04/01/2017

Le 11 octobre 1973, la ville de Carcassonne condamnait l'assassinat de Salvador Allende

A 9 heures du matin ce 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet assiégeait avec l'armée le Palais présidentiel à Santiago du Chili. Un gouvernement militaire prenait le pouvoir par un coup d'état dans ce pays d'Amérique latine avec le soutien des services secrets américains. Le président socialiste Salvador Allende démocratiquement élu s'étant retranché dans ses bureaux, annonçait à son peuple qu'il allait se battre jusqu'à la mort. On retrouvera son cadavre avec une plaie au menton provoquée par un tir de AK-47. D'après les dernières enquête les président déchu se serait suicidé, mais à l'époque on parle de son assassinat par les sbires de Pinochet.

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Salvador Allende 

(1908 - 1973)

On sait parfaitement ce qu'il est advenu du Chili pendant la dictature de Pinochet : tortures, exécutions sommaires, disparitions, etc... Le cocktail répressif de tout régime totalitaire, en somme. Nous rangerons également dans ce registre les dictatures communistes, comme celles de Fidel Castro à Cuba. A ceci près que les Etats-Unis ne soutiennent que les dictatures qui leur sont favorables ou pire encore, protègent les criminels de guerre comme Klaus Barbie quand ils acceptent de travailler pour la C.I.A.

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Pablo Néruda

(1904 - 1973)

Autre victime du coup d'état de Pinochet, le poète chilien et Prix Nobel de littérature, Pablo Néruda. Douze jours après, il meurt officiellement d'un cancer de la prostate. Or, selon son chauffeur il aurait été empoisonné par injection létale. L'hypothèse de cette thèse a été confirmé par la justice chilienne en 2015. L'ancien ambassadeur du Chili en France récompensé pour ses actions en faveur de la paix, mourra donc dans des circonstances obscures après que sa maison a été saccagée par la junte militaire.

Je veux vivre dans un pays où il n'y ait pas d'excommuniés.
Je veux vivre dans un monde où les êtres soient seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette.
Je veux qu'on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries.
Je veux qu'on n'attende plus jamais personne à la porte d'un hôtel de ville pour l'arrêter, pour l'expulser.
Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie.
Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos.
Je veux que l'immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s'épanouir. 

En 1945, à Carcassonne Mercedes Nunez Targa - secrétaire de Pablo Neruda - témoignera au procès de René Bach, tortionnaire de la Gestapo de Carcassonne. C'est lui qui l'envoya en déportation après l'avoir interrogée dans la villa de la Gestapo, 67 route de Toulouse - rasée par décision municipale en février 2016. L'histoire n'est qu'une pelote dont on tire des fils ayant des liens entre-eux. Elle se rappelle sans cesse aux souvenirs de ceux qui tentent de la réduire au silence.

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© Chroniques de Carcassonne

Antoine Gayraud

(1910 - 1981)

Par décision du Conseil municipal en date du 11 octobre 1973, la ville de Carcassonne condamne le coup d'état de Pinochet contre le régime démocratique de président Allende et son assassinat. Le communiqué suivant est lu en séance du Conseil municipal.

Soucieux de Liberté, de Démocratie, le Conseil municipal de Carcassonne réuni le 11 octobre 1973, rappelle que la liberté dans le monde est indivisible.

Pour ces raisons un homme est mort.

Ses assassins croient avoir tué avec lui l'idéal qu'il représentait et l'expérience qu'il tentait dans le cadre de l'Unité Populaire.

C'est parce qu'il était profondément et sincèrement démocrate, qu'il voulait projeter sur la vie de son pays son idéal socialiste que Salvador Allende a été abattu.

A travers lui, on a voulu atteindre sa patrie, son peuple, mais aussi tous ceux qui dans le monde entier sont solidaires de cet idéal.

Condamnant le coup d'état et le régime qui en est issu, le Conseil municipal demande l'arrêt des exécutions et la libération des prisonniers.

