27/08/2015

Quand Jöe Bousquet tenta de sauver la Cité de la destruction

Une folle rumeur circula après la Libération de Carcassonne selon laquelle les Allemands auraient miné la Cité en 1944 dans le but de la faire exploser au moment de leur départ. Depuis novembre 1942, la vieille dame de pierre servait de Quartier général à l'État-major allemand. Nous n'avons jamais pu vérifier encore dans les archives si Carcassonne était en passe de brûler comme Paris, en revanche plusieurs démarches ont été menées par divers érudits pour éviter cette possible destruction. L'article ci-dessous vous renseignera davantage.

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La Wehrmacht n'avait-elle pas rasé Varsovie, Lidice et tant d'autres villes à l'est de l'Europe sans aucun respect pour l'histoire des civilisations ? En cela, voyez que le nouveau nazisme nommé "Daesh" n'a rien inventé. De l'idéologie fanatique du nazisme du XXe siècle, nous passons aux fanatismes religieux en ce début du XXIe siècle.

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© Maison des mémoires / Centre J. Bousquet

Le poète Jöe Bousquet écrit un lettre, adressée au préfet de l'Aude le 3 avril 1944, dans laquelle il lui demande de sauver la Cité médiévale. Ce courrier, je l'ai découvert dans un dossier aux Archives départementales de l'Aude.

Au nom de mes compatriotes et amis je sollicite, Monsieur le Préfet, de votre haute bienveillance des démarches immédiates en vue d'obtenir que Carcassonne soit déclarée ville ouverte.

La ville la plus ancienne de France et la seule dont la restauration ait constitué un fait mondial est le patrimoine commun de tous les grands pays belligérants. les archéologues et historiens allemands n'ont que l'exemple de notre Cité pour étayer leurs thèmes sur la construction wisigothe et leurs études sur ce point ont devancé et éclairé les nôtres. Les Anglais ont porté un grand intérêt à toutes les commémorations dont la Cité a été l'objet. Les Américains ont pris eux mêmes des initiatives dans ce sens et leur presse a célébré le bi-millénaire de Carcassonne.

Toutes ces grandes nations se sont montrées déjà accessibles à des demandes comme la nôtre et il nous appartient de solliciter sans hésitation la grâce d'une ville si digne de l'obtenir. Elle est la seule qu'il suffise de nommer pour que la requête paraisse naturelle - et opportune, quand l'occupant, qui n'a à connaître que son devoir militaire, s'apprête à restituer à son rôle historique la ville qui était entrée vivante dans l'histoire. Mais comme tous les belligérants qui savent notre cas hors de pair, ils n'attendent peut-être que notre initiative pour laisser à Carcassonne son caractère éternel et respecter en elle un trésor européen.

Joë Bousquet

Commandeur de la Légion d'honneur

Médaillé militaire

Croix de guerre.

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25/08/2015

Taratata fête la musique à Carcassonne en juin 1993

Nous étions tous... à un détail près : plusieurs heures de queue devant le Syndicat d'Initiatives pour obtenir le fameux sésame et seulement quelques invitations disponibles pour les jeunes Carcassonnais, non privilégiés. Des élus qui passent devant tout le monde et ressortent avec des invitations pour leurs amis et leurs familles, pendant que d'autres attendent et ne récoltent que des miettes, cela ne se fait pas. Si à Carcassonne... Eh ! oui, les temps n'ont pas changé depuis. Mis à part cette fâcheuse polémique, le ciel était bleu au-dessus de Carcassonne en ce début d'été 1993 et promettait d'offrir aux 2500 chanceux ayant pris place dans le Grand théâtre de la Cité, un moment inoubliable.

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Pour la première fois, la fête de la musique diffusée sur France 2 s'exportait en province. Nagui, qui dit-on avait une amourette du côté de Caunes-Minervois, connaissait un peu Carcassonne et avait choisi sa Cité avec ses vieilles rues ; elle représentait l'âme des villages de France. En dehors du théâtre des lieux comme la place Marcou ou le parvis de la Basilique St-Nazaire furent utilisés. Afin de ne pas monopoliser longtemps l'espace des cafetiers, le passage musical de six vedettes avait été enregistré le samedi 19 juin.

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Les Pow-Wow et Nagui sur la place St-Nazaire.

