22/09/2016

EXCLUSIF ! On a retrouvé la fabuleuse collection de tableaux de Joë Bousquet !

Voilà le résultat d'une enquête de plusieurs mois... Vous vous souvenez sans doute d'un précédent article dans lequel nous vous révélions que la collection de tableaux du poète Joë Bousquet avait quitté Carcassonne. Après avoir été exposée au Musée des beaux-arts grâce à René Nelli, chaque propriétaire était venu récupérer son tableau légué par Bousquet. Ces toiles de maîtres du surréalisme ont été vendues au début des années 1960 dans des galeries en France, le plus souvent pour un prix très en-deçà de la côte actuelle. Je me suis mis en tête de retrouver le maximum de ces oeuvres ayant appartenues au poète. Pour cela, j'ai cherché les brochures des galeristes parisiens de cette époque, les salles des ventes, les musées, les archives. J'ai également consulté le livre de Pierre Cabane "La chambre de Joë bousquet" publié en 1997, mais si cet ouvrage recense certaines de ses toiles, d'autres ni sont pas. Mon enquête s'est bornée à tenter de trouver la photo du tableau, localiser les oeuvres dans les musées ou les collections privées. Bien entendu, cet article n'a pas la prétention d'avoir retrouvé tous les tableaux.

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J. Bousquet par Jean Camberoque

(1943)

J'ai longuement hésité a révéler sur ce blog le fruit de ce travail de bénédictin, car j'ai conscience qu'on s'en servira, comme à chaque fois, sans me citer avec un opportunisme teinté d'une indifférence malhonnête. Ce qui m'a déterminé à vous le présenter, c'est l'idée que le notre Musée des Beaux-arts pourrait rassembler à nouveau cette collection et la présenter lors d'une exposition. Nous savons que les musées se prêtent mutuellement des tableaux pour une courte durée, aussi en mémoire de Joë Bousquet, Carcassonne pourrait initier ce projet. En tout état de cause, voici ci-dessous la plus fabuleuse collection de toiles surréalistes que la ville de Carcassonne a laissé se disperser et partir aux quatre coins de la planète. Elle n'a pas senti souffler le vent de l'histoire de l'art...

Salvador Dali

La tour (Dali).png

La tour

(1935)

Huile sur toile (65,5 x 54)
Exposée en 1961 à Besançon au Palais Granvelle lors de l’exposition intitulée « Surréalisme et précurseurs ». Déposée en 1962 dans la Galerie André-François Petit (rue du Faubourg St-Honoré, Paris VIIIe) avec des oeuvres de Bellmer, Ernst, Dali, Delvaux, Brauner, Magritte, Tanguy… La tour provient de la collection J. Bousquet. A la mort du poète, c’est Monsieur T. (professeur de philosophie à la Sorbonne) qui en hérita. Elle fut ensuite vendue dans la galerie Petit et se trouva successivement à la Hanover Gallery de Londres, puis dans la collection de Erna et Curt Burgauer qui en fit don en 2007 à la Fondation Gali-Dali de Figueras (Espagne) où elle se trouve aujourd’hui.

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Étude pour « le miel est plus doux que le sang »
(1926)

Exposé en 1956 au casino de Knokke le zoute, elle se trouve en 1970 dans la Galerie André-François Petit où elle fut acquise par Jacques Ullmann. Vendue aux enchères le 9 février 2011 pour 4 073 250 livres sterling. Elle se trouve actuellement à la Fondation Gali-Dali de Figueras.

Yves Tanguy

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La main dans les nuages

(1927)

Huile sur toile 65 x 54. Vendu chez Sotheby's le 7 décembre 1999. Staatsgalerie (Stuttgart / Allemagne). Cette toile se trouvait à côté du lit de J. Bousquet comme l'atteste la photographie ci-dessous prise par Denise Bellon.

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© Centre Joë Bousquet / Denise Bellon

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Fin de rampe
(1930)

Huile sur toile de 80 x 90 cm.

Exposée à la Galerie André-François Petit achetée par Viktor et Marianne Langer en mai 1978. Vendue aux enchères chez Sotheby’s le 26 juin 2014. Estimée à un million de livres sterling.

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Titre inconnu
(1926)

Huile sur toile avec string and collage. Héritée de J. Bousquet par James Ducellier en 1961. Mise en dépôt à la Galerie André-François Petit et vendue en mars 1962 à Pierre Matisse (famille du peintre Henri Matisse). Pierre et Maria Gaetana Matisse l’ont offert au Musuem of Art de New-York en 2002.

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La balance parfaite

Huile sur toile 100x81

Vendu à la Galerie A-F Petit à Paris. Collection Gunther Sachs

Max Ernst

Facilité. Max Ernst.png

Facilité
(1923)

Huile sur toile de 65 x 54 cm.

Exposée à la Galerie André-François Petit en 1962 (James Ducellier probablement), puis à la Galerie Beno d’Incelli. Acquise le 22 octobre 1963 pour un collectionneur de New-York. Revendue aux enchères chez Sotheby’s le 13 décembre 2007 au prix de 318 250 euros.

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Cette toile se trouvait au-dessus du lit de Joë Bousquet. Ceci est attesté par cette photographie prise par Denise Bellon.

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Les papillons
(1930)

Huile sur toile de 22 x 15,6 cm.

Exposée en 1962 (probablement James Ducellier) à la Galerie André-François Petit. Vendue à Anon. Se trouve en juin 1972 à la Galerie Motte de Genève (Suisse). Vendue chez Sotheby’s à Londres le 30 novembre 1988, puis chez Christie’s le 3 mai 2006 pour la somme de 180 000 dollar.

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Arbres solitaires et arbres conjugaux
(1940)

Huile sur toile 81,5 x 100,5

Elle appartenu à Joë Bousquet comme cela est stipulé dans la lettre ci-dessous de Max Ernst en date du 24 décembre 1940.

