04/01/2016

Souvenirs du quartier des Capucins (Acte 1)

Difficile aujourd'hui de faire comprendre aux nouveaux habitants de ce quartier de la ville, la raison pour laquelle on le nomme "Les capucins". Le père Anselme, le dernier capucin à la robe de bure de ce couvent - est décédé depuis plusieurs années. Quant aux bâtiments monastiques fondés en 1867, ils ont été rasés en 2002 avec le concours de la municipalité de l'époque.

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Le couvent avant 2002

On trouve en lieu et place, une résidence d'un béton déjà ravagé par treize années d'intempéries. Cette destruction attira la foudre des riverains du quartier, mais rien ne sut empêcher l'appât du gain d'un promoteur immobilier, qui n'avait que faire des kermesses de charité du secours catholique... Imaginez-vous la Trivalle sans Notre-Dame de l'abbaye, la Barbacane sans Saint-Gimer ou encore la Pierre blanche sans le Sacré-coeur ?

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En 1962, un projet avait déjà mobilisé la population du quartier. La municipalité Fil souhaitant réhabiliter les vieilles bâtisses, devait les raser l'ensemble des Capucins. La mode était au immeubles en béton confortables et modernes, dans le style de Saint-Jacques - le Viguier. Pendant six mois, les habitants menés par M. Manceret se sont battus contre ce projet. Grâce aux manifestations, aux pétitions et au fusil de Mme Milhès devant sa porte, la ville rendit les armes. Il faut dire que ce quartier depuis l'attaque du fort du mail au début du XXe siècle, connaît très bien le mot Résistance.

La naissance du quartier

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Bordé par l'allée d'Iéna, le boulevard Barbès, la place d'armes et la rive gauche de l'Aude, ce quartier s'est construit entre le Pech Lagastou et la route impériale 119 ; en partie sur les terres de M. Laraignon. D'ailleurs de nombreuses rues portent le nom d'anciens propriétaires de terrains agricoles. On peut comparer le dessin urbain des Capucins à celui de la Bastide St-Louis, en raison de ses rues à angle droit et perpendiculaires. Il y a 100 ans, on compte 502 maisons abritant 1005 ménages pour 3592 habitants ; la population totale de la ville est de 28 868 habitants. Après la Grande guerre, des familles d'immigrés espagnols s'y sont installées, entassées parfois dans une seule et même maison.

La vie sociale

 Dans ce petit village, les gens vivaient chichement des travaux agricoles ou du traitement des chiffons. D'autres, étaient matelassiers, bourreliers, charbonniers ou tailleurs de pierre, comme Vidallet. Lefarré et Izquierdo avaient choisi la tonnellerie. Pierre et Robert Campagnaro réparaient leurs voitures dans un garage de la rue Alba. À Patte d'oie - le dépôt d'ordures du quartier - accueilli à partir de 1934 la base de production de mortier destinée aux grands travaux de construction de la ville.

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La jeunesse des années 30

 Le couvent donnait du réconfort moral aux épreuves de la vie et la soupe populaire y était servie. Cependant, la plus grande force aux Capucins, c'était la solidarité entre les habitants de toutes conditions, de toutes confessions, de toutes origines.

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La jeunesse des années 60

Le clochard Esquive appelé de son vrai prénom Georges, faisait partie de la famille.

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Personne n'a oublié Pierre Moffre, le coordonateur de cet élan humaniste. Si vous avez suivi Gino Cervi et Fernandel dans Don Camillo, il est inutile d'en dire davantage...

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La famille Loustot (Café de l'Industrie)

On ne se rencontrait pas dans d'austères hypermarchés, mais dans l'une des vingt-cinq épiceries, quatre boulangeries, deux cafés (Industrie et Lapasset). 

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La boulangerie Bonnafil

Les loisirs

Le samedi soir, tout ce petit monde dansait chez Quintilla au Païcherou en sifflant un "blanc" sous la tonnelle. À l'époque, Florent Quintilla ou Paul Chapeau te faisaient passer sur l'autre rive grâce au bac et son fil d'acier, tendu d'un bout à l'autre. Monplaisir d'été - une autre guinguette - attendait les amoureux qui se bécotaient pas sur les bancs publics mais dans le foin d'une grange, à l'abri des regards. D'autres, un peu plus grands, fréquentaient le lupanar du Chat noir, rue Laraignon. Ils y rencontraient les bidasses du 51e bataillon indochinois, en garnison à la caserne Laperrine.

