06/09/2015

1939 : L'exode de 450 000 réfugiés espagnols en France

La guerre civile espagnole remportée par les troupes phalangistes du général Franco sur les Républicains, a poussé plus de 450 000 espagnols sur les routes de l'exode en février 1939. Après la chute de Barcelone, l'afflux de réfugiés n'a cessé de progresser vers la frontière française.

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Les réfugiés à la frontière du Perthus en 1939

Le gouvernement français de Daladier refuse d'en premier temps toute intrusion par la frontière, propose ensuite une zone neutre à Franco. Celui-ci décline l'offre indiquant qu'il s'agit de prisonniers de guerre. Le 27 janvier 1939, la France complètement débordée par les événements ouvre ses frontières, uniquement aux civils. Les gardes mobiles et les militaires sont chargés de faire le tri et repoussent par la force ceux jugés à-priori comme des combattants Républicains. Les autres sont fouillés et dépossédés de leurs armes, bijoux, argent liquide...etc. Le lendemain, ordre est donné de les accueillir mais leur nombre (45 000) déjà parqués sur les plage d'Argelès-sur-mer incite le gouvernement français à fermer à nouveau la frontière. À partir du 5 février, le reste de l'armée Républicaine de 250 000 hommes est autorisée à venir en France. Elle s'ajoute aux 250 000 civils déjà sur place. Des avions républicains atterrissent à Carcassonne. On estime à 500 000 le nombre de réfugiés dont un tiers de femmes, enfants et vieillards.

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Le camp d'Argelès-sur-mer

La France est débordée et complètement dépassée par les évènements. Les premiers réfugiés sont obligés de construire eux-mêmes des baraquements. En plein hiver, les espagnols ne disposent pas de chauffage, de médicaments, de nourriture et ce n'est qu'au bout d'un moment que l'armée consent à donner des couvertures. Saint-Cyprien est déclaré "zone paludique" ; entre février et juillet 1939, 15 000 personnes mourront de plusieurs épidémies. Il faudra attendre le printemps pour que d'autres camps soient créés au-delà des Pyrénées-Orientales, à Agde et Bram.

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Le gouvernement parle de "Camp de concentration", comme celui de Bram à 25 kilomètres de Carcassonne. Il est entouré de barbelés et gardé par des policiers français. Ce n'est pas le seul dans l'Aude, il faut ajouter notamment celui de Montolieu ou de Couiza.

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L'arrivée des réfugiés au camp de concentration de Bram

On ne peut pas dire que la France fut très glorieuse dans l'accueil des réfugiés espagnols, même si elle fut dépassée par l'ampleur du problème. Ils venaient des régions frontalières telles que la Catalogne ou l'Aragon. L'arrivée au pouvoir du gouvernement de Vichy en 1940 va sérieusement détériorer la condition de ces étrangers. 200 000 seront enrôlés de force des les groupements de travailleurs étrangers fondés par Vichy. Dans l'Aude, ils construiront des routes ou seront employés à la mine de Salsigne. Certains seront déportés dans des camps d'extermination.

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N'oublions pas que des centaines d'entre-eux ont rejoint les rangs de la Résistance et ont libéré la France des nazis. A Carcassonne, citons la 5e brigade de guérilleros espagnols qui logeait dans la rue Fabre d'Églantine. Ils seront arrêtés par la Gestapo, torturés dans la maison de la route de Toulouse et déportés. Il serait bien que la ville de Carcassonne leur rende hommage dans l'édification d'une plaque en leur mémoire.

Communication de Marieh Melendez, historienne :

Pour retracer la chronologie de ces évènements dans le département, les premiers réfugiés de la Guerre d'Espagne à parvenir dans l'Aude arrivent par la mer; ces (déjà)boat-people débarquent dans le Port de la Nouvelle en janvier 1939. La plupart ont embarqué sur des bateaux de fortune et ont été mitraillés par l'aviation nazie et fasciste italienne, sur leur trajet depuis la Catalogne; ces réfugiés qui ont tout quitté, au péril de leur vie, sont épuisés à leur arrivée et demandent asile à la France. Pour ceux qui souhaiteraient poursuivre l'Histoire de ces réfugiés, je vous invite à lire mon article paru récemment dans les mémoires de "l'Académie des Arts et Sciences de Carcassonne". Il y est question d'aspects assez méconnus: des Colonies d'enfants réfugiés, implantées dans la Montagne noire ou au Lac à Sigean, œuvre des Humanitaires suisses, mais aussi des colonies basque et britannique qui s'installent à Narbonne, grâce à la mobilisation d'associations humanitaires. 

