11/05/2015

Le théâtre de la Cité défiguré pour les besoins de la culture marchande

Le théâtre de la Cité

Serions-nous à Carcassonne à une hérésie près? La ville pendant deux mille ans s'est toujours relevée et nous avons donc l'espoir que des hommes éclairés lutteront pour sa sauvegarde. Ce qui est important, c'est que l'héritage que nous léguerons aux générations futures ne soit pas marqué du seau de la médiocrité, du mauvais goût travestissant toute vérité historique. Je sais bien qu'aujourd'hui on bafoue les traditions, les vieux sont mis à l'hospice et l'on vend après leur mort les vieilles photographies de famille à des antiquaires. Ou mieux encore, elle partent dans un feu de joie avec la commode Henri II dont aucun marchand ne veut. On se fout de savoir combien il a fallu aux aïeuls d'heures d'épuisement à tailler la vigne pour se la payer. Comment voudriez-vous dans ces conditions que l'on attacha une quelconque importance à ce qui va suivre?

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Le théâtre de la Cité en 1980

Il était autrefois un admirable théâtre construit sur l'emplacement d'un ancien Palais épiscopal détruit en 1792. Le 16 juillet 1908, sous l'impulsion du Dr Sempé, résonnent les premières répliques de "La fille de Rolland" d'Henri de Bornier. Le décor naturel de ce théâtre se suffit de lui-même et son acoustique est des plus remarquables. Dans les années 1960, le comédien Jean Deschamps y créé un festival d'Art dramatique digne de celui d'Avignon avec les plus belles oeuvres du répertoire classique: Bérénice, Phèdre, Antigone... Avec Jean Alary comme directeur dans les années 1980, la programmation devient plus éclectique mais conserve la marque de la création culturelle. Cette impulsion suivra avec les directeurs qui lui succéderont: Jacques Miquel, Georges-François Hirsh, Paul Barrière et Georges Bacou. Toute pièce jouée dans le théâtre doit s'adapter à la configuration du lieu et les metteurs en scène s'en donnent à coeur joie. Batailles à l'épée dans les escaliers, sorties et entrées dans les tours, passages sur le haut du rempart avec une mise en lumière des plus épiques. On joue Cyrano de Bergerac avec la Cie "Le grand Roque", Samson et Dalila avec le Capitole de Toulouse, Faust avec L'opéra de Liège, Bérénice avec La Comédie française, "Hamlet" dont les murs résonnent encore "To be or not to be?"... etc

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Le théâtre de la Cité en 2015

Voilà désormais à quoi ressemble tous les étés la scène de notre théâtre depuis 2005 et l'arrivée d'un nouveau coordonnateur et d'une nouvelle programmation, dont la ville fête les 10 ans cette année. Comment voulez-vous faire de la mise en scène avec cet amas de tuyaux en aluminium? Des ventilateurs tournent sans arrêt pour refroidir les gélatines des lumières. Ils ont remplacé les souffleurs qui de leur trappe donnaient le texte aux comédiens. Ceux-ci risquent la rhinite théâtrale! Peut-on jouer avec le ronron assourdissant de cette climatisation? La pauvre Sarah Giraudeau, il y a huit ans, n'en a pas dormi de la nuit! Carcassonne, c'est pas les Francofollies de La Rochelle, ni "les Vieilles charrues" de Rennes. Elle est où notre personnalité? Dans notre tradition, notre langue, nos usages, notre histoire. Elle doit être épique et romantique! Que vont dire nos enfants en voyant ces tubes? "Papa, tu dis n'importe quoi! Il n'y a jamais eu de chevaliers dans ce théâtre" On ne propose plus de rêve, on vend de la musique de supermarché jouée par des mercenaires du show-bizz qui après le dernier accord, auront oublié Carcassonne! Nous avons un outil de travail que beaucoup d'autres villes nous envient et nous nous en servons comme les vitrines de souvenirs "Made in China" que l'on trouve dans la cité. C'est un tout, hélas... Nous aimerions savoir comment le Centre des Monuments Nationaux a t-il pu autoriser la pose de cette structure. Comment le concert assoudissant de "Motorhead" a t-il été permis, sans que l'on ne prenne le risque de mettre en péril les vitraux de la Basilique Saint-Nazaire à cause de la hauteur des décibels ? Cette structure immonde pour le patrimoine protège les artistes de variétés de la pluie. Ainsi, il n'y a plus d'annulations. Donc, le public n'a qu'un choix, soit se mouiller de la tête aux pieds, soit prendre le bénéfice de sa place (exemple, Vanessa Paradis). Comme il faut faire feu de tout bois, le Festival vend des ponchos les jours de pluie. Tout n'est que commerce et pas culture.