Les écoles

Les garçons allaient à l'école publique, située à l'angle des rues du Mail et du 24 février - l'école Barbès l'a remplacé ensuite. L'immeuble appartenait au directeur M. Poux. Les instituteurs s'appelait Tarbouriech, Déjou, Sirven, Bès, Poux... Certains ont connu la règle en fer sur les doigts, la privation de la récré... À une autre époque, le corps enseignant c'était MM. Montech (directeur), Fages, Sadourni, Massine, Calvairac et Mme Avizou. Les filles étaient obligées d'aller à André Chénier.

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La plaque de l'école Sainte-Marie se trouvait sur le couvent de la place Davilla. Elle a été sauvée par J. Blanco.

Il y avait également des écoles privées comme celle des Frères de la doctrine chrétienne, rue des Amidonniers. Elle était vulgairement nommée, l'école des frères quatre bras. Ceci à cause de leur tenue vestimentaire : paletot sur les épaules porté en satinette, à grandes manches non enfilées flottant au vent. Les filles allaient à l'ancien patronage Jeanne-d'arc devenu écoles Sainte-Marie et Saint-Michel. Notons également une l'école maternelle des soeurs de Saint-Aignan, à l'angle de la rue des amidonniers et de la rue neuve du mail. Elle a fermé avant 1930.

Au moment de la construction de la nouvelle école Barbès, des préfabriqués avaient été installés à Patte d'oie pour le filles. Le jeudi, il n'y avait pas classe - c'est maintenant, le mercredi - on allait piquer une tête dans la païchère à Aude. Oui ! Quand tu es des Capucins, tu vas à Aude (le fleuve). On y croisaient ceux du club nautique ; les Crochemore, Septours, Lamy, Séguy, etc... D'autres écoliers se rendaient au patronage (école Saint-Michel), au cinéma "Les Capucines " (rue des Amidonniers), ou chez le scalp des coiffeurs Pécal et Bosc.

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© Claude Marquié

Le cinéma "Les Capucines" était tenu par Marcel-Yves Toulzet. C'était une ancienne chapelle... Tout a été rasé pour une résidence immobilière.

Le catéchisme

À la sortie de l'école les enfants allaient au catéchisme chez Mlle Pelouze, rue des amidonniers. L'abbé Gironce avait une voix de stentor et ne plaisantait guère, contrairement à l'abbé Lapalu.

Le Cagadou

Dans la descente de la rue Marceau Perrutel jusqu'au jardin de Bièche, était le cagadou. Malheur à celui, incapable de parcourir la pente en patin à roulettes sans réussir à se tenir debout. À vélo, l'exploit se résumait à descendre sans user des freins. Le manque de courage excluait tout participant de la bande à "Pichule" alias Gérard Almerge et de ses copains Fanfe, Rigadens, Titan, Baluchon, Villeuch, Guéga, Nano, Escudéro, Boutiole, etc...

Le sport

Les soirs d'été, on sortait les chaises devant les portes pendant que les gosses rêvaient aux exploits de l'ASC XIII, en tapant dans le ballon ovale au jardin de Bièche (ASPTT Tennis). Ce dernier était aussi les rendez-vous des embrassades sur la bouche. Les associations sportives animées par des bénévoles comme Alex Lagarde, ne transformaient pas les enfants en voyous des rues. Elles leur donnaient l'esprit de discipline et de camaraderie. On jouait également à la pétanque sur les terrains de Laperrine ou de Macao. Pour le jeu lyonnais, les champions de la boule joyeuse se nommaient Loustot, Ferrer, Fourès ou Fuzier.

Les fêtes

Personne n'a oublié la fête du quartier des Capucins avec l'orchestre José Marson, sur la place Joseph Poux. Les farandoles dans les rues, les lampions, les bals... Elle durait deux week-end consécutifs. On allait chercher le buis dans les bois pour la décoration de l'orchestre. Des mains bénévoles réalisaient des guirlandes... "La placette" n'étant pas goudronnée, il fallait aplanir le sol avec de la terre, de la sciure et des planches de bois. Autour de la piste de bal, le cafetier Loustot installait la buvette. Des glaces et des friandises étaient vendues par des marchands ambulants comme MM. Soler, Coma-Pérez ou Alcas. 

Pendant que José Marson chantait "Oh ! Cathy, Cathy", les gens entamaient la danse des sucettes. 

