14/01/2018

Le chef du maquis de Villebazy a t-il été assassiné au sein du 81e régiment d'infanterie ?

Cette question reste à ce jour sans réponses. Pourtant, la petite fille du Lieutenant Jacques alias Antonin Arnaud se la pose depuis plusieurs années. Comment ce chef droit et adulé de ses hommes a t-il pu disparaître dans des conditions aussi troubles ? Tué, au cours d'une méprise.

Jacques.jpg

© Elodie Bérard

Le lieutenant Jacques, chef du maquis de Villebazy

Antonin Arnaud naît le 1er janvier 1924 à Lunel dans l'Hérault. Marié le 28 mars 1942 à Perpignan, il tente, comme beaucoup de jeunes, d'échapper au Service du Travail Obligatoire. Depuis février 1943, le futur réfractaire est appelé à partir travailler en Allemagne. C'est alors qu'il décide avec son épouse de s’enfuir et de rejoindre un maquis en Haute-Savoie. Il participe aux combats des Glières opposant à partir de février 1944, la Résistance à la Milice française. Arrêté par les troupes de Joseph Darnand. Il est gardé par elles dans un hôtel de Thônes avec son épouse et son fils mais réussit l’exploit de s’échapper en sautant du 2e ou 3e étage.

Antonin Arnaud et sa femme lors de son mariage. Ils ont 18 ans.jpg

Antonin Armand et son épouse en 1942

A l’issu de cette évasion, il se réfugie dans l’Aude et fonde le 1er mars 1944 le maquis de Villebazy, appelé plus tard « Corps Franc Lorraine ». Lorraine, car son ancien maquis en Haute-Savoie portait ce nom. Antonin Arnaud prend le pseudonyme de Jacques, au sein de ce groupe de résistance constitué de 15 hommes en avril 1944. Il est ravitaillé par Honoré Désarnaud, futur maire de Villebazy. Ce dernier, chef cantonal de la Résistance pour le canton de Saint-Hilaire, faisait le lien entre Jean Bringer et Jacques. Au cours de l'été 1944, la Milice et les troupes Allemandes mènent des actions afin d'anéantir les maquis. Villabasy n'échappe pas à ces attaques, grâce à des dénonciateurs payés par la Gestapo. Le 18 juillet 1944, c'est Georges R qui indique son emplacement. Entre le 20 et le 23 juillet, les maquisards se replient sur Lairière, mais des accrochages ont lieu avec les Allemands qui n’ont pas cessé de les pourchasser. La veille de l'arrestation de Jean Bringer - chef FFI de l'Aude -Villebazy se replie sur Missègre à l’Est de Limoux. Au même moment, une grande réunion des chefs de la Résistance se déroule à la Digne d’Aval pour la constitution d’un nouveau maquis (Myriel, Vals adjoint d’Astier, Roubaud (chef départemental des M.U.R). C'est le lendemain, 29 juillet 1944, que Jean Bringer sera arrêté par la Gestapo.

19981129040.jpg

Jean Bringer

Depuis 72 ans, on nous ressert la même explication : Fernand Fau, agent de la Gestapo infiltré dans la Résistance, se présente chez Maurel à Carcassonne. Ce dernier est agent de liaison de Jean Bringer. Fau a paraît-il une lettre signée de Jacques - chef du maquis de Villebazy -dans laquelle il demande des ordres de repli à Bringer (Myriel). Son maquis aurait été attaqué par les Allemands. Maurel se rend alors à la clinique du Bastion (Dr Delteil) où se trouve Bringer avec René Chiavacci (agent de liaison). La clinique Delteil servait de lieu de réunion à la Résistance. Bringer rédige alors les ordres et part accompagné de Chiavacci et de Maurel remettre la réponse à Fau pour Jacques. Peu de temps après Chiavacci puis Bringer sont arrêtés par Fau et la Gestapo. Cette version supposerait que Antonin Arnaud (Jacques) soit dans la combine, ou ait fait preuve de légèreté vis à vis de Fau.

