23/06/2018

Les commerces de la place Carnot en 1904 et aujourd'hui

Aujourd'hui tout le monde se presse afin d'acquérir un local commercial sur la place Carnot, dans le but de le transformer en café ou en restaurant. Dans quelques années, on peut légitiment penser qu'il n'y aura que cela ; déjà se pose le problème de l'emplacement des terrasses. Les commerces de détail migrent vers la périphérie, les habitants et les administrations également. La Bastide ne sera t-elle qu'un lieu touristique l'été, essentiellement concentré autour de cette place ? Il faut peut-être se préparer à ce changement total des habitudes de consommations. En un peu plus de cent ans, le paysage des échoppes et surtout leur diversité s'est largement modifié. C'est ce que nous voulons démontrer avec ce retour en arrière... Adieu les bouchers, charcutiers, épiciers, droguistes, chapeliers, chemisiers. Les agences bancaires leur emboitent déjà le pas.

Le comptoir National d'Escompte

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A l'angle de la rue de la gare et de la place Carnot, c'est aujourd'hui l'agence du Crédit Lyonnais. 

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J. Chrestia, bijouterie

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C'est la même famille que celle de Vincent Millet, dont le magasin d'horlogerie était situé juste à côté. Il semble que l'immeuble a été refait depuis ; il accueille actuellement le chocolatier Thuries.

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Il prend l'emplacement des anciennes deux boutiques 

Négre (Boucher) et A. Vidal (Charcutier)

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Aujourd'hui, le Bastid'Café et l'ancien Top Annonces

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Lordat-Cassignol, magasin de nouveautés

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Aujourd'hui, magasin New-Man

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Au bon marché

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Le bistrot Florian

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Almayrac-Canavy, vêtements

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Le café "Le longchamp" et les nougats Bor

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Boucherie Camelière

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Aujourd'hui, Tabou

Paris-Carcassonne, nouveautés

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Carrefour-market

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Séverac, lingerie

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Bleu-marine

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Selva, chapelier

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Café-restaurant "Le Saint-Roch"

Raynaud (Papiers peints) et Izard (Imprimeur)

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L'imprimerie commerciale Izard-Puel avait été fondée en 1829. C'est aujourd'hui le Picnic Café

Le Comptoir National

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Il s'agissait du café Béteille passant ensuite à la famille Sarta. Aujourd'hui, c'est toujours un café "le Carnot"

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Henri Mancini, Chapelier 

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Le café "Chez Félix" depuis 1948

Pharmacie Osmin Sarcos

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Le Café Julien Not

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Aujourd'hui, l'agence du Crédit Agricole

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Cordonnerie Bellan

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Angle de la rue de la gare et place Carnot. Aujourd'hui, agence de la B.N.P 

La Société Générale 

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A-G Olivet, chemisier

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Aujourd'hui, John's club

Eugène Blain, Chapelier

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Aujourd'hui, café "Le petit Moka"

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Salles, librairie

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Aujourd'hui, Briocherie Arpin

Arnal, droguerie

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Aujourd'hui, la pharmacie Carnot

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Frayssinet, chemiserie

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Aujourd'hui, parfumerie Beauty Success

Sources

Photos et recherches / Martial Andrieu

Google maps

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22/06/2018

Francis Vals (1910-1974), un vrai socialiste au service de l'intérêt des modestes

C'est dans ce pays de littoral audois baigné par le soleil et très souvent balayé par le vent marin, que naît Francis Vals ce 9 novembre 1910 à Leucate. La terre qu'en d'autres régions de France on a coutume de qualifier de nourricière, ici n'est tout juste bonne qu'à faire pousser la vigne, entre le chiendent et le chardon. Les gens vivent de peu de choses ; femmes et enfants "rasclan la terra". Quand le chef de famille casse sa pipe avant l'heure, un sort terrible s'abat sur l'ensemble du foyer laissant totalement démunies ces pauvres mères, aux mains déjà meurtries. Quand elles les ouvrent c'est pour embrasser avec cœur, pas pour présenter avec ostentation l'argent que d'autres conservent entre leurs doigts. Ces gros propriétaires viticoles ou négociants attablés les jours de foire devant le café du commerce, sur les quais de la Robine. Que seraient-ils ces messieurs, sans les pauvres familles qu'ils exploitent et auxquelles ils font parfois de très charitables attentions ? Compromis à trahir la patrie sous l'Occupation en faisant des affaires avec le Reich, pendant que les enfants de leurs ouvriers versaient le sang de la vigne dans les maquis ! Francis Vals l'enfant pauvre, orphelin de père, instituteur, résistant et député de la Nation. 

