28/11/2014

L'association des concerts symphoniques

Fondée en 1895 par Frédéric Lauth, un industriel patron d'une brasserie sur le boulevard Omer Sarraut (aujourd'hui Chez Fred),

l'Association des concerts symphoniques

a animé la vie culturelle Carcassonnaise pendant un quart de siècle. Elle possédait son propre orchestre et ses choeurs, issus de la société Carcassonnaise, qui répétaient tous les mardis dans une salle de l'actuel hôtel Murat (Chambre de commerce) rue Aimé Ramond. A sa tête, Michel Mir (ancien violoniste des Concerts Charles Lamoureux) en assurait la direction musicale.

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Les concerts avaient lieu dans la salle des concerts, 7 rue de la liberté. L'audition de Marie-Magdeleine de Jules Massenet eut lieu grâce à l'amitié étroite que Paul Lacombe entretenait avec ce compositeur. Malheureusement, la Grande guerre va mettre pour un temps un coup d'arrêt à la bonne marche de l'association. Elle aura beaucoup de mal a redémarrer après guerre, à cause de la perte de plusieurs de ses musiciens sur les champs de bataille et des problèmes financiers qui en découlèrent.

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Michel Mir (1882-1958) dirigeait les concerts de l'association. Son passé de violon solo aux Concerts Lamoureux à Paris, lui permit de faire venir à Carcassonne de grands concertistes nationaux (Jeanne Montjovet, Madeleine de Valmalète, Roger Mendez...) C'est un peu si comme de nos jours, Carcassonne accueillait tous les trois mois Roberto Alagna, Hélène Grimaud ou Laurent Korcia. Ne rêvons plus !

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Le conseil d'administration de l'association est constitué en 1922 par: Frédéric Lauth (Président), Joseph Coll et Guillaume Almayrac (Vice-présidents), Georges Cotte (Trésorier), Charles Barral (Secrétaire), Louis Albert (Archiviste) et MM. Paul Lacombe, Auzouy, Pouzols, Sarta, Raynaud, Azaïs, Cauvy, Boquet et Rouquet. Les membres abonnés sont au nombre de 204. Parmi eux, on compte des notables de la ville: Dr Gout, Fafeur (Industriel fondeur), Durand (Confiseur), Charles Lordat (Commerçant), Louis Farge (Industriel), Lauer (Brasseur), Abbé Sabarthès, Dr Tomey, Maurice Sarraut (Sénateur), Gaston Jourdanne, Dr combéléran...

Membres de l'orchestre

Premiers violons: MM. Mandoul, Fournier, Cotte, Cros, Fabre, Azaïs, Carrière, Roger, Vialade. Mlle Carbou et Mme Auzouy.

Seconds violons: MM. Michel, Babou, Mary, Callabat, Gastou, Alquié, Malgrat, Ouliac, Chiffre, Gaisset, Bonnafous et Gleizes

Altos: MM. Sabatier, Coll, Almayrac, Coyot

Violoncelles: MM. Jordy, Lauth, Sipière

Contrebasses: MM. Auzouy, Pouzols, Authier et Tesseyre

Flutes: MM. Guiraud, Cauvy, Esparseil, Danay

Hautbois: MM. Barral, Bergougnan

Cor anglais: Barral

Clarinettes: Edouard Lacombe, Anisset

Clarinette basse: M. Gibert

Bassons: MM. Falcou, Gastou, Ormières

Cors: MM. Gaujon, Maynadier, Chavernac, Fabre

Trompettes: MM. Boquet, Rigail

Cornet à pistons: Barre

Trombones: MM. Rouquet, Villebrun, Rius

Tuba: Bénazet

Timbales: Rouger

Batterie: Bézard, Colomiès, Barthès et Durand

Michel Mir est le grand oublié des musiciens Carcassonnais. Il n'a même pas une rue à son nom.

