16/10/2017

L'Almanach Boher : la belle histoire d'un berger catalan devenu éditeur

Fondé en 1875 par un berger des Pyrénées-Orientales, cet almanach était l'oracle des semailles, des travaux du jardinet des prévisions météorologiques. Nos anciens ne partaient pas en voyage sans avoir consulté le Boher. On ne plantait pas un légume où semé une graine sans l'avis de l'almanach. C'était en quelque sorte le Nostradamus des viticulteurs et des jardiniers de sept départements. Le père Boher posait avec un air de penseur sur la couverture rose de ce bréviaire du paysan. Il ajoutait à ses prévisions, maintes histoires en patois, maints contes dits à la veillée.

Almanach Boher 1914.jpg

Sébastien Boher, berger de son état, gardait ses troupeaux tant dans les pâturages catalans que dans les prairies audoises de haute montagne. Tout au long des gardes de ses troupeaux, ce berger inspiré, qui se doublait d'un sage et d'un philosophe sans le savoir, observait le mouvement et les réactions de ses bêtes face au soleil, au nuits de lune et aux caprice des vents. Il pensait que les astres avaient un influence sur le comportement de son troupeau. Ainsi, devint-il capable de prédire le temps et ses caprices. Si l'on en juge par les témoignages, il ne trompait pas. Une idée vint alors à son esprit : pourquoi donc ne pas faire profiter à ses semblables de ses observations ? Il nota d'abord tout au fil des jours sur des modestes carnets. L'almanach Boher, naquit ainsi.

Si les débuts de la publication furent modestes, au fil des ans Boher devint une institution. Les premiers numéros de cet almanach furent tirés à Sorède (P-O) puis, à l'imprimerie Pierre Polère rue du Port (Aujourd'hui, rue Armagnac) à Carcassonne. Le chiffre atteint les 150 000 exemplaires sur sept ou huit départements ! L'imprimeur composait ses textes à la main, c'est-à-dire caractère par caractère. Un travail de bénédictin ! Ce n'est qu'au moment où cette imprimerie artisanale fut rachetée par Gabelle, que le travail fut simplifié. Dès 1930, Gabelle s'équipa d'une linotype. 

Dantoine.jpg

"Lé bossut" caricaturé par Dantoine

 Le créateur de l'almanach ne pouvait le diffuser via les diffuseurs de presse. Sa publicité ses faisait par le bouche à oreille, grâce à des colporteurs. 

"Le génial Boher en rencontra deux à Carcassonne. L'un qui était l'une des figures les plus pittoresques de Carcassonne dans les années 30, avait pour nom "Lé Boussut". En effet, homme de petite taille, il était porteur d'une gibbosité importante qui déformait sa silhouette. Pour accentuer le pittoresque de son personnage, il s'affublait d'une étrange blouse grise, plus longue que lui, et d'un chéchia à long gland. Outre le Boher, ce colporteur baratinait le public de la place Carnot en proposant des lacets, des savonnettes et des pastilles de menthe. Ce petit homme, visitait tous les villages de la région et cela jusqu'à Foix. Il accomplissait ses déplacements à pied, par étape de 20 km par jour. Il était connu de tous les fermiers du coin, était reçu à leur table et couchait dans la paille des granges. L'autre colporteur qui diffusait "Le Boher" était Soigné, pittoresque, brave homme qui, précédé de sa boite en bois blanc emplie d'almanachs et de lacets se mettait, en tous les instants, sous la protection de Saint-Antoine de Ligouri." (Marcel-Yves Toulzet)

La parution de l'almanach Boher s'arrêta en 1958. Vous n'en trouverez plus que quelques rares exemplaires chez les bouquinistes.

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19:16 Publié dans Livres | Tags : almanach boher | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Nos bergers d'aujourd'hui pourraient en faire autant, s'il avaient, dans leurs pâturages d'altitude une connexion wifi ! Mais de quoi nous parleraient-ils ? Sans doute des dernières attaques de loups ou d'ours ...

Écrit par : Christian Viguié | 17/10/2017

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Merci pour ce moment de tradition populaire et locale qui a duré jusqu'en 1958. La diffusion des almanachs est vieille de plusieurs siècles. Ces ouvrages sont une fenêtre sur la culture populaire, les us et coutumes ; son dernier représentant : l'almanach Vermot. Avec le dictionnaire et la Bible c'étaient parfois les seuls livres que l'on trouvait dans les campagnes.

Écrit par : J. Ourliac | 17/10/2017

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