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Francis Vals

Malgré la perte de son père à l'âge de 12 ans, le jeune Vals poursuit ses études grâce au courage de sa mère. Après son Certificat d'études primaires, le cours complémentaire Cité à Narbonne, il entre à l'Ecole normale de Carcassonne et devient instituteur en 1929. Il obtient son premier poste dans une commune d'une centaine d'âmes, située au fin fond du département : Saint-Louis et Parahou. Après quoi, il sera envoyé successivement au Somail, Castanviels, Sigean et Leucate.

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F. Vals (à droite) à côté de Ponsaille, au R.C Narbonne

Francis Vals sera l'une des gloires sportives de Narbonne, deux fois finaliste du championnat de France 1933 et 1934 avec le Racing Club Narbonnais. En 1936, il marque l'un des deux essais de la finale contre Montferrand. Remarquable athlète, il jouait au poste de 3/4 aile et son punch dans les 22 mètres adverses, était aussi célèbre que le béret qu'il portait pendant la rencontre. 

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Francis Vals milite au sein de la S.F.I.O depuis 1927 et ses idées son progressistes. Lorsque le maréchal Pétain arrive au pouvoir en 1940, le gouvernement de Vichy fait la chasse à tous ceux qui s'opposent à sa politique. L'instituteur Vals est déplacé d'office, comme beaucoup d'autres enseignants dont Georges Guille dont nous reparlerons. Il se retrouve à Villeneuve-lès-Montréal dans le Lauragais, ce qui lui permet tout de même de mener une activité résistante, comme chef du Mouvement de Libération Nationale. Pour l'anecdote, Jean Bringer se rendait avant son arrestation à une réunion où l'attendait Francis Vals dans un café proche de la gare de Carcassonne. Dans les derniers mois précédent la Libération, Vals logeait dans la capitale audoise, 19 rue de Verdun. C'est là que s'organisa ensuite le Comité Départemental de Libération dont il sera le président dès septembre 1944. 

Antoine Courrière en 1974

Un coup de tonnerre dans un ciel serein, un immense vide, tout un passé qui disparaît. Francis est mort. Dans un pareil drame ce n'est pas la froide mécanique des dissertations qui l'emporte, c'est le langage du cœur, de l'amitié et de l'affection. Qu'était Francis ? Trop compliqué pour le dire dans un moment d'intense désarroi. C'est l'être le plus aimable, le plus accueillant, le lutteur de tous les instants, l'homme de parti, le combattant de la Résistance, le conseiller aimé et estimé de tout ce que le Narbonnais viticole qu'il a tant défendu avec acharnement, connaissait bien. C'était le fonceur, le lutteur qui ne desserrait pas sa prise. c'était l'homme de l'essai victorieux de la grande finale du Racing. C'était celui qui dans la Résistance bravait l'adversaire et le combattait sans merci.

Je garderai le souvenir de cette journée du 18 août 1944 commencée avec Lucien Milhau "Chez Louis", au "Café du Commerce", poursuivie au restaurant la "Grillade" à Carcassonne. Pourquoi "La grillade" ? Parce que bien des membres de la Gestapo y mangeaient et qu'il voulait les narguer. Entourés de vert-de-gris, placés sous les tableaux d'Hitler et de Gœring, fusillés du regard par des hommes inquiets qui se demandaient qui nous étions. Vals était calme et placide. Il était heureux. L'après-midi il allait donner son congé au préfet de Pétain. Le soir c'était Baudrigues et le lendemain Carcassonne. 

