06/10/2016

La fin de l'église catholique romaine dans l'Aude, d'ici 30 ans...

L'ancienne église de Carcassonne (ecclesia Carcassensis), plus tard ecclesia Carcassonensis, a été fondée au cours du Vie siècle. Saint-Hilaire peut être considéré comme le premier évêque et il y a lieu de croire qu'il fut le prédécesseur immédiat de Sergius, qui siégea au 3e concile de Tolède en 589. A la suite du Concordat de 1801, le pape Pie VII a prononcé l'extinction de l'ancienne église de Carcassonne et a constitué une nouvelle église rattachée à la métropole de Toulouse (Bulle du 19 novembre 1801). Le nouveau diocèse a été formé par le département de l'Aude et, jusqu'en 1823 par celui des Pyrénées-Orientales. Il comprend, outre l'ancien diocèse de Carcassonne, la plus grande partie des diocèses de Narbonne, de Saint-Papoul et d'Alet et une partie notable du diocèse de Mirepoix. Chacun de ces diocèses avait son propre évêque.

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L'Aude 

(1978 - 2016)

En 1978, le département de l'Aude compte 272 366 habitants. Le diocèse est divisé en 7 zones (Carcassonne, Carcassès, Razès, Narbonne, Narbonnais, Corbières, Lauragais) avec à l'intérieur des doyennés. Bien entendu, chaque village constitue à lui seul une paroisse, avec le plus souvent un prêtre. Si l'on ne prend comme indicateur que le nombre d'ecclésiastiques au service des paroisses, le diocèse de l'Aude possède en 1978 : 13 doyens, 75 curés, 8 vicaires économes, 46 vicaires coopérateurs. Déjà à cette époque, on observe un clergé vieillissant ; les nouveaux seront trop peu nombreux pour, le moment venu, remplacer les anciens. Il y a 60 curés nés entre 1909 et 1918, contre 15 nés après 1939. 

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Aujourd'hui, la population du département est de 374 868 habitants. Le diocèse a été contraint de se réorganiser en découpant la multitude de ses anciens paroisses en 14 grandes paroisses. Elles sont partagées entre le 68 prêtres, 10 diacres et 31 laïcs et religieuses qui doivent faire des kilomètres pour dire la messe dans un village, une fois sur deux, voire sur trois. Parfois, plus du tout...

Carcassonne 

(1978 - 2016)

La doyenné de Carcassonne comptait à elle seule 22 curés : MM. Alquier, Alvernhe, Andrieu, Balue, Belloc, Bonhoure, Denarnaud, Escoupérié, Garrouste, Pujol, Raucoule, Raynier, Tico, Vaqué, Zago, Bories, Cazaux, Chamayou, Laux, Mazières, Sabatier, Vergnes. Du côté de la communauté de religieux et religieuses : Couvent des Capucins, Sainte-Famille, Filles de charité, Ordre de Notre-Dame, Soeurs de Massac, Soeurs de St-Joseph de Gérone, Dominicaines d'Albi, Soeurs de Parme, Soeurs Blanches.

Aujourd'hui, la ville de Carcassonne ne compte plus que 5 prêtres : MM. Bergnes, Caraguel, Remaury, De la Soujeole, Gardey de Soos. 2 prêtres associés et 2 prêtres résidants. Soit au total 9 prêtres, là où elle en comptait 22, il y a 38 ans... A ce rythme là, on peut imaginer que les services de l'église catholique romaine dans le département de l'Aude auront disparu dans une vingtaine d'années.

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La chapelle St-Martin a été rasée en février 2016

Nous n'aborderons pas l'épineux sujet des finances du diocèse... Juste rappeler à ceux qui se servent de l'actualité islamophobe à des fins politiques, qu'ils devraient donner au dernier du culte ; c'est la principale ressource de l'église et elle fond comme neige au soleil. Que sans cet argent, les églises seront amenées à disparaître faute d'entretien et surtout, de présence des laïcs. Rappeler également qu'en 1978, l'église de l'Aude possédait un service pour les migrants avec l'abbé Barthès.