1464481969.2.jpg

© ADA 11

René Bach

Regardons de plus près... Qui raconta cette version ? René Bach, agent de la Gestapo, à son procès en juillet 1945. Fernand Fau lui aurait raconté l'arrestation de Bringer, dans l'après-midi au siège du SD. Il fit cette déposition devant la Cour de Justice. Le problème, c'est que Fau sera éliminé par le Résistant Robert le 19 août 1944 sans que l'on puisse l'interroger. Mme Bringer s'étonnera que l'on n'ait pas cherché à le prendre vivant... Bach n'a jamais été un témoin oculaire de l'arrestation de Bringer, on s'en tient donc à ce que lui aurait rapporté le Gestapiste Fau. Maurel aurait pu en témoigner ; curieusement, il ne se présentera pas au procès de Bach. On ne l'interrogera pas ; il n'y pas même une déposition de sa part dans l'instruction. Il était en vie et vivait dans les Haute-Pyrénées, car nous avons retrouvé sa trace. Quant à Chiavacci, Bach l'accusera d'avoir désigné Bringer à ces services, comme étant le chef de la Résistance. Les nombreuses contradictions de Chiavacci permettent de le penser. Or, ce dernier était connu pour être un homme de main de la Résistance, agent de liaison sans envergure. Nous savons que Bringer avait imposé une cloisonnement très strict des différents services de la Résistance audoise. Certes, Chiavacci connaissait Bringer, mais les agents de liaisons n'étaient pas mis dans la confidence ni des projets, ni des chefs de réseaux.

2113587922.jpg

La clinique du Bastion

Chiavacci a été arrêté quelques heures avant Bringer devant l'école du Bastion, avec de sa compagne - infirmière à la clinique Delteil. Amenés à la Gestapo route de Toulouse, elle sera relâchée et ira prévenir Delteil. Ce dernier restera, au lieu de s'enfuir. Il sera arrêté quelques temps après. Entre temps, pourquoi Delteil n'a t-il pas cherché à prévenir Bringer ? Là encore, enfumage à Carcassonne ! Non, Jean Bringer n'a pas été arrêté sur le boulevard Barbès, comme certains l'écrivent, mais vers 14h30 sur le Pont d'Artigues. Après la réunion de midi à la clinique où il vit à ses dépens l'agent Fernand Fau, il remonta déjeuner chez ses logeurs dans la rue Alfred de Musset. Où se rendait-il à 14H30 sur le pont d'Artigues ? A une réunion où devait se trouver Francis Vals (Chef du Comité de Libération et futur député socialiste). La Gestapo trouva sur lui des Bons du trésor de la banque d'Alger. Evidemment, pour savoir cela il faut aller fouiller dans les archives du Service Historique de la Défense. En 1953, Daraud (chef de la police politique à la Libération) déclarera que plusieurs fois il mit en garde Bringer de ne plus aller à la clinique Delteil. Qu'il ne voulut pas l'écouter. Que lui-même ne s'y rendait plus depuis longtemps, cela lui faisait peur."

Cette thèse complotiste peut être renforcée par le fait que Chiavacci et Delteil ne partiront pas à Baudrigues le 19 août 1944. Au lieu d'être exécutés avec Bringer et Ramond, il seront relâchés par les Allemands lors de leur départ. Delteil ira même témoigner en faveur du sous-chef de la Gestapo de Carcassonne à son procès en 1953 à Bordeaux. Quant à Maurel - employé SNCF, né à Verzeille-, la Gestapo ira perquisitionner chez lui mais ne réussira pas à l'arrêter. Un coup de chance ? 

Revenons un peu à l'ordre de repli qu'aurait demandé par lettre Jacques à Jean Bringer...Ceci est une pure invention, car la veille (28 juillet 1944) le maquis de Villebazy s’était déjà replié sur Missègre. Il n’avait pas besoin des ordres de Myriel puisqu’il s’était déjà replié. De plus, lors de la grande réunion qui s’est tenue ce jour-là à La digne d’aval, Myriel a pu être tenu au courant de ce repli. Sachons que le maquis de Villebazy était placé sous les ordres de Négrail, chef du secteur de Limoux. La digne d’Aval et Missègre en faisaient partie.

26904476_10214419187821185_56150825397435333_n.jpg

La maison qui logeait Bringer avant son arrestation


Il nous semble que jamais Jacques n’a demandé un ordre de repli à Myriel. La lettre amenée par Fau aurait pu être faussement signée de Jacques et le mot de passe donné par un complice. Bringer serait ainsi tombé dans un piège. Quels complices ? Chiavacci et Maurel ne sont sans doute que la face immergée de l'iceberg. Curieusement, Chiavacci bien qu’emprisonné par la Gestapo et à la Libération, par la Police politique, finira ses jours tranquillement. Pourquoi aurait-on dénoncé Bringer ? Les mobiles ne manquent pas : Politique, financement de la Résistance, vols des parachutages.

L'engagement de Jacques dans le 81e régiment d'infanterie

Général Zeller. 15 décembre 1944.jpg

© Centre de la mémoire combattante

Le général Zeller à Carcassonne en décembre 1944

La fille d’Antonin Arnaud vient de naître. Nous sommes quelques mois après la Libération de l’Aude et l’ancien chef du maquis de Villebazy décide de continuer le combat contre les Allemands. Il s’engage avec le 81e RI formé à Carcassonne le 15 décembre 1944 par le général Zeller. Le lieutenant « Jacques » conserve son grade d’ancien FFI dans le 1er bataillon commandé par le capitaine Frank, alias Lucien Maury. Ce dernier avait été le chef du maquis de Picaussel dans l’Aude. Dans ce même bataillon, se trouvent le capitaine Martinet et le lieutenant Fontrouge.