"Tu as raison, Joe. Il vaut mieux ne pas rouler ce tableau, je ne vais pas te priver de la surprise de le voir sortir de sa caisse. Car je pense (je voudrais au moins) qu'il te surprenne un peu et que tu le trouveras au moins l'égal du tableau vert dont tu me parles souvent. Un seul inconvénient si je demande au seul menuisier du village de me construire cette caisse, il le fera très bien, mais il y mettra quelques mois pour la terminer. Je vais donc essayer de le faire moi-même. Pour un autre tableau, il a le même problème avec le châssis qui n'est pas au format désiré, ce qui repose la question du menuisier. »

Cette toile a sans doute appartenu à James Ducellier après la mort de Bousquet. Elle se trouve désormais au musée Thyssen-Bornemisza à Madrid (Espagne)

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La ville entière
(1935)

Huile sur toile 60 x 85

Exposée à la Fondation Beyeler (Bâle) en septembre 2013, cette toile avait acquise par James Ducellier sur les conseils de son ami Joë Bousquet.

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La colombe
(1926)

Huile sur toile 24 x17 cm.

Ayant appartenu à René Nelli à la mort de Bousquet. Le conservateur du Musée des beaux-arts de Carcassonne l’avait exposé dans la salle consacrée aux collections du poète jusqu’en 1963. Cette toile a été vendue chez Christie’s le 19 juin 2007. Estimation 80 000 livres sterling. On ne connaît pas le prix de l’enchère.

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La forêt blonde
(1925)

Huile sur toile 92 x 65 cm

Donné par René Nelli à Bousquet et repris à sa mort. Elle a été exposée au Musée de Carcassonne jusqu’en 1963. Exposée au Magasin III Museum & Foundation for Contemporary Art de Stockholm (Suède). Collection privée.

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L’oiseau
(Circa 1925)

Huile sur papier émeri noir collé sur bois avec encadrement en liège : 34 x 31 cm.
Ayant appartenu à Henriette Patau - soeur de J. Bousquet - après la mort du poète. Après avoir été exposée dans la salle Joë Bousquet du Musée des beaux-arts de Carcassonne, elle a été reprise par sa propriétaire en 1963. Certainement revendue depuis.

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La nature à l’aurore
(1937)

Huile sur carton 24 x 33 cm.
Provenant de la collection Joë Bousquet (sûrement à James Ducellier), ce tableau a été vendu aux enchères chez Sotheby’s à un acheteur anonyme pour 564 750 euros.

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Loplop présente
(1931)

Gouache. Frottage et collage. 50 x 64,3 cm

Provient de la collection Joë Bousquet et dédicacée « A mon très cher ami Joë Bousquet ». On le trouve ensuite dans la Galerie Halla Nebelung de Düsseldorf (Allemagne). Il serait actuellement à l’Institut Valencia d’Art modern (Espagne). Exposée en 1969 au Moderne Kunst aus Privatbesitz in Hannover.

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Loplop présente deux fleurs
(1930)

Trônait dans la chambre du poète et obstruait une fenêtre close. La photo ci-dessous en apporte la preuve.

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© Centre Joë Bousquet / Denise Bellon

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L'ange du foyer 

ou

Le triomphe du surréalisme

(1937)

Huile sur toile 114x146

Cette toile a appartenu à James Ducellier. Chez un collectionneur de Turin en 2005. Il s'agit là de l'oeuvre mythique du peintre. Elle annonce comme une mise en garde, les futures destructions de la Seconde guerre mondiale. C'est la toile la plus chère de la collection Ernst.

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La nymphe Echo

(1936)

Huile sur toile 46x55

Collection du Musée d'Art moderne de New-York (MOMA)

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La colombe avait raison

(1926)

Carton et bois 42x35

Vendu chez Sotheby's le 31 mars 1965 pour 5039 dollars

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Vol nuptial

(1931)

Huile sur toile 81 x 65

Vendu chez Christie's le 24 juin 1991 pour 344 925 dollars.

René Magritte

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Les cicatrices de la mémoire
(1927)

Huile sur toile 73 x 54 cm

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Le palais de la courtisane

Huile sur toile 73x54

Exposé à Toulouse en 1946. Vendu à la Galerie A-F Petit à Paris vers 1962

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Le repas de noce

(1940)

Gouache 31 x 41. 

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Shéhérazade
(1947)

Gouache sur papier 16,8 x 12,7 cm

Ce tableau a été donné en 1948 par Joë Bousquet à Jacqueline Gourbeyre, résidant à Toulouse. Surnommée Linette, elle aura gardé cet oeuvre jusqu'à la fin de sa vie. Bousquet voulait créer un lien entre les deux chambres (Le poète l’exprime ainsi dans une lettre à Magritte en date du 29 Septembre 1948). Lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s le 4 juin 2014, cette version de Shéhérazade a été adjugée 217 000 euros.

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L'idée fixe

(1928)

Huile sur toile 81x116

Légué par testament à Georges et Georgette Roumens en 1943. Aujourd'hui, dans les collections du Staatliche Museum Preussicher Kuturbesitz National Galerie (Berlin / Allemagne)

Hans Bellmer

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Entre deux eaux

Gravure en couleur signée d’après une gouache de 1941. Tiré à 200 exemplaires numérotés et signés. Exposé à la Galerie André-François Petit. Vendu le 21 janvier 2005 à la salle Drouot pour la collection de M. Ferrier.

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Chapeau main

(1947)

Crayon rehauts de gouache sur papier ocre 24 x20. Exposé au Centre Pompidou du 1er mars au 22 mai 2006. Ancienne collection J. Bousquet

Jean Dubuffet

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© ADAGP, Paris 2016

Haut négoce

(1944)

Collection privée

"Chaque jour, je pense à Dubuffet, et maintenant devant Haut négoce (on est gosse, on naît gosse, on n'est gosse) qu'il m'a envoyé, et qui a chassé la nuit de ma chambre, car pour mieux voir ce tableau, je vis les contrevents ouverts... (Lettre de Jean Paulhan)"

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Portrait de J. Bousquet

Le 4 avril 1946, Joë Bousquet écrit au chanoine Sarraute : "Dubuffet m'envoie un admirable recueil de lithos en couleurs". L'année suivante, Jean Dubuffet se déplace à Carcassonne et rend visite à Joë Bousquet. Il réalise coup sur coup trois portrait du poète dans son lit, dont un en grand format se trouve au Museum Of Modern Art de New York (MOMA).