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24/09/2016

Enquête au coeur des trésors endormis de la Bibliothèque municipale de Carcassonne

 Le 30 avril 1999, l'excellent journaliste de la Dépêche, J-L Dubois-Chabert - jugé trop subversif culturellement parlant et mis au placard depuis - s'alarmait de l'état de conservation des incunables dans la Bibliothèque municipale de Carcassonne :

"Autant de richesses dans un si petit périmètre, Carcassonne possède-là un patrimoine inestimable... mais fragile comme une promesse de campagne. Les conditions de conservation de ces ouvrages anciens sont loin d'être idéales." 

Et pour terminer sur une note positive le constat dramatique d'ouvrages du XIIIe siècle conservés dans un bâtiment non climatisé dépassant en été le 25°, le journaliste concluait ainsi : "Vivement la médiathèque". Il y a donc 18 ans de cela et depuis des "progrès" ont été enregistrés pour l'ensemble des usagers.

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Un désherbage dans une benne à ordure en 2010 en pleine rue de Verdun qui fit scandale, la bibliothèque municipale passant sous compétence de la Communauté d'agglomération, un projet de médiathèque de plusieurs milliers d'euros payé par les contribuables et jamais réalisé à ce jour, l'ensemble des collections transférées dans un pré-fabriqué à Montquier loué 10 000 € mensuels depuis 2010. Aujourd'hui, nous ne sommes pas prêts de voir cette médiathèque sortir de terre ; depuis six ans les collections sont tenues à l'écart des Carcassonnais à dix kilomètres de là. Alors, nous avons voulu savoir ce qu'il y a de précieux dans les collections de feu la Bibliothèque municipale.

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Comme un symbole, l'année dernière les services de la ville de Carcassonne ont découpé la plaque ci-dessus en deux. Ils n'ont conservé que "Musée des Beaux-arts". La bibliothèque ayant été virée de la rue de Verdun, on a transformé ses anciennes salles pour agrandir le musée en 2013. Agrandissement pour accueillir la collection de Cérès Franco qui n'a séjourné qu'un an à Carcassonne, puisque la nouvelle municipalité n'en a plus voulu. Elle se trouve désormais à Montolieu. Les élus préfèrent-ils le Musée à la Médiathèque ? 

Aspect historique

 C'est en 1796 seulement, après la création de l'Ecole centrale de l'Aude que les dépôts réunis après 1790 furent envoyés à Carcassonne. Une salle du futur lycée les abrita. Un professeur de l'établissement fut désigné comme bibliothécaire. Aucun catalogue ne fut dressé. Le 5 mai 1804, la ville devint propriétaire de la bibliothèque de l'Ecole centrale et nomma un bibliothécaire pour 1200 francs annuels. Trouvant la charge trop lourde, elle supprima son salaire et la bibliothèque végéta. Des livres durent vendus, rendus à leurs propriétaires ou cédés à l'Evêché. En 1833, une commission de 12 membres choisis par le ministre de l'Intérieur sur 36 noms choisis par le maire fut chargée de conserver les collections de la Bibliothèque et de créer un Musée des Beaux-Arts. En fait, elle s'occupa en priorité du Musée et se soucia peu de la Bibliothèque. Elle sera fondée le 2 mars 1845 par un arrêté du préfet sous le nom d'une association : La Société des Arts et des Sciences de Carcassonne.

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La Bibliothèque quitta le lycée et logea dans un appartement loué en ville. Avec la construction d'un nouveau Palais de justice, les locaux de l'ancien Présidial allaient accueillir en 1861 la vieille dame. On soigna le décor, puisque le fonds d'Etat fut disposé sur les boiseries qu'on avait apportées de Lagrasse en 1796.