Il était pour moi fidèle dans ses affections. Je le lui rendais bien. C'est un être irremplaçable qui disparaît. C'est une perte immense pour moi-même et pour le parti. c'est sa veuve et sa fille un vide irréparable. c'est pour nous tous la consternation et le deuil.

Abbé Albert Gau

J'ai rarement approché un homme d'une loyauté et d'une intégrité aussi parfaites. Il n'était pas baptisé, je suis prêtre, mais rien ne nous a séparés depuis la Résistance, tellement il défendait avec conviction son idéal au service de toutes les victimes de l'injustice sans distinction de partis. Sa façon parfois rude de défendre la vérité et le droit cachait une immense bonté et une grande compréhension des autres. Je l'ai particulièrement admiré sur ce point. Je ne connais guère de personnes qui aient pardonné avec autant de générosité ceux-là même qui avaient trahi son amitié. L'avènement d'un socialisme adapté au tempérament français espérance : il le voyait venir lentement à travers des crises et des combats difficiles. Il était taillé pour ces combats parce qu'il portait en lui toutes les espérances des masses populaires.

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© Assemblée nationale

 En plaçant Georges Guille au sein du Comité de Libération, Vals prépare la prise du pouvoir politique des socialistes dans l'Aude au détriment des Radicaux, compromis avec Vichy. Là où la S.F.I.O ne détenait que trois cantons en 1936, elle en empoche presque la totalité aux élections de 1945. C'est l'œuvre de Guille avec sa propagande, ses réunions et ses jeunes militants. Vals devient Conseil général de Sigean, élu avec 44,3% des voix au premier tour et prend la présidence de l'assemblée départementale entre 1949 et 1951. Il cède ensuite sa place à Guille lorsqu'il devient député de l'Aude après avoir fait campagne avec lui sur les thématiques de l'anti-communisme : "La République est en danger", "Le Communisme stalinien fait la guerre à la démocratie". Parmi les prises de positions à l'Assemblée nationale, il y a en 1955 le refus de l'instauration de l'état d'urgence pour régler le problème algérien. Il ratifie le traité de Rome en juillet 1957 fondant la future C.E.E. Le 13 mai 1958, il soutient le gouvernement Pfimlin et refuse avec 46 autres socialistes d'investir de Gaulle et de lui accorder les pleins pouvoirs. La même année, l'instituteur de Leucate entre au parlement européen et préside le groupe socialiste au sein de la commission agriculture, développement et coopération.

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Francis Vals restera maire de Narbonne de 1959 à 1971. Il est battu par une liste "apolitique" conduite par Hubert Mouly, de 354 voix seulement.

"Dans la salle de la mairie, Francis Vals, la maire socialiste sortant, eut néanmoins le courage et l'infinie fierté de monter avec classse sur une table pour annoncer lui-même sa défaite. Sitôt redescendu de son triste pavois, écoeuré, il enjoignit son chauffeur Arino de le reconduire à la maison. Hélas, celui-ci, en bon fonctionnaire, était déjà depuis quelques minutes le chauffeur d'Hubert Mouly ! Francis Vals rentra donc à pied...Les hommes politiques sont si humains quand ils tombent. (Extrait de "Si je vous disais tout" / J-L Soulié)

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Le 27 juin 1974, Francis Vals succombe à une crise cardiaque dans sa chambre d'hôtel au Luxembourg. Il était en séance plénière de l'Assemblée des neuf. Sa dépouille mortelle sera rapatriée par un DC 3 à l'aéroport de Perpignan avant d'être inhumée dans son village de Leucate. A Narbonne, un gymnase porte son nom en mémoire de son passé sportif. A Port-la-Nouvelle, le Centre hospitalier. Enfin, à Leucate, une avenue se souvient de l'enfant de la commune. Grâce au fonds d'archives qu'il a légué aux Archives départementales de l'Aude, nous pouvons étudier les dossiers de la Libération de l'Aude.