Le 16 février 1945 à quatre heures du matin à Niffer (Alsace), Jacques décède à la suite de ses blessures. Une rafale de mitraillette l'atteint à la tête et au thorax. L' acte de décès est dressé par Jacquemond Marius, sous-lieutenant au 81e régiment d’infanterie, sur la déclaration de Camarata Jean, médecin adjoint au 81e RI et de Arrecot Paul, infirmer au 1er bataillon du 81e RI. Les circonstances de la mort de Jacques ne sont pas très claires... 

"La veille de sa mort, Antonin Arnaud, réussit l’exploit en plein jour sur le nez des blockhaus ennemis, de s’emparer d’un canot pneumatique camouflé sous la berge et utilisé par les patrouilles allemandes pour passer le Rhin. Il a supplié son chef de bataillon (Lucien Maury, NDLR) de lui laisser traverser le Rhin pour opérer une reconnaissance en territoire allemand. Mais si, en raison du dispositif peu dense cette opération est facile pour les patrouilles nocturnes de l’ennemi, la réciproque n’est pas vraie. Le chef de bataillon s’est donc refusé à sacrifier des hommes de l’autre côté du Rhin où l’ennemi est puissamment organisé." (Annuaire des anciens du 81e RI - Lucien Maury)

De son côté, le capitaine Piquemal (Bataillon du Minervois) rapporte que : "Ricaud fait un rapport à Régis Bès sur les circonstances de la mort de Jacques : le lieutenant a dit à ses hommes qu’à partir de ce soir, il n’y aurait plus de sommations. Ordre de tirer à vue. Peu de temps après, Jacques était atteint - suite à une méprise, par une rafale de mitraillette tirée à bout portant par l’un de ses hommes."

Nous reproduisons ci-dessous la lettre que Lucien Maury, commandant le 1er bataillon du 81e régiment d'infanterie, envoya à son épouse :

« Tué à l’ennemi le 15 février 1945 au cours d’une embuscade sur les bords du Rhin, non loin du petit village de Niffer en Alsace. Tous les officiers du bataillon, tous ses hommes, l’aimaient pour sa bravoure et son bon cœur. Il est tombé en soldat, frappé d’une rafale de mitraillette. Il n’a pas souffert. Ses hommes qui l’adoraient ont tenu à monter une garde d’honneur auprès de lui jusqu’au dernier moment. Nous lui avons fait des funérailles dignes de lui. Il repose en terre alsacienne avec un de ses camarades de combat, officier au même bataillon sous-lieutenant Assens, tué comme lui au bord du Rhin. Vous pourrez plus tard venir voir sa tombe au village de Sierenz et faire les démarches nécessaires à son transfert.
Je regrette la perte de l’officier intrépide et du camarade sympathique et loyal qu’il était."

Le lieutenant Antonin Arnaud obtient la citation suivante à titre posthume le 24 mars 1945 du Lieutenant-colonel Gauvin (81e RI), accompagnée de la Croix de guerre avec étoile de bronze.
"Chef de Corps Franc. Officier intrépide, brave jusqu’à la témérité, volontaire pour toutes les missions dangereuses. Est tombé mortellement frappé au cours d’une embuscade sur les bords du Rhin, à l’Est de Niffer, le 15 février 1945." 
Le 18 décembre 1946, Mme Arnaud reçoit l’avis de décès avec la mention « Mort pour la France », ainsi que deux attestations de décès pour que ces enfants puissent être adoptés par la Nation.

Tué ou assassiné

D'après des militaires que nous avons interrogés, le tir par méprise serait pratiquement impossible. Si nous retenions l'hypothèse d'un acte volontaire de la part de l'un des hommes, il faudrait étudier les raisons d'un éventuel règlement de compte. Soit, on a fait payer à Jacques l'arrestation de Bringer. Ceci nous paraît improbable compte tenu de ce que nous avons exposé plus haut. Soit, une vengeance s'est opérée au sein du bataillon. Qui pouvait lui en vouloir ? Au mois de juin 1944, Jacques fit fusiller Marcel Basque au sein de son maquis, accusé d'être un milicien et d'avoir volé le châtelain de Ladern. Y avait-il l'un de ses frères dans le 81e régiment d'infanterie ? Est-ce l'œuvre d'un résistant ayant, comme beaucoup, rejoint le maquis en juillet 1944, où d'un milicien engagé dans le bataillon pour se blanchir de ses fautes ? Notons la présence de B dans le 2e bataillon du 81e RI qui transporta le corps du capitaine Charpentier, assassiné dans la clinique Delteil le 6 septembre 44. Il y a aussi M qui sera condamné en 1952 par le tribunal militaire de Bordeaux pour assassinats et vols. 