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© La dépêche / Roger Garcia

Au fond, les boiseries de l'Abbaye de Lagrasse en 2010. En 2011, elles furent démontées pour créer une nouvelle salle du musée. Où sont-elles désormais ? Il serait dommage qu'un jour, un ignorant décide de les mettre à la décharge. On peut hélas s'attendre à tout dans cette ville... C'est donc à partir du milieu du XIXe siècle que la bibliothèque commença à recevoir des dons. C'est d'ailleurs une partie de ceux-ci qui se retrouvèrent dans la benne à ordure durant l'été 2010, d'après l'Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne. En 1866, Charles de Fierville étudia un certain nombre de manuscrits ; par la suite, les bibliothèques constituèrent un catalogue.

Les trésors de la Bibliothèque

L'ancienne Bibliothèque municipale possède quelques oeuvres d'une grand valeur littéraire ou historique. Nous allons faire un peu le tour de ce trésor dont nous ignorons aujourd'hui la localisation. Il se dit qu'il aurait été transféré aux Archives départementales de l'Aude, mais tout ceci reste d'une grande opacité.

Flamenca

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© Association d'études du Catharisme

Ce manuscrit du XIIIe siècle est unique ; il n'en existe pas de réplique. Il se compose de 140 feuillets dont le premier est pratiquement inexistant. Ce roman écrit en langue romane et en vers faisait partie de la bibliothèque de M. de Murat. A l'origine, sa couverture en bois avait disparu lorsqu'au XIXe siècle, elle fut remplacée par un marocain. C'est le joyau des deux littératures d'Oc et d'Oil car il offre un premier modèle du roman psychologique et de l'amour courtois. "Flamenca" qui n'avait pas de titre, trouva son nom grâce à M. Raynouard, Membre de l'Institut en 1834.

Philomena

 "Gesta Caroli Magni ad Carcassonam et Narbonam et de aedificatione monasterii Crassensis, autore Philomena."

En dehors de Carcassonne, il existe quatre autres versions de ce texte, toutes manuscrites conservées à : Bibliothèque Laurentienne (Florence), British Museum (Londres), Bibliothèque Nationale de France, Bibliothèque d'Aix-en-Provence. L'exemplaire de Carcassonne est également une copie provenant de l'Abbaye de Lagrasse avant la Révolution. Philomena rattache la fondation de l'abbaye de Lagrasse aux faits d'arme de Charlemagne et de Roland dans les guerres contre les Sarrasins.

Ouvrages religieux

Missel à l'usage de l'église de Carcassonne daté de 1472, comprenant 339 feuillets avec initiales et pages ornées. cet ouvrage est relié en bois recouvert de cuir, avec ornements à froid et restes d'un fermoir en laiton. La reliure fut restaurée en 1966.

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Office de la vierge Marie qui fut la propriété au XVIe siècle d'un marchand de Laure-Minervois. Les notices sont écrites en Roman.

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Le roi David en prière, issu d'un psautier acquis par la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne au XIXe siècle.

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Salluste (XVe siècle) de 178 feuillets en parchemin. Ci-dessus, la Conjuration de Catalina.

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Quintilien forme un ouvrage volumineux, un manuscrit de 246 feuillets en parchemin du XVe siècle, en écriture italienne avec des initiales ornées. Au feuillet d'incipit, on voit une note de M. de Murat (ancien propriétaire) qui précise que les notes marginales et les corrections sont de la main du cardinal Jouffroy. Il se le serait procuré en Italie et le lut à Rome en 1454. D'après M. de Fierville, cet ouvrage provient de l'abbaye de Cluny à laquelle le cardinal donna la moitié de ses biens.

Les lettres de Napoléon 1er

En 1869, le Carcassonnais Cornet, gendre du baron Peyrusse, donna à la ville, pour remplir le voeu de son beau père décédé neuf ans plus tôt, plus de 400 pièces concernant entre autres la comptabilité des administrations diverses de l'île d'Elbe pendant le séjour de l'Empereur, la comptabilité du payeur pendant les campagnes de 1809 à 1814, la comptabilité du quartier impérial pendant les Cent jours.