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21/06/2018

Osmin Nogué (1865-1942), avocat et chansonnier

Osmin Nogué naît à Carcassonne le 6 novembre 1865 d'un père, employé aux lignes télégraphiques, originaire de Tarbes. L'intelligence du jeune Nogué se fait très vite remarquer de ses professeurs, notamment au lycée de garçons de la ville où il se distingue comme un brillant élève. Après ses études de droit et un exil momentané à Paris, l'avocat revient à Carcassonne et s'installe 59, boulevard du musée. C'est aujourd'hui, le boulevard Camille Pelletan.

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Osmin Nogué

Nogué se rapproche des milieux radicaux-socialistes et épouse le 2 octobre 1894, la fille du maire de Carcassonne Omer Sarraut. De cette union avec Jeanne Sarraut (1876-1963), naîtront trois enfants : Cécile Nogué (1895-1981), Yvonne Nogué (1899-1909) et Maurice Nogué (1904-1994). Le grand malheur du couple sera la perte tragique et brutale de leur fille Yvonne, décédée à l'âge de dix ans d'une phlébite orbitaire.

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Osmin Nogué en représentation théâtrale

L'avocat participe à la vie de nombreuses associations culturelles... Dans la Compagnie d'Art dramatique l'Athénée, il est au Comité d'honneur. A la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude, il est membre depuis juillet 1897 grâce à Marius Robert et Jean Philibert. Son action humanitaire se fait remarquer au sein de la Commission des hospices, où chacun loue les bienfaits de Monsieur le Vice-Président.

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Cet homme, oublié de nos jours, restera bâtonnier au Tribunal de 1er instance de Carcassonne de 1908 à 1909 et de 1935 à 1936. Quatre mandats au cours desquels, il s'assura le respect de l'ensemble de ses confrères. Lorsque l'on a une telle position dans la vie sociale et civile, on peut qu'être attirer par la politique surtout avec de fortes idées républicaines. Adversaire résolu de Gaston Faucilhon, adjoint de Sauzède puis maire de Carcassonne, Nogué fait entendre sa voix comme conseiller municipal. En vérité c'est politiquement un sympathisant du radicalisme, incarné par les Sarraut. Il dirige même à Carcassonne "La dépêche de Toulouse" et représente le syndicat des journalistes.

En 1924, son beau-frère Maurice Sarraut lui fait obtenir la légion d'honneur ; il sera élevé au grade d'officier en 1938 et choisira son confrère Henri Malric pour sa réception. Osmin Nogué restera tout de même neuf années de 1919 à 1928, conseiller général du canton ouest. Ne souhaitant pas se représenter devant les électeurs, Albert Tomey prendra son siège en 1928.

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Sous le pseudonyme de Jacques Aubin, Nogué fait publier en 1922 sous la forme de chroniques de la société Carcassonnaise, un livre imprimé chez Gabelle. Les illustrations sont du caricaturiste Dantoine et le texte est assez savoureux. Il dépeint les méandres d'une ville à l'hygiène douteuse et aux mœurs incarnées par des personnages d'une exaltante typicité.

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La prieuvre

Quand sur le boulevard le noble Barreau passe,

Serviette sous le bras et le front soucieux,

Il ne se doute pas qu'il est suivi des yeux

Par un monstre tapi dans son antre rapace

Le Fisc sombre pieuvre à l'appétit puissant,

Le Fisc aux mille bras tapissés de ventouses

Dont les hydres de mer se montreraient jalouses, 

Le guette pour l'étreindre et lui sucer le sang.

 

Barreau te reposant sur d'anciens privilèges,

Tu te croyais naïf, protégé contre lui,

Tu vivais sans soucis, mais qui peut aujourd'hui

Du succube goulu fuir traquenards et pièges ?

Barreau, plein de savoir mais de candeur pétri,

Tu tombes à ton tour dans les filets perfides

De l'odieux calmar aux suçoirs myriafides

Et te voici couché, pâle et le front meurtri !

 

Mengué, le rabatteur du monstre enflé de lucre,

T'a poussé doucement vers le gouffre profond

Où notre humanité se liquéfie et fond,

Comme un café brûlant voit fondre un grain de sucre.