Nagui arriva sur place par avion le mercredi 16 juin et ses invités arrivèrent la veille du direct pour la répétition générale, soit le dimanche 20 juin. Parmi eux : Claude Nougaro, Liane Foly, The Christian's, Stéphane Eicher, Véronique Samson, Pauline Ester, Laurent Voulzy, Julien Clerc, Patrica Kaas, Mauranne, Patrick Bruel... 32 artistes et 52 musiciens.

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©  La dépêche / Bérangère Robinet

C'est également le dimanche qu'eurent lieu les prises de vues pour le générique auquel participa la société Vision-sud de Carcassonne. Un hélicoptère filma la Cité et son théâtre ; Nagui voulait mettre en valeur ses vieilles pierres. De ce point de vue,  ce fut impressionnant à la télévision.

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Le jeune public dut se mettre en place dans le Grand théâtre deux heures avant le direct. Interdiction de se lever même pour aller aux toilettes. L'ambiance n'en était pas moins surchauffée ; Alvaro, le chauffeur de salle de Taratata, eut beaucoup de mal à apprivoiser ce public qui ne cessait de crier "Car-cas-son-ne" en l'accompagnant de claquements de mains. 

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Gérard Pullicino en véritable chef-d'orchestre de la réalisation pilotait 280 techniciens, 12 caméras et une louma (grue articulée) alimentés par 350.000 watts en son et 40.000 watts en lumière.

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La cantine de toute l'équipe de Taratata a été assurée pendant une semaine par le traiteur Carcassonnais Pierre Hille. Ici, devant sa paella géante.

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En marge de Taratata, Stéphane Eicher improvisa un concert gratuit accompagné par des musiciens Carcassonnais, au Bar à vins du regretté Philippe Calvet. L'artiste suisse devait ensuite acheter une maison dans la Montagne-noire et enregistrer son album "Carcassonne" dans l'Hôtel de la Cité.

Au final, une superbe publicité pour Carcassonne avec 7,4 points d'audience (3 724 980 téléspectateurs) et 20 % de part de marché. Nagui reviendra l'année suivante en juin 1994.

Sources

La dépêche

Merci à A. Machelidon pour ses photos

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24/08/2015

L'épuration sauvage à la Libération de Carcassonne

On pourrait toujours rabâcher la belle histoire qui arrange trop souvent la conscience des biens pensants ; celle qui enjolive la vérité sur certains héros tardifs d'hier érigés à la Libération en procureurs de l'épuration expéditive. Assassiner, voler ou tondre ne constitue pas un acte héroïque, loin s'en faut... Lorsqu'on a le temps et la chance de se plonger dans la vraie histoire que l'on trouve dans les dossiers d'archives, on trouvera le discernement nécessaire pour mettre un terme aux idées reçues. Vous savez bien, celles contenues dans certains manuels d'histoire où à la fin les gentils sont très gentils et les méchants, très méchants. Quand on mesure l'étendue de l'âme humaine peut-on sincèrement croire que certains de ces hommes se sont ainsi rangés d'un côté, sans intérêts ni prédation. Laissons donc aller notre esprit critique en évitant autant que possible les préjugés des sentences populaires. Elles n'ont fait que trop de mal en maculant l'intégrité des libérateurs par des actes d'une cruauté sans nom. 

Si la vraie Résistance au sein des Comités d'épuration a mis en place des Cours de justice dans le respect du droit, afin de décider du sort des collaborateurs et miliciens, il en est qui se revendiquant d'elle ont déshonoré la cause qu'elle défendait. En son sein, des hommes ont assassiné sans jugement à la prison de Carcassonne, torturé et volé dans le canton de Limoux, assassiné le capitaine "Charpentier" parce qu'il avait découvert le vol d'argent parachuté, tondu de pauvres femmes...etc. Le pire c'est que ces misérables ont bénéficié de la loi d'amnistie de 1954 et de l'appui des réseaux politiques auxquels ils appartenaient dans les maquis. Tout cela entachant les valeurs de Résistance, il a fallu sauver ces mécréants.

Les Carcassonnais, comme ailleurs, se sont acharnés sur des femmes déconsidérées pour avoir couché avec des "bôches". On appelle cela la collaboration horizontale... L'actrice Arletty en fut le symbole d'après-guerre : "Mon coeur est Français, mais mon cul est international" dira t-elle à ses juges. Certaines les ont aimé tout simplement et des enfants sont nés de ces relations, d'autres leur ont soutiré des infos pour la Résistance, encore d'autres se sont révélées indicatrices de la Gestapo.