Sources

Archives du Service Historique de la Défense

Archives de l'Aude

Annuaire des anciens du 81e RI

_____________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

13/01/2018

Ces Carcassonnais qui ont tourné dans "Le miracle des loups" en 1961 avec Jean Marais

Inutile de rappeler que le film "Le miracle des loups" d'André Hunebelle fut tourné en 1960 dans la Cité de Carcassonne, au lac de Saint-Ferréol et sur le vieux pont de Rieux-en-Val. Nous avons déjà consacré un article à ce sujet. Aujourd'hui, il nous parait intéressant de nous attarder sur les Carcassonnais qui participèrent au tournage. Qui se souvient que parmi eux, deux furent choisis pour doubler les deux héros du film : Jean Marais et Rosa Schiaffino ?  

Hélène Mailhol

Enversdudécor HélèneBeneteau3.jpg

Hélène Mailhol épouse Bénéteau, née à Puicheric. Elle était coiffeuse rue Aimé Ramond et avait pour l’habitude de sortir le samedi soir avec une amie dans un bar musical Le Club.

Un soir Jean Alary lui parle du tournage du Miracle des loups et lui présente André Hunebelle dont elle ignorait qu’il était réalisateur. Celui-ci lui dit qu’elle a à peu près la même stature que Rosanna Schiaffino et lui propose d’être sa doublure. Elle refuse d’abord car elle travaille mais le salaire pour 4 jours représentant 2 mois de travail elle finit par accepter. Pensant que sa patronne ne lui donnerait pas ces 4 jours, elle lui dit qu’elle ne se sent pas bien. Elle joue la doublure de l’actrice italienne pour les scènes tournées au lac de Saint-Ferréol. Rosanna Schiaffino tournait en effet deux films en même temps, l’un à Carcassonne, l’autre à Nice et faisait des allers-retours entre les deux lieux de tournage. Hélène l’a donc remplacé pour le réglage des éclairages et mouvement de caméra et pour quelques scènes où l’on ne voyait as l’actrice en gros plan : une scène dans les bois, une scène de dos dans les bras de Jean Marais qui a été charmant avec elle, lui a demandé si elle n’avait pas trop le trac et signé un autographe.

Elle a ensuite fait partie des figurants en costumes pour la scène de l’entrée de Louis XI à Carcassonne. Péronne. Seules les personnes aux premiers rangs étaient habillées en costume. Elle se souvient avoir mangé avec l’équipe dans une cantine sous une toile de tente et côtoyé ainsi Jean Marais et Guy Delorme et un peu Roger Hanin. Quand elle a repris le travail le lundi, sa patronne lui a demandé si elle allait mieux. Quand Hélène a répondu oui, la patronne lui a sorti le journal où elle était en photo, présentée comme doublure de R. Schiaffino.

(Témoignage recueilli par Isabelle Debien)

Francis Bassoua

Mailhol.jpg

Francis Bassoua et Hélène Mailhol

Francis Bassoua avait été choisi pour doubler Jean Marais, lors des séquences tournées au lac de Saint-Ferréol. Comme d'ailleurs Hélène Mailhol, pour Rosanna Schiaffino.

Jeanine Baluc

Capture d’écran 2018-01-13 à 09.32.40.png

Une jeune carcassonnaise Jeanine Baluc née à Fleury d’Aude, ancienne élève du lycée de la Cité est repérée par A. Hunebelle. Il lui propose de faire des essais qui s'avèrent positifs. Elle est engagée pour le rôle de la camérière de Jeanne de Beauvais et double à l’occasion R. Schiaffino. Au moment du tournage, elle aspirait à devenir actrice, avait un projet de film avec René Clair et de disque chez Barclay. Mais son nom n'est semble-t-il pas passé à la postérité.

(Texte d'Isabelle Debien)

Gérard Authier

Miracle des loups 5 G. Authier et Bernard Génie.jpg

Gérard Authier, à droite

A ce moment, je suis au lycée Saint Stanislas, en cours ! Un groupe de jeune dont mon copain Bernard Génie décide d'aller toquer au bureau du Directeur, le Chanoine Louis Estagerie, un brave homme qui nous donne l'autorisation d'absence. Le 6 avril, nous nous trouvons devant le château Comtal pour la sélection. il valait mieux être soldat que seigneur ou paysan car le cachet journalier était plus élevé. Le 7 avril, je me retrouve dans le chemin de ronde déguisé en paysan à côté de Jean Marais qui se glissait au pied de la muraille pour une courte scène. Le lendemain j'étais costumé en seigneur placé dans la tribune du tournoi, le 9 était repos dominical et le 10, j'assistais à l'arrivée du Roi à Péronne, Louis XI joué par Jean-Louis Barrault (montée vers la porte d'Aude) Les autres jours mon copain Bernard et moi avions réussi à être sélectionné pour un rôle de soldat et nous avons assisté au tournoi appelé " jugement de Dieu" qui dura plusieurs jours pendant lesquels, nous étions quasiment au garde à vous durant toute la journée alignés le long du terrain. L'équipement était lourd mais c'était une belle expérience qui permit de voir de près, et évoluer de grands acteurs dans des scènes épiques où les nombreux trucages avaient beaucoup d'importance.