Joan Miro

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Le repas des fermiers

(1925)

Huile sur toile 46x28

Acquis par le galerie Sami Tarica à la fin des années 1950. Cincinnati / Collection Thomas Adler

Fautrier

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Paysage de Port Cros

(1945)

Huile sur toile 49,4 x 37,8

Collection Christian Durand. Actuellement au MOMA (New-York)

Kandinsky

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Petit blanc

(1928)

Aquarelle, gouache et encre de chine sur papier 62 x 46. Provenance Collection André Breton. Musée d'art moderne Pompidou (Paris)

Auguste Herbin

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Composition

(1930)

Huile sur toile 41 x 25

Ayant appartenu à J. Bousquet. Estimation 18000 à 25000 €. Vendue le 24 octobre 2012 à Art curial (Paris) avec des oeuvres de la fondation Albert Gleizes.

Jean Arp

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© La chambre de J. Bousquet / Pierre Cabane

Relief en bois peint 27 x 43 x 16

Légué par J. Bousquet à Henri Féraud. Actuellement au KUNSTHAUS Zürich (Suisse)

Tout ceci ne représente peut-être qu'un tiers des tableaux qui ont transité par la chambre de Bousquet. Espérons qu'avec ce travail, ceux-là pourront un jour revoir Carcassonne...

Sources

Sotheby's, Drouot, Art Net, Christie's, Akoun

La chambre de J. Bousquet / P. Cabane / 1997

Au gîte du regard / Centre J. Bousquet

Archives de l'Aude / Fonds R. Nelli

Et... beaucoup de patience et de temps.

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21/09/2016

L'histoire de l'Auberge de Jeunesse de la Cité

En parcourant sur internet les différents sites faisant la promotion de l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne, nous nous sommes rendus compte qu'aucun d'entre eux n'en évoquait l'histoire. C'est sûrement parce qu'ils l'ignorent ou qu'ils n'ont pas fait l'effort de se renseigner. Ce blog va donc une nouvelle fois leur rafraîchir la mémoire en espérant que désormais, ils intègreront dans leur communication le passé de cet endroit. 

Les fondateurs historiques

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Robert Shirrmann

En 1895, naît en Allemagne le mouvement des Wandervögel - les oiseaux migrateurs - qui sillonnent la campagne, demandent refuge aux paysans, désirent retrouver le contact avec la terre, l'eau, les forêts. En 1907, un maître d'école allemand, Richard Shirrmann, installe des couchettes dans sa classe pour recevoir des jeunes pendant les congés d'été. Marqué par la Grande guerre, l'instituteur milite en faveur de la paix et oeuvre pour la création d'Auberges de Jeunesse dans d'autres pays.

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Marc Sangnier

(1873-1950)

En France, les Auberges de Jeunesse vont être introduites en 1925 par un militant de grand prestige : Marc Sangnier, journaliste, homme politique Démocrate-Chrétien, fondateur du "Sillon" (Mouvement social chrétien) puis de la Jeune République (Mouvement d'action catholique qui adhéra au Front Populaire contre l'avis du Vatican). La première auberge - l'Epi d'or - il la fonde chez lui à Bierville (Essonne). Deux ans après, il crée la première fédération des Auberges de Jeunesse (LFAJ).

En 1933, les mouvements syndicaux créent le Centre Laïque des Auberges de la Jeunesse (C.L.A.J) dont le président est Paul Grunenbaum-Ballin (1871-1969), vice-président du Conseil d'état. Ce mouvement ne s'entendra pas avec la LFAJ en raison de ses divergences sur la question laïque. Toutefois, les membres sont accueillis indifféremment dans les deux organisations.

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Le mouvement va connaître son plus grand essor en 1936, grâce à Léo Lagrange, Ministre de la Jeunesse et des Sports du Front Populaire.

Le fondateur Carcassonnais

Carcassonne ne restera pas étrangère à l'évolution. En 1935, un professeur de Lycée de la ville, Monsieur Caminade imitant Robert Shirrmann, mit deux pièces de son appartement à la disposition des "ajistes' de passage. C'est ainsi que l'on nomme les usagers des Auberges de Jeunesse. Il faudra attendre 1945 pour que se voit créer l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne, à son emplacement actuel dans la Cité médiévale.

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Grâce à Michel Jordy - photographe et directeur de l'Hôtel de la Cité - propriétaire des bâtiments et ancien adjoint au maire du Dr Tomey, qui avait consenti un bail de 30 ans pour un loyer d'un franc mensuel, un groupe de jeunes "ajistes" s'est mit au travail. Sans l'aide des pouvoirs publics, le groupe local a aménagé l'Auberge qui a pu accueillir dans des conditions modestes jusqu'à 80 jeunes à la fois. Les soutiens financiers sont venus plus tard, avec M. Bapt - Directeur départemental de la Jeunesse et des sports; afin d'améliorer les conditions d'hébergement.

A l'expiration du bail en 1975, les successeurs de M. Jordy ont souhaité récupérer leur bien. La municipalité a donc fait l'acquisition du bâtiment et l'a rénové entièrement. La capacité est passée à 200 lits. En 1981, l'auberge de Jeunesse avait reçu 693 personnes. Elle passa à 977 l'année suivante. Les Auberges n'étant pas que des hôtels à bas prix, il fut créé un poste d'animateur permanent occupé par Yvon Gilabert. Le conseil d'administration en 1982 était constitué par : Guy Baron (Président), Joseph Dovetto (Vice-président), Bill Stansfield (Secrétaire) et Edouard Belmas (Trésorier).