Aspirés par la bouche avide de l'impôt

Tu vois tes fiers enfants, infortunés confrères,

Dans la poche du fisc verser leurs honoraires,

Pauvres, exsangues, nus, les os trouant la peau.

 

Mais tout ceci n'est qu'une image

Rien qu'une image en vérité,

Vite à présent tournons la page

Et voyons la réalité.

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La tombe de la famille Nogué, cimetière St-Vincent

 

Sources

Recherches, synthèse et rédaction / Martial Andrieu

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19/06/2018

La nouvelle région Occitanie, un vieux rêve Pétainiste de 78 ans ?

Lorsqu'on étudie avec attention les archives du gouvernement de Vichy, on s'aperçoit d'une chose assez troublante... Les félibres et autres défenseurs de la culture occitane s'étaient presque tous rangés dès 1940 derrière l'étendard de Philippe Pétain, maréchal de France. Dans l'Aude, ils prirent même une place de choix au sein des conseils municipaux nommés par Vichy. La révocation des maires républicains ayant refusé de prêter allégeance à Pétain, suffit à satisfaire les nostalgiques des anciennes provinces de l'Ancien Régime. Il souffla du côté de l'Etat-Français comme un esprit de revanche contre une Révolution française, responsable de tous les maux du pays. Alors, sur son passage, on applaudit à tout rompre ce vieillard avec sa Révolution nationale accrochée au cœur. Il incarnerait, paraît-il, la renaissance de l'idéal de nos provinces d'autrefois avec leurs langues et leurs beaux pâturages. Comme l'écrivit Jean Cassou, l'Occitanie devint : "Ce petit royaume pétainiste avec ses saluts aux couleurs et ses allumages de flamme." Pas si étonnant que la classe politique majoritairement Radical-socialiste dans l'Aude, soutienne les vertus du maréchal au moins jusqu'en 1942.

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Les provinces de France en 1788

D'où vient, me direz-vous, cet amour soudain des Occitanistes pour Philippe Pétain ? En vérité, il est moins le fruit d'un concours de circonstances politiques, que d'une filiation dans laquelle les deux parties trouvèrent les alliés. Qui sont-ils ? Charles Maurras et Frédéric Mistral ! Charles Maurras, doctrinaire du mouvement "La ligue d'Action Française" créée en 1905, préconisait le retour à la monarchie héréditaire et au catholicisme. Il concevait une décentralisation inspirée de l'Ancien Régime, laissant aux corporations, aux villes et aux régions la possibilité de s'administrer elles-mêmes. Rêve également de la Grande Europe du IIIe Reich qui planifiera tout cela... Antiparlementaire, Maurras écrivit que "le député reçoit de ses électeurs un mandat d'entrepreneur de crises ministérielles". Autrement dit, il ne sert à rien. Aujourd'hui encore les actuels pourfendeurs idéologiques du parlementarisme, inondent les réseaux sociaux de slogans (fake news) dénonçant les supposés fainéants de l'Assemblée nationale, grassement rémunérés et forcément inutiles. Sur ce point et tant d'autres, le régime de Vichy s'était aligné sur les positions de Maurras, c'est-à-dire le culte du chef plutôt que la démocratie parlementaire. Citons-le tout de même : "La démocratie c'est le mal, c'est la mort." Avec Léon Daudet, Maurras fonde en 1908 "l'Action Française" et s'attire les faveurs de tous les penseurs de l'extrême-droite française. En vérité, le talent littéraire et journalistique de ces deux réactionnaires a plus éloigné par sa virulence les sympathisants, qu'ils ne les a rapprochés. Aussi, l'emprise maurassienne se trouva t-elle réduite en Occitanie à la partie orientale du Languedoc avec un centre de force à Marseille. Dans le département de l'Aude, l'influence de Maurras fut bien ancrée dans les vieilles familles de propriétaires vignerons. En 1937, le journaliste sera même reçu à la table d'un comte - Président local de l'Action Française - dans un très beau château près de Carcassonne. Cette influence se retrouvait dans l'admiration que tous portèrent à Frédéric Mistral. L'idéologue du "nationalisme intégral" vouait un culte au félibre majoral et écrivit lui-même en languedocien. Lorsque le maréchal Pétain adressa son message à la veuve Mistral qui vivait retirée à Maillane, Maurras écrivit dans le Petit Marseillais : "Or, je vous prie de me dire si un seul chef d'état français a pris garde à cette haute vertu du mistralisme." Dans un autre texte de Maurras, on lit ceci : "La France réduite à l'Occitanie est placée sous le patronage lumineux... de notre Mistral".

