15/02/2018

Un mort qui ne l'était pas, sauf pour les services de l'Etat-civil

Voici une affaire qui n'est pas le fruit d'une usurpation d'identité à des fins malhonnêtes mais l'erreur de services administratifs. Aussi incroyable que cela puisse paraître, là où certains sont jugés pour "Phobie administrative" hantés par le sketch du percepteur de Raymond Devos, d'autres se retrouvent morts alors qu'ils n'ont jamais quitté ce bas monde. C'est en substance qui arriva à mon oncle Pierre Alay en 1961.

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A cette époque, Pierre Alay dirige un orchestre de bal dont la renommée dépasse le département de l'Aude. Fiancé depuis peu de temps, il envisage même dans les prochains mois de se marier. Sa sœur, qui  vit elle aussi à Carcassonne, reçoit les condoléances d'une collègue de travail. "Quelle tristesse de mourir si jeune", lui dit avec des mots de compassion cette connaissance. Comment, il est mort ? Ajoute, sa sœur fort surprise. Mais, je viens de le quitter voilà à peine une heure ! La rumeur enfle et se répand en ville, où le nom de Pierre Alay est connu. Un homme affirme même être allé à son enterrement !

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Titre de la presse locale

Pierre Alay n'est pas mort physiquement. C'est pire que cela ! Il l'est devenu administrativement. L'état-civil de la mairie de Carcassonne a rédigé un acte de décès, après que la ville de Toulouse a transféré pour une raison inconnue, un bulletin de transcription après décès à son nom. Comme Lazare dans son tombeau, il fallait bien que Pierre Alay ressuscitât. L'administration ne l'entendit pas de cette oreille et le pauvre trépassé dut prouver sa bonne foi. Ce ne fut pas avant six mois qu'il put espérer un jugement du tribunal lui rendant la vie. En attendant, il erra dans la ville comme un fantôme avec les âmes du purgatoire administratif. A 89 ans, ceux qui voulaient enterrer Pierre Alay sont morts avant lui. 

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