17/01/2017

Le Midi-Libre a été créé à Limoux dans la clandestinité pendant l'été 1944

Le débarquement en Normandie venait d'avoir lieu quelques jours auparavant. En ce début d'été 1944, cinq personnes entrent dans le café Négrail à Limoux et s'assoient autour d'une table pour consommer. Des gens ordinaires en somme, cherchant à étancher leur soif en période estivale. C'est tout à fait ce qu'ils voudraient laisser paraître... Après un premier rendez-vous raté suite à l'arrivée intempestive de soldats Allemands dans le café, le groupe s'est reformé au même endroit quelques heures plus tard. Qui sont-ils ? Quels sont leurs desseins ?

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© Google maps

L'ancien café Négrail sur la promenade du Tivoli

Il y a autour de cette table cinq résistants : Jean Graille, Madeleine Rochette, Georges Morguleff, Francis Vals et Jacques Bellon. On ne parle pas des opérations militaires, mais de la mise en place d'une nouvelle presse indépendante représentant le Mouvement de Libération Nationale.

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© Martial Andrieu

Jean Graille sera par la suite préfet. Pendant le second mandat de Raymond Chésa à la mairie de Carcassonne, il deviendra son premier adjoint.

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Georges Morguleff, grand ami de Lucien Roubaud

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Francis Vals, chef régional du Mouvement de Libération Nationale. Il sera maire de Narbonne jusqu'en 1971 et député socialiste de l'Aude.

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© brasserie-tivoli.fr

"J'avais, en d'autres circonstance, notamment avec Lucien Roubaud et Francis Vals, déjà abordé les problèmes de presse racontait à l'époque Jean Graille. Nous avons commencé à parler de la nécessité de faire un journal non communiste qui défende les idées propres au MLN. Jacques Bellon, le seul que je ne connaissais pas, animait le débat. Il parlait d'abondance, avec beaucoup d'assurance et un accent indéfinissable. Savision du futur journal était déjà très claire et ambitieuse. A limoux, nous avons mis au point pour la première fois de façon pratique la création d'un quotidien à Montpellier. "Au coeur de la clandestinité, les grandes lignes du journal, qui ne s'appelle pas encore Midi-Libre, son tracées."

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L'éclair, journal conservateur du midi fondé en 1881, avait son siège 12, rue d'Alger à Montpellier. Durant l'occupation, il s'était largement compromis par ses positions collaborationnistes. Le 21 août 1944, l'éclair sort son dernier tirage mais malgré cela, Albert Marsal qui le tient, refuse toute prise en main du journal non mandatée par le Mouvement de Libération Nationale.

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© Martial Andrieu

Locaux de l'Eclair à Montpellier

Le 23 août, Madeleine Rochette, Jacques Bellon et Lucien Roubaud au nom du MLN prennent possession des locaux. Le Midi-Libre est né ; Lucien Roubaud vient d'en trouver le nom. A Carcassonne, en demi-heure, Jean Graille réquisitionne l'agence locale du journal. Le Midi-Libre s'installe donc place de la poste (actuelle place du maréchal de Lettre de Tassigny). Guy Cando est nommé chef d'agence.

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© Google maps

L'ancienne agence du Midi-Libre à Carcassonne

Dans cette rédaction, il n'y eut dans un premier temps que des journalistes issus de la Résistance. Nommons par exemple, Charles Fourès qui fut le bras droit de Jean Bringer.

"A l'échelon régional, Midi-Libre se fait largement l'écho des arrestations, des procès, des exécutions légales ou illégales des collaborateurs locaux. En mars 1945, il dénombre 300 traîtres passé par les armes, dont trois préfets sur six, 5404 arrestations, 808 internements et 385 révocations prononcées dans l'administration. Midi Libre et le MLN adoptent une attitude ferme : "il faut frapper à la tête et ne pas ménager les vrais responsables". Parallèlement, le titre condamne toutes représailles et exécutions sommaires. Et constate douloureusement, l'incapacité des la Résistance à recomposer le champ politique du pays. Des conflits éclatent, les anciens clivages réapparaissent. Midi Libre va en souffrir."

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Maurice Bujon

(1910-2008)

Né à Narbonne, ce journaliste sera arrêté par la Gestapo en février 1944 pour ses activités de chef départemental du Mouvenemt Unifié de Résistance. A 34 ans, il deviendra en septembre 1944 le tout premier rédacteur en chef du Midi-Libre, nommé par Jacques Bellon.

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Le 25 juin 2015, le groupe La dépêche prend le contrôle de ce journal de la Résistance. Pour ne froisser les consciences de personne, nous n'évoquerons pas le passé de "La dépêche du midi" sous le gouvernement de Vichy.

Sources

70 ans du Midi-Libre (1944-2014)

Recherches personnelles

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Commentaires

wouahhhh ! que de découvertes ! bravo et merci

Écrit par : marcelle | 17/01/2017

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