Mais le plus grand nombre de ces réfugiés de la Guerre d'Espagne a été reçu comme "indésirables", dans des camps-casernes, y compris quand il s'agissait de femmes et d'enfants comme dans le camp de Couiza-Montazels, de sinistre mémoire. Faim, épidémies, privation de liberté, barbelés, mortalité infantile très élevée, on est bien loin d'un accueil idyllique. Il s'agit de le reconnaitre pour ne pas renouveler les erreurs du passé. 

Si en 1939, avec la censure de la presse,la majorité des Français était tenue à l'écart de la réelle situation dramatique des réfugiés d'Espagne, ce n'est pas le cas actuellement, avec les images qui sont diffusées, personne ne pourra plus dire qu'il n'était pas au courant. Il existe depuis ces évènements un statut de "réfugié" (Genève 1950), souhaitons qu'il puisse être appliqué au présent pour toute personne dont la vie est menacée.

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Commentaires

certains en ont voulu a la France des traitements durs qu'is ont subit tels les grands parents de mes enfants qui n'ont jamais voulus être Français, lui a fait un métier pénible comme artificier dans la mine d'or de Salsigne il y avait perdu la vue,un destin tragique pour eux,mais beaucoup ont rejoint la résistance et oeuvré pour la France...gloire a eux et d'autres ont de très mauvais souvenirs comme l'amie que nous avons en commun et que j'adore ....

Écrit par : constance pressoirs | 05/09/2015

"la France ne fut pas très glorieuse dans l'accueil des réfugiés espagnols", c'est vrai. Mais l'accueil des citoyens français fut digne. Certes, ils avaient là de la main d'oeuvre pas chère, mais offraient le gite et le couvert dans des conditions décentes à ceux qui avaient pu sortir des camps.
Par la suite, l'intégration dans les villages (ou du moins le mien, Saissac) fut réussie ! Saissac, une cinquantaine de familles réfugiés espagnols et presque tous les descendants encore là !

Écrit par : eric | 05/09/2015

L'intégration des réfugiés espagnols s'est faite sans qu'il y ait à s'en préoccuper car au delà des préjugés nous fréquentions les mêmes églises .....
Par ailleurs cessons de juger le passé hors de son contexte et de faire de la repentance car en 1939 de nombreux français n'étaient guère mieux logés que les réfugiés.

Écrit par : carmen | 05/09/2015

Raconté par mon beau père. Il était enfant à l'époque et courait derrière les camions qui ramassaient les ordures pour ramasser de potentielles épluches qui auraient pu en tomber afin d'essayer de se nourrir.

Écrit par : Brigitte | 05/09/2015

il s'agit d'Argelès sur Mer (et non Argiles) et St Cyprien (et non St Cyrien) .
Une période qui n'est pas sans rappeler les actualités !

Écrit par : yann | 05/09/2015

Mes doigts sont allés plus vite que le clavier. Merci Yann pour cette remarque ; j'ai corrigé

Écrit par : Martial Andrieu | 05/09/2015

Qui juge le passé hors de son contexte Carmen, sinon vous-même ?
Cet article ne fait que rapporter ce qui est écrit dans bien des livres traitant du sujet, pas plus, ni moins.
Quant à l'intégration... ma grand-mère était catalane et s'est faite traitée de sale espagnole à plusieurs reprises par de gentilles bigotes bien françaises. Ses enfants ont été naturalisés ensuite et se sont battus pour la France.
Pour ce qui est des français pas mieux logés. Votre commentaire sur ce point sent un odeur pas très propre, comme ce qui le précède.