Miracle des loups 2.jpg
Le mardi 11 avril avait lieu à l'Odéon une soirée de gala au profit des vieillards avec la présence de Jean Marais, du préfet, du maire, enfin de toutes les autorités civiles militaires et religieuses, comme on disait à l'époque. Le film présenté en grand spectacle était la Princesse de Clèves qui venait de sortir à Paris et donc les deux acteurs principaux étaient Jean Marais et Marina Vlady. La grande salle de l'Odéon était comble. J'y assistais sans acquitter mon ticket d'entrée ! Savais-je déjà à 17 ans que les plus fortunés ne paieraient pas leur place et que l'argent récolté ne changerait guère le quotidien de nos miséreux vieillards ? Belle soirée où tout le gratin carcassonnais s'était donné rendez-vous, mais où personne ne partagea son manteau en deux pour le donner aux pauvres.
Vanités des vanités ... tout est vanité ! (Gérard Authier)

Antoine Espanol

tony1.jpg

Le jeune Antoine Espanol, plus connu aujourd'hui sous le pseudonyme d'Anton de Ciutad. Le "gafet" se tenait à côté de Jean Marais, pour immortaliser l'instant par une photographie.

Maryse Coquille

Maryse.jpg

Maryse Coquille et sa sœur Dominique avec Jean Marais.

Jacques Blanco

882705476.jpg

Au centre, Jacques Blanco. 

Parmi les 300 autres figurants, nous pourrons citer MM.Fredien, Guy Tissière, Villalba, Canis, Azizi, Sabatié. Combien en oublions-nous ? Si vous aussi vous avez été figurant dans ce film, transmettez vos anecdotes afin d'améliorer cet article. Les photos sont également les bienvenues.

Sources

Journaux Locaux

Isabelle Debien, Gérard Authier

L'envers du décor / Georges Savi

 ______________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

09/01/2018

Petits tripatouillages politiques à Carqueyrolles après la Libération

Nous savons par le témoignage de Lucien Roubaud, alors chef du Comité Régional de Libération, qu'un petit nombre de résistants intellectuels, fréquentant la chambre de Joë Bousquet s'étaient organisés afin de se distribuer les postes au moment de la Libération. Dans la Résistance audoise (Lucien Maury / 1980), Roubaud ne paraît pas tendre avec le creuset littéraire de la rue de Verdun.

299989195.jpg

Lucien Roubaud

"Existait aussi à Carcassonne un groupe de résistants qui se préoccupaient de choisir les hommes devant occuper les postes importants à la Libération. Je le sais, car un émissaire est venu me proposer le poste d'Inspecteur d'Académie. J'ai décliné cet honneur, Gilbert de Chambrun, alerté, est venu contacter ce groupe qui a refusé de faire autre chose que la propagande orale et la préparation de l'après-libération."

Cette réflexion doit être éclairée par un évènement survenu au début de l'été 1944. Le mot propagande prend ici tout son sens dans sa bouche. En effet, lors d'une réunion du Comité Régional de Libération, une vive altercation opposa Gilbert de Chambrun et Lucien Roubaud d'une part, à Henri Noguères et Francis Missa d'autre part. Ces derniers, membres du Parti Socialiste clandestin, souhaitaient faire de la propagande afin de placer les socialistes après-guerre au sein des futurs comités de libération. A contrario, Roubaud qui n'était d'aucun parti à cette époque, même s'il avait des sympathies pour le communisme, ne voulait pas entendre parler des socialistes. Il fallait d'abord libérer militairement la région. La commission des conflits du Conseil National de la Résistance fut saisie ; elle donna raison à Roubaud. La haine et la rancune fut si féroce que dans l'Histoire de la Résistance d'Henri Noguères (5 volumes), il n'y a pas une ligne sur Roubaud. Cherchez un nom de rue dans Carcassonne à celui qui, avec Albert Picolo - un autre oublié - organisa la Résistance dans notre ville. Vous n'en trouverez pas... Plus la Libération de l'Aude approcha et plus la politique d'avant-guerre reprit ses droits. Au sein des comités, on plaça les hommes pour remplacer les Vichystes à la tête des mairies, préfecture, Conseils départementaux, etc.  Charpentier, chef des parachutages de l'Aude, sera retrouvé mort entre Palaja et le Mas des cours le 6 septembre 1944. L'enquête conclura que le Résistant fut tué dans la clinique Delteil par le Dr Cannac. Lors du procès de ce meurtre, une partie des résistants Carcassonnais dira que Charpentier était un traitre ; l'autre partie, extérieure au département défendra la victime comme un authentique patriote. Or, Charpentier était un protégé d'Henri Noguères, dont il défendra la mémoire en se portant partie civile. La pauvre victime n'a t-elle pas fait les frais d'une vengeance sur fond de querelle politique ? Tout ceci mérite réflexion...