L'épuration sauvage

Peu de temps après le départ des Allemands, des pseudo-résistants vont se livrer dans Carcassonne à des pratiques en dehors des règles de droit. Outre les forfaits contre les miliciens et collabos, les femmes ne vont pas être épargnées par cette répression. Toutes celles- enfin presque - qui seront reconnues sans jugement, sans preuves et le plus souvent sur la rumeur, pour avoir eu des relations avec l'occupant, seront molestées et tondues.

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C'est dans cette maison bourgeoise, située en haut de la rue de la liberté qu'elles seront livrées à la honte publique et promenées à travers la ville.

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© secretintelligenceservice

Les officiers de la Kommandantur 734 de Carcassonne comme le colonel Bodo Gieche ou Frank Raith ont eu chacun des maîtresses françaises avec lesquelles ils ont habité en ville. Pour ce dernier, ce fut 27 rue du 4 septembre. Parmi les horreurs de la guerre, notons l'histoire de cet enfant abandonné à l'écluse du Fresquel au Pont rouge chez Mme X, pendant que ses parents Franz Dierkes et sa maître Élisabeth Sinitzine fuyaient Carcassonne en août 44. D'après le C.N.R.S, on recense 100.000 enfants nés de liaisons entre françaises et soldats allemands. 

Il n'est pas question d'exonérer les responsabilités de certaines de ces femmes qui ont vraiment collaboré et dénoncé des patriotes. La plupart ont échappé à l'épuration sauvage en fuyant avec leurs amants. D'autres l'ont subi ou ont été jugées par la Cour de justice. L'épuration sauvage a eu raison d'une jeune femme Carcassonnaise tondue sur la rumeur ; elle était vierge... Elle s'est suicidée quelques jours après.

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23/08/2015

Les victimes civiles de la répression allemande à Carcassonne

Tous les historiens s'accordent à dire que la Seconde guerre mondiale a fait davantage de victimes civiles que militaires, contrairement à la Grande guerre 14-18. Elles constituent la longue liste des otages, déportés, fusillés, massacrés par l'armée allemande. S'il  y a eu des massacres de masse qui auront marqué les esprits comme à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), il ne faut pas oublier qu'au quotidien les troupes d'occupation se sont rendues coupables d'exactions contre les populations des pays qu'elles occupaient. Après la Libération, les familles des victimes civiles se sont senties délaissées par les pouvoirs publics.  Les associations d'anciens combattants ne se sont occupées que des leurs. A Oradour-sur-Glane, les familles ont dû attendre des années pour que l'état reconstruise le village ; elles ont supporté pendant longtemps une existence indigne dans des baraquements. Quant aux réparations financières... Il en est de même à Carcassonne pour le massacre du Quai Riquet où la vingtaine de victimes n'a pas obtenu à égalité la mention "Mort pour la France".

Il n'est peut-être pas étrange qu'au sein de la commission préfectorale chargé des commémorations de la Libération de Carcassonne, dans laquelle siègent les représentants des associations d'anciens combattants, on n'ait pas protesté contre la disparition du dépôt de gerbe à la stèle du Quai Riquet entre 2007 et 2013. Pire encore, la date des commémorations de la Libération de la ville a été maintenant devancée au 19 août, jour de l'exécution des Résistants à Baudrigues. Or, Carcassonne fut libérée le 20 août 1944, triste journée du massacre du Quai Riquet par la 11e Panzer division. D'ailleurs, on a toujours fêté cette Libération le 20 août, comme le prouve cet article de 1984 ci-dessous.

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Je me félicite que cette année le dépôt de gerbe au Quai Riquet ait été réintroduit dans les commémorations. Grâce à qui ? Grâce à ce blog qui n'a eu de cesse de rappeler cet injuste oubli et la mémoire des victimes pendant cinq ans, avec l'appui du réseau social Facebook. Quant au changement de date au 19 août, il est simplement l'accommodement de tous à réunir en une seule date, les différents événements tragiques du 19 et du 20 août 1944. Si on ne va polémiquer à un jour près et se féliciter que 70 ans après, la mémoire soit encore honorée, en revanche choisir le 19 plutôt que le 20, n'est-ce pas considérer que le massacre du Quai Riquet est d'une importance mineure par rapport à Baudrigues ? En réunissant sous une même date différents évènements pour des facilités protocolaires, on applique la loi que souhaitait mettre en oeuvre le président Sarkozy en 2011. A savoir, réunir en une seule date (Le 11 novembre) toutes les commémorations : 8 mai 1945, 11 novembre 2011, 19 mars 1962...etc. C'était en effet plus simple pour supprimer d'un coup les jours fériés, à des fins essentiellement économiques. Quant à la vérité historique, elle repassera...

