23/01/2017

Le régime de la Terreur à Carcassonne pendant la Révolution française

De nouvelles mesures, plus sévères que toutes celles qui avaient été prises jusqu'à ce jour, allaient être votées, le 20 avril 1793, par le conseil du département en séance permanente, dans deux réunions à laquelle assistèrent, avec les administrateurs, le conseil municipal ; les commissaires des guerres, tous les agents militaires et le représentant du peuple Mailhe, en mission dans le département.

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© alex-bernardini.fr

Portrait d'un conventionnel

Dans la séance du matin on commença par nommer six commissaires, un pour chaque district, avec mission de requérir, dans les limites de leur arrondissement, "l'exécution des précédents arrêtés et de faire arrêter, en conséquence, touts les prêtres, frères laïcs et convers qui "n'avaient pas prêté le serment de l'égalité avant l'époque du 19 mars, ainsi que les personnes suspectes, et de faire mettre les scellés sur leurs papiers."

Le procureur général syndic ayant alors proposé "d'enfermer les fanatiques dans une maison nationale pour y rester jusqu'à ce que la tranquillité publique fût rétablie et même pour être livrés aux tribunaux s'il était prouvé qu'ils fussent coupables", le représentant du peuple et les administrateurs approuvèrent cette mesure, et, à l'instant, on décida que les portes de la salle des séances seraient fermées, " pour qu'aucun des citoyens ne pût sortir et aller prévenir les personnes suspectes et que des officiers municipaux" se retiraient " à l'instant dans la maison commune pour s'occuper de cette opération".

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J-B Mailhe (1750-1834), procureur syndic et député de la Haute-Garonne.

Dans la séance du soir, le procureur général syndic, ayant pris de nouveau la parole, observa "que la ville de Montréal, plus que tout autre du département était un véritable foyer d'aristocratie ; "qu'elle était le repaire des prêtres insermentés ; que le peuple égaré y manifestait les opinions les plus contre-révolutionnaires ; que la municipalité et la moyenne partie des citoyens les partageaient ; qu'il était indispensable que les mêmes mesures qui avaient été prises, le matin pour la ville de Carcassonne fussent adoptées à l'instant, pour cette ville ; qu'elles étaient l'unique moyen pour faire revenir le peuple de ses erreurs et lui inoculer cet esprit qu'il ne connaissait pas encore".

Le représentant du peuple et les autres membres de l'assemblée applaudirent à la proposition du procureur syndic. Mailhe s'offrit lui-même pour aller à Montréal ; il fut "arrêté à l'instant que le procureur général syndic ferait réquisition à trente dragons du 15e et à la municipalité de Carcassonne, pour qu'elle eût à faire trouver à 11 heures du soir, soixante gardes nationaux armés et équipés sur la place d'armes, pour accompagner le représentant à Montréal".

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L'ancienne place d'armes à Carcassonne

Le chiffre des personnes arrêtées à Carcassonne, comme suspectes, ce jour-là et le lendemain, fut de quatre-vingt-huit dont cinquante-quatre hommes et trente-quatre femmes. 

Paul-Joseph Daspect (Ingénieur) natif de Varilhes, Pierre Cesses (cordonnier), Raymond Bourlat, Bertrand Bourlat, Lazare Boyer, Vergnes (Marchand droguiste), Dominique Lozun (Commis), Jean Antoine Sacreste, Joseph Crocy, Gabriel Bourgues (tailleur), Jean Gout (Marchand chapelier), Joseph Belaussa, Jean-Antoine Lanes (Muletier), Pierre Azaïs (Tailleur), Mathieu Artigues (Charron), Stanislas Victor Granjean, Jean Peille (Pareur), Jean Chapert (Serrurier), François Antoine Fondi-Niort, Antoine Viguier, Pierre Dougados, Jacques Alric (Laboureur), Bernard Bajol (Boulanger), Joseph Desaifres Champredon (lieutenant de gendarmerie), Martial Doumes (Huissier), Pierre Lalleman (Maréchal), Marc Moulis (Métayer à Rousilhes), Jacques Durand (Plâtrier), Antoine Paquier (Boulanger à Alet), Joseph Barthélémy Lassalle (Maître de pension), Pierre Garrigues (St-Polycarpe, résidant à Carcassonne), Germain Cambon (Domestique), Jean-Baptiste Bardou (Brassier), Gabriel Pradier (Batteur de laine), Pierre Brezet (Pâtissier), Guillaume Cavaillé (Cordier), François Mondol (résidant à la métairie de la Criminelle), Pierre Ourliac (Marchand tailleur), Paul Cuin (Marchand de fer), Jean-Pierre Lacombe (Doreur), Louis Brail (Négociant), Jean-Baptiste Brail (Fabriquant), Jean-François Poncet, Jean-Baptiste Poncet, Pierre Paul Gaillard (Chirurgien), Jean-Pierre Sourbieu, Jean-Baptiste Sicard, Jean-François Ricardou, Jean David (Homme de loi), Jean Cavaillé (Négociant), Jean Portal, Stanislas Digeon (Homme de loi d'Alet), Théodore Marragon, Pierre Blanc (Tourneur).

