18/05/2016

Faut-il débaptiser la rue Georges Clémenceau à Carcassonne ?

Après l'armistice de 1918, on n'a pas tari d'éloges à l'égard de celui qui fut considéré comme l'architecte de la victoire des troupes françaises contre l'armée du Kaiser.

 Georges Clémenceau - rappelé à la tête du gouvernement en 1917 par un Raymond Poincaré qui le détestait - exerça les fonctions de Président du conseil et de Ministre de la guerre jusqu'au début de l'année 1920. "Le père la victoire" jouit d'une telle popularité qu'il put sans doute se racheter une virginité dans les livres d'histoire racontés aux élèves. Sait-on pour autant que le "Tigre" ou le "premier flic de France" s'opposa farouchement aux ouvriers le qualifiant de "briseur de grève" ? Sait-on qu'il n'hésita pas à envoyer la troupe, à faire tirer sur les grévistes. A paris, il interdit une manifestation qui se fait quand même aux cris de "Vive les poilus !" et "A bas Clémenceau". Bilan : 300 manifestants et 400 policiers blessés ; deux morts.

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Le 8 juin 1920, la municipalité radical-socialiste du Dr Albert Tomey donne à l'ancienne rue de la gare, le nom de Georges Clémenceau - il ne mourra que neuf ans après. La capitale audoise n'a pas visiblement honte d'honorer la mémoire de celui qui, treize années plus tôt, avait maté dans le sang la révolte des vignerons du midi. Quelle vergogne ! Dans presque aucune des villes et villages de l'Aude, vous ne trouverez une artère à la gloire de Clémenceau. Une belle rue en plein centre de Carcassonne, là où Marcellin Albert et Ernest Ferroul attendront plus de soixante ans pour en avoir une près du cimetière La Conte. Un bel enterrement de première classe pour l'histoire locale.

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Le 26 mai 1907, Marcellin Albert accompagné de près de 25 000 manifestants affamés défilent en haut de la rue de la gare. La raison ? L'autorisation de l'importation des vins Algériens pour les couper avec les vins médiocres de la métropole. La surproduction grâce à la fraude est une des conséquences du marasme économique dans le midi - les viticulteurs crèvent de faim. Ceci profite aux grands propriétaires viticoles favorables aux radicaux-socialistes de Clémenceau.

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Victime du 139e de ligne à Narbonne

Le 19 juin, le maire de Narbonne - Ernest Ferroul - est arrêté et emprisonné à Montpellier. À Narbonne, l’inspecteur de police Grossot, l'un des auteurs de l’arrestation de Ferroul, est pris à partie et mis à mal par la foule. Pour le dégager, il est donné ordre à la troupe de tirer sur les manifestants. Les coups de feu font cinq morts dont une jeune fille, âgée de 20 ans, Julie (dite Cécile) Bourrel qui se trouvait là par hasard, venue à Narbonne en ce jour de marché. Il y a de plus 33 blessés qui gisent à terre.

Le mépris de Clémenceau pour Marcellin Albert

Pourchassé par la police, Marcellin Albert se réfugie à Paris pour tenter de rencontrer Clémenceau. Le 22 juin, l'Assemblée nationale refuse de le recevoir. Le lendemain, il est reçu au ministère de l'Intérieur par Clémenceau qui lui fait la promesse de réprimer la fraude, si Marcellin s'engage à convaincre les manifestants d'arrêter la rébellion. Il accepte, mais a le malheur d'accepter les cent francs que lui tend Clémenceau pour payer le billet de retour. Après son départ, la presse relayera l'évènement savamment orchestré par Clémenceau pour faire passer Marcellin comme vendu auprès de ses supporters. A son retour, il manquera de se faire lyncher. Grâce à l'intervention de Jean Jaurès, une loi anti-fraude sera votée au parlement le 29 juin 1907.

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À l'heure où les élus socialistes de l'Aude font pousser des éoliennes sur la montagne noire, ils s'apprêtent à faire détruire un vestige historique de l'histoire locale : La maison du Dr Ferroul au Mas-Cabardès. Au même moment, le chef du gouvernement actuel - grand admirateur de Clémenceau - tente de réformer le code du travail à n'importe quel prix... Comme aurait dit mon oncle mineur à Salsigne : An virat la vesto* ! Je lui répondrais alors ceci : "C'est la faute aux éoliennes... es le vent que le a virat*.

* Ils ont tourné la veste

* C'est le vent qui les a changé

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Commentaires

j'ai des anciennes cartes postales de la révolte des viticulteurs ...j'ai cécile bourrel sur son lit de mort on dirai qu'elle dort ....