Le registre de correspondance et d'ordres dictés directement par Napoléon à son secrétaire à l'île d'Elbe avait disparu à Paris pendant l'incendie de la Commune. Or, il existe à Carcassonne une copie de ce registre dans son intégralité, puisque Cornet-Peyrusse qui avait pour désir de composer une histoire du séjour de Napoléon à l'île d'Elbe obtint l'autorisation de le copier.

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© A.A.V.C

Le baron Peyrusse. Daguerréotype conservé au Musée des Beaux-arts de Carcassonne et retrouvé grâce à Alain Pignon dans les réserves.

Les papiers du baron Peyrusse contiennent le "Grand livre des Recettes et des dépenses de l'île d'Elbe". Il fut exposé en 1969 au Grand Palais pour commémorer le second anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte. On y trouve aussi une copie du journal de Sir Neil Campbell qui, chargé par le vicomte de Castlereagh d'installer Napoléon à l'île d'Elbe, resta auprès de lui à sa demande. Il y a également un certain nombre de rapports à l'Empereur, au général Drouot, au maréchal Bertrand, presque tous annotés par Napoléon.

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Ordre manuscrit de Napoléon au Baron Peyrusse

(7 juin 1815)

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Si l'on ajoute à cela les archives d'André Pons dit Pons de l'Hérault (1772-1858), la Bibliothèque municipale possédait sur les dernières années de l'Empire un ensemble de documents de premier ordre dont beaucoup sont inédits. Tout ceci appartenait aux Carcassonnais et a été accaparé au profit de la Communauté d'Agglomération avec le succès que nous connaissons.

Les archives des loges maçonniques

Il existe une liasse de documents sur les comptes-rendus des délibérations de plusieurs loges maçonniques de Carcassonne entre 1761 et 1819 et des rituels. Après 1743, la loge au 18° des Commandeurs du Temple de la Parfaite Vérité se réunissait dans un appartement de l'Hôtel Carbou, situé à l'angles des rues de la République et Jules Sauzède. Un pièce avait été aménagée en temple. D'autres manuscrits proviennent du peintre Jacques Gamelin fils, dont le père avait décoré une loge sous la clinique Delteil (aujourd'hui, maison de retraite Montmorency). Gamelin appartenait à "La parfaite amitié et des Commandeurs du Temple Réunis" à l'Orient de Carcassonne.

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Les murs peints par Gamelin père

Un ouvrage fort rare complète la collection. Son auteur est Louis-François de la Tierce (1699-1782). "La tierce". Histoire, obligations et statuts de la très Vénérable Confraternité des Francs-Maçons, tirés de leurs archives et conformes aux traditions les plus anciennes : approuvés de toutes les Grandes Loges et mis au jour pour l'usage commun des Loges répandues sur la surface de la terre. (1742)

Les Lettres d'André Chénier

Il n'existe dans le monde qu'un très petit nombre d'écrits autographes d'André Chénier. La Bibliothèque de Carcassonne en possédait 15, rédigés entre 1789 et 1794, pendant la tourmente révolutionnaire. Elles sont entrées en 1880 et 1892 par la famille du poète révolutionnaire. 

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Lettre du 10 janvier 1790 de Londres, adressée à son père

M. Descadeillas - ancien conservateur de la Bibliothèque - note : "Nombre de pièces ou d'ouvrages de Marie-Joseph Chénier en édition originale sont également réunis aux manuscrits parmi lesquels on voit des liasses de correspondance qu'on n'a pratiquement pas étudiées. Il s'agit de la correspondance de M. et Mme Gabriel Chénier : 2500 autographes, disent les catalogues. On y lit les noms de descendants des grandes familles de l'Empire, de personnages de la haute administration et de la politique, aussi quelques lettres inédites de Sainte-Beuve que M. Guiraud Venzac releva en 1956."

Toutes ces pièces manuscrites et tous ces ouvrages ont figuré à l'exposition Chénier, à la Bibliothèque Nationale en décembre 1962.