Marguerite Albert veuve Cambon, Anne Amigues (habitant la Cité), Jeanne Sabatier épouse de François Samary (vitrier), Catherine et Rose Samary (ses filles), Philippe Calvet veuve de Jean Blanc, Marie Sabatier, Marie et Madeleine Blanc (soeurs), Veuve Dutard, Marie Dutard, Françoise Dutard épouse de Marson (Habitant à Azilhe), Geneviève Vié (Régente), Marguerite Gamelin veuve Courtejaire, Marguerite Escudié (Servante chez François Pinel), Julie Saunier, Claire Ilhe, Marthe Rieudemont, Cécile Roucairos, Madeleine Salvetat, Anne Albarel épouse Sarrand, Marie Roussel, Marie Viguier (Habitant Castres), Lasaignes veuve Castanier, Marie Aribaud veuve Lanes, Veuve Antoine Gamel, Anne Darzens, Marie Mialhe veuve Grilhet, Claire Portes, Marguerite Marre, Jeanne Marre, Marianne Brunel, Elisabeth Brunel, Claire Gélis épouse Durand.

A Maquens :

Jean Lalleman (Brassier), Pierre Cabanier (Brassier), Joseph Cabanier (Brassier), Jean Galinier (Brassier), Jean Tournier (Brassier), Marianne Fox, Marie Falgous épouse Fox, Elisabeth Cazes, Catherine Garrigues, Elisabeth Caraguel, Françoise Belmas, Toinette Reverdy épouse Belloc.

A Grèzes :

François Ricard, Pierre Rabicou, Paul Fages (Brassier), Jean Fages (Bossu, boiteux et contrefait), Pierre Clergues, Antoine Clergues, Jean Fabre (Maréchal), Paul Gautier, Jérôme Roques, Guillaume Gaillard (Brassier), Jeanne Rabicou, Jeanne Gaillard, Marie Roques.

A Villalbe :

Jean Roques

A Lavalette :

Rose Falgous, Anne Ormières, Jeanne Fraisse, Marguerite Fraisse, Anne Falandry, Anne Vidal

A Montirat :

Jeanne Puel épouse Gentet

A Montréal :

Elisabeth Rancoule, Elisabeth Calmel et Guilhemette Filhol.

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Ancien couvent des Ursulines, actuel Lycée St-Stanislas dans la rue A. Ramond

Toutes ces personnes furent incarcérées au couvent des Ursulines, d'où les religieuses et ursulines avaient été expulsées, par arrêté du directoire du district du 22 juin 1792, et qui, depuis, avait servi au logement d'un bataillon de volontaires nantais. Le 22 avril, le conseil général de la commune, dans une délibération provoquée par le conventionnel Mailhe et prise en sa présence, chargea le Comité de sûreté générale, "de vérifier la cause et les motifs d'arrestation de chacun des détenus pour en faire le rapport aux administrations réunies du département, du district et de la municipalité qui décideraient "qui sont les détenus qui doivent mis en liberté et ceux qui doivent continuer d'être détenus, et ceux qui sont dans le cas d'être dénoncés aux tribunaux".

Ce Comité institué en vertu d'un arrêté de l'administration du département, en séance permanente du 17 avril 1793, se composait de huit membres : Courtiel et Fauroux (conseil du département), Morin et Tailhades (Conseil du district), Heirisson et Alary (Conseil de la commune), Louis Polère et François Noël Gout (Société républicaine). Il est dit dans le rapport présenté par le Comité aux administrations réunies que la plupart des détenus ne croyaient avoir été arrêtés que pour leurs opinions religieuses, les uns parce qu'ils n'assistaient pas à la messe des curés conventionnels, d'autres parce qu'ils n'avaient pas point contracté mariage devant eux ; plusieurs femmes de Lavalette et de Montréal -, parce qu'elles se rassemblaient chez des particuliers pour y chanter les Vêpres.

Sources

Chanoine J-P Andrieu / 1914

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Commentaires

j'aime bien cette deescription: "Jean Fages (Bossu, boiteux et contrefait)" le pauvre homme il avait tout pour lui....

Écrit par : martine | 23/01/2017

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"Joli" passé pour le Lycée Saint Stanislas !

Écrit par : Christian Viguié | 23/01/2017

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Il serait temps que les deux cent mille morts du génocide vendéens soient reconnus ! La moindre des choses pour une république "exemplaires" qui prône à tour de bras des valeurs de repentir, d'expiation chez et pour les autres sans se retourner sur sa propre terreur !

Écrit par : jo | 23/01/2017

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Avec la première république la France connaissait pour la première fois de son Histoire la dictature et le totalitarisme.

Écrit par : Authier | 24/01/2017

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où sont les nobles ??

Écrit par : JPP | 25/01/2017

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Où sont les nobles? Ils sont sous la lame de la guillotine.

Écrit par : Authier | 25/01/2017

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