Écrit par : clarenc | 18/05/2016

c'est triste et ceux qui ont baptisé la rue Georges Clémenceau ne connaissent pas l'histoire de Carcassonne quel dommage et quel hérésie de rendre hommage a quelqu'un qui était contre l'ouvrier viticole

Écrit par : constance Pressoirs | 18/05/2016

ah cette chère "Rue de la Gare" , combien de fois l'ai-je "faite" malgré ou à cause les interdictions parentales ? "Qu'on vienne me dire qu'on t'a vue faire la rue de la gare ", disait mon père, pas méchant pour deux sous, par ailleurs, "et je te frotterai les oreilles !" Car c'était, en 1958, symbole de dévergondage. Nous la "faisions" quand même, filles et garcons par groupes séparés d'abord, Mais nous nous rejoignions autour du bassin de la Place Carnot et l'air résonnait de rires. Où était le mal ? C’était un rendez-vous quotidien, et seule la pluie l’empêchait - et encore, pas toujours. Du Hall de La Dépêche jusqu'au Portail des Jacobins, que de rires et de chansons, de confidences et d'amourettes ! Pour moi, Clemenceau ou pas, elle reste surtout LA RUE DE LA GARE

Écrit par : L"americaine | 18/05/2016

j'en ai fait moi aussi des kilomètres " rue de la gare "quel plaisir ! jamais nous ne l'appelions G. CL. -et puis j'ai appris qu'il avait fait tirer sur nos chers vignerons - une main ou un coeur de fer !mais chuttt! il ne faut pas en parler : c'est un Grand Homme !

Écrit par : -marcelle | 18/05/2016

Merci pour ce rappel de la réalité historique. Clemenceau fut avant tout un ministre de l'intérieur impitoyable avec les mouvements de revendications sociales.
Marcellin Albert, qui était un cousin de ma famille l'a appris à ses dépens.

Et pour moi aussi la rue Clemenceau restera toujours la rue de la gare.

Écrit par : Pierre MIR | 18/05/2016

La maison natale de Ernest Ferroul est au Mas-Cabardès en face de la Mairie.
Le tombeau de Ernest Ferroul est au cimetière du Mas-Cabardès, à gauche en entrant.

Écrit par : Miquelet | 18/05/2016

Si l'on débaptisait les rues de tous ceux qui ne méritaient pas l'honneur d'avoir une rue à leur nom... De glorieux militaires, des ecclésiastiques intégristes, des politiciens compromis, des artistes discutables, des événements sanglants, et d'autres (à commencer par de Gaulle et en finissant - on touche au sublime ridicule - par la rue Pavanetto !) perdraient peut-être leur plaque, mais après des querelles et des ruptures à n'en plus finir. Bof, en la matière, il faut se résoudre à accepter qu'à toute raison s'oppose une raison égale, comme l'a soutenu Mordicus (Mordicus d'Athènes, évidemment)le grand philosophe ancien qui n'était pas le quart de la moitié d'une andouille.

Écrit par : Pierre Olivier Audemas | 18/05/2016

à l'incorporation des soldats de la guerre 14-18, Clemenceau à exigé que les militaires du sud soient incorporé en 1ère ligne, en représaille de la manif des vignerons, en 1097. Nos monuments sont plains de héros, à cause de se monsieur.

Écrit par : Fournié | 18/05/2016

Le téléphone portable n'existait pas . La rue de la gare était le lieu de rencontre de l'apprentissage de l'approche des deux sexes . Nous arpentions cette rue dans l'attente d'une rencontre espérée .Ces demoiselles jouaient de cette attente . Enfin , venait le moment de la rencontre fructueuse ou pas ....... dans la positive ,le Colisée, le vox ,l'odeon, le rex, ou les berges de l'Aude concluaient cette .
Une belle sirène m'a ferré puis avalé.Quant au nom de CLEMENCEAU , de THIERS ou tant d'autres qui ont réalisé leur ego démesuré sur des monceaux de cadavres ils s'effaceront de la mémoire ,....vive les noms issus de la nature, de grands savants, poètes,de vrais résistants.Bonjour à l'americaine, et à Marcelle que j'ai peut être croisé . DD

Écrit par : CAMPO ANDRE | 19/05/2016

on écrit Clemenceau, sans accent ...

Écrit par : pierre | 19/05/2016

Je pense que ce serait reconnaître ses graves erreurs que de débaptiser la rue de la gare de ce nom peu glorieux de Clemenceau ! De même que la rue saint-Louis à la cité... Mais qui cannait vraiment l'Histoire ?

Écrit par : Mirelha | 26/05/2016

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