Les Lettres de compositeurs du XIXe siècle

Le fonds Paul Lacombe (1837-1927) recense plus d'une centaine de lettres manuscrites qui lui avaient été adressées par ses amis compositeurs durant sa vie : Bizet, Massenet, Fauré, Chabrier, etc...

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Ainsi que les partitions manuscrites et dédicacées par le maître Carcassonnais.

René Descartes 

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Ajouté et signé de la main de René Descartes, les Principes de philosophie (1644) font aussi partie du fonds de l'ancienne Bibliothèque municipale.

"F. Ogier acris judicii Senatori censendo proponit" Des Cartes.

Les incunables

Au total, la Bibliothèque conserverait 37 incunables en 50 volumes dont :

La Bibla sacra latina de Nicolas de Lyre (circa 1488)

Lettres à Lucilius de Sénèque (1475)

Aeneas Sylvius (1473)

etc...

Sources

La bibliothèque municipale / R. Descadeillas / 1970

Catalogue collectif de France / BNF

http://ccfr.bnf.fr/portailccfr/jsp/ccfr/sitemap/ead_sitem...

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19/08/2016

La dyslexie des transcripteurs du cadastre Carcassonnais

Nous pourrions continuer à nous amuser autour des plaques de rues de cette bonne ville de Carcassonne, tant les coquilles sont nombreuses et variées. Pour s'en dédouaner chaque nouvelle municipalité qui a eu à affronter la critique a cherché à botter en touche : "Ce n'est pas nous, c'était déjà là avant". Comme chaque enfant pris le doigt dans le pot de confiture... Sauf que là, il ne s'agit pas d'enfantillages mais de respect pour les personnages de l'histoire de France, auxquels on doit rendre l'hommage qu'ils méritent. Dans un article publié hier, un journal local relate la communication de la mairie selon laquelle l'ensemble des erreurs va être corrigé. Reprenant le sempiternel refrain "elles étaient là, avant nous", le responsable explique qu'une commission extra-municipale d'historiens et de passionnés, va être mise en place pour pallier désormais à toutes ces erreurs. Là, on voudrait bien sourire mais cette personne ignore que cette commission existe déjà - sûrement parce qu'elle ne se réunit jamais. Sous la municipalité précédente, Madame Martinez - 1ère adjointe - présidait ce cénacle chargé d'attribuer les nouveaux noms de rues et d'en modifier les erreurs. On comptait déjà dans ses rangs MM. Marquié et Bonnet - deux érudits incontestés. Il semblerait que l'efficacité des réunions n'ait pas permis de transformer sur le terrain, les bourdes inscrites sur les panneaux. Pourquoi ? La réponse se trouve dans l'article d'hier. Le responsable explique que c'est le service technique - pas le service culturel, ni du patrimoine - qui s'occupe des modifications et des remplacements des plaques. Autant demander à mon boucher de faire vêler les vaches ! Je rappelle que est "Carcassonne, ville d'art et d'histoire" et "Patrimoine mondial". Ajouterions- nous le label "Ville d'improvisations" ?

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Les services municipaux font plus de shopping dans les Galeries Lafayette, que d'histoire avec le Marquis de la Fayette. Quant à la particule, elle ne prend jamais de majuscule. 

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Jacques Offenbach devenu subitement suédois fait un come-back, mais c'est loin d'être comme Bach. Dans cette rue, j'avais fait changer les plaques en 2012. Une seule résiste encore, juste pour se démarquer ou pour rappeler le peu de sérieux de nos communaux.

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Je me suis amusé à faire le tour du quartier - je suis taquin. A des endroits, la rue Beethoven est seulement indiquée par des numéros. Je croyais que c'était les numéros de ses symphonies... Non, c'est pour faciliter la vie du facteur.