Le jeudi après-midi précédant la fête, il y avait le tour de table chez les commerçants et artisans. Le dimanche matin entre 9h et 15h, il se faisait chez les habitants du quartier. En échange d'un morceau de musique joué par l'orchestre, les riverains donnaient un peu d'argent pour financer les festivités.

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Cet article a été réalisé grâce aux témoignages d'anciens qui ne sont plus là... Citons l'excellent travail de mémoire de Mme Dariscon, tragiquement disparue. Je vous prie de m'excuser si par hasard, il devait y avoir quelques erreurs ou oublis, car je n'ai pas connu cette époque et je n'ai jamais habité ce quartier. Je lance un appel à toutes les bonnes volonté afin d'enrichir ces témoignages. Envoyez-moi vos souvenirs et vos vieilles photos, car il y aura d'autres épisodes à cet article.

andrieu-martial@wanadoo.fr

Remerciements

Alex Lagarde, Jean Lapasset 

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Commentaires

Bonjour,
Les hasards de la vie ont fait que j'ai beaucoup fréquenté un temps le père Léon (Léon Fourcade, originaire du bordelais), capucin, qui a été aumônier en été à Leucate, aumônier à la prison et qui soignait ses ruches dans le merveilleux jardin du monastère. Je pense que c'est peut-être lui qui a été le dernier des capucins de Carcassonne ; il est mort en 2005 je crois. Le père Anselme, que j'ai connu aussi, était déjà très vieux dans les années 1975. Pour la petite histoire, les derniers moines s'appelaient en tapant selon un code non sur une cloche mais sur un tampon de chemin de fer qui était à l'angle du cloître en entrant. Le promoteur qui a détruit le plus beau des jardins de Carcassonne, qui descendait sur le Païcherou, avec des arbres énormes et des fleurs, et ceux qui l'ont laissé faire, ne ,méritent certes aucun remerciement.

Écrit par : Boulbès Denis | 04/01/2016

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Merci pour cet article sur le quartier de mon enfance où mes grands parents ont habité et où mes parents résident toujours
Il me semble que vous oubliez de mentionner un lieu important celui de la source de Villaroy où tout le monde allez puiser l'eau fraîche les soirs d'été et où jouaient les enfants du quartier dans un parc avec des statues et des rocailles un peu à l'abandon mais plein de charme

Écrit par : Christine feau | 04/01/2016

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Merci pour votre article sur le quartier des Capucins où j'ai habité avec mes parents et mes trois frères depuis l955. Depuis notre jardin, attenant à Villaroy, nous faisions le mur pour aller à la source ou pour jouer sous les immenses pins. En été, dans les années soixante, les voisins sortaient leurs chaises pour prendre le frais et avec une amie d'enfance, nous en profitions pour "faire les sonnettes". Il n'y avait que très peu de circulation, le boulevard Barbès était circulable dans les deux sens, la rue du 24 Février ne servait donc pas, comme aujourd'hui, à remonter la rue. Bref, la rue nous appartenait.
Il y avait de nombreux commerces, l'épicerie qui a fermé en dernier était celle des Ferrer et Nieves: je me souviens encore de Jeanette qui était à la caisse et qui était très gentille. Là où était leur épicerie se sont installés des années plus tard un pâtissier ensuite un boulanger-pâtissier et sa famille.
Notre maison ne sera hélas bientôt plus notre maison familiale mais ce quartier et les habitants du temps de mon enfance resteront toujours très importants pour moi.

Écrit par : Sophie | 04/01/2016

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Bonjour,
Je suis née rue du 24 février au n°56 entre deux épiciers, Gabin et Guiraud.Je me souviens aussi d'une droguerie au coin de la rue de la rivière ainsi que de la boucherie Romieu...Que de souvenirs avec le marchand de glaces Soler qui passait l'été vers 13h...
Merci Monsieur Andrieu pour ce retour en arrière...

Écrit par : Leroy | 04/01/2016

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Merci de cet article du quartier qui m'a vu naitre. Bonne année à tous !

Écrit par : Almerge Gilbert | 04/01/2016

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Merci beaucoup pour cet article sur mon quartier.
Un petit oubli, M. Fort était le directeur de l'école Barbès en octobre 1952 lorsque la nouvelle école en haut de la rue du 24 Février a été inaugurée, j'y entrai au Cp avec Mme Avizou.

