14/04/2015

Pourquoi le centre-ville est-il en état de mort clinique ?

On pourrait ergoter pendant des heures et polémiquer sur l'article, qu'hier le journal Libération, consacrait en double page à Carcassonne ; il ne s'agit finalement que d'une instruction à charge pour stigmatiser les errements des Carcassonnais à voter FN. Il y a deux mois, ce même journal s'en prenait à la ville de Limoges, coupable d'avoir élue un maire UMP jugé comme populiste et complaisant envers le parti de Madame Le pen. Faute d'étude sociologique et économique, nos journaux nationaux dont on ne contestait pas autrefois le professionnalisme, semble être tombés dans le sensationnel et dans une espèce de populisme qu'il disent combattre. Il faut vendre ! Tant pis, si pour cela, il faut tendre le micro-trottoir et retranscrire les rumeurs. Le lecteur lambda adore les réflexions du café du commerce autour d'un jaune le samedi matin ; donnons-lui donc de la matière.

Pour autant, me direz-vous, cet article reflète bien le sentiment de ce que chacun ressent à Carcassonne en ce moment. C'est vrai, vous avez raison. Mais, ce n'est qu'un des aspects de la vérité et il est bien trop simpliste pour en faire une généralité. La caricature du Carcassonnais passant sa journée au café dans des supermarchés vidés de leurs clients, on peut également la transposer à Tourcoing ou à Perpignan. Pas besoin pour cela de venir enquêter dans une des villes les plus pauvres de France en la stigmatisant. Cela fait penser à la fable de Jean de la Fontaine, Les animaux malades de la peste. Pas vous ?

Nous qui pouvons avoir la prétention de connaître et de juger Carcassonne, ayons ici une réflexion élevée sur les raisons pour lesquelles notre centre-ville se trouve en état de mort clinique. Qu'entend-on d'abord par mort clinique ? Comme chez n'importe quel patient dont les fonctions vitales sont alimentées par des perfusions, alors que le cerveau est irrémédiablement condamné. Il n'y a hélas plus rien à faire... Les élus successifs se perdent en conjecture, d'autres évoquent des raisons qui les arrangent politiquement. Désignez les responsables et vous les verrez fuir comme une volée de moineaux...

La configuration

Carcassonne possède depuis des siècles, un centre-ville construit sous la forme d'une bastide avec des carrons divisés en rues parallèles et perpendiculaires. La place Carnot, située au coeur de la bastide, occupe a elle seule un espace aéré dans ce dédale de rues. L'essor et la démocratisation progressive de l'automobile après la Seconde guerre mondiale, fit que dans les années 1970 l'accès au centre-ville devint de plus en plus difficile. Les véhicules se garaient sur les trottoirs, quand d'autres en double-file immobilisaient la circulation pendant plusieurs minutes. Ne parlons même pas des camions de livraison, ni des semi-remorques qui traversaient les boulevards. Le contournement obligatoire de Carcassonne par l'autoroute n'arrivera qu'en 1979. Certes, on pouvait se garer dans les rues et sur la place Carnot, mais au prix d'une pollution atmosphérique visible par la noirceur des façades.

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La rue de la gare devient piétonne

La municipalité Gayraud entreprit, non sans l'opposition farouche des commerçants, de piétonniser la rue de la gare. Déjà vers 1973, on n'y circulait plus en voitures que les soirs après 19h et le week-end. Elle devint totalement piétonne en 1978. Personne n'a remis en cause depuis cette réalisation, pas même les commerçants qui en ont grandement profités les années suivantes. La municipalité Chésa prolongea cet aménagement urbain afin de désengorger la bastide, par une série de semi-piétonnisation de rues. L'idée était de faciliter la circulation des piétons afin qu'ils puissent faire leurs achats en sécurité. La création de l'OPAH (Opération Programmée de l'Amélioration de l'Habitat) permit la rénovation des façades qui prirent ainsi des couleurs. L'idée cohérente allait dans le sens de l'amélioration du cadre de vie de la bastide pour amorcer sa reconquête démographique et commerciale. N'oublions pas que Carcassonne au début des années 1980 perdait des habitants depuis plusieurs recensements, et que le centre-ville était moins épargné que la périphérie. En 1986, ce fut la construction du premier parking souterrain aux Jacobins ; puis vint celui de Chénier en 1988 et finalement, celui de Gambetta en 2008.

L'idée que la mort du centre-ville serait due à l'impossibilité de s'y garer doit être battue en brèche. C'est plutôt du côté du civisme et des habitudes qu'il faudrait se pencher, à une époque où il est si facile de commander des objets depuis son ordinateur.