P1060164.jpg

© Médiathèque de Carcassonne

Joë Bousquet par Bernon

Revenons au groupe d'intellectuels dont parle Roubaud, désireux selon lui de se partager les postes. Le 28 décembre 1944, on apprend dans le Midi-Libre que le poète Joë Bousquet va devenir le président du Syndicat d'Initiative. Jusqu'à présent, le Dr Jean Girou occupait ces fonctions.

"Il faudra, dit J. Bousquet, lui assigner dès maintenant un but assez lointain. Ce but pourrait être de jeter les bases d'une société franco-anglaise. Ce ne sera pas une simple succursale de la société franco-anglaise de Paris. Cette société sera autonome et son but sera de faire coopérer les deux pays par le dedans, par l'âme même et non pas seulement par la tête. Carcassonne est le lieu rêvé pour la réalisation de tels projets. Il est difficile de trouver en France un lieu plus apte à faire séjourner des Anglais pendant un temps relativement long. Il pourrait s'établir une entente entre les hôteliers pour que cette publicité soit commune. Une deuxième conséquence d'un ordre différent serait de toujours servir le Syndicat d'Initiative pour favoriser l'échange scolaire des jeunes gens et jeunes filles entre l'Angleterre et la France. On pourrait chaque année envoyer quelques bons sujets aptes à profiter des voyages et de même nous recevrions en France des jeunes Anglais et jeunes Anglaises. Une troisième conséquence serait de ressusciter l'ancien bulletin du Syndicat d'Initiative, mais en élargissement grandement sa portée. On demanderait à d'excellents écrivains d'y apporter leur talent et nous pourrions ainsi donner à ce bulletin un intérêt international. Il serait possible également de s'adresser aux directeurs des revues anglaises, pour qu'ils nous fassent parvenir des livres édités en langue anglaise. Il se constituerait ainsi assez rapidement une précieuse bibliothèque. Enfin, pour assurer l'unité d'action de l'hôtellerie audoise, il serait nécessaire d'obtenir la création d'une fédération des hôteliers audoise."

3551196817.png

© Musée de Narbonne

Jean Girou

Si Bousquet prenait la tête du Syndicat d'Initiative, le Dr Girou devait-il en être alors exclu ? Les tripatouillages sur fond de querelles politiques et de règlements de comptes battaient leur plein. Nous n'avons pas trouvé, pour le moment, d'enquête du comité d'épuration concernant Jean Girou. Ce dernier restera président de l'ESSI (Syndicat d'Initiative de l'Aude) jusqu'en 1963, année où il on lui indiqua la sortie. Dans un courrier à René Nelli, il manifeste son amertume.

"Merci d'abord pour le témoignage d'amitié dans mon éviction scandaleuse de l'ESSI à Carcassonne menée par Sablayrolles avec la complicité de Drevet, Noubel et Bonnafous."

A la lumière de ces quelques réflexions, il appartient à chacun désormais de se faire une idée sur la vie politique Carcassonnaise, telle qu'elle fut menée depuis la Libération. 

Sources

ADA 11

Archives Nationales

Midi-Libre / 18.12.1944

__________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

07/01/2018

Où est donc passée la collection archéologique de Maurice Nogué ?

Voilà une nouvelle affaire à placer sans nul doute sur la longue liste de nos chers disparus... Au mois de juin 1952, Maurice Nogué fit don au Musée des beaux-arts de Carcassonne de sa grande collection archéologique. Au milieu des salles consacrées aux tableaux des peintres surréalistes provenant de chez Joë Bousquet, René Nelli avait installé dans sept vitrines les objets antiques de l'ancien avocat. Une carte des Pyrénées-Orientales, de l'Aude et de l'Hérault indiquait avec précision l'emplacement des stations ibériques de l'ère chrétienne. Les monnaies permettaient de constater que les Celtibères s'établissaient au bord de la mer et le long des routes fluviales. Le répertoire signalait les études publiées sur chaque emplacement ; les analyses en avaient été rédigées par les inventeurs des sites archéologiques.