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© ADA 11

 La préfecture de l'Aude fixe au 21 août, la Libération du département.

Victimes civiles du 20 août 1994

Almaric Camille (Rieux-Minervois), Bénazet Henriette (Peyriac-Minervois), Bonnet Louis (Carcassonne, 1 rue A. France), Belbèze Jean (Carcassonne, 4 rue Teisseyre), Baratciart Jean-Baptiste (Carcassonne, rte de Narbonne), Bastide Joseph (Villardonnel), Carreras Roger (Carcassonne, Grazailles), Calvel Georges (Carcassonne, 1 rue Grignan), Caballero Marius (Carcassonne, 16 rue de la Préfecture), Dualé René (Carcassonne, 6 square Gambetta), Bichko Marguerite (Carcassonne, chemin de Serres), Ballotari Armand (Villemoutaussou), Bastide Jean (Villardonnel), Chassain Raymond (Carcassonne, 15 rue Trivalle), Jassin Gabriel (Carcassonne, 9 place d'armes), Justo Joseph (Carcassonne, hospice général), Gastou Jean (Carcassonne, 8 rue Tourtel), Gaya Louise (Carcassonne, rue Fabre d'Églantine), Gélis Pierre (Carcassonne, rue A. France), Fages Marguerite (Grèzes), Fournès Marie-Thérèse (Villemoutaussou), Mestre Eugène (Carcassonne, 46 rue du 24 février) Magnanier Émile (Carcassonne, 25 rue Laraignon), Mazzer Émile (Carcassonne, 15 rte de Limoux), Mas Charles (Carcassonne, L'île),

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Avenue du Général Leclerc à Carcassonne

Pons René (Villegly), Quintin Élie (Carcassonne, 10 impasse des rames), Milhau Pierre (Carcassonne, l'Olivette), Rey Jean (Carcassonne, Villa Jeanine à Grazailles), Raynaud Marcel (Moux),

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Route Minervoise à Carcassonne

Cette plaque a été remise en place grâce à mon intervention. Elle avait été déposée par le nouveau propriétaire de la maison sur laquelle elle était posée.

Ramon Noël (Carcassonne, 1 rte Minervoise)

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Rue J. Bringer à Carcassonne

Lacroix Paul (Carcassonne, 8 rue Trivalle), Teulière François (Carcassonne, 4 rue Fortuné), Pradelles Joséphine (Carcassonne, Villa St-Joseph au Quai Riquet), Viscarra Jean (Castelnaudary, 18 rue Fontasse), Seguy Séphirin (Carcassonne, rue A. Marty), Vérandy Auguste (né le 12 octobre 1919 à Marseille (Bûcheron, marié) demeurant à Carcassonne, tué à Pennautier.

Sources

ADA 11

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22/08/2015

Le cimetière de "La conte" a été construit sur ordre des nazis.

Le cimetière des Petites soeurs des pauvres dans lequel les autorités militaires allemandes inhumaient leurs morts jusque-là, était arrivé à saturation en 1943.

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L'ancien cimetière à la Gravette

Elles demandèrent donc avec insistance à la ville de Carcassonne de leur trouver un nouvel emplacement. Un terrain situé à l'extérieur de la commune en bordure du chemin de Montredon, fut réquisitionné. Tout fut décidé au début de l'année 1944, comme le prouve la note ci-dessous du Capitaine Reinhardt, commandant par délégation la place de Carcassonne, adressée au préfet Marchais.

"L'emplacement du cimetière militaire allemand au cimetière des Petites soeurs des pauvres, s'est révélé trop petit. Comme un agrandissement au dit cimetière militaire est impossible, la création d'un nouveau cimetière militaire a été discutée avec la mairie de Carcassonne et la place prévue a été visitée le 10 janvier. L'officier d'état-civil compétent pour la France-sud est d'accord pour ce projet. Il est par conséquent demandé que le terrain soit au plus tôt réservé à sa nouvelle destination comme cimetière de la ville de Carcassonne.

