07/12/2017

A la cité, les évêques n'ont pas les mêmes valeurs....

Le cimetière de la Cité médiévale possède au moins une particularité : il possède deux tombes d'évêques inhumés côte à côte mais ne bénéficiant pas du même lustre, traitement et restauration. La comparaison ne s'arrête pas là... La première tombe, richement ornée des armes et d'une épitaphe, appartient à Mgr Bazin de Bezons (1701-1778) qui officia sous l'Ancien régime, comme évêque du diocèse pendant 48 ans. Il souhaita se faire inhumer ainsi à côté des pauvres, qu'il avait institués comme ses légataires universels. La première restauration de cette dalle funéraire fut opérée en octobre 1971 par un archéologue amateur. La dernière en date, nous la devons à l'Association des Amis de la Ville et de la Cité.

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"Ci-gît, Armand Bazin de Bezons, évêque de Carcassonne, remarquable par sa piété, exemple pour clercs et laïques, père des pauvres, plein de zèle pour la maison du Seigneur. Les héritiers reconnaissants, les pauvres, ont posé cette pierre. Décédé le 11 mai de l'an 1778 après avoir régi 47 ans le diocèse."

Juste à côté, de "l'évêque des pauvres" se trouve à même le sol la sépulture de Guillaume Besaucèle (1712-1801). Il fut évêque constitutionnel de Carcassonne pendant dix ans, de 1791 à 1801. Lors de la Révolution française, il se prononça en faveur de la Constitution civile du clergé et prêta le serment. Il échappa à la Terreur et mourra en 1801 sans avoir pu mener à bien ses réformes. Guillaume Besaucèle fut enseveli à côté de l'illustre Bazin de Bezons "se croyant l'héritier de sa doctrine et de son autorité" (Mahul - 5e volume - p.529)

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La tombe en marbre rose de Caunes-Minervois de Guillaume Besaucèle ne comporte pas d'inscription. Il est enterré comme les pauvres... Remarquons simplement la différence de traitement dans la restauration, entre deux évêques inhumés côte à côte. Les Carcassonnais seraient-ils davantage attachés au souvenir de l'Ancien régime qu'à celui de la Révolution française ? Je prends le risque d'affirmer ici que les catholiques de cette ville ne sont pas depuis 1789, majoritairement Républicains. Certains ont même cru qu'en 1940, un certain Philippe Pétain... C'est une autre histoire. 

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Commentaires

Je prends ici le risque d’émettre une opinion qui n’est qu’une impression et donc je peux me tromper… Les catholiques de cette ville que j’ai beaucoup fréquentés pendant de nombreuses années sont massivement républicains et l’on peut dire majoritairement de gauche clergé compris. L’attachement des Français en général pour Pétain était dû à la situation particulière de la débâcle, il était considéré comme la seule bouée de sauvetage, de Gaulle étant à Londres n’était pas connu des Français… Churchill disait de lui : « Tout le monde ne peut pas se déguiser en soldat inconnu » Pétain était royaliste mais l’était-il plus que de Gaulle ? Il a toujours servi la République, il était athée et était un grand ami du petit père Combe !

Écrit par : authier | 08/12/2017

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Cher Monsieur Authier,
Comment pouvez-vous dire que Philippe Pétain a servi la République ? N'a t-il pas changé la devise de cette République en Travail, Famille, Patrie ? Le mot République Française est devenu Etat Français.
Il me semble que Pétain était anti-Dreyfusard et contre le parlementarisme. Si vous voulez, j'ai tous les cours de la Révolution Nationale édités à l'attention des jeunes recrues de la Milice Française et de la Légion des Volontaires Français. Je puis vous assurer qu'il n'y a rien de Républicain là-dedans. Au contraire, elle est taillée en pièce la République comme étant responsable de tous les maux et bientôt remplacée par L'Ordre Nouveau. Quant à Pétain comme ultime recours, lisons le livre de Paxton sur Vichy qui permet un autre regard que celui de Aron.