Le cadastre

Au service du cadastre Carcassonnais, on doit recevoir la charge en héritage depuis des décennies. Comment expliquer alors qu'ils soient tous atteints par une dyslexie aigüe ? Nous avons observé que de très nombreux noms de quartiers ont été modifiés en dépit de toute recherche historique. Cela ne tient qu'à une lettre, mais qui change radicalement l'histoire locale. Plaignons les chercheurs lorsqu'ils doivent analyser et confronter les plans anciens avec ceux d'aujourd'hui...

Quelques exemples

La FerraNdière est devenue La FerraUdière

(Zone du côté de Salvaza)

CucurLis est devenu CucurNis

(Route de Toulouse)

Le domaine de MoUreau devient MoReau

(Route de Berriac)

St-Jean de BrucaFel devient St-Jean de BrucaTel

(A Grazailles)

Le chemin de MaleLait devient MaTelait

(A Villalbe)

GrazailleS devient Grazaille

Le GPS

Autre inconvénient - non sans conséquences - les GPS perdent la boussole. Par exemple, à Villalbe... La rue Joseph Comes (1893-1979) - un ancien conseiller municipal du hameau - prend le prénom de Jean. Pourquoi ? Sur la plaque, il est inscrit J. Comes. La ville ne savait plus si c'était Jean, Joseph ou peut-être encore Josabeth. Au petit bonheur, on a opté par Jean. Manqué ! 

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09/08/2016

Les orfèvres de l'incompétence...

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Dernièrement, la ville de Carcassonne a semble t-il fait procéder à un changement de plaque à l'angle des rues Fédou et Pierre Germain. Par un coup de baguette magique, le compositeur chaurien Pierre Germain est devenu orfèvre ; le service en charge n'a sans doute pas observé - à défaut de se renseigner - que sur les autres plaques de cette rue, il est marqué Pierre Germain (compositeur).

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Selon Léon Riba 'Carcassonne, ses places et ses rues" (1951), le chemin menant à La Prade a été dénommé Pierre Germain en 1891, en mémoire du compositeur né à Castelnaudary en 1817. Ne sachant visiblement pas qui était cet illustre audois et surtout, n'ayant que Wikipedia sous la main, ils sont allés chercher un personnage qui n'a rien à voir avec Carcassonne : Pierre Germain (1645-1684), orfèvre de Louis XIV. Ainsi, les orfèvres de l'incompétence ont encore frappé les pauvres esprits retors que nous sommes... Si la connerie se mesurait, Carcassonne servirait de mètre étalon ! (Déformation d'une réplique de Jacques Audiard prononcée par Jean Gabin dans "Le cave se rebiffe").

Il est vraiment temps que la ville engage des gens ayant une connaissance approfondie de l'histoire de Carcassonne. Cela évitera de dépenser les sous du contribuable pour refaire une plaque ou plus grave, de se faire passer pour des incultes de notre histoire locale.

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30/06/2016

Carcassonnais, vous n'avez pas honte ? Et pendant ce temps, férias et corridas ?... Olé !

C'est un choc, un véritable sentiment d'horreur ! Le poids des mots, le choc des photos ; pour reprendre le slogan du plus connu des magazines de reportages. Comment a t-on pu laisser faire cela dans une ville comme Carcassonne dont le nom historique résonne de l'orient à l'occident ? On vous aura parlé sans doute de ces prédateurs immobiliers étrangers sans foi, ni loi, connus pour avoir pillés nos châteaux.