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© La dépêche

En 2014, l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne idéalement placée au coeur de la Cité médiévale classée à l'UNESCO avait accueilli près de 10 000 personnes. Elle continue à rassembler et à rapprocher dans la fraternité, les hommes et les femmes au-delà de leurs religions et de leurs origines. 

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20/09/2016

Le conseil municipal de Carcassonne nommé par Pétain en février 1941

L'une des premières mesures qui furent prises par Philippe Pétain après que la majorité des parlementaires français lui octroient les pleins pouvoirs, ce fut de dissoudre les conseils municipaux démocratiquement élus avant sa nomination à la tête de l'état. A Carcassonne, le Dr Albert Tomey et ses colistiers furent priés de rendre leur mandat ; on les remplaça par des notables de la ville choisis par l'administration de Vichy. Paul Emile Gabriel Alapetite (1895-1980), nommé Préfet de l'Aude par Pétain le 17 septembre 1940, dut choisir et mettre en place en février 1941, le nouveau conseil municipal. Qui pour assurer les fonctions de maire ? Jules Jourdanne - parent du félibre Gaston Jourdanne - fut approché. Reconnu pour ses qualités de gestionnaire - il gérait plusieurs domaines agricoles - et pour son implication dans de nombreuses associations notamment catholiques, il accepta la charge de premier magistrat de la ville. 

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© Collection particulière

Jules Jourdanne

(1892-1983)

Le conseil municipal en juin 1944

Jusque-là nous ne savions rien sur les conditions dans lesquelles s'est constitué ce conseil municipal, ni pour quelles raisons certains furent choisis plutôt que d'autres. Pour avoir consulté les archives de l'épuration, nous admettons que Jules Jourdanne n'a jamais été inquiété - son attitude non subversive pendant l'occupation a dû plaider en sa faveur. C'est presque une exception en France, tant les maires nommés étaient de fervents soutiens de la politique de Vichy. Si le maire eut une attitude plutôt bienveillante sur la ville, d'autres ailleurs eurent à en répondre à la Libération. Certains s'étaient simplement trouvés là sans motivation politique particulière ou à la recherche d'un poste. N'oublions pas que ce conseil municipal a été nommé en février 1941, au moment où la grande majorité de la population française criait à gorge déployée : "Vive Pétain".

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La tombe de Jules Jourdanne à Caux et Sauzens

Pour comprendre, les attitudes des uns et des autres au cours de l'occupation il ne suffit pas de décortiquer les archives - les plus gênantes ont été brûlées. Attention, pas seulement par les Vichystes ou les Allemands. Un excellent article du journal "Le point" du 13 août 2015 faisait référence aux archives volées à Paris par des membres du Parti communiste dans une administration de Vichy, à la Libération.

"Par ailleurs, en août 1944, une partie a été brûlée lors du départ de France des Allemands. À la Libération, certains groupes, assez isolés, souvent communistes, se sont rendus immédiatement dans les lieux stratégiques. Ainsi, au 11, rue des Saussaies, un des sièges de la Gestapo parisienne avec le 84, avenue Foch, des FTP ont enfoncé les portes, saisissant de leur propre chef des dossiers qui ont filé dans les archives du PC où, depuis, on a souvent opposé un silence ferme aux demandes des historiens."

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Il serait un raccourci facile pour l'historien de ranger dans le camp des collabos, un nom trouvé dans une liste de conseil municipal sans étudier la personnalité du sujet. A Carcassonne, un service de renseignement de la Résistance fonctionnait à merveille ; il s'agit du Nettoyage des administrations. Ainsi par exemple, l'officier de police Aimé Ramond n'a cessé de renseigner les réseaux depuis l'hôtel de police. Pourtant, on trouve sa signature dans le livre de condoléances de Philippe Henriot, dressé devant le siège de la Milice sur la place Carnot en juillet 1944. Aimé Ramond était Résistant et l'a payé de sa vie ; il a sans doute signé ce registre pour ne pas éveiller les soupçons sur sa personne. Si l'on ne trouve rien dans les archives, en revanche il faut prendre le temps de chercher ailleurs... On sait également qu'un noyau d'intellectuels résistants se réunissait chez Joë Bousquet à la barbe des Allemands : Aragon, Benda, Lang, Sire, René Nelli... 

A ce sujet, nous avons retrouvé un texte de Joë Bousquet dans un livre de 1946 en hommage à l'écrivain Pierre Sire. En rédigeant ce chapitre, Bousquet voulait-il justifier la présence de deux de ses amis (Nelli et Llobet) au sein du conseil municipal nommé par Vichy, par une attitude résistante de leur part ? On ne pourra pas vérifier, mais on s'en contentera comme caution morale. 

Dans cette province, épargnée d'abord par l'occupation, l'esprit de résistance apparut de très bonne heure et se manifesta pour commencer de la façon la plus aveugle et la plus touchante. On se comptait sans se connaître. Les diatribes des futurs miliciens nous aidaient à recenser les patriotes. Décidée d'abord à lutter contre Vichy, la Préfecture de l'Aude cherchait fiévreusement d'authentiques républicains.

Un beau soir, on apprit à la fois la destitution du conseil municipal élu et le nom du maire vichyssois qui allait administrer la ville. Animé d'un sincère élan de fureur, le Préfet convoque Jean Lebrau le poète, (alors employé bénévole à la Préfecture), et lui dit en propres termes :

"Vichy impose pour maire monsieur X... (Jourdanne, NDLR). Il va traîner derrière lui une bande d'aigris. Courez chez Bousquet, qu'il désigne aussitôt des amis capables de combattre au sein même du Conseil d'influence politique des nouveaux venus. De mon côté, je chercherai parmi les employés de chemin de fer..."

