06/03/2015

Carcassonne est méconnaissable !

À l'heure où notre ville après avoir perdu l'usine de glaces Pilpa, va perdre également les derniers ouvriers de chez Chipie sur l'autel du libéralisme financier outrancier, c'est le Made in Carcassonne qu'on achève. Au-delà de l'aspect purement chauvin, l'indignation et le sentiment de commisération de nos politiques envers les employés licenciés, ne cache t-il pas leur impuissance à faire de notre territoire un pôle d'attractivité industrielle ? Tenez ! Tentons ensemble de compter ce qui a fermé depuis les années 80 : La mine d'or de Salsigne, la SOMECA, Lora, C17, Pilpa, Chipie... Par quoi a t-on tenté de remplacer ces milliers d'emplois perdus ? Mais par l'extension des zones commerciales qui fait de Carcassonne la ville où il y a le plus de supermarchés par rapport au nombre d'habitants : 2 Géant Casino, 1 Leclerc, 2 Intermarché, 1 Auchan très bientôt (Rocadest), Lidl, Norma, Leader price... Sans compter d'autres grandes enseignes à la Ferraudière, Félines, Bourriette, Cité 2, Pont rouge...  Tiens, c'est curieux à Castelnaudary on se félicite de la création d'une centaine d'emplois pour 2015. Grâce à qui ? Michel-Edouard Leclerc qui monte un entrepôt.

Toute cette politique économique a maintenu Carcassonne dans les petits boulots mal rémunérés du secteur tertiaire. Car la grande distribution paie mal ses employés, contraints désormais d'accepter de travailler le dimanche et les jours fériés. Elle donne des contrats le plus souvent à mi-temps qui répartissent la pénurie d'emploi, donnant l'impression qu'elle fait vivre de nombreux salariés. Un leurre...  Voudrait-on dans l'Aude que des gens pas très fortunés ? À côté de cela, vous avez les plus gros employeurs de la ville : Conseil général, Mairie, Hôpital, 3e RPIMA. Ce sont des emplois très convoités mais dont la charge est supportée par la collectivité et les impôts. Ils sont bien sûr très utiles au fonctionnement de la ville, mais ne sont pas créateurs de nouvelles richesses. De plus, sur un territoire où un tiers du budget du Conseil général est consacré au RSA, ils attirent convoitise, jalousie. Au point où chaque fonctionnaire est désigné comme un tête à abattre, car forcément pistonné et fainéant. Ce qui n'est pas exact.

Peut-être par facilité, par manque d'ambition ou incompétence, les politiques qui se sont succédé n'ont pas vu l'impérieuse nécéssité d'enrichir notre territoire. Aller chercher comme ailleurs l'implantation de nouvelles industries, des pôles technologiques et d'innovation. On dirait que l'on a bien fait la sieste... Je me souviens qu'à la fin des années 80, la ville de Carcassonne a refusé l'implantation d'une usine Cachou-Lajaunie. Elle est allée brouter l'herbe tendre ailleurs et sûrement en dissuader d'autres de venir dans l'Aude. Mais bon sang ! Pourquoi Amazon est aller s'implanter en Bourgogne ? Pourquoi Dassault est à Bordeaux ? Pourquoi Airbus est à Toulouse ? Pourquoi Toyota est à Valenciennes ? Pourquoi l'état a t-il choisi Lens et Metz pour ses annexes de grand musée nationaux, Science-Po à Reims, l'ENA à Strasbourg ?

La vérité c'est que Carcassonne a toujours bénéficié des miettes, à cause des guerres politiques livrées au sein même des pouvoirs. Comment voulez-vous être audible auprès des investisseurs et du gouvernement, quand l'énergie des élus et des présidents des chambres consulaires est mise, dans la bataille qu'ils se livrent entre-eux ? Je ne vous citerai que le combat Talmier-Chésa qui fut dévastateur entre 1980 et 2000. Au lieu de travailler à remplir le seau, on passe son temps à colmater les fuites ! Alors, avec l'énergie du désespoir on s'attache aujourd'hui à sauver ce qui peut l'être. Ce fut le cas avec le 3e RPIMA qui a été sauvé in-extremis grâce à l'intelligence des élus, qui pour une fois ont laissés leurs querelles pour faire l'Union sacrée. Merci à eux, mais quelle suée ! On a sauvé les meubles.

