10/09/2017

À l'origine du musée lapidaire, la Société des arts et des sciences de Carcassonne.

Le 20 novembre 1868, la Société française d'archéologie tint les premières séances de son congrès à Carcassonne sous la présidence du marquis de la Jonquière (préfet de l'Aude) assisté de MM. de Caumont (Président de la société française d'archéologie), Jaubert (Président de la Société des Arts et des Sciences), Mahul, Pothier, de Bonnefoy, abbé Verguet, Tournal, chanoine Barthe, Jaffus et Mgr de la Bouillerie. A l'issue du congrès, la société forma le vœu de la création d'un musée lapidaire à Carcassonne. Dans un premier temps, Monsieur de Caumont invita le chanoine Barthe et l'abbé Verguet - érudits locaux - à publier un catalogue des belles pièces antiques recueillies par la Société des Arts et des Sciences de la ville. Un premier inventaire manuscrit avait été réalisé par le chanoine Barthe ; il sera sauvé de la destruction par Edmond Baichère en 1888. Le premier catalogue rédigé par Verguet et Barthe mais archivé grâce à l'architecte Léon Nelli, fut présenté le 7 février 1869 à la Société des Arts et des Sciences. Il est mentionné un second catalogue, dans lequel étaient notés la provenance des objets déposés avant 1870, avec le nom des donateurs. 

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Vestiges archéologiques dans la tour de l'évêque

 La Société des Arts et des Sciences sous l'égide de M. Biroteau, maire de la commune, constitua une commission pour la création d'un musée archéologique : MM. Barthe, Verguet, Coste, Jouy, Saulnier, Jalabert, Nelli et Charles de Roquan. À partir du 1er janvier 1869, ces pionniers travaillèrent trois heures par jour à numéroter et à inventorier les objets archéologiques. Le musée lapidaire s'installa dans une salle située à droite, dans la cour de l'actuel musée des Beaux-arts, rue de Verdun.

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© Chroniques de Carcassonne

A droite, le musée archéologique de 1869

Le bulletin de la Société des Arts et des Sciences publié en 1905, nous donne une description précise de cette salle. En bonne place et fort bien exposé se trouvait un sarcophage mérovingien en marbre, orné de feuilles de vigne, découvert dans l'église de Floure. Une somme de 50 francs fut allouée par la Société française d'archéologie pour le restaurer.

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© Ministère de la culture

Visible aujourd'hui dans le musée lapidaire de la Cité

"Ce tombeau mérovingien en marbre blanc de Saint-Béat (Haute-Garonne) a été trouvé dans l'église de Floure, enfoncé dans le mur du midi, entre le sanctuaire et la nef ; la face antérieure seule était visible sur la place dite du presbytère. Il fut enlevé en 1840 par l'agent-voyer Malric, sur l'ordre du maire de la commune, M. Coste-Reboulh, à la demande de Jean-Pierre Cros-Mayrevieille et transporté au musée de Carcassonne. Une inscription se trouvait dans l'église et correspondait à la face postérieure du tombeau qu'elle cachait. C'est la raison pour laquelle elle est dépourvue d'ornements."

(Catalogue Chanoine Barthe / 1870)

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© Lieuxsacrés

Tombeau de St-Saturnin à l'abbaye de Saint-Hilaire d'Aude

En face du tombeau mérovingien, on plaça contre le mur opposé, le sarcophage de Saint-Saturnin reproduit en plâtre d'après le marbre de Saint-Hilaire. Entre ces deux pièces, on coucha au milieu de la salle afin d'en occuper tout l'espace, des dalles funéraires du XIIIe et XIVe siècles.

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© voies-achéo-rome

Musée lapidaire de la Cité

A l'extrémité nord, une borne milliaire en marbre de Caunes en l'honneur de l'empereur Numérien. Elle fut trouvée à Villesèque-basse, près de Malves-en-Minervois.

"Principi juventutis M Numerio Numeriano nobilissimo cæsari N(ostro) M(illia) P(assum)"

Le long des murs étaient exposés des bustes de marbres, des statues gothiques, des têtes de pierre, une belle collection de chapiteaux, des amphores romaines, des vases gallo-romains en terre, des moulins à bras pour huile, etc. Contre le mur, côté cour, des vitrines renfermant plusieurs outils des civilisations primitives, des instruments en silex, bronze, fer et terre cuite.

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Ce musée archéologique aurait pu perdurer et enrichir ses collections. Oui ! mais voilà... En 1888, date du décès du chanoine Barthe, les vestiges sont dans un état déplorable. Les chapiteaux gothiques et romans, les pierres sculptées, les têtes et les colonnes se trouvent entassées pêle-mêle dans de mauvais locaux où la poussière et l'humidité les détériorent inévitablement. Pourquoi ? Dix ans auparavant, le maire Théophile Marcou voulut installer une école laïque de garçon dans la salle occupée par le musée archéologique. Malgré les protestations, la lettre du président de la Société des Arts et des Sciences M. Dougados, rien n'y fit. La mairie récupéra la salle pour les écoliers et les vestiges furent entreposés à l'humidité dans les caves du musée des beaux-arts. Victor Gastilleur tentera au début du XXe siècle de faire installer ces vestiges dans une des tours de la Cité, grâce à ses relations au gouvernement. Il faudra attendre l'année 1927 et l'application de Pierre Embry, pour que le musée lapidaire s'installe définitivement dans le Château comtal à la Cité. Entre-temps, combien de vestiges ont disparu ?

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