22/08/2015

Le cimetière de "La conte" a été construit sur ordre des nazis.

Le cimetière des Petites soeurs des pauvres dans lequel les autorités militaires allemandes inhumaient leurs morts jusque-là, était arrivé à saturation en 1943.

gravette.jpg

L'ancien cimetière à la Gravette

Elles demandèrent donc avec insistance à la ville de Carcassonne de leur trouver un nouvel emplacement. Un terrain situé à l'extérieur de la commune en bordure du chemin de Montredon, fut réquisitionné. Tout fut décidé au début de l'année 1944, comme le prouve la note ci-dessous du Capitaine Reinhardt, commandant par délégation la place de Carcassonne, adressée au préfet Marchais.

"L'emplacement du cimetière militaire allemand au cimetière des Petites soeurs des pauvres, s'est révélé trop petit. Comme un agrandissement au dit cimetière militaire est impossible, la création d'un nouveau cimetière militaire a été discutée avec la mairie de Carcassonne et la place prévue a été visitée le 10 janvier. L'officier d'état-civil compétent pour la France-sud est d'accord pour ce projet. Il est par conséquent demandé que le terrain soit au plus tôt réservé à sa nouvelle destination comme cimetière de la ville de Carcassonne.

Comme il faut s'attendre pour très prochainement aux travaux d'aménagement et d'exhumation en présence, de l'officier d'état-civil et d'un architecte des cimetières militaires, une accélération aussi rapide que possible des formalités est demandée.

Les questions qui viendraient encore à se jouer peuvent être discutées directement avec l'Officier d'état-civil près l'E.M.L le lieutenant Buchwald."

Le 3 avril 1944, le bureau de l'état-civil de Carcassonne écrit au préfet en indiquant que la Kommandantur exige l'exécution immédiate du cimetière à La conte. Après le renoncement de deux cabinets d'architectes Carcassonnais, c'est le fils de l'ancien architecte des Monuments historiques, qui accepte la proposition de la ville. L'entreprise carcassonnaise requise effectuait déjà des travaux de défense passive pour la Wehrmacht, elle doit se mettre à l'oeuvre sans tarder. Cette entreprise reçut un blâme en 1946, avec interdiction de conserver un poste de commandement dans la profession du bâtiment et BTP.

Le financement

L'officier allemand fera son affaire du financement ; si l'Etat-Français ne payait pas, eux paieraient. L'architecte ne veut pas faire appel aux requis civils ; il prétend que cela augmenterait le coût des travaux avec une main d'oeuvre peu qualifiée. Le devis estimatif est de 2.154.433 francs. L'entreprise demande des paiements hebdomadaires et débute les travaux de terrassement par tranches : Du 7 avril au 15 avril (79.719.80 francs) et du 24 avril au 29 avril (120.088 francs).

Malversations

L'architecte du département écrit au préfet pour protester contre une série de mesures discréminatoires et frauduleuses. Il évoque chiffres à l'appui, le défaut d'appel à la concurrence et les surfacturations constatées, contraires au prix normalement pratiqués. Il semblerait que l'addition ait été gonflée au profit des maîtres d'oeuvres. Le maire Jules Jourdanne s'en défend : "Les Allemands n'avaient pas qualité pour faire procéder à des réquisitions au profit de la ville." Seules les parcelles pour les soldats de la Wehrmacht ont été réquisitionnées par eux, malheureusement c'était celles sur lesquelles la ville entendait vendre des concessions perpétuelles. Concernant l'appel à concurrence, c'est selon le maire l'affaire des relations Franco-allemandes. La ville a choisi ce terrain car c'est le seul admis par les Beaux-arts, en fonction de sa situation géographique et sanitaire.

Le cimetière Allemand

C'est le 17 mars 1944 que le premier soldat a été inhumé à La conte ; les travaux n'avaient pas encore commencé. L'entrée du cimetière en 1944 se trouvait le long du chemin de Montredon (en face de l'actuel Jules Fil) et les tombes allemandes à proximité. Des accords furent passés dans les années 50 avec la République Fédérale Allemande pour qu'elle puisse récupérer les corps de ses soldats. Ils furent alors exhumés et placé au cimetière de Dagneux (Rhône). En septembre 1965, plus aucun combattant allemand n'était au cimetière La conte ; les concessions furent ainsi revendues au cours des années aux Carcassonnais. Sans le savoir, leurs parents occupent aujourd'hui l'emplacement d'un ancien vert-de-gris de la Wehrmacht. Auraient-ils accepté si on les avait prévenus ?

Sterbebild Carca.PNG

© S. le Noach (Dr)

Johann Reisinger

décédé le 15 août 1944 et inhumé au cimetière de campagne de Carcassonne.

Sources

ADA 11

Services des tombes militaires allemandes

Iconographie WWII

Merci à S. le Noach

_________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2015

Commentaires

Merci martial . vraiment interressant.

Écrit par : sylvie | 22/08/2015

L'ensemble des soldats allemands mort dans le sud de la France sera petit à petit transféré au cimetière de Dagneux par le Service pour l’Entretien des Sépultures Militaires Allemandes (SESMA). Il arrive d'ailleurs qu'on retrouve un corps par hasard, ils ont en charge de s'occuper de tout.

Quelques informations sur le cimetière de Dagneux :
http://www.volksbund.de/kriegsgraeberstaetten.html?fhnr=c11e93d2f88e9e393d5008f1e313a974

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cimeti%C3%A8re_militaire_allemand_de_Dagneux

Ce cimetière accueille actuellement 19.913 tombes de soldats allemands.

Écrit par : sln11220 | 22/08/2015

Le caveau de ma famille est situé à l'emplacement des sépultures allemandes et je peux vous assurer que nous avons toujours su qu'un ancien "vert de gris" nous avait précédé en ce lieu. Cela ne nous a jamais dérangé et mes aïeuls ne s'en plaignent pas !!!

Écrit par : carmen | 22/08/2015

Dans la mort, il n'y a plus de différences... et vous avez raison

Écrit par : Martial Andrieu | 22/08/2015

Les commentaires sont fermés.