07/01/2018

Où est donc passée la collection archéologique de Maurice Nogué ?

Voilà une nouvelle affaire à placer sans nul doute sur la longue liste de nos chers disparus... Au mois de juin 1952, Maurice Nogué fit don au Musée des beaux-arts de Carcassonne de sa grande collection archéologique. Au milieu des salles consacrées aux tableaux des peintres surréalistes provenant de chez Joë Bousquet, René Nelli avait installé dans sept vitrines les objets antiques de l'ancien avocat. Une carte des Pyrénées-Orientales, de l'Aude et de l'Hérault indiquait avec précision l'emplacement des stations ibériques de l'ère chrétienne. Les monnaies permettaient de constater que les Celtibères s'établissaient au bord de la mer et le long des routes fluviales. Le répertoire signalait les études publiées sur chaque emplacement ; les analyses en avaient été rédigées par les inventeurs des sites archéologiques.

Capture d’écran 2018-01-07 à 09.45.56.png

Poteries et anciens poids du Midi

 A côté de cette représentation schématique, figurait, en coupe, une station ibère type, telle que les travaux d'exploitation en révélèrent la structure. Les objets de fouilles, tessons de céramique ou poteries intactes, appartenaient à l'époque de Hallstatt et à l'époque de la Terre, premier et second âge du fer, avec des fibules en bronze, couches inférieures de la station. A un niveau intermédiaire reposaient les échantillons de céramique grecque à figures rouges. Les objets spécialement ibériques, de la fin du Ve siècle jusqu'aux approches de l'ère chrétienne, étaient des poteries et des figurines. On signalera, parmi elles, une espèce de guerrier en bronze inspiré de l'art étrusque. Enfin, au niveau supérieur, les poteries sigillées de la période gallo-romaine, signalaient la fin de la civilisation ibérique.

D'après les écrivains antiques, les premiers habitants dans nos régions furent les Ligures. On les situe dans la protohistoire et aux premiers âges du métal. Dès la fin du VIe siècle avant JC, début de l'époque de Tène, des peuplades ibériques venues de la péninsule hispanique, envahirent progressivement le sud de la Gaule en longeant les côtes pour s'arrêter au Rhône. Les premiers abris de ces peuplades furent retrouvés peu après la Libération. Ensérune et le Cayla de Mailhac en sont de précieux exemples. La civilisation ibérique a subsisté sous la domination des Galois qui vinrent s'établir chez nous 300 ans environ avant notre ère. Les nouveaux arrivants se divisèrent en tribus : Volques Arécomlques avec Nîmes pour capitale, Volques Tectosages autour de Toulouse. Les peuplades ibériques perdent leur autonomie. Lors de la fondation de la Province, en 118 avant J-C, elles vont disparaître.

Nos lointains ancêtres ont frappé des monnaies en bronze imitant les pièces grecques. Ces monnaies sont très rares. Dans deux des vitrines, Maurice Nogué exposait une cinquantaine de spécimens bien conservés émis par les Longostalètes, des environs de Narbonne, et les chefs de tribus Kaiantolos, Bitouios, restés des personnages mystérieux. L'histoire les identifia grâce à ces jetons de métal. Une rarissime petite pièce en argent peut être considérée comme la plus ancienne monnaie frappée en pays audois. On n'en connaît que seize exemplaires, dont quatorze proviennent de Montlaurès, colline située à 4 km de Narbonne. La date d'émission paraît être 400 ans avant J-C.

A côté de ces vestiges pré-romains, Maurice Nogué disposa dans trois vitrines, de beaux jetons du Languedoc ; une centaine à peu près, tous "fleur de coin". La notice rappelait que ces jetons apparurent sous le règne de Saint-Louis. Alignés dans une tablette, le "Comptoir" (l'albacus des anciens), ils étaient utilisés pour faire des calculs. Vers le milieu du XVe siècle, avec l'introduction des chiffres arabes, cet usage fut abandonné. On n'utilisa plus les jetons que pour récompenser les membres d'une administration, d'un Etat provincial. Les Stats du Languedoc, qui se réunissaient annuellement sous la présidence de l'archevêque de Narbonne pour fixer le chiffre et le mode de répartition des impôts, les firent frapper eux aussi des jetons en argent ou en cuivre. On voit un qui jeton rappelle la création du canal des Deux-Mers ; ceux qui ont été frappés à l'occasion de la publication de l'Histoire du Languedoc, monument d'érudition dû à Dom Devic et à Dom Vaissette ; les jetons qui commémorent l'achèvement de la statue équestre de Louis XIV, sise place du Pérou à Montpellier ; la construction du pont du Gard...

Dans une autre vitrine se trouvaient les poids du Midi. Les plus anciens remontant à l'an 1239 ; ils appartenaient à la cité de Toulouse. La plupart des villes d'origine romaine : Albi, Rodez, Carcassonne, Narbonne, la Cité et le Bourg avaient des poids distincts, portant des armoiries et des attributs différents. Dans la vitrine, le premier poids de Carcassonne, émis sous Saint-Louis, poids inédit, non mentionné dans les répertoires ; de même, le poids de fantaisie de Colbert. Des cartons les entouraient portant les blasons des villes.