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Le gouvernement de Vichy tentera d'ailleurs, à travers deux lois en 41 et 42, d’introduire pour la première fois l'enseignement des langues régionales à l'école (Breton et Occitan). Pétain entérina une recomposition territoriale régionale par la publication du décret du 30 juin 1941 attribuant à certains préfets les pouvoirs des préfets régionaux et portant division du territoire pour l'exercice de ces pouvoirs portant application de la loi du 19 avril 1941 réorganisant certaines anciennes provinces de France en groupant des départements entre eux. Toute cette politique sera source d'espoirs pour les occitanistes réclamant davantage d'autonomie. Elle sera désavouée à la Libération par le gouvernement provisoire de la République.

"La population du Midi ne constatait pas sans quelque satisfaction que les limites de France "non occupée" coïncidaient avec celle de son propre domaine. En tout cas, quiconque a séjourné en "zone non-occupée", ne fût-ce que quelques semaines, n'a pas pu ne pas être frappé par la fierté qu'éprouvaient les méridionaux à l'idée qu'ils constituaient à eux seuls ou presque, la France inviolée et, à l'idée que le gouvernement se trouvait désormais en Auvergne et non à Paris." (Paul Sérant / La France des minorités)

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14/06/2018

Des erreurs et des oublis sur le nouveau Monument aux morts, parvis de la Cathédrale

Au mois de février dernier, les autorités municipales et nationales inauguraient le nouveau parvis de la cathédrale Saint-Michel. On constatait que le monument des enfants de Carcassonne morts pour la patrie réalisé en 1919 avait été déposé. Sur le nouveau monument on retrouve les soldats de la Première guerre mondiale, de la Seconde guerre mondiale avec ses victimes civiles, d'Indochine et d'Afrique du Nord. Or, en se penchant dans le détail sur cette longue liste, on s'aperçoit au moins d'un oubli de taille.

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© Ville de Carcassonne

La ville de Carcassonne à ses enfants, morts pour la patrie

Le nom du jeune Résistant Marceau Perrutel (1908-1944) ne figure pas dans la liste. Né à Castelnaudary, mais ayant toute sa famille à Carcassonne et encore aujourd'hui, il fut assassiné par la Gestapo. Une rue dans le quartier des Capucins porte même son nom... On pourrait se dire, c'est peut-être parce qu'il n'était pas né dans la capitale audoise. Certes, mais alors pourquoi y trouverait-on Jean Bringer et Aimé Ramond qui l'un et l'autre sont nés respectivement à Vincennes (94) et à Montgeard (31) ? 

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Le nom de Marceau Perrutel est absent

Ci-dessus, on remarque le nom de Pheloup Roger dans la liste des victimes de 39-45. Or, il s'agit très probablement de Pheloup Robert, mort en août 1951 à Dong Khé Cao Bang (Tonkin) durant la guerre d'Indochine. Son décès est bien enregistré à Carcassonne. Notons qu'il ne figure pas dans la liste du monument des morts d'Indochine. Non seulement le prénom est inexact, mais l'emplacement est erroné.  

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© Ville de Carcassonne

Le nouveau parvis

Je n'ai révélé que ces deux cas, mais il serait souhaitable de vérifier sérieusement l'ensemble du panneau. J'ignore si cette vérification a été exécutée sous les auspices du Souvenir français, avant la réalisation du monument. Il est tout de même impensable que de tels oublis se produisent, compte tenu du coût important des travaux financés majoritairement par l'état. Sans compter que le système d'alimentation en eau ne fonctionne toujours pas, pour alimenter le bassin et l'arrosage des plantations.

