07/03/2018

À la recherche de la tuilerie disparue du Pont rouge...

 Dans ce paysage géologique du Carcassonnais, il n'est pas utile d'aller bien loin pour trouver des sols argileux de couleur rougeâtre. Au XIXe siècle, on ne compte plus le nombre de tuileries et briquèteries installées tout autour de la capitale audoise. Aussi, il nous a paru intéressant de tenter de reconstituer l'historique de l'une d'entre elles, à savoir la Tuilerie du Pont-rouge. 

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La tuilerie du Pont-rouge avant le carrefour de Bezons

Michel Féréol Brique (1919- 1900) - enfant abandonné à l'âge de quinze mois devant la porte de l'hôpital de Carcassonne - va devenir le patron de l'une des plus importante tuilerie du secteur. Il vit avec Marie Sabatier, son épouse, à Pennautier. De cette union, naîtront plusieurs enfants : Louis, Anna, Marie, Claire  et Bernard. Veuf de bonne heure, il se remariera avec Marthe Bonnave avec laquelle il finira sa vie.

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© Jacques Blanco

Cette tuilerie située sur la commune de Villemoustaussou existe déjà d'après le recensement de 1866. Elle est alors exploitée par la famille de Pierre Ormières. Il nous est permis de penser que Michel Brique a repris cette affaire entre 1866 et 1872, année où le recensement mentionne son nom pour la première fois à cet endroit. 

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© Jacques Blanco

 Le 5 juillet 1900, après la mort de Michel les biens sont en indivision entre ses trois fils. Les filles n’arrivaient qu’en seconde position sur l’ordre d’héritage. Une vente sur licitation des biens immobiliers (tuilerie et terres) a eu lieu. Retrouvé dans un article de presse de l'époque, l'inventaire des possessions de Michel Brique nous a renseigné sur l'importance de la tuilerie. Chez les Brique, les fils sont aussi tuiliers. Bernard travaille chez Fournial à Trèbes et Louis, aidait jusque-là son père.28279917_1701618549900066_3185766282133766144_o.jpg

La tuilerie vue depuis la rive du Canal du midi

 Il s'agit donc d'une maison d'habitation avec ses dépendances formant la Tuilerie dite du Pont Rouge. Faut-il voir dans l'origine du nom de Pont rouge, la couleur de la brique ? Cette hypothèse n'a jamais été avancée, mais elle prend au regard de notre article une sacrée tournure. La tuilerie comprennait : sols, fours à cuire les briques, puits avec pompe, hangars, cave et grenier à fourrage. A l'intérieur, le matériel est constitué par une machine à malaxeur, une machine à barrots, une charrette, deux tombereaux, un cheval, un rouleau en pierre avec trainoir, deux moules à tuiles et courbettes, deux battoirs pour briques, etc. La maison d'habitation est élevée d'un étage sur le rez-de-chaussée, constituée en tuiles à canal. Une vigne attenante contient 1200 souches environs ; l'ensemble forme une surface d'environs 13 ares, 70 centiares. La surface sera réduite de 9 ares puisque Michel Brique l'avait vendu à la compagnie des tramways à vapeur de l'Aude le 20 mars 1900. 

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© Jacques Blanco

Aspect de ce qu'il reste de la carrière de Saint-Pierre

La famille Brique possédait deux carrières, pour extraire la terre argileuse indispensable à la fabrication des briques et des tuiles. La première dite de Saint-Peyre ou Parrano, située à quelques 500 mètres du carrefour de Bezons en direction de Conques-sur-Orbiel, faisait 20 ares. La seconde, dite "Caye de Saint-Pierre", avait une contenance de 54 ares. Toutes les deux étaient à équidistance de la tuilerie et permettaient de l'approvisionner en terre assez rapidement.

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© Jacques Blanco

La carrière à la Caye de St-Pierre 

C’est le cadet des Brique qui bénéficia de la tuilerie. Louis Brique fit donc tourner la tuilerie avec son épouse Alexandrine née Auriol et ses enfants : Pierre et Achille. Ce dernier mourra en 1923 lors d’une opération militaire à l’âge de 21 ans (1902-1923). Pierre (1896-1978) marié avec Paule Gout (1900-1998) sera amputé du bras droit en 1915 lors des combats de la Grande guerre. Il ne poursuit pas la carrière de tuilier, il est employé. En 1950, il habite 14 rue Tourtel et est représentant en produits agricoles. En 1969, les bâtiments de l’ancienne tuilerie Brique du Pont rouge sont vendus.

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© Claude Marquié

On peut également penser que l'usine à deux pas de là, fut élevée avec les matériaux de la tuilerie Brique. La cheminée porte le millésime de l'année 1905.

 

La tuilerie de la route de Toulouse

Après avoir hérité de la tuilerie du Pont Rouge, Louis Brique fondera ou reprendra celle de Septours située route de Toulouse. L'annuaire de 1904 mentionne la tuilerie Brique au n°10. C'est à cette époque les premiers bâtiments en entrant dans Carcassonne.

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Bâtiments de la tuilerie Brique vus du ciel en 1954

Rasée dans les années 80, la tuilerie occupait les terrains à l'arrière de l'actuelle pharmacie Baldy. Ci-dessus, on aperçoit les bâtiments en forme de T, un peu en arrière de la route.

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© Jacques Blanco

Sur le terrain, il ne reste que peu de vestiges. L'emplacement probable d'une cheminée avec les traces de la fumée sur les briques, par exemple.

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© IGN

La carrière d'où était extraite la terre d'argile se trouvait à l'actuel n°11 de la rue Mozart. Sur la photo ci-dessus, c'est cette espèce de tache blanche en bas. D'après M. Satgé du domaine d'Alibert, elle fut ensuite régulièrement comblée avec des déchets et servit de dépotoir. Dans la tuilerie, les pain d'argile arrivait sur un tapis roulant, étaient ensuite tranchés. L'ouvrier leur donnait la forme de la tuile directement sur la cuisse.

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Dans les années 1935, Louis Brique vendit son affaire à Louis Blaché. Ce fut la "Tuilerie du Méridien". Pendant trois ans, il édifia une maison témoin avec les briques de son usine. Nous la voyons ci-dessus ; elle fait le bonheur actuellement d'une pizzeria.

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© Coll. Martial Andrieu

Louis Blaché qui avait choisi le mauvais côté durant l'Occupation allemande, ne revint à Carcassonne qu'après 1951. Sa tuilerie perdura pendant ce temps. Il ne reste désormais plus que son ancienne habitation. 

Sources

Huile coude et Gasoil

Relations de terrain

Recensements de Villemoustaussou

Presse locale de 1900

Etat-civil de Villemoustaussou et Arzens

À partir de presque rien, on peut arriver tout de même à réaliser des miracles... Comment ? En combinant la science du terrain et les rapports avec les habitants, avec la recherche historique et généalogique depuis son ordinateur. C'est ce travail que nous avons mené Jacques Blanco et moi-même, chacun de notre côté mais avec complémentarité.

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