09/02/2016

Joseph Charles Scheurer (1840-1901), maître de chapelle de la cathédrale St-Michel

Joseph-Charles Scheurer naît à Carcassonne le 18 novembre 1840, au numéro 6 de l'actuelle rue A. Ramond, dans une famille originaire de Saverne (Bas-Rhin). Éprouvé par le décès prématuré de son père François Alfred Scheurer, le 19 mai 1846 à l'âge de 24 ans, le jeune Charles âgé de seulement 6 ans sera élevé par sa mère Jeanne Paraire et par son grand-père, François Joseph. Ce dernier - professeur de musique au Petit séminaire - va prendre en main la destiné musicale de son petit fils, que l'on peut déjà considérer comme très prometteuse. A treize ans, il est envoyé à Paris dans la célèbre école de Louis Niedermeyer où il apprend le piano, l'orgue et la composition. De retour à Carcassonne, il travaille sans relâche son instrument, malgré des appels du pied de ses camarades pour les distractions de son âge. En moins de deux ans, Charles Scheurer est considéré comme un virtuose de l'orgue.

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© ADA 11

Charles Scheurer n'a que 18 ans, lorsque Aristide Cavaillé-Coll achève la restauration du Grand orgue de la cathédrale Saint-Michel de Carcassonne. L'instrument dont le buffet est dessiné par Viollet-le-duc, bénéficie comme la tribune sur laquelle il repose, de sérieuses modifications. A la demande de Monsieur le ministre des cultes et de l'instruction publique, le célèbre organiste Lefébure-Wély est envoyé à Carcassonne le 24 décembre 1860 pour l'inauguration officielle. Il loge à l'évêché chez Mgr de la Bouillerie et à son invitation, accepte de jouer à l'office des fêtes de noël. Juste après la messe Lefébure-Wély céda le clavier à Charles Scheurer ; il le gardera pendant 29 ans succédant ainsi François Teysseyre - un autre illustre musicien Carcassonnais. Le jeune Scheurer se joua alors des partitions les plus difficiles de Léfébure, de Baptiste, de Lémens, etc...

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Le Grand orgue de Saint-Michel

Sa réputation grandit et dépassa de loin les frontières de Carcassonne. Ainsi, le cardinal Bonnechose souhaita l'enrôler comme titulaire du Grand orgue de la cathédrale de Rouen. Ne voulant pas quitter la capitale audoise, Scheurer déclina l'offre comme il le fit pour Toulouse.

Quand François Teysseyre - le fondateur et chef d'orchestre de la Société philarmonique de Carcassonne - prit sa retraite, les musiciens allèrent chercher Charles Scheurer pour combler ce départ. Il se laissa convaincre et organisa plusieurs concerts avec l'Union chorale, dont il était également le chef. Hélas, sa santé déclina rapidement... A l'âge de 47 ans, le conseil de la Fabrique de la cathédrale décidait le 2 novembre 1888 de le remplacer par Justin Boyer, comme organiste titulaire. Il garda le titre d'organiste honoraire.

Quatre ans plus tard, Charles Scheurer est victime d'une attaque d'apoplexie qui manque de le tuer. Très affaibli, il se retire dans sa maison de campagne de Fontiès-Cabardès jusqu'à son décès, le 12 janvier 1901. Deux jours après, le corps de l'organiste est inhumé dans le cimetière dans ce petit village de la Montagne-noire, où il repose de nos jours.

Que reste t-il de Charles Scheurer ?

De ces nombreuses compositions, seules deux ou trois morceaux de piano ont été imprimés. Pour le reste, il n'existe que des manuscrits avec vraisemblablement plusieurs copies. J'ai relevé dans les journaux de l'époque et sur le site de la BNF quelques compositions :

Messe en sol pour 4 voix inégales et orgue

Laudate dominum pour trois voix (1889)

Ave Verum

Hoec Dies

O fili et Regina Coeli

Alma redemptoris

Salve Regina

Quatre antiennes à la vierge

Psaumes en faux bourdon

Cansou de Jaquel (paroles d'Achille Mir)

Je me souviendrai (paroles de R. Alary / 1862)

Généalogie

François Joseph Scheurer (1791-1885) marié à Anne Mellites en 1815

ses  fils

Alexandre Lucien (1819-1902)

François Alfred (1821-1846) marié à Jeanne Paraire

son fils

Joseph Charles (1840-1901) marié à Magesté Eléonore

leurs enfants

Cécile et Eléonore

Georges, Augustin, Clément Scheurer né le 22 mars 1875. Lieutenant au corps expéditionnaire en Chine ; il fit ensuite une brillante carrière dans l'armée. Croix de guerre avec Palme et Officier de la légion d'honneur. Il se maria avec Marie Delmas le 17 octobre 1901.

Sources

Le Ménestrel / 24 décembre 1860

Le courrier de l'Aude

La Cité

L'express du Midi

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Commentaires

Encore un qui, trop attaché à son terroir, n'aura pas su profiter des chances que lui offrait son talent. A croire, décidément, que c'est une maladie typiquement carcassonnaise...
ceci dit, j'ignorais totalement que les orgues de la Cathédrale Saint Michel étaient l'oeuvre de Cavallé-Coll et que son buffet avait été dessiné par Viollet-le-duc.
Avec de telles évocations, tant humaines que de trésors de notre histoire, je continue à m'interroger, j'allais dire me révolter, contre le fait qu'aujourd'hui, notre ville attache si peu d'importance à la musique. Bien m'en a pris, lors de mes études parisiennes d'en profiter pour m'engouffrer presque chaque soir dans une salle de concerts !

Écrit par : Christian Viguié | 09/02/2016

Je suis né également dans cette maison du n°6 de la rue Aimé Ramond, jadis rue de la Mairie, c'était la maison de mes grands-parents. Nous savions qu'elle était jadis habitée par des religieuses quand la Chambre de Commerce, juste en face, était un évêché.J'ignorais qu'elle avait abrité ce grand musicien. A noter que cette maison se trouve à côté de celle de Paul Lacombe.
L'orge de Saint Vincent est aussi un Cavallé-Coll, quant à celui de la cité il est aussi d'une qualité rare.

Écrit par : Authier | 09/02/2016

Désolé mais l'orgue de St Vincent n'est pas un Cavaillé-Coll, c'est un Théodore Puget de 1879. Quant à celui de St Nazaire, se reporter sur http://s366015137.onlinehome.fr/_0_FR/index.php?option=com_content&view=article&id=11&Itemid=11 pour en savoir davantage.

Écrit par : M.D | 10/02/2016

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