Il dénonce les silences coupables du gouvernement Français, la répression aveugle et brutale qui frappe le Chili.

En hommage à la mémoire de Salvador Allende et du poète Pablo Néruda, le Conseil municipal de Carcassonne réuni le 11 octobre 1973, décide de donner leurs noms à deux rues de la ville.

Il appelle la population à manifester son soutien actif en participant à la collecte organisée en faveur du peuple Chilien. 

Source

Délibération CM / 11 octobre 1973

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10:10 Publié dans Politique | Tags : allende | Lien permanent | Commentaires (6)

03/01/2017

Disparition du patrimoine communal dans la rue Armagnac

Nous avions signalé en 2014 la disparition soudaine d'une plaque commémorative en l'honneur de l'académicien Fortunat Strowski, au 22 rue Antoine Armagnac. On peut dire sans crainte, que cet acte de malveillance ne suscita pas d'émoi auprès des autorités en charge du patrimoine communal. Il est vrai que cet historien de la littérature, essayiste et critique littéraire, professeur à la faculté des lettres de Paris n'est pas le plus connu des Carcassonnais. C'est pourtant dans notre ville qu'il vit le jour le 16 mai 1866, au 20 rue du Port (22, rue Armagnac). Si nos édiles d'aujourd'hui ne connaissent pas Fortunat Strowski, leurs prédécesseurs en revanche avaient pris soin d'honorer sa mémoire en 1952. Nous verrons comment...

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La plaque en l'honneur de l'académicien

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© ADA 11

Acte de naissance

Alexandre - le père du jeune Joseph Fortunat - était professeur d'Anglais au Lycée Impérial de Carcassonne. Son fils entra en 1885 à l'Ecole Normale Supérieure à 19 ans. L'année suivante, il devint docteur es-lettres. Successivement professeur aux lycées d'Albi, Montauban, Nîmes, il exerça ensuite à la Faculté des Lettres de Bordeaux, puis à la Sorbonne. Envoyé en mission en Italie en 1919, en Pologne en 1920 et au Canada en 1921, il fut chargé de mission et de cours à l'Université de Colombia en 1924-1925. En 1926, il a été élu membre de l'Institut de France au titre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques. Il est décédé à Neuilly-sur-Seine le 11 juillet 1952.

Je vous rassure la biographie ci-dessus n'a pas été copiée sur Wikipédia.

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La maison natale de Fortunat Strowki, actuellement sans la plaque

On pourrait polémiquer à loisir sur l'indigence du petit patrimoine Carcassonnais, mais nous n'en ferons rien. En vérité, c'est bien plus grave que cela. On pourrait s'entendre dire que cette plaque avait dû être posée par quelques admirateurs, membres d'une quelconque société savante de la ville. Or, cette fois ce chapelet d'objecteur des mauvaises consciences ne peut être soutenu. Il s'agit ni plus ni moins d'un acte répréhensible par loi, qui envoie au tribunal toute personne s'en prenant aux biens municipaux. Oui ! le propriétaire de l'immeuble - si, c'est lui - doit restituer l'objet déposé.

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Joseph Fortunat Strowski

 Par délibération du Conseil municipal de Carcassonne en date du 26 décembre 1952, la ville de Carcassonne décide d'honorer la mémoire de Fortunat Strowski et de Joë Bousquet. Elle fait apposer deux plaques : l'une au 22 rue Armagnac et l'autre, rue de Verdun sur la maison du poète J. Bousquet. Voilà donc ce que j'ai découvert lors de mes recherches dans les annales des délibérations municipales. 

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La plaque à Joë Bousquet est encore en place sur la façade de sa maison.

Bien entendu, nous demandons à la municipalité de Carcassonne - si cela n'est pas fait - de faire procéder à la remise en place de cette plaque. Sûrement en pure perte, car il probable qu'elle ait déjà visité la poubelle.

Source

Délibération Conseil municipal / 26 décembre 1952

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