03/02/2017

Dans l'Aude, les royalistes tentent de mettre le nez dehors...

Une messe en la mémoire du roi Louis XVI, exécuté le 21 janvier 1793 sur la place de la Révolution, a été dite pour la première fois à Carcassonne cette année, en la Basilique St-Nazaire et St-Celse. Mgr de la Soujeole avait accepté de répondre favorablement à la requête d'un monarchiste de coeur, partisan de Monseigneur le Duc d'Anjou, l'un des prétendants au trône de France. Or, Louis le vingtième se voit disputer sa couronne par le prince Jean d'Orléans, descendant de Louis-Philippe d'Orléans dit "Philippe Egalité" qui vota la mort de son cousin. Le vote qui décida du sort du roi souverain ne s'étant joué qu'à une voix de majorité, ceci fit dire à Robespierre : " Il était le seul membre de l’Assemblée qui pût se récuser." Le régicide - membre de la loge du Grand-Orient depuis 1771 - finira lui-même sur l'échafaud onze mois plus tard. 

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Armes du Royaume de France

Dans le département de l'Aude, il n'est pas très bien vu d'afficher ses idées monarchistes. N'oublions pas que cette terre Républicaine vit l'arrivée de milliers de réfugiés espagnols fuyant le régime franquiste. Or, il n'est pas sûr que le futur Louis XX, dont la mère était la petite-fille du général Franco, soit le bienvenu dans l'Aude. Ceci explique en partie, les raisons pour lesquelles on n'a pas célébré le 800e anniversaire de Saint-Louis à Carcassonne, mais à Aigues-mortes en présence du Duc d'Anjou. C'est pourtant Louis IX qui a fit construire la Bastide qui porte son nom à Carcassonne. Comble d'ironie, l'évêque de Carcassonne présida cette cérémonie dans la cité héraultaise en 2014. Alphonse de Bourbon fut reçu à Carcassonne lors des célébrations du millénaire capétien le 24 octobre 1987 par la municipalité.

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© Patrice Cartier

Alphonse de Bourbon, Nicole Bertrou, Jacques Albarel

N'allez surtout pas imaginer que dans le département de l'Aude, il n'y a toujours eu que des Républicains de couleur vermeille. Au contraire, il existe depuis toujours une frange de la population qui ne se montre plus depuis la Seconde guerre mondiale, mais fortement anti-républicaine et profondément attachée aux valeurs traditionnelles de l'Ancien Régime. En 1816, le Comité royaliste de Carcassonne fit la chasse aux  partisans de Napoléon 1er. Ladislas Levavasseur - chirurgien major de Napoléon et grand père du compositeur Paul Lacombe - ne dut son salut à Castelnaudary qu'à la présence d'esprit du chauffeur de la voiture, qui lui permit d'échapper aux monarchistes venus l'étriper. Ce même Comité "parvint à l'aide d'un agent provocateur à organiser à Carcassonne une conspiration des prisons, qui fit tomber sous la hâche prévôtale, celles d'un jeune médecin, d'un ex-militaire et d'un cultivateur." (Histoire de la Révolution Française depuis 1814 jusqu'à 1830 / J.A Dulaure / 1846)

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Joseph Pierre Castel

(1849-1906)

Cet avocat qui fut Président de la Société d'agriculture de l'Aude, présida également le Comité Royaliste de l'Aude. Il habitait 71, Grand rue (rue de Verdun) et était propriétaire du domaine de Paret-Longue à Pennautier.

"Issu d'une famille bourgeoise ayant vécu de l'industrie textile, de la banque et surtout de la terre, il s'engagea politiquement dès la fin de l'Empire aux côtés de son père Eugène, animateur du Cercle du salon et conseiller général (Maire de Verzeille, NDLR). Il fut de tous les combats contre la République, essayant de nombreux échecs, mais troublant souvent la lutte entre opportunistes et radicaux. Il milita pour la reconstitution du vignoble tout en s'efforçant de sauvegarder, dans l'ouest Audois, l'influence de la droite sur le monde agricole. Aussi fut-il candidat boulangiste à Carcassonne en 1889 : il obtint 30 % des voix." (Dictionnaire Les Audois / p. 97)

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Charles Maurras

(1868-1952)