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27/11/2014

Les plaques émaillées Michelin à Carcassonne (2)

Dans un précédent article en date du 17 juin 2013, nous avions inventorié les anciens panneaux directionnels en lave émaillée, encore en place dans Carcassonne. Nous avions noté que deux d'entre-eux signalant la Cité médiévale, avaient été fabriqués par

Michelin

la veille de la déclaration de guerre, en août 1939. Vous les retrouverez à l'entrée de l'avenue Arthur Mullot en direction de Narbonne. Ce que nous savions également c'est que la ville possédait d'autres panneaux de ce type, qui ont été malheureusement déposés depuis. Comment étaient-ils et où se trouvaient-ils ? Voilà une énigme en passe d'être résolue grâce à des photographies figurant dans l'album d'un particulier, acquis récemment aux enchères.

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À l'entrée de la Porte Narbonnaise et contre le muret entourant le cimetière de la Cité, figurait cette plaque identique à celles de l'avenue Arthur Mullot. Cette photographie date de 1978

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À l'angle de la rue Trivalle et de la Montée Combéléran, juste en face de l'actuel hôtel Espace Cité. Cette fois le panneau n'est plus fixé dans le mur. Cette photographie date de 1978.

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En haut de la rue Gustave Nadaud, au pied des escaliers montant au jardin bordant la Porte Narbonnaise. Remarquons au passage la croix du XVIe siècle dont nous avons signalé le vol en 2010. Cette photographie date de 1972. Ne nous demandons pas où sont passés ces panneaux, nous perdrions notre temps. Demandons-nous s'il est vraiment utile de le déposer, voire de les envoyer au pilon. Ils font sans doute partie d'un patrimoine à préserver. Un voeu pieux, encore un...

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

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26/11/2014

Quelques mauvaises nouvelles...

Entre le mois de juin dernier et la fin octobre, la plaque en l'honneur de l'académicien Carcassonnais

 Fortunat Strowski (1866-1952)

a disparue de la façade du 22, rue Armagnac.

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Quelles sont les raisons qui ont motivé l'enlèvement de ce témoin de la mémoire culturelle de notre ville ? L'ignorance peut-être... En tous cas, ce n'est visiblement pas le ravallement de la façade de l'immeuble. Cela fait plus de six ans que je réclame une commission, chargée d'inventorier les oeuvres d'art et les plaques historiques dans Carcassonne. Que voulez-vous... Quand on se heurte à tant d'immobilisme sur le plan patrimonial, on finit par être découragé. 

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La plaque se trouvait fixée sur la pierre, à droite de la porte

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Fortunat Strowski

était un historien de la littérature, essayiste et critique littéraire. Professeur à la Faculté de lettres de Paris, il est connu pour son édition des Essais de Montaigne d'après la version de 1588 annotée de la main de l'auteur. Il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1926.

(Source : Wikipédia)

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Nous ne féliciterons pas celui qui donné l'ordre de repeindre en doré, l'applique de la petite fontaine du Portail des Jacobins. Celle-ci était encore il y a quelques semaines en fonte et de couleur sombre. Nous ne féliciterons pas non plus, l'exécutant de cette basse besogne pour ses piètres talents de peintre. Même un bricoleur du dimanche, aurait pris soin de protéger le tour de l'applique pour éviter les bavures. Faut-il espérer que les agents communaux, ni leur chef ne soient impliqués dans cette belle restauration. Voilà une autre histoire...

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25/11/2014

Les aventures rocambolesques d'un pionnier Carcassonnais de l'automobile

Henri Alaux

Né le 21 janvier 1885, débute en 1897 à l'âge de 12 ans comme apprenti au garage Loubié cycles, machines à coudre, tricycles à pétrole.

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De Dion Boutton

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Lorsqu'il quitte l'atelier Loubié, il reçoit un certificat attestant de ses bons services et de ses aptitudes à conduire les voitures, bien qu'il ne soit pas en âge de passer son permis. Ce n'est que le 31 décembre 1902 qu'il obtiendra le précieux sésame portant le n°249 délivré par la préfecture de la Haute-Garonne. Il habitait à cette époque, 19 rue de l'Orient à Toulouse.