Oui, le départ du 3e RPIMA aurait porté un coup fatal à l'économie de Carcassonne. Cela démontre bien que ce ne sont pas les grandes surfaces qui impactent sur la richesse. L'argent qu'elles récoltent sur la ville est investit ailleurs et distribué aux fonds de pension américains, sûrement. Ce ne sont pas les quelques sesterces du sponsoring à l'USC ou l'ASC XIII qui nous feront croire qu'elles s'impliquent. Ne nous trompons pas ; elles ont négocié en échange l'ouverture des dimanches, l'extansion des zones...etc. Pendant ce temps, Carcassonne se paupérise. Cet affaiblissement de la richesse par habitant peut se constater visuellement sans lire un rapport de l'INSEE. La misère est moins terrible au soleil, dit-on. Heureusement... Néanmoins, cette misère fait croître les inégalités, l'insécurité, le communautarisme, l'insécurité, l'usage de la boisson et des stupéfiants. 

C'est à un sentiment d'abandon et de désespoir auxquels sont confrontés les Carcassonnais aujourd'hui. Certains ont carrément tiré un trait sur l'avenir ; ils aiment cette ville et ne veulent pas partir. D'ailleurs, pour aller où ? On récolte aujourd'hui les erreurs d'un passé plus prospère, dans lequel on a vécu sur une France qui allait mieux que maintenant. Ah ! J'oubliais le tourisme dans la cité médiévale. Devrais-je parler des parcs à thème ? Là aussi, on est passé à côté. Le lac de la Cavayère ? Une super idée, mais mal exploitée. Carcassonne devrait avoir obtenu le label de cité balnéaire, grâce à ses réseaux auprès des gouvernements successifs. On aurait déjà un casino à la Cavayère qui génèrerait des dividendes reversés à la commune. Autant d'impôts en moins et d'investissements en plus.

Au fait, je ne vous ai pas dit que la situation financière de Carcassonne c'était presque la Grèce ? Depuis l'affaire Orta en 1986, les impôts ont flambé sans jamais redescendre même après l'apurement de la dette, vingt ans après. Les charges de fonctionnement et les remboursements des emprunts ne permettent aucune marge de manoeuvre. La situation ne va pas s'arranger avec le désengagement financier de l'état vers les collectivités locales. Lui aussi doit faire des économies...

Les recettes ?

 Arrêter les embauches à la mairie, réduire les dépenses, ne pas augmenter les impôts et défendre Carcassonne sur le plan économique. A cela j'ajoute, d'aller porter un cierge à Sainte-Rita...

Pourtant Carcassonne fait rêver la France et le monde ! Lorsqu'on dit que l'on vient de là, les gens voient ce château dont Walt Disney s'est inspiré pour dessiner celui de la Belle au bois dormant. Ce n'est hélas qu'une image d'épinal dans un contexte économique et politique fort grave.

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Commentaires

Pourtant, il suffirait de peu de chose, car en effet Carcassonne fait rêver avec son passé médiéval.
Je préconise depuis que je réside dans cette ville, de créer une Carcassonne Valley qui serait une pépinière d'entreprises orientées sur les technologies de demain.
La ville est idéalement située pour attirer ce genre d'entreprises, surtout avec un coût de l'immobilier très bas!

Écrit par : Patonze | 06/03/2015

comme c'est bien dit et vrai tout cela si tout les Carcassonnais aimait Carcassonne comme vous ce serait magnifique hélas les élus de l'instant pataugent , pataugent dépensent l'argent du contribuable n'importe comment heureusement qu'il y a notre cher député mr Pérez qui essaye de remonter un peu le niveau de cette ville que je n'habite plus mais que j'adore ...quand s'apercevront ils de leurs erreurs pourtant ce n'est pas faute de leur dire ......la cité belle source d'argent mais faut penser aussi a l'entretenir ......

Écrit par : constance pressoirs | 06/03/2015

Carcassonne ou La Belle Endormie comme je l'appelle.
Trop occupée par ses guéguerres de clochers, elle en oublie l'essentiel.
Et si Elle s'en tient à ses clochers, Elle ne peut voir tous les possibles.
Toute une mentalité à revoir.

Écrit par : Brigitte | 06/03/2015

tres bonne analyse , les elus se chamaillent le "peuple" trinque . j' ai reçu un jour une invitation et en PS il y avait ceci" A carcassono y a maî de couns qué de bounbounos".

Écrit par : loupia | 06/03/2015

Vous avez le regard juste et votre analyse de la situation carcassonnaise est parfaite ! Les querelles politiques gâchent tout et empêche les beaux projets de se créer : dommage ! Espérons qu'un jour, les mentalités changeront et que des personnes comme vous seront écoutées.

Écrit par : Noé | 06/03/2015

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