Écrit par : Martial Andrieu | 05/09/2015

Monsieur, votre commentaire donne un certain éclairage à l'objectif de ce blog. J'ai aimé à vous lire jusqu'à ce qu'un penchant partisan ne transpire en permanence de vos billets. Continuez donc à éduquer le peuple si telle est votre mission obscure. Sachant votre susceptibilité et la haute opinion que vous avez de "votre" mission je vous laisse à vos penchants narcissiques....et laissez donc votre grand mère en dehors de tout cela.

Écrit par : carmen | 05/09/2015

L'objectif de ce blog n'est pas d'éduquer ; il n'en ni la prétention, ni les moyens.
Je suis partisan de qui et de quoi ?
- des Monachistes, puisque j'écris un article sur Louis XIV ?
- des Républicains puisque j'ai écrit un article sur Barbès ?
- des Gaullistes, puisque j'ai écrit un article sur le général ?
- des Socialites, puisque j'ai écrit un article sur Mitterrand ?
- des catholiques, puisque j'ai écrit un article sur le Saint-Suaire ?
- des idiots... Ah, non ça je ne l'ai pas encore fait...

Je suis partisan de la liberté d'expression et de l'esprit critique. C'est bien cela n'est-ce pas qui semble vous gêner...

Écrit par : Martial Andrieu | 05/09/2015

Merci pour cet article qui décrit fidèlement ce qui s'est passé à cette époque, n'en déplaise à certains.
Il existe aujourd'hui suffisamment de témoignages et de livres pour confirmer ce que vous dites et je me souvient lorsque j'étais gosse dans les années 1950 j'entendais ma famille carcassonnaise évoquer les conditions dans lesquelles les espagnols républicains furent accueillis et pourtant Dieu sait combien cette famille était politiquement éloignée de ces pauvres gens !
Et j'ajoute que vu l'actualité dramatique que nous vivons il est bien de rappeler cette époque.

Écrit par : Pierre MIR | 05/09/2015

J'ai le souvenir, dans mon enfance, avoir entendu de la bouche de certains de la génération du début du siècle dernier, des réflexions désobligeantes à propos des immigrés espagnols qui étaient devenus entre temps français.
Le racisme existait bien. Déjà.
Le racisme est un état d'esprit ou une mentalité qui se corrige difficilement. Que les migrants viennent du nord ou du sud ou d'ailleurs, les différences font peur ou sont tout simplement désavouées, reniées.
Nous sommes tous susceptibles d'être un jour des migrants. Guerre, économie, climat ...

Écrit par : Brigitte | 05/09/2015

Mon père, de l'armée républicaine espagnole, a traversé la frontière sur un brancard parce qu'il était blessé par des éclats d'obus. Il s'en est sorti, et a voulu faire de la boulangerie et du pain pour les habitants du village où il avait été assigné à résidence, en remplacement du boulanger parti au front ; cela lui a été refusé parce qu'il était réfugié espagnol ! ! ! ...
J'ai d'autres anecdotes, mais ceci est un autre chapitre de notre histoire.

Écrit par : michel | 05/09/2015

En réponse à Carmen, ces paroles de Jean Jaurès:" Rechercher la vérité, la comprendre, la dire, afin de ne pas subir la loi du mensonge qui passe ".
C' est ce que fait Martial Andrieu sur son blog. Vouloir silencier notre histoire pour des raisons obscures et tenir des propos déplacés qui frôlent l'insulte n'est pas digne des valeurs républicaines pour lesquelles nos parents ont lutté et enduré tant de souffrances. Nous devons en être fiers et respecter leur mémoire.

Écrit par : Anna | 05/09/2015

Carmen, je vous recommande vivement d'aller aux Archives Départementales de l'Aude et des Pyrénées Orientales pour y consulter la presse et les documents de l'époque. Les réfugiés républicains espagnols se sont vus contraints a fuir leur pays et pensaient trouver un accueil digne et la liberté au pays des Droits de l'Homme. Cette lecture vous permettrait de constater les faits simplement et non pas de juger le passé.
Ma mère, républicaine espagnole engagée dans la Résistance à Carcassonne et déportée à Ravensbrück a combattu pour de nobles valeurs qui aujourd'hui permettent à Martial Andrieu et à vous-même de pouvoir vous exprimer librement.
Vos propos déplacés sont blessants et bafouent notre mémoire.
Un peuple qui oublie son passé est condamné à le répéter.