Monsieur Jean-François de Miailhe, élu en charge de la Cité, a pris récemment des mesures impopulaires auprès des commerces afin de supprimer les vieilles enseignes et les jardinières sauvages. Pourrait-il demander en toute logique au maire, d'enlever cette structure qui défigure le théâtre de la Cité ? La ville devrait montrer l'exemple... 

Si j'écris cet article qui ne servira à rien, sinon à me soulager d'une colère froide, c'est aussi parcequ'il existe dans Carcassonne une minorité cultivée qui n'ose rien dire, ou trop mal organisée pour s'exprimer. Elle fulmine, elle rouspète... mais pas asssez fort.

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Commentaires

Quelle hérésie ! Comment peut on laisser faire de telles choses ? Décidément, je ne comprendrai jamais toutes ces décisions anarchiques qui ont été prises au cours de ces 20 ou 30 dernières années. Les élus de tous bords s'acharnent à détruire le merveilleux patrimoine historique de leur ville : lamentable !

Écrit par : Noé Armelle | 11/05/2015

Comment font ils au théâtre d'Orange ? rien n’apparaît sur le plan technique, certes la configuration "romaine" est excellente ! mais nos techniciens d'aujourd'hui ne peuvent-ils pas s'inspirer des techniques passées ? et respecter un lieu sans le dénaturer ? aujourd'hui le son est partout trop fort, ce qui le dénature ! et rendra sourde la population...que de dégâts!!!du cadre aujourd'hui à Carcassonne il ne reste plus rien, terrible.

Écrit par : joseph | 11/05/2015

La Cité transformée en centre commercial, le théâtre en petit, très petit zénith, rien à dire, ils savent magnifier ce site exceptionnel.
Quand on bafoue ses trésors, il ne faut s'étonner qu'ils se dégradent.
Que de compétences pour enfoncer toujours plus cette ville !!!

Écrit par : Brigitte | 11/05/2015

Bonjour,
Non, pas "des élus de tous bords" : 27 ans d'élus d'un bord (MM. Chesa et Larrat) et 5 ans d'élu d'un autre bord (M. Pérez ).
La vitrine culturelle " officielle" de la ville est à l'image de ses responsables, qui en visant bas sont certains d'atteindre leur cible, quitte à se rabaisser à l'occasion (cf. les corridas). Ils ne sauraient viser plus haut, puisqu'ils ne peuvent viser que vers où porte leur vue.

Écrit par : Pierre Olivier Audemas | 11/05/2015

J'ai cru comprendre que ces aménagements avaient été faits car, en cas de pluie les soirs de concerts, les spectacles étaient annulés, les artistes arrêtant de jouer.
Maintenant, même si il pleut et que le théâtre se vide, les artistes doivent maintenir leur prestation.... Donc, plus de demandes de remboursement.... Rentabilité oblige....
Pauvre Cité !

Écrit par : lobabel | 11/05/2015

c'est lamentable triste a en pleurer une si belle ville médiévale qui mériterait le meilleur des spectacles culturels il y a tout pour cela .....mais non on s'acharne a tout détruire......

Écrit par : colnstance pressoirs | 11/05/2015

Bien dit, c'est exactement ce que je pense et c'est bien triste, un cadre pareil mériterais un Festival approprié mais ça n'attire pas la multitude, au début en tout cas, mais comme dit Pierre Olivier viser bas ..... et puis 27 ans contre 5 , ya pas photo !!!!

Écrit par : charles | 11/05/2015

Et le pire est à venir.... Attendez un peu de voir le chemin de ronde du rempart ouest et son nouveau dallage en couleur !!!!
Comment peut-on à ce point maltraiter ce monument classé à l'UNESCO ? Mais...l'UNESCO est -elle seulement au courant de ces "changements" si dommageables à l'image de notre Cité ? J'en doute fortement.....
Vous pouvez voir quelques photos de ce rempart sur mon blog:
lobabel.eklablog.com
Je trouve ça vraiment honteux !

Écrit par : lobabel | 11/05/2015

Peut être veulent-ils en faire un cirque pour amuser le peuple !

