23/02/2015

Souvenirs de la Cité sous l'occupation

L'armée allemande a occupé Carcassonne — qui faisait partie de la zone sud — à partir du 11 novembre 1942. Ce furent les conséquences du débarquement des alliés en Afrique du nord. On sait moins qu'une délégation de la commission d'armistice de la Werhmacht se rendit à plusieurs réprises à Carcassonne, afin d'y rencontrer des homologues français.

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Les officiers allemands à l'Hôtel de la Cité, le 30 mai 1942.

© Sylvain le Noach

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La commission d'armistice devant la Basilique.

© Sylvain le Noach

La Cité durant la guerre a mangé son pain noir. Les allemands transformèrent l'Hôtel de la Cité en quartier général et l'ensemble du personnel dût se mettre à leur service. La direction ne s'est pas trop forcée, à ce que l'on peut lire dans les archives ; assumant son allégence au Maréchal.

A la cité.jpg

Un jour de fête Franco-Allemande à l'hôtel de la Cité

Il est d'ailleurs étrange de constater que ce qui a été réquisitionné dans Carcassonne, ne le fut pas au hasard et dans l'improvisation. Reportez-vous à une certain bâtiment récemment rasé route de Toulouse, par exemple...

Soldats allemands. Hôtel de la cité.jpg

Un jour de 1942, les citadins reçurent un avis de la mairie qui les obligeait à quitter leurs maisons.

Un habitant raconte : "Nous avons tout laissé. On vendait ce que l'on pouvait aux gitans. Les Allemands ont pillé le reste. C'était terrible. Des rondes avaient lieu tous les soirs. Sans concession. Il paraît qu'il y avait des munitions partout. Seuls MM. Louis Cadène et Buisan furent autorisés à rester. En huit jours, il fallut se replier sur la ville basse "

On cite toutefois le cas isolé d'une réfractaire, Madame Rajol, institutrice de son état. Le jour elle descendait en ville faire ses courses. Le soir, elle trompait la vigilance des sentinelles.

On se souvient également du capitaine Helcacer, commandant de la place : "La nuit, il se rendait à la basilique Saint-Nazaire pour jouer de l'orgue. Un gros bavarois, disent les témoins."

Autre souvenir : Les Allemands fouillaient. Quoi ? On se le demande. Ils creusèrent de nombreuses galeries à l'aide d'un cheval blanc qui tirait un wagonnet.

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Parmi les citadins, des FFI membres de la Résistance audoise. On reconnaît Eugène Pueyo et son frère Antoine, Guy Escloupié et Lucien Sylvestre. Ce dernier sera dirigeant à l'ASC XIII. Cette photo a été prise à la libération de Carcassonne devant l'hôtel Bristol, le 20 août 1944.

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Commentaires

Fort intéressant.
La photo du banquet est un document incroyable. Comment mettre un nom sur chaque visage?Telle est la question.
Maintenant, si la logique de destruction, où beaucoup de carcassonnais étaient opposés mais où Carcassonne s'est illustrée, se poursuit, quel est le bâtiment suivant promis à la destruction après la maison de la Gestapo???

Écrit par : Marie | 24/02/2015

Les vitraux de Saint-Nazaire furent déposés et cachés à En Calcat, par peur des bombardements.
Joseph Dovetto me racontait que les 22 statues du choeur furent protégées dans des coffrages de bois remplis de paille....
Les allemands ont quitté la Cité en août 1944 je crois...
Aujourd'hui, il y a du souci à se faire pour le souterrain dit "des allemands" quand on voit les grands travaux en cours dans la barbacane du château....
Il y a peu, j'ai accompagné un groupe de Coréens au château où les ouvriers travaillaient à grands coups de marteau-piqueur.... Les bases des maisons qui existaient dans la barbacane jusqu'aux restaurations ont été mises au jour.... Nombreux tessons et autres....Pas de fouilles archéologiques....J'ai fait quelques photos, pour mémoire....

Écrit par : lobabel | 24/02/2015

L'anecdote à propos de cet officier que vous évoquez jouant de l'orgue à St Nazaire m'a souvent été rapportée par mon grand-père qui était depuis 1928, l'unique guide et gardien de la Basilique (jusqu'en 1979). En effet, cet officier dont mon grand-père n'a d'ailleurs jamais cité le nom, envoyait une voiture (style Kübelwagen) avec deux soldats pour le récupérer à son domicile, chemin des Ourtets afin qu'il ouvre St Nazaire et lui donne accès à l'orgue puisque c'était lui qui en avait les clés. Cela se produisait généralement dans la journée, à n'importe quel moment, souvent l'après-midi... et non la nuit (l'histoire se déforme ou s'embellit parfois !). Mon grand-père partait ainsi dans la Cité en voiture encadré de deux militaires à chaque fois que le capitaine dont vous citez le nom avait envie de jouer l'orgue. Je peux témoigner que cela impressionnait beaucoup ma grand-mère de voir ainsi partir son mari encadré par les "boches". Il devait alors attendre que l'officier veuille bien terminer de jouer pour refermer la Basilique ; les soldats le ramenaient ensuite à la maison. Il n'était pas question qu'il circule seul dans la Cité. Mon grand-père qui avait été sur le front de guerre en 14/18 n'appréciait pas cela mais n'avait pas le choix, pas plus que le chanoine Pont, alors curé de St Nazaire.
Quant aux vitraux de St Nazaire, ils ont été effectivement déposés dans les caves de l'abbaye d'En Calcat et remplacés par du "vitrex" comme en plusieurs endroits (Chartres par ex.). Ce "vitrex" protégeait bien sûr l'édifice de la pluie ou de la poussière mais, étant flexible, faisait un bruit infernal les jours de grand vent. Les vitraux furent remis en place seulement en 1951. "Jojo" Dovetto, bien trop jeune pour avoir connu tout cela, habitait aussi à cette époque aux "Ourtets", à quelques dizaine de mètres de chez nous ; ces événement lui ont été rapportés beaucoup plus tard, notamment par mon grand-père.

Écrit par : Jean-Louis Bergnes | 24/02/2015

Merci de ce complément d'info intéressant. Ayant travaillé comme conférencière des Monuments Nationaux avec Jo, j'ai eu de la chance d'apprendre beaucoup de lui. On s'échappait tous les deux entre nos visites pour aller chez Pech où nous avons passé de longs moments à parler de ce patrimoine que nous aimions tant !

Écrit par : lobabel | 24/02/2015

Pour avoir travaillé de nombreuses années avec mon collègue et ami Joseph Dovetto , je dois bien avouer que ce dernier était un véritable amoureux de la cité et de son histoire. Il ne lui serait jamais venu à l idée par exemple de traiter le travail de ses camarades de "clownesque".
Quant aux remblais de la barbacane ils montrent bien que le sol médiéval XIIe a été remanié ou était bien plus bas...
Au niveau du petit jardin par exemple ou de celui de la maison Denjard?

Écrit par : Jean-Louis Gasc | 25/02/2015

Pour avoir travaillé de nombreuses années avec mon collègue et ami Joseph Dovetto , je dois bien avouer que ce dernier était un véritable amoureux de la cité et de son histoire. Il ne lui serait jamais venu à l idée par exemple de traiter le travail de ses camarades de "clownesque".
Quant aux remblais de la barbacane ils montrent bien que le sol médiéval XIIe a été remanié ou était bien plus bas...
Au niveau du petit jardin par exemple ou de celui de la maison Denjard?

Écrit par : Jean-Louis Gasc | 25/02/2015

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