Écrit par : Andrieu Martial | 08/12/2017

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Cher Monsieur Andrieu

Comme il est difficile de parler de cette époque ! Vous le savez bien, chaque fois que vous faites un article sur ce sujet, personne ne bronche ! J’ai travaillé à la préfecture avec des gens qui y étaient pendant la guerre, je leur demandais : comment cela se passait avec les Allemands ? Je n’ai jamais eu de réponse. Rassurez-vous je ne suis pas pétainiste, ni moi ni ma famille mon père était un pilier du syndicat CFTC qui avait choisi la Résistance et était condamné par Vichy. Je parlais du Pétain d’avant 40, ensuite c’est une autre histoire. Vous me parlez du changement de la République en Etat Français mais au début n’était-il pas dicté par les évènements ? La République était tombée avec la France, pour la continuer il aurait fallu organiser des élections puisque la République c’est la démocratie. Pouvait-on lancer une campagne électorale sous l’occupation ? Bien sûr que non. C’est la République et les républicains qui ont donné les pleins pouvoirs au Maréchal, ils devaient avoir une certaine confiance en lui ? La devise « Travail Famille Patrie avait était dictée à Pétain par les républicains de la Troisième qui en avaient fixé l’objectif principal et le gouvernement de Vichy était composé de républicains majoritairement de gauche, si je ne me trompe ! Mais là encore je ne parle que du début de l’été 40, la suite est encore une autre histoire qui s’enfonce dans la collaboration jusqu’à voir fleurir ces plantes empoisonnées qu’étaient la Milice et la Légion des Volontaires ou plutôt Légion d’Horreur ! C’était le temps où l’histoire tournait ses pages sombres et noires, nous avons connu le malheur et la honte.
Pour les cathos de notre chère ville de Carcassonne je n’ai pas fait de sondage d’opinion c’est donc au conditionnel mais pour les clercs et les laïcs ayant des responsabilités dans l’église c’est majoritairement de gauche… enfin s’était jusqu’en 2000. Aujourd’hui je ne sais pas. Il est vrai que je parle d’un siècle qui n’est plus, comme le temps passe !
Encore merci pour votre travail de recherche et ces articles si passionnants.

Écrit par : authier | 08/12/2017

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Heu... On peut être catholique ET républicain... On peut avoir été catholique ET résistant... Votre amalgame me parait très douteux, je vous épargnerai l'histoire de mon grand-père, résistant ET catholique, de son cousin qui fit partie des 80...

Écrit par : catherine | 12/12/2017

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Catherine,
Je n'ai jamais dit le contraire et je ne fais pas d'amalgame.
Les abbés Gau, Courtessole et Pont étaient des résistants de l'Aude. Je me moque de savoir s'ils étaient monarchistes ou républicains dans l'âme. Ce que je sais c'est qu'ils avaient fait le choix de ne pas collaborer à la politique de Vichy.
Pour le reste, je confirme que beaucoup de familles catholiques de l'Aude se retrouvent dans les liste de Miliciens, collaborateurs et membres de la légion. Ceci ne constitue pas un amalgame, mais une vérité historique. Ajoutons que c'étaient pour la plupart des familles de propriétaires terriens bien fortunés du monde viticole.

Écrit par : Martial Andrieu | 12/12/2017

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Bonsoir,

Voici ce que, moi, j’ai retenu de mes lectures sur la période, je ne suis pas historien aussi je ne prétend pas tout savoir.

C’est vrai qu’il n'était pas clair dans le premier message que la phrase "Il (Pétain) a toujours servi la République" se limitait à 1940. Toutefois il est pratiquement sur que si il y avait eu des élections en 1940, Pétain en serait sorti largement vainqueur, seuls quelques initiés connaissaient son coté sombre, opportuniste et ambitieux.

En 1940 les politiciens sont décrédibilisés par la mauvaise préparation de la guerre,
l'URSS est alliée à Hitler (suivie par la majorité des élus communistes),
les USA proclament haut et fort leur neutralité,
la Grande Bretagne a déserté le front,
et pour couronner le tout il y a près de 2 millions de prisonniers dans les camps Germaniques.

Il ne reste guère plus que des héros retraités de 14-18 pour incarner une reconstruction et un retour des prisonniers.
Les collabos de la première heure ne voulaient rien d’autre, sans arrière pensée politique ou antisémite. Pétain les a fait marcher autant qu’il a pu en rejetant la responsabilité de la collaboration sur Darlan puis Laval et en pratiquant un chantage ignoble avec le programme de relève en échange d’une fausse promesse de libérations des prisonniers.
Mais pour ceux qui sont rentré dans la Légion en 1940 sur ces promesses, il est devenu compliqué et dangereux de claquer la porte en 1942.

Écrit par : Un Passant | 12/12/2017

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