31/01/2015

André Saura, matricule 51.119 tatoué au bras gauche

C'est l'histoire de deux amis, deux gymnastes de "la Carcassonnaise":

André Saura et Maurice Ancely.

En juin 1940, ils ont 16 ans et n'acceptent pas la défaite et la capitulation. André s'engage alors deux ans après, dans l'armée d'Afrique du nord, mais bien qu'incorporé il ne pourra la rejoindre. La Marine française s'est sabordée en rade de Toulon, en raison de l'invasion par l'armée du Reich de la zone sud en novembre 1942. Il est démobilisé mais en mars 1944, il prend une décision lourde de sens et qui bouleversera sa vie, à jamais.

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Accompagné par son camarade Maurice Ancely, bien décidés à fuir les Chantiers de jeunesse, passeport pour aller travailler en Allemagne et construire des bombes pour tuer ses compatriotes, il rejoignent le maquis. Ils sont rapidement pris en main par les résistants de Montolieu et de Brousses et Villaret. Leurs travaux vont consister d'abord, à rechercher des terrains pour les parachutages dans la forêt de la Galaube. Un soir, on leur annonce qu'il doivent partir pour l'Afrique en passant par l'Espagne. N'écoutant que leur courage, ils obéissent et s'en vont dans une ambulance de Carcassonne "Mer Laborie", jusqu'à la frontière avec les Pyrénnées Orientales. Ensuite, ils marchent de nuit jusqu'au village de Taulis où les attend un passeur. Cet individu au nom de Lopez est aux mains des allemands et quand il est relâché, il les livre à la Gestapo. Ils sont interrogés au Boulou, internés à la citadelle de Perpignan et finalement envoyés au camp de Compiègne. Le 11 mai 1944, dans des wagons à bestiaux contenant 120 hommes chacun, ils sont envoyés à Buchenwald où ils arrivent quatre jours plus tard.

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"Pendant le transit, nous n'avions pas d'autre choix que de boire de l'urine pour survivre. Malgré cela plusieurs hommes sont morts à l'arrivée au camp." m'a t-il confié. Les SS les font alors descendre à coup de crosse, pendant qu'ils assistent à l'atroce spectacle des camions qui passent sur les corps des hommes morts ou dans le coma. Après la désinfection sommaire, ils revêtent les habits du camp. Leur logement? Une tente de cirque où il sont 400, entassés sur des fagots de bois, la tête touchant les pieds du voisin. certains meurent de froid... A Ellrich, on les fait travailler sur une voie de chemin de fer de 6 heures à 18 heures avec demi-heure de pose à midi. Le camarade Maurice Ancely n'est plus avec lui, il ne survivra pas. Le 19 juillet, changement de camp et nouveau travail. Lever à 3h30, café à 3h40, 4h l'appel dans la cour jusqu'à 5h15 sans bouger par des températures de moins 20 dégrès, 6h le travail jusqu'à 18h30, 20h la soupe (1 litre d'eau avec 3 carottes dedans), 21h le pain (400 grammes) et la margarine (10 grammes). L'hiver la température atteignait -22°, ils étaient en caleçons! La boue rentrait dans les chaussures; sous les coups des Kapos des hommes ne relevent pas et leurs camarades ne peuvent pas intervenir.

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Le 4 avril 1944, les américains sont à 30km. Les hommes vont quitter le camp et marcher sous les coups des SS. Ceux qui ne peuvent pas suivre sont abattus d'une balle dans la nuque! C'est la colonne de la mort... Dans un village, les "Bôches" vont tenter de les tuer plusieurs fois avec la complicité des habitants mais ils échoueront et finalement, les libérateurs mettront fin à leur calvaire.

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André Saura (à gauche) et Maurice Ancely (à droite)

A son arrivée ne gare de Carcassonne, sous les yeux de sa mère qui ne le reconnaîtra pas, André ne pèse que 43 kilos. Il devra sa survie à un excellent moral et ensuite à sa mère. Car, malgré la libération beaucoup décéderont par la suite. André mangera de la soupe et de la Blédine préparée par sa mère pendant des mois, cela lui sauvera la vie. Aujourd'hui à près de 90 ans, ces souvenirs sont autant de plaies à jamais ouvertes. Il en parle comme tous ceux qui sont revenus de l'enfer, avec mesure et humilité. Il m'a confié son récit, qu'il a fait taper sur cinq pages et je l'en remercie.

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En souvenir de son ami Maurice Ancely (frère de Fernand, ancien maire de Carcassonne) qui a laissé sa vie à 20 ans à Buchenwald, il avait obtenu de Raymond Chésa que le rond-point situé à Géant Cité2 portât son nom. Si vous passez par là, ayez une pensée pour Maurice.

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André Saura est décédé en mars 2013 à l'âge de 89 ans, son témoignage que j'avais recueilli en 2011 le gardera vivant pour l'éternité. D'une grande humilité et d'une immense discrétion sur ce qu'il a vécu, André Saura s'était confié à moi alors même qu'il ne disait que très peu de choses à ses proches. Ce n'était pas un homme des médailles mais un homme des combats. Chacun comprendra sûrement...

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Commentaires

mon dieu que c'est triste et comme tous ces gens ont souffert injustement c'était l'horreur dans ces camps d'après tout ce que l'on nous montre enfant on nous a passé des films avec l'école Jean Jaurès et je peux vous dire que j'en ai fait des cauchemards nous n'étions pas prêts a voir toutes ces souffrances....

Écrit par : colnstance pressoirs | 31/01/2015

Un grand ami de mon grand-père Léon. Très bon souvenir de DD !

Écrit par : françoise | 31/01/2015

quand je pense qu il y a des FRANÇAIS qui osent parler de détails de l 'histoire et mêmes les nier ,ils ne devaient pas se trouver dans le mêmes camp des combattants !!!gloire a tous ces Résistants (les vrais) c 'est surement grâce a eux que je suis fier d’être FRANÇAIS

Écrit par : LHEZ jp | 31/01/2015

Il est bon de rappeler les valeurs de ces vrais patriotes.
A l heure ou la haine, la bêtise et le racisme sont les "valeurs" proposées par les héritiers des collabos de ces années terribles.
Pour eux on ne met plus aux murs les affiches rouges de ces français et étrangers..." Morts pour la France" et pour nos libertés..

Écrit par : JL Gasc | 01/02/2015

Merci pour ce témoignage émouvant et terrible qui touche au coeur.
André Saura n'était pas un "homme des médailles" mais il en méritait une tous les jours!

Écrit par : Authier | 01/02/2015

Je suis sa fille et je serai fière de mon père toute ma vie, parler encore de lui après sa mort, raconter ce qu'il a vécu, me va droit au cœur,
Martial un grand merci

Écrit par : JACKIE | 03/02/2015

Merçi jackie de m 'avoir transmis ce temoignage emouvant , toujours tres discret sur ces evenements on ne pouvait deviner ce que certains francais ont vecu et lui en particulier .

Écrit par : loupia | 03/02/2015

à l'heure où le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie,l'égoisme renaissent de leurs cendres , des hommes comme andré SAURA qui ont combattu pour notre liberté méritent un grand respect .
Puissent leurs voix et leurs voies jamais ne s'éteindre !!

Écrit par : loubet | 03/02/2015

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