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13/06/2018

Histoire de l'ancienne clinique Cathala, avenue F. Roosevelt

A Carcassonne, on a semble t-il l'art et la manière d'enlaidir ou de détruire les bâtiments anciens. Le Carcassonnais qui emprunte chaque jour l'avenue Roosevelt - anciennement route de Toulouse - se souvient-il qu'il y a avait à côté de feu la "Villa de la Gestapo", la clinique Cathala ? Tout ce quartier construit au XIXe siècle possédait des demeures bourgeoises que petit à petit l'on fait disparaître. Les architectes de chez Légo s'en donnent à cœur joie...

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L'immeuble cachant la clinique Cathala

Cet immeuble du plus bel effet fut construit au milieu des années 1980, sur l'emprise du parc de la clinique Cathala. Où est donc passé le bâtiment ancien ? Il n'a pas été détruit, mais il est masqué et se trouve derrière l'emplâtre bétonné.

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Ainsi qu'on le voit sur ce cliché aérien, le bâtiment de la clinique se trouve au centre des structures modernes. L'une donne sur la voie ferrée, l'autre sur l'avenue Roosevelt.

Un peu d'histoire...

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© Dr Robinet

La clinique Cathala dans les années 1970

En 1922, Maurice Cathala fait l'acquisition de l'ancienne propriété de Napoléon Jacques Alexandre Salières-Roumens. L'année suivante, il ouvre à cet endroit une clinique - le Dr Delteil en fait de même dans le centre-ville de Carcassonne. Une extension est réalisée dans les années 1930, puis le docteur décède en 1947. Plusieurs médecins se succèderont avant que Charles Cathala ne reprennent en 1956 la direction, laissée vacante suite au décès de son père. Destin tragique que celui de la famille Cathala ! Charles et son épouse Marie se tuent au volant de leur véhicule en 1963.

"Le Dr Cathala était l'une des personnalités les plus marquantes de Carcassonne. Il avait fait ses études au lycée de la ville, puis à la Faculté de médecine de Montpellier. Après avoir été interne des hôpitaux d'Avignon, il prit la direction il y a environ quatre ans de la clinique créée par son père. En octobre 1962, il s'était adjoint le docteur Robinet, chirurgien. Il laisse le souvenir d'un praticien de talent et d'un homme de cœur qui ne savait rien refuser et que sa clientèle tenait en grande estime. Il laisse trois enfants : Pierre (7 ans), Sophie (4 ans) et Henri (2 ans). La porsche qui roulait à vive allure en direction de Béziers  a raté un virage sur la N610 à la hauteur du village de Tourouzelle dans la commune de La Redorte."(Extrait du Midi-Libre - 19.04.1963)

Cette maison de maître était occupé au rez-de-chaussée par la famille Cathala ; les premiers et seconds étages avaient été aménagés pour le chambre de la clinique. Sur le devant - précisément où se trouve la résidence en béton - un parc arboré avec un massif floral en son centre faisait office de rond-point pour la circulation des véhicules entrant et sortant de l'établissement. En 1962, une extension des bâtiments permit la réalisation d'un bloc opératoire complet ; la clinique compta jusqu'à 40 chambres. A cette époque, Carcassonne possédait 4 cliniques : Héran, Delteil, Saint-Vincent et donc Cathala. Six mois avant le tragique accident, Charles Cathala s'était associé avec Jacques Robinet. Ce dernier dut prendre ensuite la direction de l'établissement jusqu'en 1980, date à laquelle il intégra l'hôpital Antoine Gayraud. La clinique Cathala ferma l'année suivante et fut vendue par les trois enfants de Charles Cathala. Destin tragique également pour deux d'entre-eux : Pierre décéda à Toulouse à l'âge de 39 ans en faisant son jogging, Sophie à l'âge de 40 ans dans un accident de moto. Seul le dernier est encore pilote d'hélicoptère aux Etats-Unis.

Sources

H. Alaux

Merci à Jacques Robinet

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