Écrit par : Pablo Iglesias | 05/09/2015

Pour retracer la chronologie de ces évènements dans le département, les premiers réfugiés de la Guerre d'Espagne à parvenir dans l'Aude arrivent par la mer; ces (déjà)boat-people débarquent dans le Port de la Nouvelle en janvier 1939. La plupart ont embarqué sur des bateaux de fortune et ont été mitraillés par l'aviation nazie et fasciste italienne, sur leur trajet depuis la Catalogne; ces réfugiés qui ont tout quitté, au péril de leur vie, sont épuisés à leur arrivée et demandent asile à la France. Pour ceux qui souhaiteraient poursuivre l'Histoire de ces réfugiés, je vous invite à lire mon article paru récemment dans les mémoires de "l'Académie des Arts et Sciences de Carcassonne". Il y est question d'aspects assez méconnus: des Colonies d'enfants réfugiés, implantées dans la Montagne noire ou au Lac à Sigean, œuvre des Humanitaires suisses, mais aussi des colonies basque et britannique qui s'installent à Narbonne, grâce à la mobilisation d'associations humanitaires.
Mais le plus grand nombre de ces réfugiés de la Guerre d'Espagne a été reçu comme "indésirables", dans des camps-casernes, y compris quand il s'agissait de femmes et d'enfants comme dans le camp de Couiza-Montazels, de sinistre mémoire. Faim, épidémies, privation de liberté, barbelés, mortalité infantile très élevée, on est bien loin d'un accueil idyllique. Il s'agit de le reconnaitre pour ne pas renouveler les erreurs du passé.
Si en 1939, avec la censure de la presse,la majorité des Français était tenue à l'écart de la réelle situation dramatique des réfugiés d'Espagne, ce n'est pas le cas actuellement, avec les images qui sont diffusées, personne ne pourra plus dire qu'il n'était pas au courant. Il existe depuis ces évènements un statut de "réfugié" (Genève 1950), souhaitons qu'il puisse être appliqué au présent pour toute personne dont la vie est menacée.

Écrit par : marieh melendez | 06/09/2015

et ne pas faire écho,de notre âme de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatique....

Écrit par : ponchel clarenc. | 07/09/2015

je trouve honorable d évoquer cette période d histoire triste pour une France qui ne s est pas montrée à la hauteur...Cela nous renvoie à aujourd'hui, et le débat ci dessus est riche. Juste une remarque à Martial, il. Ne doit pas se défendre en mettant sur un même plan, l épisode de la retirade, avec son article sur les rois, ou Mitterand...Au contraire il faut s enorgueillir de se montrer engagé pour les justes causes, les nobles combats.
C est tout le plaisir que nous avons en lisant ce genre de travail et d articles dans son blog.

Écrit par : Jlgasc | 08/09/2015

je me permets de réagir à ces commentaires.

D'abord l'histoire ne doit pas ce juger, mais ce raconter (quand on ne l'a pas vécue).

Ce que je peux rajouter,

c'est la preuve d'une très bonne intégration d'enfants de la 2e génération d'émigrés espagnols.

Un jour dans la cour de mon école, pendant une récréation, je me suis fait traité d'étranger...

Oui; moi j'étais l'étranger, d'après un nommé Martinez, soutenu par un Pérez et un Alcantara.

Ces derniers sont tous devenus de bons copains.

Voilà comment, avec mon nom Lorrain, issu d'une famille ayant subie (en France) trois occupations (étrangères), dont durant la première, mes anciens ont du fuir leur région (en France) pour rester français, et bien j'étais l'étranger, pour ces enfants d'Espagnols ....

une belle marque d'intégration pour ces derniers, qui se pensaient (croyaient) plus français que moi !

Écrit par : JPP | 26/01/2016

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