Comme il faut s'attendre pour très prochainement aux travaux d'aménagement et d'exhumation en présence, de l'officier d'état-civil et d'un architecte des cimetières militaires, une accélération aussi rapide que possible des formalités est demandée.

Les questions qui viendraient encore à se jouer peuvent être discutées directement avec l'Officier d'état-civil près l'E.M.L le lieutenant Buchwald."

Le 3 avril 1944, le bureau de l'état-civil de Carcassonne écrit au préfet en indiquant que la Kommandantur exige l'exécution immédiate du cimetière à La conte. Après le renoncement de deux cabinets d'architectes Carcassonnais, c'est le fils de l'ancien architecte des Monuments historiques M. Vassas, qui accepte la proposition de la ville. L'entreprise carcassonnaise requise et volontaire effectuait déjà des travaux de défense passive pour la Wehrmacht, elle doit se mettre à l'oeuvre sans tarder. Cette entreprise reçut un blâme en 1946, avec interdiction de conserver un poste de commandement dans la profession du bâtiment et BTP. Nous ne la citerons pas car ce petit artisanat familial est devenu l'une des plus grandes entreprises actuelles de BTP de la région.

Le financement

L'officier allemand fera son affaire du financement ; si l'Etat-Français ne payait pas, eux paieraient. L'architecte ne veut pas faire appel aux requis civils ; il prétend que cela augmenterait le coût des travaux avec une main d'oeuvre peu qualifiée. Le devis estimatif est de 2.154.433 francs. L'entreprise demande des paiements hebdomadaires et débute les travaux de terrassement par tranches : Du 7 avril au 15 avril (79.719.80 francs) et du 24 avril au 29 avril (120.088 francs).

Malversations

L'architecte du département écrit au préfet pour protester contre une série de mesures discréminatoires et frauduleuses. Il évoque chiffres à l'appui, le défaut d'appel à la concurrence et les surfacturations constatées, contraires au prix normalement pratiqués. Il semblerait que l'addition ait été gonflée au profit des maîtres d'oeuvres. Le maire Jules Jourdanne s'en défend : "Les Allemands n'avaient pas qualité pour faire procéder à des réquisitions au profit de la ville." Seules les parcelles pour les soldats de la Wehrmacht ont été réquisitionnées par eux, malheureusement c'était celles sur lesquelles la ville entendait vendre des concessions perpétuelles. Concernant l'appel à concurrence, c'est selon le maire l'affaire des relations Franco-allemandes. La ville a choisi ce terrain car c'est le seul admis par les Beaux-arts, en fonction de sa situation géographique et sanitaire.

Le cimetière Allemand

C'est le 17 mars 1944 que le premier soldat a été inhumé à La conte ; les travaux n'avaient pas encore commencé. L'entrée du cimetière en 1944 se trouvait le long du chemin de Montredon (en face de l'actuel Jules Fil) et les tombes allemandes à proximité. Des accords furent passés dans les années 50 avec la République Fédérale Allemande pour qu'elle puisse récupérer les corps de ses soldats. Ils furent alors exhumés et placé au cimetière de Dagneux (Rhône). En septembre 1965, plus aucun combattant allemand n'était au cimetière La conte ; les concessions furent ainsi revendues au cours des années aux Carcassonnais. Sans le savoir, leurs parents occupent aujourd'hui l'emplacement d'un ancien vert-de-gris de la Wehrmacht. Auraient-ils accepté si on les avait prévenus ?

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© S. le Noach (Dr)

Johann Reisinger

décédé le 15 août 1944 et inhumé au cimetière de campagne de Carcassonne.

Sources

ADA 11

Services des tombes militaires allemandes

Iconographie WWII

Merci à S. le Noach

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21/08/2015

On a fusillé les lampistes et sauvé les criminels de guerre

Quelle différence feriez-vous aujourd'hui dans l'échelle des responsabilité entre le général SS Karl Oberg et Jacques P, jeune milicien Carcassonnais âgé de 20 ans ? Le premier, chef de la police allemande pour la France entière et nazi convaincu a fait exécuter et déporter des milliers de juifs et de résistants. Il fut à l'oeuvre d'une loi qui promettait la déportation à toute famille qui aurait un "terroriste" en son sein. Le second, simple soldat de la milice y était rentré parce qu'on lui offrait un emploi. Il s'était rendu coupable, sur ordre de ses chefs, d'action contre les maquis et de collaboration avec une puissance étrangère.