Humbles paroles ! Paroles historiques ! Elles font l'éloge de la petite ville. Chacun y va son chemin, riant aux anecdotes et aux cancans, mais gardant dans son coeur les noms des hommes à mobiliser dans le danger. Avant même d'entendre ma réponse, Lebrau avait désigné Sire. [...] Si Pierre Sire a été remplacé dans ces fonctions honorables et dangereuses par un autre de nos amis, je puis certifier qu'il avait accepté nos propositions ; qu'il savait à quoi elles l'exposaient. Au dernier moment, on nous montra un décret qui interdisait à un professeur du cadre primaire d'accepter un mandat municipal.

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Boris Vildé

Quand Boris Vildé vint nouer à Carcassonne le premier lien avec la Résistance parisienne, c'est à Pierre Sire que je pensai d'abord et par son intermédiaire que je pus faire circuler l'humble polycopie qui inaugurait la diffusion des journaux clandestins. Au retour de son troisième voyage, Boris Vildé fut arrêté à Paris (26 mars 1941, NDLR) et assassiné par la Gestapo (23 février 1942, NDLR).

Roubaud avait pris la tête du mouvement local ; et pendant qu'il agissait, créait les maquis et soulevait la province, nous vivions notre passion d'intellectuels à peu près inutiles, nous nous consumions dans l'impatience. [...] Vint enfin le jour de prévoir le débarquement. On parachutait des vivres, des munitions. On élaborait des plans. Il fallait deviner où commencerait le combat. [...] On sait fort mal ceci : pendant plusieurs mois notre région a été vouée à un douloureux avenir et nos résistants ont dû se préparer et préparer quelques civils choisis à une périlleuse aventure :

Supposant que toute l'armée allemande contre-attaquerait les premiers éléments débarqués, Alger souhaitait que les villes partiellement vidées d'ennemis redevinssent aussitôt françaises. Il fallait éviter qu'à peine victorieuse, l'armée alliée ne s'accommodât des administrations mises en place par Vichy. La Résistance désignait donc des chefs de quartier décidés à mener le peuple à la Préfecture, un conseil municipal qui s'emparât de la mairie, un préfet, des hommes vrais et qui se déclarassent citoyens au mépris de leur vie. Ce fut là un beau moment dans l'histoire de la Libération. Il n'y avait pas d'avantages à politiques à prévoir pour ces hommes de bonne volonté. Toute leur mission était d'accepter des responsabilités en attendant les titulaires et de se désigner eux-mêmes comme otages d'un ennemi victorieux ou, même, trop lentement vaincu.

On ne peut pas oublier le nom et le visage de ces hommes quand on a, en des circonstances pareilles, recueilli leur adhésion. James Ducellier acceptait de remplir les fonctions de préfet en attendant Monsieur Augé, Maître Llobet devenait, pour la période héroïque, maire de Carcassonne. René Nelli répondait du quartier du Palais. Pierre Sire devait prendre la tête de la colonne qui se formerait à la Cité et marcher sur la Préfecture. Ce dernier trait donne à peu près la date du complot, lequel précéda de peu l'occupation par les Allemands du bord fortifié. 

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Le témoignage de Lucien Roubaud (La Résistance Audoise / p.400) donne une autre lecture venant contredire le texte de Bousquet :

"Existait aussi à Carcassonne un groupe de résistants qui se préoccupaient de choisir les hommes devant occuper les postes importants à la Libération. Je le sais, car un émissaire est venu me proposer le poste d'Inspecteur d'Académie. J'ai décliné cet honneur, Gilbert de Chambrun, alerté, est venu contacter ce groupe qui a refusé de faire autre chose que la propagande orale et la préparation de l'après-libération."

Les textes ci-dessus donnent une autre dimension à cette triste période, telle que l'ont vécu les Carcassonnais. Il rappelle qu'il ne faut préjuger de rien et surtout ne pas s'arranger avec l'histoire lorsqu'on désire l'étudier pour flatter un camp ou un autre. La vérité est souvent bien plus complexe qu'une réflexion simplement manichéenne relevant du café du commerce. Il faut peut-être essayer de comprendre l'homme dans sa complexité et les circonstances qui l'ont amené à agir. Retenons par exemple que le destin de René Bach, le tortionnaire de la Gestapo de Carcassonne, aurait pu être différent pour lui et surtout pour ses victimes, s'il avait été accepté dans l'armée qui allait combattre au sein de la France libre. Il chercha un emploi et trouva celui d'interprète bien rémunéré par les Allemands au sein du SD. La suite, vous la connaissez...

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19/09/2016

Les balayeuses de la place Carnot dans les années 1950

Après la Seconde guerre mondiale, ce sont des femmes employées par la commune qui nettoient la place Carnot après le marché. Armées d'un balai constitué de branches d'arbres, elles n'en étaient pas moins efficaces. Aujourd'hui, il faut recourir aux services d'une entreprise privée mécanisée pour réaliser le travail de nos aïeules. Pas sûr qu'avec les 800 employés communaux que compte la ville de Carcassonne, on ne trouverait pas quelques désoeuvrés pour nettoyer l'ancienne place aux herbes ; on ferait peut-être là certaines économies... C'est un autre débat, sans soute.

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La flèche indique Mme Julie Labarre, la mère de M. Antoine Labarre - policier bien connu et féru d'histoire locale. On lui doit bien des recherches sur le passé de notre ville. Dans la même famille, Mme Rose Sablayrolles vendait des légumes sur le marché. A l'arrière de toutes ces balayeuses, on distingue l'ancien kiosque de la place Carnot, disparu depuis. Des escaliers latéraux descendaient vers les toilettes publiques situées sous la place. Voici un passé qui ne manquera pas d'éveiller les souvenirs de certains d'entre vous. 

Merci à Mme Anne-Marie Bernard

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16/09/2016

Été 1944 : Elle servait pour la Croix-Rouge de Carcassonne, elle raconte l'horreur...

Madame Henriette Patau - soeur du poète Carcassonnais Joë Bousquet - fut un membre dévoué de la Croix-rouge Carcassonnaise entre 1942 et 1944. Dans un texte dactylographié de quatre-vingt quinze pages que nous avons retrouvé, elle raconte avec précision de tristes épisodes - jusque-là jamais révélés - au cours desquels elle est intervenue. Nous insistons sur le caractère totalement inédit de ce récit...