Capture d’écran 2018-01-07 à 09.45.56.png

Poteries et anciens poids du Midi

 A côté de cette représentation schématique, figurait, en coupe, une station ibère type, telle que les travaux d'exploitation en révélèrent la structure. Les objets de fouilles, tessons de céramique ou poteries intactes, appartenaient à l'époque de Hallstatt et à l'époque de la Terre, premier et second âge du fer, avec des fibules en bronze, couches inférieures de la station. A un niveau intermédiaire reposaient les échantillons de céramique grecque à figures rouges. Les objets spécialement ibériques, de la fin du Ve siècle jusqu'aux approches de l'ère chrétienne, étaient des poteries et des figurines. On signalera, parmi elles, une espèce de guerrier en bronze inspiré de l'art étrusque. Enfin, au niveau supérieur, les poteries sigillées de la période gallo-romaine, signalaient la fin de la civilisation ibérique.

D'après les écrivains antiques, les premiers habitants dans nos régions furent les Ligures. On les situe dans la protohistoire et aux premiers âges du métal. Dès la fin du VIe siècle avant JC, début de l'époque de Tène, des peuplades ibériques venues de la péninsule hispanique, envahirent progressivement le sud de la Gaule en longeant les côtes pour s'arrêter au Rhône. Les premiers abris de ces peuplades furent retrouvés peu après la Libération. Ensérune et le Cayla de Mailhac en sont de précieux exemples. La civilisation ibérique a subsisté sous la domination des Galois qui vinrent s'établir chez nous 300 ans environ avant notre ère. Les nouveaux arrivants se divisèrent en tribus : Volques Arécomlques avec Nîmes pour capitale, Volques Tectosages autour de Toulouse. Les peuplades ibériques perdent leur autonomie. Lors de la fondation de la Province, en 118 avant J-C, elles vont disparaître.

Nos lointains ancêtres ont frappé des monnaies en bronze imitant les pièces grecques. Ces monnaies sont très rares. Dans deux des vitrines, Maurice Nogué exposait une cinquantaine de spécimens bien conservés émis par les Longostalètes, des environs de Narbonne, et les chefs de tribus Kaiantolos, Bitouios, restés des personnages mystérieux. L'histoire les identifia grâce à ces jetons de métal. Une rarissime petite pièce en argent peut être considérée comme la plus ancienne monnaie frappée en pays audois. On n'en connaît que seize exemplaires, dont quatorze proviennent de Montlaurès, colline située à 4 km de Narbonne. La date d'émission paraît être 400 ans avant J-C.

A côté de ces vestiges pré-romains, Maurice Nogué disposa dans trois vitrines, de beaux jetons du Languedoc ; une centaine à peu près, tous "fleur de coin". La notice rappelait que ces jetons apparurent sous le règne de Saint-Louis. Alignés dans une tablette, le "Comptoir" (l'albacus des anciens), ils étaient utilisés pour faire des calculs. Vers le milieu du XVe siècle, avec l'introduction des chiffres arabes, cet usage fut abandonné. On n'utilisa plus les jetons que pour récompenser les membres d'une administration, d'un Etat provincial. Les Stats du Languedoc, qui se réunissaient annuellement sous la présidence de l'archevêque de Narbonne pour fixer le chiffre et le mode de répartition des impôts, les firent frapper eux aussi des jetons en argent ou en cuivre. On voit un qui jeton rappelle la création du canal des Deux-Mers ; ceux qui ont été frappés à l'occasion de la publication de l'Histoire du Languedoc, monument d'érudition dû à Dom Devic et à Dom Vaissette ; les jetons qui commémorent l'achèvement de la statue équestre de Louis XIV, sise place du Pérou à Montpellier ; la construction du pont du Gard...

Dans une autre vitrine se trouvaient les poids du Midi. Les plus anciens remontant à l'an 1239 ; ils appartenaient à la cité de Toulouse. La plupart des villes d'origine romaine : Albi, Rodez, Carcassonne, Narbonne, la Cité et le Bourg avaient des poids distincts, portant des armoiries et des attributs différents. Dans la vitrine, le premier poids de Carcassonne, émis sous Saint-Louis, poids inédit, non mentionné dans les répertoires ; de même, le poids de fantaisie de Colbert. Des cartons les entouraient portant les blasons des villes.

Carcassonne,_Aude,_Musée_des_Beaux-Arts_(2).jpg

Où est passé l'ensemble de cette collection exceptionnelle ? Dans un coin poussiéreux des réserves du musée ? Ce serait un moindre mal, quand on sait que le bâtiment fut fermé une dizaine d'année après le départ de René Nelli et livré au quatre courant d'air. Il serait intéressant que du côté de l'administration et à la lecture de cet article, on veuille bien mener une petite enquête. Regrettons qu'une ville comme Carcassonne n'ait jamais possédé de musée archéologique. L'éminent Jean Guilaine pourrait nous éclairer sur la qualité de l'ensemble de la collection de Maurice Nogué.