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Karl Oberg sera arrêté par les américains en 1945 en Allemagne. Condamné une première fois à mort en 1946, il est incarcéré à Münich. Extradé en France, un tribunal français le condamne à mort le 9 octobre 1954 pour crimes de guerre. Envoyé à la prison de Mulhouse, il fait appel et sa peine est commuée en prison à vie. Il bénéficie alors de la grâce présidentielle de René Coty (ce dernier avait voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, cela ne l'a pas empêché d'être Président de la République). Karl Oberg a bénéficié de l'implication active d'une délégation de la R.F.A (République Fédérale Allemande) dans la recherche d'avocats français. Ainsi Jean-Louis Tixier-Vignacourt, patron de l'extrême-droite française et mentor de Jean-Marie Le Pen, fut recruté pour défendre le général SS. 

"Il est tentant ainsi de décrire une large continuité dans le personnel diplomatique du ministère nazi et de celui de la RFA démocratique." (Jean-Marc Dreyfus, Historien)

Le Chancelier Allemand Konrad Adenauer insista après de Pierre Mendes-France le 18 janvier 1955 à Baden-Baden, pour obtenir la grâce d'Oberg et de son sinistre copain, Helmut Knochen : "Les Waffen-SS ont été des soldats comme les autres". Selon J-M Dreyfus, Adenauer tenait un double discours à l'extérieur et à l'intérieur de son pays. Le futur traité de l'Elysée était dans la balance et le chantage opérait dans les salons feutrés. Le 15 juillet 1960, la RFA acceptait de verser 250 millions de Deutsche marks aux victimes françaises des nazis. Le 20 novembre 1962, le général de Gaulle fait libérer Oberg et Knochen. Le premier mourra le 3 juin 1965 chez lui et le second, dans son lit en 2003.

"On n'avait pas tellement envie de se replonger dans l'histoire de ces Allemands qui ont travaillé en France, car ils pouvaient parler de la gênante collaboration des élites françaises."

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© Wikipedia

Si la guerre fut mondiale, n'oublions pas qu'en France elle fut également civile. Le changement de régime et les horreurs perpétrées pendant l'occupation, appelaient à la vengeance. Il fallait que le sang coule et sans tarder afin de laver la France, de la répugnante collaboration avec les nazis. N'ayant pas eu les moyens de fuir, Jacques P est arrêté à Carcassonne par la Résistance avec un certain nombre de ses camarades. Emprisonné à la Maison d'arrêt de Carcassonne, il est fusillé contre le mur du manège de la caserne Laperrine, début septembre 1944. Ce jour-là, les miliciens attendent leur tour ; les cercueils les attendent soigneusement alignés. Une brève confession à l'abbé Pierre Pont, la mise en joue devant le peloton de F.F.I, les balles crépitent et au suivant... La foule Carcassonnaise venue en nombre assister au spectacle, comme au bon vieux temps de la terreur, crie et vocifère : traitres, salauds, à mort...etc. Parmi elle, sans doute, se trouvent les dénonciateurs anonymes d'hier ou les adeptes du marché noir, passés en une nuit du bon côté de la barrière.

Les chefs de la Milice

Si Jacques P avait eut les moyens de fuir, il ne serait rentré en France comme ces anciens chefs qu'en 1954, au moment il ne risquait plus le peloton d'exécution. Ainsi par exemple, des notables d'un très beau château, condamnés à mort par contumace en 1944 et finalement acquittés dix ans plus tard. Et entre temps, qu'ont fait les chefs de la Milice ? Ils ont émigrés dans l'Espagne franquiste qui les a accueilli à bras ouverts. Je me suis procuré une note classée "Secrète" du 2 janvier 1945, provenant du Commissariat spécial de Carcassonne pour les Renseignements généraux :

Un informateur signale la réorganisation des collaborateurs et miliciens français en Espagne.

À Figuéras, la Milice est dirigée par un nommé Martin, réfugié d'Alsace-Lorraine, au service des Allemands.

À Barcelone, les Miliciens Français ont repris leurs activités, leur siège se trouve à l'Hôtel Continental, où actuellement sont groupés 100 miliciens sous les ordres de Peretti della Rocca, ancien sous-préfet, cousin germain de Piétri.

L'activité des collaborateurs réfugiés en Espagne est très remarquée par Franco, la phalange et les troupes Allemandes.

Sources

Archives de l'Aude

N-O / Août 2015

J-M Dreyfus

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