confie t on la direction de tel établissement je ne suis pas allé a Sabatier mais n importe quel proviseur même ignare aurait eut l idée de contacter les archives c est ce que je fait moi quand je débarrasse les greniers je contactes les archives en tout cas merci a ce jeune étudiant julien d avoir su faire preuve d état d esprit ce qui n est pas le cas de sont proviseur MR mercadal enfin c est l éducation nationale ils ne sont pas tous capables de réfléchir dommage

Écrit par : marcel | 09/11/2014

Voilà ce que je viens de trouver sur le net concernant la conservation ou non des différents documents des archives d'un lycée:

http://gestionnaires03.pagesperso-orange.fr/ArchivagePoitiers_mars06.pdf

Au delà de la valeur accordée à ce passé, ce proviseur a commis une faute en agissant de la sorte.

Écrit par : Brigitte | 09/11/2014

Outre les fautes graves consistant en la destruction de documents publics et confidentiels, outre le fait d'avoir fait obstacle à toute histoire future du lycée impérial et du lycée Sabatier qu'à voulu faire le proviseur Mr Mercadal ancien élu dans la précédente majorité municipale où déjà les futures élections sont ouvertes?
Cela me rappelle un 15 août où le patrimoine de l'ancienne salle d'étude de la bibliothèque municipale riche des collections départementales est parti à la benne.
On est très très mal.
Qui va porter plainte?

Écrit par : Marie | 09/11/2014

Outre les fautes graves consistant en la destruction de documents publics et confidentiels, outre le fait d'avoir fait obstacle à toute histoire future du lycée impérial et du lycée Sabatier qu'à voulu faire le proviseur Mr Mercadal ancien élu dans la précédente majorité municipale où déjà les futures élections sont ouvertes?
Cela me rappelle un 15 août où le patrimoine de l'ancienne salle d'étude de la bibliothèque municipale riche des collections départementales est parti à la benne.
On est très très mal.
Qui va porter plainte?

Écrit par : Marie | 09/11/2014

Sur la liste des profs de 50-60 au dessus de René Nelli, il y a Rech, prof de lettres et violoniste habitant rue de la Barbacane. Il a quitté la ville pour aller à Monaco, c'était un ami de mon père. Si quelqu'un sait ce qu'il était devenu, j'en serais ravi.

L'enseignement part en brioche comme le reste. J'ai un ami qui était directeur de la Fac de lettres de Strasbourg ... aujourd'hui en retraite, il a était remplacé par un prof de gym!

Écrit par : Authier | 10/11/2014

Sur la liste des profs de 50-60 au dessus de René Nelli, il y a Rech, prof de lettres et violoniste habitant rue de la Barbacane. Il a quitté la ville pour aller à Monaco, c'était un ami de mon père. Si quelqu'un sait ce qu'il était devenu, j'en serais ravi.

L'enseignement part en brioche comme le reste. J'ai un ami qui était directeur de la Fac de lettres de Strasbourg ... aujourd'hui en retraite, il a était remplacé par un prof de gym!

Écrit par : Authier | 10/11/2014

J'ai été élève dans ce lycée(paul sabatier) de 1970 à 1980 quel dommage voir notre passé détruit de la sorte
Je savais qu'il y avait une amicale de ce lycée crée il y a quelques années ou en est elle,existe t'elle?Si vous avez des renseignements faites les passer,c'est important de noq jours de conserver notre histoire à tous,il ne faut que cela concerne quelques élites seulement

Écrit par : CRITELLI | 10/11/2014

heureusement que vous et ceux qui vous aident êtes là pour sauver ce qui doit l'être dans notre merveilleuse ville de Carcassonne...et merci a Julien qui fait vraiment un bon travail ....

Écrit par : constance pressoirs | 10/11/2014

Bien la salutation mon cher martial......
Tout d abord je voulais te remercier et te féliciter pour ce travail de mémoire que tu fournis....Et qui est un vrai plaisir de mieux en apprendre sur la ville dans laquelle je suis né.....Et qui me manque beaucoup comme nombre d'exilés professionnels comme moi.......

Et pour avoir été ensemble dans ce lycée avec toi, je me réjouis et constate que ce jeune homme a été honoré de son geste salvateur......La mémoire de toute chose ne devrait pas finir dans une benne.........
( Cela pourrait faire un bon sujet de philo : La mémoire est elle vouée à finir dans une benne à ordures ? )

Écrit par : martinez stef | 12/11/2014

bonjour , je découvre cet article et je suis offusquée par l'attitude de ce proviseur.........ALORS QUE L'on se remémore la guerre de 14-18 , que beaucoup se mobilise pour trouver des souvenirs...... ce monsieur se permet de "jeter" les archives de toute l'histoire éducative d'un département ........ devant ce fait ..... que peut il transmettre à ses élèves????????dans le village de ma maison famililale pres de LIMOUX, pour le 11 novembre il y avait une exposition sur la guerre de 14,mon mari a pu exposer les cahiers et les livres de son arrière grand père, instituteur à la retraite, rappelé pour faire la classe de 1914 à 1918, tout était dans la bibliothèque de la maison, nous avons les photos, les palmes académiques, et dans une malle les souvenirs, de son gendre JEAN PAGES, sous lieutenant , instituteur à LOUPIA, tué au champ d'honneurt son nom est inscrit sur le monument aux morts de l'Académie.... C'est toujours avec beaucoup d'émotion que nous regardions toujours ces souvenirs et nous avons été tres fiers de pouvoir les exposer......
merci pour ce que vous faites..........
NICOLE

Écrit par : VACQUIER | 15/11/2014

Bonjour Martial,

Merci à JULIEN pour ce geste civique, car je retrouve des renseignements sur les miens.
merci pour la sauvegarde de ces documents

Écrit par : ourliac | 19/11/2014

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