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La course automobile Paris-Madrid

Après son départ le 21 mai, elle fut arrêtée à Bordeaux par le gouvernement suite à de nombreux accidents mortels. Marcel Renault se tua à Couhé-Vérac. Touraud eut un grave accident à la sortie d'Angoulème. Madame Camille du Gast sur sa voiture 40 cv de Dietrich (moteur Turcat Méry) rallia Bordeaux avec Henri Alaux qui fut son mécanicien. Elle décida de continuer jusqu'à Madrid. La voiture fut mise sur un wagon jusqu'à la frontière espagnole. Après plusieurs étapes et diverses péripéties, ils arrivèrent à Madrid tirés par deux mulets. La traversée de l'Espagne par une femme fut un grand évènement. Pour le retour la voiture fut rapatriée en train, mais également pillée pendant son voyage.

(Témoignage d'Émile Alaux, fils d'Henri)

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Camille du Gast en 1903

De 1904 à 1906, il travaille chez Touraud à Suresnes sur les quais de la Seine sur des voitures encore à vapeur et fait les essais côte de Suresnes. Ces véhicules sont munis d'une béquille que l'on est obligé de laisser tomber à l'arrêt d'une forte côte pour empêcher les voitures de reculer. Ils n'ont pas à cette époque de frein avant. Pour l'anecdote, un examinateur collera un chauffeur qui ne mettra pas la béquille en côte — on appelait chauffeur, le conducteur d'un véhicule à vapeur. En 1909, Alaux procède à des essais d'autobus à vapeur de Paris à Anvers.

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© BNF

Les essais de la première balayeuse arroseuse eurent lieu aux Halles de Paris sous la protection de la police. Les Forts des Halles le traitaient de "briseur de bras".

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Lorraine Dietrich 1911

© Patrimoineautomobile.com

Après la vapeur, le moteur à essence fit son apparition. Alaux transforme alors les voitures Lorraine Dietrich à courroie en les dotant  de boite à vitesse dès 1911. Il travaille ensuite chez Renault Saurer et s'installe à Aurillac, avant d'être mobilisé dans le 3e d'artillerie pendant la Grande guerre.

À Carcassonne...

Il fonde dès son arrivée le garage International au 25, rue des Jardins (actuel 35, rue Antoine Marty). Il reprend d'abord des véhicules aux armées pour les remettre en état (Nach, Pierce Arrow, Wait, Latil...), puis devient agent Ford (Modèle T) et ensuite Chevrolet. La société Alaux frères est dissoute en 1925 et devient Alaux Henri. C'est un garage Ford, Fordson, Rosengart, Général Motors, Chevrolet, Opel, Erskine, Delage, Laffly, Salmson jusqu'en 1931.

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Henri Alaux et son épouse à la Cité sur une Ford T en 1925

En 1926, il dépose un brevet de pont porteur pour Ford. Comme à cette époque les voitures étaient rares, les stations services n'existaient pas. Il fallait avoir dans les voitures ce que l'on appelait "le lot de bord". Cela comprenait l'outillage, une pompe à air pour les pneus, un cable, un entonoir ainsi que bidons à essence et eau. Henri Desgranges, patron du journal "L'Auto" et créateur du Tour de France cycliste avait créé un petit fanion jaune triangulaire, vendu 5 centimes. Il était fixé avec une hampe sur l'aile avant de la voiture. Ainsi, tout véhicule se croisant pouvait se porter assistance en cas de panne.

Deux anecdotes d'Émile Alaux

" J'ai pris place à côté de mon père à bord d'une Torpédo à capote à courroie (Une DFP : Doriot, Flandrin, Parent...) Nous revenions de Mazamet pour retourner à Carcassonne. une expédition ! Cette voiture n'avait pas de bouteille à gaz comprimé permettant d'allumer les phares. Pour celà, elle possédait un petit générateur dans lequel on mettait du carbure et de l'eau qui faisaient l'acétylène. En descendant la côte de Villegailhenc, la nuit nous surprend ; il faut allumer les phares. Stupeur ! Mon père a oublié le bidon d'eau. Qu'à cela ne tienne, en mettant le carbure dans le générateur, nous avons remplacé l'eau par notre urine. Et la mulière fut !"

