30/03/2017

Le triomphe de Suzanne Sarroca dans sa ville natale, le 1er mai 1962

Le 21 février 1961 est constituée dans une salle du théâtre municipal,"l'Association des choeurs du Festival de Carcassonne". Cette formation de chanteurs Carcassonnais amateurs, puisée au sein du choeur de la cathédrale St-Michel, était dirigée par Georges Cotte et Jean Amiel. Elle devait participer aux productions des opéras programmés durant la période du Festival de la Cité.

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© P. Hyvert

Pierre Hyvert (debout), Jean Amiel (centre), Georges Cotte (droite)

Les choeurs du Festival allaient se distinguer le 22 juin 1961 au théâtre municipal dans "l'Hommage à Camille Saint-Saëns" dirigé par Georges Cotte avec les solistes de l'Opéra de Paris dont Myriam Djavan (soprano), Geneviève Leroy-Thiebaut, contralto de l’Opéra (Dalila); Maurice Blondel, ténor de l’Opéra (Samson); André Jonquères, baryton de la Radio-Télévision (Le Grand Prêtre).

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© P. Hyvert

On reconnaît Mlle Mailhac, Mme Jean Amiel, Mlle Bels, Zélie Lacoste

Carcassonne possédait en ce temps-là non seulement un choeur amateur très important, mais également une Harmonie municipale avec des éléments primés dans les conservatoires du musique. 

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© P. Hyvert

Pierre Hyvert, Jean Malaval, Marius Laffargue, Sablayrolles, Mlle Mailhac, Mme Escoupérié

L'année suivante, Jean Alary qui avait en main la direction du théâtre municipal, eut l'idée de monter une production de Faust - le chef d'oeuvre de Charles Gounod. Cet opéra composé d'après la pièce de Goethe, reste encore de nos jours, le plus représenté à l'Opéra de Paris. Le désir d'Alary fut de proposer à la soprano Carcassonnaise Suzanne Sarroca, qui allait avec la Scala de Milan inaugurer l'ouverture de l'opéra de Genève quelques mois plus tard, le rôle de Marguerite. Il se mit alors en relation avec Louis Nègre - son mari et impresario - afin de la faire chanter pour la première fois dans sa ville natale. La fille d'une épicière de la rue Trivalle devenue star internationale de l'Art lyrique, acceptait de se produire à Carcassonne, alors qu'elle triomphait à Milan, Rome, Paris et New-York. C'est là toute la délicatesse et l'humilité de Suzanne Sarroca, qui même à 90 ans, ne l'ont toujours pas quittées. Sa ville le lui rend fort mal... Enfin, là n'est pas le sujet.

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© P. Hyvert

Les chœurs de Faust à la Cité

Tenez-vous bien ! La distribution de ce Faust à Carcassonne rassemblait ce qui se faisait de mieux comme chanteurs français à cette époque.

Dr Faust : José Luccioni (1er acte) et Paul Finel

Marguerite : Suzanne Sarroca

Méphistofélès : Xavier Depraz

Valentin : Michel Dens

Siébel : Mireille Martin

Dame Marthe : Colette Gérardin

Wagner : Georges Borrot

Le Grand orchestre de Toulouse fort de 36 instrumentistes, les choeurs du Festival de Carcassonne, de Nîmes et de l'opéra de Toulon étaient dirigés par Georges Gayral. Les décors provenaient du théâtre du Capitole de Toulouse. C'est la maîtresse du ballet du Capitole - Simone Techeney - qui avait réglé "La nuit de Walpurgis". On peut retrouver son interview en cliquant ci-dessous.

https://www.youtube.com/watch?v=MTq5NfMWjQY

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Paul Finel, Suzanne Sarroca et Xavier Depraz

Au cours du troisième acte, au moment où Suzanne Sarroca (Marguerite) chantait "Anges purs, anges radieux", son mari qui avait été pris d'un malaise dans la journée, succombait à une embolie pulmonaire. On la tint à l'écart de la nouvelle jusqu'au moment où dans la voiture, elle effectuait le trajet du retour vers sa maison natale, rue Camille Saint-Saëns. C'est là qu'elle apprit le décès brutal de Louis Nègre à l'âge de 59 ans. Ce grand chanteur et professeur de chant au conservatoire de Toulouse fut inhumé à Carmaux dans le Tarn.

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Louis Nègre

Les représentations de ce Faust à Carcassonne resteront inoubliables pour tous les amoureux de l'Art lyrique, mais surtout bien tristes pour Suzanne Sarroca. Elles prouvent s'il le fallait que notre ville possédait des éléments de valeurs à la tête des orchestres, des théâtres et des chœurs. Aujourd'hui, nous allons simplement écrire avec fatalité et pour ne fâcher personne qu'il s'agissait certainement... d'un autre époque. Que chacun se fasse une idée du niveau actuel

Sources

La dépêche / Le Midi-Libre

Remerciements

Pascal Hyvert et Arlette Moulin

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Commentaires

Hélas, déjà formulé à plusieurs reprises pour certains talents carcassonnais: "nul n'est prophète en son pays".

Écrit par : Brigitte | 30/03/2017

merci Martial de rappeler ce moment pour moi inoubliable:

j avais 15 ans et c était la PREMIERE fois que j assistais à la représentation d un opéra ! quelle émotion ....

de plus les circonstances ( que tu relates ) de la mort de son époux m ' avaient bien ébranlée .

Écrit par : gougaud | 30/03/2017

quel plaisir de voir votre photo de Melle Jane Mailhac que j'ai bien connue, elle était d'une extrême gentillesse et très patiente quand "je l'aidais" du haut de mes 6 ou 7 ans; c'est elle qui s'occupait du laboratoire photo de mon père (droguerie de la poste).C'est aussi elle qui s'occupait de la chapelle Notre Dame de la santé. Et Melle Bels, maroquinerie rue Barbès !!
Anne Marie Garric

Écrit par : plessis marthe | 30/03/2017

Je viens de lire avec émotion cet article concernant Suzanne Sarroca que j'ai connu plus tard . En effet en 1961 j'avais 4 ans. Etant le fils de Paul Finel, papa nous a souvent raconté cette mémorable représentation de Faust entaché du décès de Louis Nègre dont il était l'ami.La photo de ces trois grands artistes, piliers de l'Opéra de Paris m'émeut beaucoup.C'était le trio inséparable pour d'autres distributions. Le décès de Mr Nègre a affecté beaucoup de monde. Mon père m'a dit:" je n'ai jamais chanté Ange pur, Ange radieux aussi vite et avec une telle énergie." Merci pour ce témoignage René Finel

Écrit par : FINEL René | 10/07/2017

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