Écrit par : claude Marty | 05/01/2016

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je ne connais que les bonnafil car c'est chez lui que mon frere a fait son apprentissage

Écrit par : lconstance pressoirs | 15/01/2017

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Maison Bonnafil ou j ai travaillé quelques années, avec beaucoup beaucoup de viennoiseries chaque jours, pour livrer les différentes troupes de la caserne, je n'en ai jamais fais autant de ma vie. Il y avait a la caisse sa sœur qui habitait en face avec son mari, pour la livraison; Jean son fils, Des gens très gentil, la patisserie était faite dans le labo attenant au magasin, et le pain une rue plus loin. Les gâteaux des rois aussi, il y en avait partout, du sol au plafond !
L'épicerie a coté, la marchande de laine sur la place. C'était un quartier bien sympathique .
La boulangerie a était racheté par M Cathala,un Ariégeois , mais la caserne était partie du livre des commandes, ce dernier a acheté en plus un magasin sur le boulevard tenu par sa superbe fille, aujourd'hui c'est le magasin "" Matefain "" il a pas fais long feu sans la caserne avec la boulangerie, c'est aujourd'hui la boulangerie a fermé il me semble .

Écrit par : Lamouroux | 15/01/2017

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Encore une bouffée d'air ensoleillé ! Quel quartier c'était ! On y vivait bien. J'y ai habité mon enfance, chez mes grands-parents. J'étais à Barbès filles (Patte d'Oie). Au début on était entre filles puis rapidement,c'est devenu mixte ! Quel choc pour les parents ! A midi, on mangeait à la cantine à Barbès garçon(rue 24 fev). Le dimanche, sans exception, sinon on était mal vu par la paroisse, messe à St François avec l'Abbé Laux. C'était une petite église sympa, pleine d'ouailles ferventes le dimanche.A droite du portail de l'église, il y avait une petite porte où on entrait vers la partie couvent.J'y ai un temps suivi une classe de cathéchisme avec un des frères.Sinon il y avait aussi Mme Grémilly (pardon pour l'orthographe) qui dispensait le "catoch".En allant vers le cimetière St Michel, il y avait un maréchal ferrant (carrefour rue Lafayette et 24 fevrier). Moi, je vivais au bas de la montée St Michel, rue Teisseyre. C'est vrai qu'en été, le soir beaucoup de monde sortait marcher au bord de l'Aude après souper, jusqu'au Païcherou, ou on restait assis devant sa porte à discuter. Puis les jours chauds, on se baignait dans l'Aude ! Que de souvenirs ! Merci Martial

Écrit par : Flo | 15/01/2017

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L'orthographe est correcte! Cela me touche que vous vous souveniez encore de ma mère.
Cette évocation du quartier des Capucins réveillent de bons souvenirs de mon enfance et un brin de nostalgie.
Qui se souvient encore du peillarot? Dans notre quartier on avait la chance d'avoir beaucoup de commerces de proximité (laiterie, épiceries, droguerie, boucheries, boulangeries, mercerie), dont un matelassier qui faisait ou rénovait des matelas de laine sur mesure. Ce métier existe-t-il encore?
Du couvent des Capucins, je me souviens en particulier de Frère Jean qui faisait les courses, toujours rayonnant.
C'était un quartier où il faisait bon vivre.
Je salue tous ceux dont j'ai croisé le chemin dans les années soixante à 2015!

Écrit par : Sophie | 15/01/2017

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Bonjours j habitais le cartier le chat noir pour ce qui connaisse rue de la regnion et la rue place d arme a coter de la cour des miracles que dde bon souvenir

Écrit par : virginie bacha | 15/01/2017

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j ai connue les coufignial qui tentait une épicerie dans le cartier qqui c est que sont devenue c est gens svp

Écrit par : virginie bacha | 15/01/2017

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mon 1 er logement --rue laraignon - j'ai connu tous ces commerçants - quartier bien sympathique-il y avait mème quelques " jolies personnes" --on voyait quelques jeunes qui comptaient leurs sous ----et la caserne n'était pas loin ! très animé ce quartier mais il faisait bon y vivre -

Écrit par : marcelle | 16/01/2017

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moi je suis né au 77 rue 24 fev et j ai connu toutes ces personnes pratiquement
merci pour tous ces souvenirs qui ressurgissent
nostalgie quand tu nous prends...

Écrit par : Daniel | 18/01/2017

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