Été 1944

Le poste de secours

Pour circuler, il fallait avoir une lampe de poche, un laisser-passer et, dans les services Croix-Rouge un brassard allemand avec un numéro d'ordre. Nous le trouvions horriblement humiliant...

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Brassard Croix-Rouge Allemande

Les Américains arrivèrent bientôt à survoler la ville ; ils lancèrent des bombes. Un poste de secours fût confié à la Croix-Rouge de Carcassonne. On l'équipa dans une salle du Palais de Justice ; il y eût six lits, une pharmacie de secours, quelques vivres, des brancards et des sièges pour les chargés de service. Un tour de présence était fixé, mais nous décidâmes de nous rendre tous au comité en cas d'alerte, la présence de plusieurs d'entre nous pouvant se trouver obligatoire.

Chez nous, nous nous étions organisé. Nos vêtements rangés en ordre au pied de notre lit pouvaient être passés en deux minutes ; dès que la sirène retentissait, rapidement vêtus, nous sortions. Notre sacoche toujours prête, accrochée à notre bras gauche encerclé du terrible brassard, ne devait pas être ouverte sous peine de recevoir un coup de fusil d'un gendarme allemand. Il fallait présenter le bras gauche replié, la main contre la poitrine, la lampe du soldat nous aveuglait, puis le signe de "partir" était donné. Nous faisions rapidement les cent ou deux cents mètres qui nous séparent du poste de secours.

Tout était noir, nous marchions vite, pourtant. La sirène hurlait, on n'entendait qu'elle, puis un bruit d'avion, mais déjà nous étions arrivés au Palais de Justice et nous nous installions tous autour d'une table. Nous attendions encore un peu longtemps après la fin de l'alerte, puis nous rentrions chez nous pour une autre journée de travail.

Dans notre groupe, très diversement composé, il y avait un médecin, deux prêtres, des membres de la Croix-Rouge, adultes, hommes et femmes ayant suivi des cours de secourismes, de brancardage, etc...

La prison

Dans la ville, la confusion grandissait. La peur aussi. On n'avait pas de nouvelles des déportés. On avait réquisitionné près de la poste, une maison vide où se déroulaient l'interrogatoire des qu'on avait enlevé de leurs maisons. Dans la journée, il étaient accompagnés par les Allemands à la prison, et leur famille n'était tenue au courant de rien.

La Croix-Rouge finit par trouver le moyen de donner quelques maigres nouvelles. Chaque matin, un secouriste et une infirmière se rendaient avec une charrette attelée d'un vieux cheval au cantonnement allemand et recevait des corbeilles contenant la ration journalière des 150 à 200 prisonniers. Elle se composait d'une boule de pain gris et de 100 grammes environ de margarine. Par le nombre de rations, nous savions, très approximativement si le nombre de malheureux était le même ou si l'un d'eux était déjà parti - dire à leur famille de bien petites choses : la prison était propre, on ne paraissait pas les tourmenter...

Les familles venaient au Comité ; nous avions honte de les aider si mal, si pauvrement, mais pourtant elles paraissaient un peu réconfortées en partant. Il faut si peu, parfois, pour sortir un moment du désespoir, pour garder la volonté de vivre, encore, quand la vie vient de vous écraser.

Trassanel, Cabrespine, Mas-Cabardès

Des trahisons, des imprudences alertèrent les Allemands et un jour la Croix-Rouge reçut l'ordre d'aller dans la Montagne noire ramasser les morts laissés dans les trois villages où ils avaient abattu des maquisards. Ordre était donné de jeter sur les cadavres, un tas de chaux et de les brûler.

Le soir, nous avons délibéré au Comité et pris nos dispositions pour le lendemain. A six heures du matin, nous partions. Une plateforme portait deux infirmières, un chef, des secouristes et deux prêtres. La seconde plateforme portait trente cercueils.

Nous sommes arrivés à Cabrespine, dans un coin paisible : sur l'herbe foulée reposaient sept jeunes, des parachutistes. Il fallut les retourner, fermer leurs yeux, et chercher sur eux des pièces d'identités, tous n'en avaient pas... Nous avons accompli notre tâche. Les secouristes les ont placé dans leur cercueil et sont descendus au village pour creuser leur sept tombes, et inscrire un nom sur une croix afin qu'on puisse les retrouver. Nous sommes repartis pour Trassanel.

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© Centre France

Cette photo illustre un fait analogue à Orcines (Puy-de-Dôme)

Dans une garrigue, un cercle de jeunes morts était couché. Ils n'avaient pas plus de 16 ou 17 ans ; leurs yeux étaient ouverts, leurs mains crispées, mais leur visage était calme. Nous nous sommes mis au pied de ce groupe de martyrs ; le prêtre catholique a dit les prières des morts, puis le pasteur protestant a prié pour les protestants et les juifs, dans l'ignorance de leur religion. Et la triste cérémonie a recommencé comme à Cabrespine. Tout a été fait pour leur toilette funèbre, et leur pauvre dépouille a été remise au cimetière, avec leur nom. Et, toujours pris dans notre émotion apitoyée, nous sommes allés au troisième champ d'exécution, au Mas.

En arrivant au village, nous avons entendu le glas. Nous étions attendus ; on nous a conduits à la grande salle de la mairie. Tout autour d'un reposoir et appuyés contre les murs, vont cercueils pareils s'alignaient . Ils n'étaient pas fermés encore. Près d'êtres aussi jeunes que ceux que nous venions de quitter, les parents, agenouillés, le visage touchant le bois qui allait recouvrir le corps de l'être qu'ils avaient perdu, ils pleuraient ; les mères hurlaient. La douleur de cette foule était insoutenable, la vue du prêtre a paru les toucher. Ils lui ont demandé de bénir les corps... Nous étions tous à genoux et nous répondions aux prières. Puis le maire s'est levé. Il est allé d'un enfant à l'autre, touchant les petites mains glacées, parlant aux parents avec amitié et les appelant par leur nom, il pleurait avec eux, comme eux, et j'ai su ce jour-là que la seule façon de secourir une douleur trop grande est de la partager avec son coeur.