_________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

10:45 Publié dans Patrimoine disparu | Tags : nogué | Lien permanent | Commentaires (2)

05/01/2018

Les débuts de Mistinguett à l'Alcazar de Carcassonne

A la fin du XIXe siècle, Carcassonne possédait encore plusieurs salles de Music-Hall. Dans le quartier du Palais de justice, on allait à la belle saison à l'Alcazar d'été - rue de Belfort - et à partir de l'automne, à l'Alcazar d'hiver. Cet établissement se trouvait sur l'actuel boulevard Jean Jaurès. Il fut transformé en cinéma "Le Boléro" puis dans les années 1990 en centre de contrôle technique pour les véhicules. C'est là que fit ses débuts en province, la jeune artiste Jeanne Florentine Bourgeois, connue plus tard sous le nom de Mistinguett.

mistinguett_01.jpg

Mistinguett

(1875-1956)

Le pseudonyme de Mistinguett proviendrait de la déformation du nom de l'héroïne de l'opérette "Miss Helyett" d'Edmond Audran. Vous avez sans doute oublié cette œuvre musicale du compositeur de Gilette de Narbonne, Le grand Mogol ou de la Mascotte. Pour cette dernière, nos anciens fredonnaient "J'aime mieux mes dindons, j'aime mieux mes moutons quand ils font leurs doux glou glou flou. Quand chacun fait bê bê bê." Mistinguett fit donc ses premières armes à Carcassonne à une époque où elle ne connaissait pas encore la célébrité. C'est cette anecdote que nous avons retranscrite d'un entretien que donna M. Esparseil en 1960 à la presse locale.

"Il y avait une autre dans le quartier du Palais de justice, derrière l’Alcazar de la mère Annou, que tous les vieux ont connu. Celui-ci est remplacé par le cinéma en face de la préfecture. Toujours au grand complet, il était fréquenté par la troupe et les sous-officiers de cavalerie.
C’est là que j’ai connu Mistinguet alors toute jeune. Elle y venait avec l’un de nos camarades, sous-off, comme nous, et elle était déjà très amusante, promesse de la grande carrière qui fut la sienne.
Notre camarade, qui ne l’avait pas vue depuis une vingtaine d’années, eu l’idée, pendant la guerre de 1914, posant à Paris en permission, d’aller la voir. Elle était en pleine gloire et dans toute sa splendeur. Il fut reçu à bras ouverts."

4186976741.png

L'Alcazar d'hiver, sur l'ancien boulevard de la préfecture

La grande salle de l'Alcazar d'hiver se trouvait 17, boulevard de la préfecture. M. Feuillat avait à coeur d'y  engager des artistes, considérés par la presse locale comme ayant fait les beaux jours des cabarets parisiens : comiques troupiers, chanteuses réalistes, danseuses exotiques, etc... Carcassonne étant une ville de garnison, il fallait émoustiller le militaire. Très souvent, les voisins se plaignaient de l'agitation et des nuisances sonores dans le quartier. Sans compter, les amendes infligées à la direction pour salle de jeu clandestine. Cette salle servira également pour les meetings politiques ; on y entendra le Dr Ferroul. Rien d'étonnant à cela puisque Jean Feuillat fait partie du conseil municipal, dirigé par le maire Antoine Durand.

f8c83dcf693731ced0e5898afeadf4d1--about-art-zig.jpg

La grande Mistinguett viendra ensuite à plusieurs reprises à Carcassonne au Théâtre municipal. Elle dormira même à l'Hôtel de la Cité en 1932. Parmi les grands succès de l'artiste : Ça c'est Paris !

Paris, c'est une blonde qui plaît à tout le monde...

https://www.youtube.com/watch?v=p2OxL7i_x_Y

__________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

02/01/2018

Les vœux de l'administrateur de "Musique et patrimoine de Carcassonne"

feu_dartifice-paul_palau.jpg

Chers lecteurs,

En cette nouvelle année, je formule des vœux pour vous et vos proches de bonne santé et de prospérité. Vous pourez toujours compter sur ma détermination pour faire avancer la recherche historique de notre ville. Ceci, malgré un petit nombre d'esprits chagrins et jaloux qui se complaisent à discréditer ce travail. Je terminerai en citant le poète Joë Bousquet, dans "Le médisant par bonté" :

"Les médisants ressemblent aux malheureux qui n'ont pas eu leur part d'événements et doivent mener aux dépens de leurs voisins une existence parasitaire."

En 2017, vous étiez près de 500 à suivre quotidiennement mes articles. Voilà une performance, comme la meilleure des réponses aux misérables fesse-mathieux, familiers des alcôves poussiéreuses de la ville.

Martial Andrieu