Le théoricien du nationalisme intégral a commencé sa carrière comme félibrige provençal. En 1939, ce journaliste fondateur de l'Action Française, antiparlementaire prônant un antisémitisme d'état se rendit dans l'Aude au château de Pennautier où il fut reçu par le comte. Il y prononça un discours. Ceci est attesté par des archives, récemment léguées au département par la famille sous la côte 124J197, mais uniquement consultable sur dérogation :  http://histoire-de-pennautier.fr/fond_de_lorgeril_338.htm

Charles Maurras soutint le régime de Vichy ; c'est pour cette raison qu'il fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et à l'Indignité nationale. Il fut également déchu de son fauteuil d'Académicien. L'ensemble des thèses du nationalisme intégral défendues par Maurras, seront reprises dans les textes servant de propagande aux nouvelles recrues de la Milice Française en 1943. A savoir : le rejet des valeurs de la Révolution Française, la soumission au chef, il n'y a pas de principe d'égalité dans la nature c'est donc un notion pour les faibles, etc...

De très nombreux propriétaires de châteaux pinardiers des Corbières s'engagèrent contre les maquis communistes, les juifs et les gaullistes. Il y eut également ailleurs en France des aristocrates engagés, eux, dans la France libre aux côtés du général de Gaulle. Citons : Henri Astier de la Viguerie, Astier de Villatte, Hubert Amyot d'Inville, Roland Alibert de Falconnet, Gaston Duché de Bricourt, etc... Plus près de chez nous : Raoul de Volontat, instituteur à Quillan et Résistant mort en déportation.

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Commentaires

Né de parents parisiens, devenus Verzeillois pendant le seconde guerre mondiale, mon père étant alors pharmacien à St-Hilaire, j'ai vécu à Verzeille jusqu'en 1965, à la fin de mes études parisiennes (hérédité, !), j'y ai connu une famille Castel, mais vraisemblablement sans rapport avec ce Jean-Pierre Castel. La coïncidence est amusante, mais je suis sûr qu'aucun ancien Verzeillois n'a été au courant de cette anecdote, et les archives du village doivent être bien réduites pour en retrouver la trace. L'anecdote reste pour le moins assez amusante !

Écrit par : Christian Viguié | 03/02/2017

Est-ce la même famille que les Castel " de la Reille " ? dont un des membres fut chef de la milice de Carcassonne...

Écrit par : Charles | 03/02/2017

Le département de l'Aude est un département républicain cela est incontestable mais le pays de Sault était resté royaliste jusqu'en 1910.
On peut dire que Maurras était pétainiste, on peut dire aussi que Pétain était maurrassien comme de Gaulle d'ailleurs.

Écrit par : Authier | 04/02/2017

On n'efface pas 13 siècles de monarchie d'un coup de gomme... La république a même été royaliste. Les deux premiers présidents de la troisième était monarchistes et la chambre des députés était majoritairement royaliste.
En 1920, Après avoir quitté la présidence de la République Raymond Poincaré dira : « Maintenant que j’ai le temps de méditer, je me demande si la cause de nos maux ne remonte pas à l’échafaud de Louis XVI... »
Plus près de nous en 2015 Emmanuel Macron bien connu des téléspectateurs déclare dans une interview à l'Hebdo le 8 juillet :
'La démocratie comporte toujours une forme d'incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n' a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n'est plus là! "

Écrit par : Authier | 04/02/2017

je ne crois pas qu 'il y aiit une parenté entre ces deux CASTEL

Écrit par : loupia | 05/02/2017

Louis XVI n'a pas été condamné à une voix de majorité. Voir l'article de P et P Girault de Goursac in Chroniques de l'histoire numéro 1 de juin 1988:
"Il y a encore de nos jours des "spécialistes" qui ignorent que Louis XVI n'a été condamné ni à cinq voix, encore moins à une voix, mais à 26 voix de majorité :387 pour la mort, 334 pour la vie."
Ce qui n'excuse en rien le duc d'Orléans lequel, effectivement comme l'aurait dit Robespierre, était celui qui avait des raisons de ne pas voter la mort de son cousin.

Écrit par : Pierre Barraud | 12/02/2017

J'avais 16 ans et j'étais royaliste. Converti par une vénérable Tante, bretonne et chouanne de surcroît. Je me souviens avoir collé des affiches: " Le Roi pourquoi pas ? " à Carcassonne et qu'un malicieux opposant avait intercalé entre entre le O et le I de Roi un T. Ce qui naturellement nuisait beaucoup au sérieux de notre action.

Écrit par : Charles | 16/02/2017

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