"En 1923, j'ai douze ans et mon père me lâche sur la route avec ma soeur de treize ans, au volant d'une voiture G.E.P (véhicule fabriqué en 1913-1914 à Gennevilliers). Si notre arrivée à Villeneuve-Minervois (8 kms) constitua un attroupement, le retour se passa sans rencontrer une seule voiture !"

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Fabriquant et carossant les châssis en autobus, Henri Alaux lance les lignes du Mas-Cabardès, de Rieux, de la Malepère, de Laure-Minervois et de Lagrasse.

La société Alaux et Gestin

Henri Alaux s'associe avec M. Gestin en 1932 et le garage devient une concession Renault, Alfa Roméo et Lambretta. Les deux dernières marques seront abandonnées au profit de Renault qui voulait l'exclusivité.

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Le garage Alaux et Gestin en 1940

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L'ancien garage Renault aujourd'hui, rue Antoine Marty

Émile Alaux (1912-2000) reprit l'affaire de son père à la tête de la société Alaux et Gestin avant de céder définitivement la concession.

Je remercie vivement Madame Marie Saleun, artiste peintre, pour m'avoir très cordialement ouvert sa boite aux souvenirs.

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24/11/2014

La Cité au fil du temps...

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Cette exposition de vieilles photographies sur la vie à l'intérieur de la Cité à partir de 1900, est organisée par l'Association de la Cité de Carcassonne, représentée par Madame Christine Pujol. Le fonds photographique est en grande partie gracieusement prêté par Patrice Cartier et Martial Andrieu. Il s'agit de photographies albuminées, argentiques ou plaques de verres. L'ensemble de cette manifestation est coordonnée par la ville de Carcassonne et le Centre des Monuments Nationaux.

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21/11/2014

La villa de la Gestapo sera rasée pour 40 logements sociaux

L'indépendant dans son édition d'hier confirme la destruction de ce lieu de triste mémoire et présente le projet architectural qui sera réalisé par Habitat Audois. D'après le journal, ce sont 40 logements à caractère social qui seront construits sur la parcelle d'ici à mi-2016. La maison du gardien dans laquelle ont été séquestrés Aimé Ramond et tant d'autres, sera également détruite pour donner un accès aux habitations.

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Les logements seront bâtis en fond de parcelle

C'est donc la fin d'un long combat dans lequel j'aurais laissé quelques plumes, mais en ayant beaucoup appris tant historiquement qu'humainement. Je dois vous avouer que bien des nuits, il m'est arrivé de ne pas dormir tellement l'énervement et l'anxiété m'ont gagné. Oui ! j'ai essayé de lever ciel et terre pour faire entendre raison à qui voudrait bien comprendre. Certains diront sûrement : "Tout ça pour ça !" Eh ! bien, non. Malgré cette destruction, demain ne sera plus comme hier à cet endroit. Les Carcassonnais, grâce à ce travail de mémoire, ont connaissance désormais du sinistre passé de ce lieu. Ils savent que la barbarie n'a pas de frontières, puisque l'agent du SD, René Bach, était français. Qu'il a été fusillé à la suite d'un procès instruit à Carcassonne en 1945. Malheureusement, 70 ans après, les tensions sont encore vives et s'attaquer à ce dossier comme je l'ai entrepris, c'est faire le procès de la collaboration ; un linge sale qui n'est pas près d'être lavé en famille.

L'avenir ?

L'indépendant nous apprend qu'une stèle sera érigée sur le site, en mémoire aux martyrs de la Gestapo. Bien entendu, Habitat Audois va entreprendre ce projet avec les associations d'anciens combattants. C'est l'usage et c'est tout à fait dans les règles. Toutefois, sachez que ces associations n'ont pas levé le petit doigt pour défendre ce lieu, ni pour le faire connaître. Elles ont même conseillé à l'ancien maire de le faire raser, lorsqu'il les interrogea sur le sujet. Elles ont critiqué mon entreprise de mémoire. À n'en pas douter, elles iront sans vergogne couper le ruban et manger les petits gâteaux, le jour de l'inauguration. Je veillerai à ce qu'elles n'oublient pas les guérilleros espagnols qui ont combattu aux côtés des français, mais dont la reconnaissance se fait toujours attendre.

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