Écrit par : Brigitte | 11/05/2015

Je suis d'accord sur pratiquement tout, surtout pour les dalles multicolores .... mais je ne peux pas laisser sous entendre qu'écouter Motorhead serait l'apanage des incultes. Il y a aussi à Carcassonne des personnes cultivées et qui se cultivent jour après jour qui aiment le rock, le hard rock et ses dérivés. Un peu d'ouverture d'esprit serait de bon aloi ;-). Après je concède que cette scène est mochissime.

allez sans rancune ;-)

Écrit par : FLOREAL | 11/05/2015

Je n'ai jamais écrit que Motorhead était pour les incultes. De quel droit ?

Écrit par : martial andrieu | 11/05/2015

D'accord avec Floréal sur Motorhead !!!

Martial, vous parlez des grandes scènes théâtrales, mais je me rappelle que Bernard LAVILLIERS était aussi arrivé par le chemin de ronde qui surplombe (pardon, surplombait) la scène...

Écrit par : Stéphane | 11/05/2015

Quelle classe en 1980, théâtre magnifique, allons voir plutôt les responsables de tous ces falbalas !!!
Horrible........ on ne voit plus rien des remparts.

Écrit par : ourliac | 12/05/2015

Un tel site ne doit pas s'adapter aux artistes mais les artistes doivent s'adapter à ce lieu magique.

Écrit par : Brigitte | 12/05/2015

Ce lieu vous le dites vous même a une acoustique exceptionnelle. Pourquoi vouloir en priver la musique amplifiée. Ces "tubes" comme vous les définissez ne sont qu'une structure démontable. (comme les paillotes Corses qui on tant fait parler d'elles). Inutile de se chercher de mauvaises excuses pour limiter voir pire interdire la musique amplifiée signe de modernisme dans votre univers passéiste et conservateur, la ville actuelle s'en charge déjà en tentant de jeter les artistes de rue hors de la citée. Ne détruisez pas ce qui fait la ville de Carcassonne : La culture dans son entièreté.

Écrit par : cresus | 12/05/2015

assez d'accord avec Cresus ...Carcassonne c'est aussi "son festival de Musique" et je trouve même navrant que les artistes de rue ne soient pas mis en valeur...... quand au bruit , ça ne dure que quelques heures, pour le plus grands bonheur des amateurs ( qui ont le droit d'aimer....) et ensuite tout retombe dans un silence de mort après la saison estivale...... alors profitez bien de cette période qui vous apporte la quiétude et le repos.......elle est tout à vous....

Écrit par : Araok | 12/05/2015

Il est tout à fait normal que vous défendiez vos opinions, mais je n'ai jamais été contre l'expression d'un autre courant musical tel que Heavy metal ou Hard rock. Ce que je souhaite mettre en avant c'est l'absurde étalage pendant un mois de tuyauteries en aluminium dans un décor naturel, médiéval et classé à l'Unesco. Que des concerts à fort décibels puissent être donnés sans mesurer les conséquences sur les vitraux de la Basilique, en raison des nombreuses vibrations générées par ces spectacles.
Enfin, que la Cité devienne une scène ordinaire comme celle d'un Zénith alors que beaucoup de scène en France aimerait exploiter un site comme le notre.
J'exprime une opinion partagée par beaucoup de Carcassonnais, n'en déplaise à une minorité agissante soucieuse avant tout de se faire plaisir au détriment de notre culture et de notre héritage.
Je vous renvoie à la citation d'un philosophe : "Etre dans le vent, c'est avoir une ambition de feuille morte"

Écrit par : Martial Andrieu | 12/05/2015

Au concert de Mark knopfler comme de Joe Satriani/ mike n the mechaniks il y avait un appareil pour mesurer les décibels. Peut etre pour préserver les vitraux ou les oreilles des spectateurs. ;-)

Écrit par : FLOREAL | 12/05/2015

Assez d'accord avec votre article. Juste un oubli : la période Jacques Échantillon, avec le Tréteaux du Midi, au début des années 70, qui nous avait valu 3 ans de programmations remarquables. Je me rappellerai toujours notamment la création MONDIALE de "Splendeur et mort de Joachim Murieta" de Pablo Neruda, en présence de sa veuve et de sa fille. Quel recul, les programmations de ces dernière années !!!

Écrit par : Bernard DAUPHINÉ | 13/05/2015

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