Carcassonne,_Aude,_Musée_des_Beaux-Arts_(2).jpg

Où est passé l'ensemble de cette collection exceptionnelle ? Dans un coin poussiéreux des réserves du musée ? Ce serait un moindre mal, quand on sait que le bâtiment fut fermé une dizaine d'année après le départ de René Nelli et livré au quatre courant d'air. Il serait intéressant que du côté de l'administration et à la lecture de cet article, on veuille bien mener une petite enquête. Regrettons qu'une ville comme Carcassonne n'ait jamais possédé de musée archéologique. L'éminent Jean Guilaine pourrait nous éclairer sur la qualité de l'ensemble de la collection de Maurice Nogué.

_________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

10:45 Publié dans Patrimoine disparu | Tags : nogué | Lien permanent | Commentaires (3)

05/01/2018

Les débuts de Mistinguett à l'Alcazar de Carcassonne

A la fin du XIXe siècle, Carcassonne possédait encore plusieurs salles de Music-Hall. Dans le quartier du Palais de justice, on allait à la belle saison à l'Alcazar d'été - rue de Belfort - et à partir de l'automne, à l'Alcazar d'hiver. Cet établissement se trouvait sur l'actuel boulevard Jean Jaurès. Il fut transformé en cinéma "Le Boléro" puis dans les années 1990 en centre de contrôle technique pour les véhicules. C'est là que fit ses débuts en province, la jeune artiste Jeanne Florentine Bourgeois, connue plus tard sous le nom de Mistinguett.

mistinguett_01.jpg

Mistinguett

(1875-1956)

Le pseudonyme de Mistinguett proviendrait de la déformation du nom de l'héroïne de l'opérette "Miss Helyett" d'Edmond Audran. Vous avez sans doute oublié cette œuvre musicale du compositeur de Gilette de Narbonne, Le grand Mogol ou de la Mascotte. Pour cette dernière, nos anciens fredonnaient "J'aime mieux mes dindons, j'aime mieux mes moutons quand ils font leurs doux glou glou flou. Quand chacun fait bê bê bê." Mistinguett fit donc ses premières armes à Carcassonne à une époque où elle ne connaissait pas encore la célébrité. C'est cette anecdote que nous avons retranscrite d'un entretien que donna M. Esparseil en 1960 à la presse locale.

"Il y avait une autre dans le quartier du Palais de justice, derrière l’Alcazar de la mère Annou, que tous les vieux ont connu. Celui-ci est remplacé par le cinéma en face de la préfecture. Toujours au grand complet, il était fréquenté par la troupe et les sous-officiers de cavalerie.
C’est là que j’ai connu Mistinguet alors toute jeune. Elle y venait avec l’un de nos camarades, sous-off, comme nous, et elle était déjà très amusante, promesse de la grande carrière qui fut la sienne.
Notre camarade, qui ne l’avait pas vue depuis une vingtaine d’années, eu l’idée, pendant la guerre de 1914, posant à Paris en permission, d’aller la voir. Elle était en pleine gloire et dans toute sa splendeur. Il fut reçu à bras ouverts."

4186976741.png

L'Alcazar d'hiver, sur l'ancien boulevard de la préfecture

La grande salle de l'Alcazar d'hiver se trouvait 17, boulevard de la préfecture. M. Feuillat avait à coeur d'y  engager des artistes, considérés par la presse locale comme ayant fait les beaux jours des cabarets parisiens : comiques troupiers, chanteuses réalistes, danseuses exotiques, etc... Carcassonne étant une ville de garnison, il fallait émoustiller le militaire. Très souvent, les voisins se plaignaient de l'agitation et des nuisances sonores dans le quartier. Sans compter, les amendes infligées à la direction pour salle de jeu clandestine. Cette salle servira également pour les meetings politiques ; on y entendra le Dr Ferroul. Rien d'étonnant à cela puisque Jean Feuillat fait partie du conseil municipal, dirigé par le maire Antoine Durand.

f8c83dcf693731ced0e5898afeadf4d1--about-art-zig.jpg

La grande Mistinguett viendra ensuite à plusieurs reprises à Carcassonne au Théâtre municipal. Elle dormira même à l'Hôtel de la Cité en 1932. Parmi les grands succès de l'artiste : Ça c'est Paris !

Paris, c'est une blonde qui plaît à tout le monde...

https://www.youtube.com/watch?v=p2OxL7i_x_Y

__________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

02/01/2018

Les vœux de l'administrateur de "Musique et patrimoine de Carcassonne"

feu_dartifice-paul_palau.jpg

Chers lecteurs,

En cette nouvelle année, je formule des vœux pour vous et vos proches de bonne santé et de prospérité. Vous pourez toujours compter sur ma détermination pour faire avancer la recherche historique de notre ville. Ceci, malgré un petit nombre d'esprits chagrins et jaloux qui se complaisent à discréditer ce travail. Je terminerai en citant le poète Joë Bousquet, dans "Le médisant par bonté" :

"Les médisants ressemblent aux malheureux qui n'ont pas eu leur part d'événements et doivent mener aux dépens de leurs voisins une existence parasitaire."

En 2017, vous étiez près de 500 à suivre quotidiennement mes articles. Voilà une performance, comme la meilleure des réponses aux misérables fesse-mathieux, familiers des alcôves poussiéreuses de la ville.

Martial Andrieu