La crise

Carcassonne n'échappe pas à la crise qui secoue la France. Les villes moyennes sont directement frappées par la paupérisation de la population et ce qu'on arrive à camoufler dans les grandes villes, prend une tout autre dimension ailleurs. En l'espace de cinq ans, des villes de 130 000 habitants comme Limoges, on vu leurs commerces fermer et jamais encore repris par une autre enseigne. Les seuls a se conforter sont les mutuelles, les banques ou les assurances. Dans un même temps, l'ensemble de l'industrie française a été délocalisée et bon nombre d'usines ont fermé. 

Les erreurs politiques

A Carcassonne - ville vivant essentiellement des biens et des services dont les plus gros employeurs sont le Conseil général, l'hôpital, l'armée, la mairie et la préfecture - on a trouvé comme solution au chômage la construction de zones commerciales. Ceci sans véritable ambition économique sinon que de pourvoir de petits boulots mal rémunérés à la population, tout en détruisant le petit commerce. Ceci sans imaginer un cadre urbain cohérent et visionnaire, qui fait que toutes les rocades menant à ces zones sont engorgées de véhicules dont la progression est freinée par des ronds-point sinon inutiles, tout du moins mal conçus. 

En l'espace de 20 ans, le Conseil général a déménagé de la rue de la République vers Grazailles. La Chambre d'agriculture a déménagé de la rue Aimé Ramond vers Trèbes. Ce sont plus de mille employés qui consommaient sur place qui ont été déplacés vers la périphérie. Où croyez-vous qu'ils vont déjeuner le midi et faire leurs achats ? Demain, la Chambre de commerce et le commissariat de police devraient suivre le même chemin... La médiathèque Grain d'aile va partir des halles pour aller se loger avenue Roosevelt, soit à deux kilomètres du centre-ville. Il y a une incohérence entre les discours et les actes politiques, ne croyez-vous pas ?

Il n'y aurait pas ce sentiment d'incivisme ou d'insécurité en centre-ville, si les élus n'avaient pas laissé par leur politique désastreuse ce champ libre aux nuisances. Partout où l'on a fermé des services publics, des zones de traffic se sont installées. Faut-il donc continuer à fermer des bureaux de poste, comme ce sera bientôt le cas pour une partie du personnel de la place de Lattre de Tassigny ?

Réinvestir le centre est vital car c'est le forum romain de l'humanisme, des idées, du vivre ensemble. Continuer à tuer le centre-ville c'est conduire à la décadence d'une société vivant sur l'individualisme, le repli et la peur des autres. 

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Commentaires

Descendre au centre-ville c'est d'abord laisser de l'argent dans un "parcmètre" muni d'une montre en priant le ciel que le temps dépassé ne soit pas verbalisé par un policier municipal.
Descendre en ville c'est circuler sur des trottoirs dans un état moyen ou agrémentés de quelques "mines" canines en déambulant entre des magasins fermés des devantures en ruines et des maisons aux volets fermés.
Qu'il est triste mon centre-ville sauf le samedi matin où il s'anime entre la place Carnot et les halles avant de s'endormir jusqu'au samedi suivant.
Face à cela on construit des zones commerciales de plus en plus loin, dévorant de plus en plus d'espaces où l'offre est large et les parkings gratuits.
Voilà le(s) problème(s) de Carcassonne... Et il en faudrait pour que les choses s'améliorent reconnaissant malgré tout les efforts faits.

Écrit par : J. Ourliac | 14/04/2015

Il fallait y penser avant, le centre ville est mort, la faute à toutes ses zones... quel dommage !!! rue de la gare on rencontrait toujours une connaissance pour faire un brin de causette, quand je viens à Carca je ne vais ni ni aux deux, le premier très moche et le second mal fréquenté, déjà si les parkings était gratuits, mais bon à croire que cela ne gêne personne.

Écrit par : lilou | 14/04/2015

il faudrait des places gratuites en centre ville où l on peut rester une trentaine de minutes le temps d'acheter son pain où faire une course rapide, ma maman ayant du mal à marcher ne va plus au marché car elle ne peut plus se garer à proximité, de même il y avait une boulangerie pres de la préfecture qui faisait un excellent pain, elle a fermé faute de clients.Qui va se garer loin pour acheter son pain?

Écrit par : kirikou | 14/04/2015

il est urgent de "créer du quotidien" pour tous en centre-ville. Des motifs pour y venir, des lieux pour y rester... L'ambiance et la vie reviendront d'elle-mêmes.

Écrit par : benja | 14/04/2015

Une politique de la ville ne se construit sur un ou deux ans. Une vue sur le long terme est indispensable mais ici il y a longtemps qu'elle a été perdue.
Seuls les petits arrangements comptent. Certains ont perdu leur place de parking devant chez eux pour favoriser une meilleure vente de maison.

