02/11/2015

Que devient la maison et l'héritage de René Nelli ?

En 1889, l'architecte et sculpteur Isidore Nelli (1810-1900) né à Tarbes, fait construire sa maison au numéro 24 de la rue du Palais à Carcassonne.

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Son père est Étienne Nelli, lui-même sculpteur et originaire de Firenze (Italie), dont la famille s'était installée dans les Haute-Pyrennées au XVIIIe siècle, attirée par les carrières de pierre et de marbre de la région.

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Étienne Nelli (1792-1859)

Cimetière de Tarbes

Isidore réalise la décoration des Palais de justice de Tarbes et de Carcassonne ; entre 1878 et 1889, il est Entrepreneur général de la Basilique du Rosaire à Lourdes. Il participera à des nombreux travaux de restauration à la Cité sous la direction d'Eugène Viollet-le-duc.

Isidore a deux frères :

Joseph Nelli (1824-1965) travailla à la restauration de la façade du Louvre à Paris et réalisa de nombreux bustes dans Tarbes dont quatre au Palais de justice. Henri Nelli (1834-1903), sculpteur et élève d'Edmond Desca.

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Henri Nelli

Le fils d'Isidore et neveu des deux autres frères, s'appelle Léon Nelli (1860-1934). Il découvrira lors de fouilles dans la grotte d'Espélugues près de Lourdes, un cheval sculpté du Paléolithique supérieur ; il est exposé au musée de Sant-Germain-en-Laye avec de nombreux autres objets préhistoriques légués par l'inventeur. En plus de sa qualité de sculpteur et d'aquarelliste, Léon Nelli détenait un ensemble considérable de manuscrits et de livres. Ce fonds acheté en 1933 est consultable - dans la sous-série 5J - aux Archives départementales de l'Aude.

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© Charles Camberoque

 René Nelli (1906-1982), fils de Léon et petit-fils d'Isidore sera le philosophe, poète et historien du catharisme que l'on connaît aujourd'hui. Il s'installe dans cette maison de la rue du Palais avec son épouse Suzanne qui y vivra jusqu'à son décès le 24 août 2007. Le Conseil général de l'Aude hérite alors de la maison et de l'ensemble des objets ; l'oeuvre intellectuelle serait dévolue à Jean Guilaine et Anne Brenon. Le fonds est-il allé au Centre d'Études Cathares - subventionné par le Conseil général de l'Aude - qui portait le nom de l'illustre historien ? Faute de moyens pour assurer sa survie en raison d'un passif de 120 000 euros, il fermera par décision judiciaire, le 11 janvier 2011. Cinq personnes seront licenciées...

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©DDM

Salon de la maison de René Nelli

Le Conseil général de l'Aude a en sa possession depuis 2008, un véritable trésor spirituel. C'est-à-dire d'inestimables meubles, objets, tableaux de maîtres dont un Max Ernst et l'ensemble de la collection livresque sur l'étude du catharisme. Ajoutons à cela, des textes inédits et non publiés signés du poète Joë Bousquet. La maison a été estimée au prix des Domaines entre 400 000 et 600 000 euros ; les biens à l'intérieur, à 151150 euros. Cette maison devait devenir un musée dédié au catharisme sous trois ans minimum, d'après les dires de Marcel Rainaud, Président du Conseil général en 2008. Force est de constater que depuis cette date, il ne s'est pas fait grand chose en ce lieu. 

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© Chroniques de Carcassonne

Fin décembre 2012, le Conseil général rachète pour 131780 euros le fonds et les archives du Centre d'Études Cathares. Sans l'intervention de plusieurs hérauts, l'ensemble de la collection serait partie à l'université de Cambridge. Faut-il comprendre que le département a racheté un fonds qu'il avait subventionné pendant plusieurs années ; ceci pour éviter sa dispersion par vente aux enchères, suite à la liquidation du C.E.C ? Une nouvelle association a vu le jour sous le titre d'Association d'Études du Catharisme René Nelli. Elle occupe des locaux dans la Maison des mémoires, rue de Verdun.

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La mosaïque au centre de l'habitation avec les initiales d'Isidore Nelli

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La façade intérieure de la maison

Sources

La dépêche / 19 janvier 2008

L'indépendant / 29 janvier 2013

Les bustes de Tarbes

patrimoines-lourdes-gavarnie.fr

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Commentaires

Aucun bien n'a été dévolu par legs au Centre d'Etudes Cathares suite au décès de Madame Nelli . Je n'ai pas plus connaissance d'un quelconque legs après la mort de son époux, René Nelli, comme celui d'une collection d'ouvrages qui aurait constitué la bibliothèque de l'association. Ce fonds provenait d'achats répartis sur près de trente ans et appartenait en propre à l'association. Le liquidateur s'en est donc saisi selon les termes de la Loi. Il y aurait beaucoup à dire sur le calcul du passif de l'association et sur sa présentation hors de tout contexte. Quand à l'Université de Cambridge, supposément intéressée par le fonds documentaire de l'association, m'est-avis que ses cinq bibliothèques avec leurs 7 millions de volumes n'en avaient guère besoin.

Écrit par : Nicolas Gouzy | 02/11/2015

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Paure Nèlli, paura misèria ! Nous avons eu un immense philosophe, poète, ethnologue à portée d'oreille et nous laissons mourir sa mémoire... C'est désolant !

Écrit par : Mirelha | 02/11/2015

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Un oubli : merci à Charles Camberoque d'avoir photographié notre Nèlli avec beaucoup de tendresse. Aucune photo"posée", mais il était toujours pris sur le vif avec la lumière de l'humour au coin de l'oeil !

Écrit par : Mirelha | 02/11/2015

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