Ce soir-là, nous sommes rentrés après avoir recommandé à tous de garder le silence sur cette journée, et rien de cette affreuse journée ne s'est raconté nulle part.

Le retour des déportés

Nous reçûmes des instructions pour accueillir les rescapés des camps de représailles. Nous devions nous trouver à la gare à partir de huit heures du soir : deux infirmières et quatre secouristes.

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© deportation.free.fr

Retour d'un déporté à sa descente du train

Nous attendions les train dans une grande salle, meublée d'un fauteuil et de quelques chaises autour d'une grande table. Le premier train était signalé à neuf heures dans la nuit tombante. Les secouristes passaient sur le quai ; pour descendre, presque porter les hommes qu'on nous renvoyait vêtus d'un pyjama rayé, squelettiques, les yeux effrayés, ils regardaient tous ceux qui venaient à leur rencontre ; et après avoir reconnu leur tenue, ils se laissaient approcher. Doucement, lentement, on les conduisait vers la pièce où nous les attendions.

Nous avons appris que nos gestes d'accueil devaient être lents, calmes, notre voix sans éclats et qu'il fallait en s'occupant d'eux ne pas leur donner l'impression de les contraindre, mais de les aider. Nous remplacions les secouristes et nous les amenions, à leurs pas, vers les sièges ; ils hésitaient, regardaient autour d'eux, qui s'avançaient, finissaient par s'asseoir. Devant eux, à portée de leur main, on plaçait un bol de bouillon ou de café : on leur disait de boire. Ils semblaient anéantis ; ils n'étaient plus des êtres normaux. Nous nous taisions. 

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© Association des déportés

Une jeune déporté à son retour en France

Les uns repoussaient les bols, d'autres s'accoudaient à la table, le visage dans les mains. Au bout d'un moment, on leur offrait des biscuits, des fruits. Quelques-uns commençaient à nous regarder de ce même regard fixe, puis ils s'adaptaient, avançaient parfois vers nous, une main glacée que nous gardions dans la nôtre comme celle d'un enfant. Une heure passait ainsi ; des gestes s'esquissaient, les uns se restauraient, d'autres pleuraient convulsivement.

Bientôt, leurs papiers arrivés, nous pouvions leur expliquer qu'ils seraient bientôt rendus à leur famille. Ils commençaient alors à réagir. Dans toutes les communes de France, les receveurs des postes avaient l'ordre de rester au poste de téléphone, toute la nuit. Aucun n'y a jamais manqué. Un de nous, muni de la fiche d'un arrivant, appelait à quelqu'heure que ce fût le receveur à prévenir et lui confiait la mission de prévenir la famille et de l'envoyer à notre poste pour prendre l'arrivant.

Avec précaution, nous prévenions celui qui était désigné et nous cherchions dans le vestiaire un pardessus ou une grande couverture pour recevoir le pyjama rayé. Alors, peu à peu, une lueur plus humaine venait éclairer les yeux de ces hommes jeunes qui ressemblaient en ce moment à des vieillards abîmés par la vie. Bientôt une voiture se faisait entendre. Un de nous allait chercher la famille, l'autre préparait le prisonnier et nous ne partions qu'après les avoir vus, enfin, ensemble, en sécurité.

Le retour fut long, et certains prisonniers durent subir des traitements avant de pouvoir reprendre un métier et une vie normale. On créa une Association des Prisonniers de guerre qui aida beaucoup les rentrants. On s'occupa d'eux, des familles les plus touchées et, peu ) peu, tous se reprirent à vivre.

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15/09/2016

Arrestations et assassinats des juifs de la mine de Salsigne, le 31 janvier 1944

Le 31 janvier 1944, la police allemande se rend aux mines de Salsigne (Aude) pour emmener des ouvriers juifs de nationalité étrangère et les déporter. Parmi elle, on compte quatre hommes en tenue civile et une dizaine de soldats allemands armés de mitraillettes. Il aura fallu attendre 71 années pour qu'enfin ce blog puisse avoir le courage d'évoquer cette triste affaire ; sept décennies au cours desquelles  la vérité aura été tenue à l'abri aux archives de l'Aude, protégée par le secret. La prescription venant d'être levée, nous pouvons désormais enquêter et lever le voile sur ce crime contre l'humanité qui s'est passé a seulement vingt kilomètres de Carcassonne. Nous allons vous livrer les témoignages tels qu'ils furent déposés en 1945 par les survivants et les témoins. Au prix de sérieuses recherches, nous dresserons la liste de ces juifs étrangers dont certains furent gazés dès leur arrivée à Auschwitz. Voilà un travail pour la mémoire non seulement de notre département, mais pour celle de toute l'humanité. 

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La mine de Salsigne le 1er mai 1941

Ces étrangers de confession juive avaient fui leurs pays, occupés par l'administration du IIIe Reich. Ils pensaient qu'en France, ils ne seraient pas touchés par les lois raciales. Dans un premier temps, le gouvernement de Vichy les a rassemblé dans des camps gardés par la police française. Après quoi, ils furent recensés et mis au travail. A Caudebronde, ils refaisaient les routes ; à Salsigne, ils étaient employés à la mine d'or. La musique changea quand Pierre Laval avec l'aide de René Bousquet - chef de la police de Vichy - décida de livrer les juifs étrangers aux nazis.

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Le préfet de l'Aude s'adresse aux mineurs

Monsieur Sologaïstoa Antoine (44 ans) - garde champêtre à Salsigne - déclare en 1945 :

"Le 31 janvier 1944, j'assistais à l'embarquement sur une camionnette de trois ouvriers juifs habitant le village de Salsigne. Ils ont été pris par trois policiers allemands en tenue civile et six soldats allemands armés de mitraillettes. Parmi ces déportés, il n'y avait aucun français. Je n'ai pas vu qu'il y ait eu violence."