Écrit par : Marie | 14/04/2015

Très bon historique, ça pose bien le débat.
En effet revenir à se garer dans la Bastide comme à une époque où le nombre de véhicules en circulation était au plus la moitié de ce qu'il représente aujourd'hui est dérisoire.
De nombreux centre-ville historiques existent en France et ailleurs. Faisons l'analyse des échecs et des réussites et appliquons-le à notre belle ville si riche de potentiel.
Personnellement, ça ne me dérange pas de me garer au parking, mais je n'aime pas du tout marcher sur des trottoirs trop étroits où on ne peut pas donner la main à ses enfants, sans parler des poussettes et des fauteuils roulants. Et cela pour qu'un petit nombre de véhicules se garent un peu plus près. Faisons en sorte que le stationnement privé se fasse dans des garages et le stationnement public dans des zones hors rue.
Pourrions-nous envisager des parkings en sous-sol sous la bastide ?
Les services publics devraient montrer l'exemple en effet et se positionner dans des immeubles bien rénovés et exploitant firèrement notre patrimoine.

Écrit par : Anne | 14/04/2015

Le stationnement est un faux problème. On peut lire sur la page FB que certains râlent parce qu'ils ne peuvent pas se garer en ville. On ne se rend en ville pour acheter sa baguette de pain, on le fait près de chez soi ou de son lieu de travail.
On va en ville parce qu'il y a des services, une bibliothèque, des cinémas, un bowling.... des lieux de vie en somme. Si tout cela était proposé, on poserait sa voiture dans les parkings maintenant qu'ils existent au détriment des jardins publics. A quoi servent ces parkings si rien n'est fait pour faire venir les gens en ville?
N'est-ce pas une conception bizarre que de construire des parkings alors même que l'on vide la ville de tous intérêts.
On déménage la bibliothèque au profit d'un musée d'art moderne mais il ne fera sûrement pas venir en ville le citoyen lambda. Re-centralisons les lieux de vie pour ramener les gens en ville et peut être seront-ils curieux de découvrir le musée d'art moderne.
Il y a une logique qui m'échappe à moins que cela ne servent qu'une minorité qui veut se faire plaisir.

Écrit par : Brigitte | 14/04/2015

Le stationnement est un faux problème. On peut lire sur la page FB que certains râlent parce qu'ils ne peuvent pas se garer en ville. On ne se rend en ville pour acheter sa baguette de pain, on le fait près de chez soi ou de son lieu de travail.
On va en ville parce qu'il y a des services, une bibliothèque, des cinémas, un bowling.... des lieux de vie en somme. Si tout cela était proposé, on poserait sa voiture dans les parkings maintenant qu'ils existent au détriment des jardins publics. A quoi servent ces parkings si rien n'est fait pour faire venir les gens en ville?
N'est-ce pas une conception bizarre que de construire des parkings alors même que l'on vide la ville de tous intérêts.
On déménage la bibliothèque au profit d'un musée d'art moderne mais il ne fera sûrement pas venir en ville le citoyen lambda. Re-centralisons les lieux de vie pour ramener les gens en ville et peut être seront-ils curieux de découvrir le musée d'art moderne.
Il y a une logique qui m'échappe à moins que cela ne serve qu'une minorité qui veut se faire plaisir.

Écrit par : Brigitte | 14/04/2015

Vous connaissez la Bretagne ? Vannes ?
Inspirons nous...
Une Région qui comme la nôtre a du s'adapter.
Une ville qui sait accueillir...
Faite pour recevoir les touristes et qui sait donner à ses habitants un sentiment de fierté et une identité forte !

Des rues propres ! Aucune poubelle qui "degueule" sur le trottoir (Une croix au sol materialise l'emplacement où l'on positionne le conteneur qui doit être rangé une fois vidé le matin ! Pas d'odeurs... Pas d'images de bidonville !

Pas de livraisons à toutes heures du jour... donc pas de bouchons intempestifs !
Des jardins publics qui donnent l'envie de s'y promener !

Une union des commerçants... Une vraie ! Qui propose une démarche du XXI eme siècle pas du XIXeme !
Des commerçants accueillants qui lorsque vous leur parlez de Carcassonne vous disent : " Quel gâchis" !
Des activités touristiques ! Des belles ! Bien pensées ! Bien organisées !
Un Office de Tourisme moderne,
Des flashs codes positionnés sur les bâtisses dignes et qui permettent avec un téléphone portable d'accéder immediatement à l'histoire du lieu.

Que le Carcassonnais de naissance accepte d'ouvrir son cerveau et ses bras à des gens de volonté issus de d'autres horizons ! Cela fera évoluer la ville!

Écrit par : oeil critique | 15/04/2015

habitant dans un village à 12 km de Carcassonne, j'y vais tous les matins pour travailler. On tombe, aux heures de rentrée des bureaux sur une rue bouchée par un camion qui livre, la suivante que l'on pourrait prendre est bouchée par des travaux, la troisième par le camion qui nettoie les rue à grande eau, celle d'après par le camion qui relève les cartons devant les commerces, on peut aussi tomber sur un bon citoyen qui s'arrête devant chez lui pour décharger ou charger sa voiture, ou juste pour parler avec un ami rencontré... si on s'obstine toujours à aller, dans cette ville où une rue sur deux est dans le sens où l'on souhaiterait se diriger, sur son lieu de travail, il faut avoir une patience infinie, du temps, de l'indulgence, de la compréhension... choses qui disparaissent à mesure que surgissent les encombrements de la chaussée. je trouve sinon qu'on ne se gare pas si mal, quand on habite à l'extérieur et qu'on ne vient que pour faire ses courses, puisque des parkings ont été crées, proches du centre et peu chers, mais que c'est bien différent si on habite en centre ville et qu'on lutte pour trouver une place gratuite, pas trop loin de chez soi, pas trop dangereuse pour sa voiture, et qui ne soit pas la cible préférée des innombrables policiers municipaux... innombrables lorsqu'il s'agit de verbaliser , mais introuvables lorsqu'il faudrait rétablir l'ordre, intervenir pour protéger les personnes de la délinquance ou des méfaits de la racaille. Depuis que j'habite cette région, la ville s'est dégradée, le centre ville a perdu son conservatoire, son école de dessin, SES cinémas, son Mac Do, le conseil général, bientôt la bibliothèque, la chambre de commerce: on dirait que les municipalités successives font exprès de ruiner, paupériser, anéantir, désertifier le centre ville. ça marche en tous cas!!!

Écrit par : Masson | 15/04/2015

En fait, si je puis me permettre le problème de la ville c est ce que vous évoquez au début...
Autour d un apéro on refait le monde...on rejette les clandestins à la mer, on peste contre les r m sites, car on les voit , eux qui bossent pas...profitent, surtout s ils n ont pas la même couleur de peau, ou la religion d en face le bistro. A ceux là...les abus d allocations diverses..1 à 2 milliards. Le travail au noir en France...20 milliards.
Les fraudes des grands..patrons...60 milliards...
(Louis Gallois). Donc c est vrai les carcassonnais sont des gens parfois tristes rendant leur ville à cette même désespérance. Jamais contents...
A propos des magouilles politiques....hélas...elles renforcent l idée du pastis Man du coin qu il est un de ces " nouveaux philosophes, adepte du "tous pourris" qui jettent les imbéciles dans les bras des héritiers d un petainisme puant.

Écrit par : Jean Louis Gasc | 15/04/2015

Merci à Martial pour cette synthèse sur la desespérance de notre centre ancien; j'habite carca depuis 50 ans et j'ai oeuvré pendant 40 ans comme architecte dans le neuf comme dans la renovation, privée ou HLM dans le Centre.
Le problème est compliqué, mais d'autres petites villes ont fait beaucoup mieux que nous, voir Sarlat , Figeac...... et en Espagne que j'ai connu en piteux état il ya 60 ans mais dont villes et villages sont propres et restaurés, j'ai honte pour la bastide de Carca dont la saleté est repoussante.
La Ville n'a jamais eu ni projet ni volonté d'y mettre les moyens nécessaires; les investisseurs privés accompagnés avec parcimonie ou dédain se sont découragés , étranglés par des taxes toujours en augmentation, tantot la ville, tantot le département et la région , ils sont partis pour des cieux plus dynamiques et accueillants;
Les subventions Ville et ANAH ont peu à peu étaient réservées au social, privé ou public, ce qui n'a fait qu'aggraver la paupérisation du Centre et le départ des classes plus aisées.
Le Secteur Sauvegardé qui devait nous sauver n'a fait qu'aggraver la situation; aprés quelques années d'illusion, ses défauts ont porté leurs fruits: trop large dans la périphérie, trop stupidement rigide et contraignant, donnant à des fonctionnaires des Batiments de France irresponsables, des pouvoirs exhorbitants et changeants au gré de leur fantaisie, parfois même au mépris d'une élémentaire courtoisie ou du refus de la réalité .
La fermeture envisagée de la bibliothèque Grain d'Aile, bien située et active, n'est que la dernière bévue; De grâce, n'y touchez pas!
Il faudrait de fortes convictions, beaucoup d'énergie et de compétences pour redresser le bateau qui coule. Qui sera ce capitaine providentiel ?

Écrit par : gibert georges | 17/04/2015

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