Au mois d'avril 1945, lors du procès de René Bach, les témoins et les rares survivants de cette rafle viennent déposer à la barre de la Cour d'assise de l'Aude. Face à eux, se trouve l'agent français du SD (Gestapo) qui répond de ses crimes d'assassinats, de vols et de trahison. 

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© ADA 11

René Bach à son procès

 Mayer Stern, tout juste rentré d'un camp d'extermination dans lequel des millions de ses semblables ont été assassinés par une idéologie fanatique, est venu pour témoigner. Ne parlant pas le français, c'est Paula Blonder demeurant à Carcassonne qui assure la traduction.

"J'ai été arrêté à Salsigne, le 30 janvier 1944. Un commandant Allemand, six militaires et le nommé Bach sont venus avec un camion, et une conduite intérieure. Nous avons été placés dans le camion et nous avons tous été amenés à la caserne de Carcassonne. Personnellement, je n'ai subi aucune violence. Alors que nous étions détenu à la caserne de Carcassonne, le nommé Bach est venu nous demander tous nos objets personnels ; tous ces objets ont été glissés dans une enveloppe individuelle avec le nom de chacun de nous dessus. La veille de notre départ, Bach est revenu et nous a restitué les objets que lui avions remis. Mon camarade Jacques Harth qui avait été arrêté comme moi a protesté, car Bach ne lui a  restitué une montre de peu de valeur, alors qu'il lui avait remis cette montre et une montre en or de marque "Schaffausen". Bach a alors répondu : "Vous mentez, vous ne m'avez jamais remis de montre". Harth n'a pas pu contester, mais j'étais présent lorsqu'il a remis les deux montres à Bach. Mon camarade Harth étant décédé en Allemagne à Auschwitz, je lui avais promis de m'occuper de son affaire."

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© Pablo Iglesias

La cour d'assise au procès Bach

Benno Feldmann (43 ans), acteur de théâtre de nationalité roumaine employé à la mine de Salsigne, témoigne :

"Lorsque la police de Carcassonne m'a présenté les photographies du nommé René Bach, j'ai reconnu formellement l'individu qui a participé à l'arrestation d'ouvriers israélites et qui a frappé brutalement mon camarade Schloss. J'ai pu me cacher à temps et j'ai vu comment se déroulait cette opération. C'est Bach lui-même qui la dirigeait. Connaissant la langue allemande, je l'ai entendu donner des ordres aux militaires. Il était porteur d'une liste qui comportait les noms de tous les ouvriers israélites de l'entreprise qui ont d'ailleurs été arrêtés. A un moment donné, j'ai vu mon camarade Schloss qui cherchait à rejoindre la baraque où se trouvait sa chambre. Il a été aperçu par Bach qui s'est précipité sur lui et l'a pris par le collet. Comme Schloss se débattait, Bach a sorti son révolver en le menaçant. C'est alors que Bach avec une brutalité d'une extrême violence, lui a donné de nombreux coups de pieds dans les parties génitales. Mon camarade s'est affaissé et malgré cela Bach a continué à le battre avec sauvagerie. Un militaire s'est approché avec une mitraillette et à ce moment-là j'ai quitté ma cachette pour fuir."

Ce sont au total 13 personnes qui ont été arrêtées ce jour-là au village de Salsigne, à la mine et à l'usine. Seul Benno Feldman a réussi à se cacher... Après un internement au camp de Drancy, les autres seront déportés au camp d'Auschwitz le 10 février 1944 par le convoi N°68. Au total 1500 personnes entassées dans des wagons à bestiaux voyageront pendant trois jours. A l'arrivée sur la rampe d'Auschwitz, la sélection enverra immédiatement 1229 déportés à la chambre à gaz, dont 295 enfants. Seuls 210 hommes et 61 femmes seront affectée au travail. On estime le nombre de survivants en 1945 à une quarantaine, soit moins de 5 % environ. De la rafle de Salsigne, seul Mayer Stern fut le rescapé. Il serait décédé en 1967 au Etats-Unis.

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© Wikipedia

Le camp de Drancy gardé par la police française

Nous avons pu établir une liste de treize personnes raflées à Salsigne, pour lesquelles nous avons retrouvé quelques informations les concernant.

Harth Jacques, né le 21.06.1891 à Fradiantz (Roumanie)

Gartner Mathias, né le 30 mai 1913

Kampelmacher Karl, né le 21.10.1895 à Radautz (Roumanie)

Gold Max, né le 30.09.1903

Grün Robert, né le 31 juillet 1899

Jaeger Tibor, né le 18 juillet 1895 à Budapest (Hongrie)

Kantorowitz David, né le 28.12.1894 à Witten (Allemagne)

Schloss Leopold, né le 13.06.1898 à Klemsteinach (Allemagne)

Stern Mayer, né le 14.04.1895 à Nowyborczin (Pologne)

Coifman Joseph, né le 14.03.1904 à Pripnitca (Roumanie)

Raviky Chaïm (Roumanie)

Knoph Ladyslaw (Hongrie)

Goldstein David (Allemagne)

 Mme Goldstein Frida raconte :

" Mon mari Goldstein David a été déporté le 31 janvier 1944 par la police allemande avec d'autres juifs. Je devais être déportée moi-même mais ayant un enfant de quelques mois, le soldat allemand qui est venu chercher mon mari m'a laissée chez moi. De tous les déportés aucun n'a écrit. Je n'ai pas assisté à l'embarquement."

Ci-dessous un témoignage video concernant le convoi N° 68

https://www.youtube.com/watch?v=omGHOuSI79A

Espérons que cette histoire éveillera les consciences et permettra à certains d'interroger leurs familles à Salsigne. Dans ce petit village, personne n'a dû raisonnablement oublier ce triste épisode. Soixante-douze ans après, il est encore temps d'en parler...

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