Vous a t-on expliqué que dans notre ville, on a laissé faire les mêmes pratiques ? Là, à deux pas de la place Carnot et du centre historique que l'on appelle La bastide Saint-Louis... Oui, nous sommes coupables de ne pas nous y être intéressés, comme tous ceux ayant eu en charge cette ville qui, à des degrés divers, auront fermé les yeux sur ce saccage. Mais bon sang, à qui profite le crime ? Car, on n'en est pas ici à un coup d'essai; on pourrait d'ailleurs dresser la liste exhaustive des bâtiments historiques laissés à l'état de ruine par le fait d'une escroquerie ou d'un je m'en foutisme général. Oh ! bien sûr, on ne sait que trop qu'il ne faut pas gêner les personnes au sein de relations politiques. Ah ! C'est lui le propriétaire ? On ne va pas l'emmerder, toute sa famille vote pour nous. Voilà, comment pendant des décennies le patrimoine de Carcassonne s'est retrouvé ruiné et aux mains de marchands de sommeil bourgeois qui vont à la messe le dimanche et logent la semaine, de pauvres hères dans des conditions indignes de salubrité. La C.A.F leur règle l'addition, mais eux ne manquent jamais de pester en public contre toutes ces aides sociales que l'on distribue aux assistés et aux immigrés. Pourtant, on trouve des roumains dans leurs bobinards désaffectés qui, pris de saturnisme remplissent la salle d'attente de leurs cabinets.

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Au n°77 de la rue de Verdun, caché par des moellons du plus bel effet, se trouve un hôtel particulier du XVIIIe siècle construit par Guillaume Castanier, propriétaire de la manufacture royale de la Trivalle.

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Guillaume Castanier

Si ce bâtiment est actuellement fermé de la sorte, c'est qu'il a été squatté à la suite d'un projet immobilier qui a mal tourné - un de plus à Carcassonne. En fait, il s'agirait même d'une escroquerie d'après les journaux locaux.

Les faits remontent à 2000.
La société montpelliéraine CTMO (groupe Quarate) est spécialisée dans la réhabilitation d'’immeubles situés dans des centres-villes sauvegardés, à des fins de défiscalisation. Vingt-sept personnes, disséminées dans la France entière, ont ainsi été démarchées pour un investissement de type “loi Malraux” concernant l’'hôtel particulier Castanier-Laporterie, au 77 de la rue de Verdun.

"On nous proposait des affaires clefs en mains avec toute l’apparence de la légalité", explique Jean-Pierre Ghilini, qui aurait perdu 170 000 euros dans l’opération. Problème, les travaux n'’ont jamais commencé malgré le déblocage des sommes. Pire, la société a été mise en liquidation judiciaire en 2007.
Face à l’ampleur de l’affaire (Ndlr : 18 chantiers du groupe Quarante seraient concernés), le dossier a finalement été confié à la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille en 2006. Depuis, l’'affaire est toujours en cours. "Plusieurs juges d’instruction se sont succédés et il a été extrêmement difficile de rassembler tous les papiers", raconte Me Renucci-Pepratx.

(Le Midi-libre)

Ainsi, pendant des années l'immeuble est resté ouvert aux courants d'airs. Qui s'en souciait ? Fort heureusement, la Bastide étant en secteur préservé, l'hôtel particulier ne pouvait être rasé. Vous savez qu'à Carcassonne, nous avons des experts ; ils laissent pourrir un bâtiment jusqu'à ce qu'il soit ruiné.  C'est à ce moment-là qu'intervient un bailleur social pour raser et édifier quatre étages de béton avec le concours d'architectes, spécialisés dans la construction de cages à poules. Au mois d'octobre dernier, il a pu être visité par des particuliers dans le cadre d'une future vente aux enchères publiques. C'est grâce à la contribution de l'un d'entre eux que nous diffusons ces photographies, non pas pour dénoncer mais pour alerter sur l'état de péril imminent de l'Hôtel Castanier-Laporterie.

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Dans les années 1990...

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Au même endroit en 2016

Suivez le guide, attention à vous...

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L'entrée par la rue de Verdun

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Cour intérieure, accès aux étages

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Façade donnant sur la cour

B cour interieure vue du premier etage Photo MHM.jpg

Vue sur la cour depuis le 1er étage

B terrasse du premier etage Photo MHM.jpg

Le balcon du 1er étage

C cage escalier donnant acces au premier et deuxieme batiment Photo MHM.jpg

Escalier d'accès avec ses tomettes d'origine

C Cage escalier plafons eventrés du deuxieme etage Photo MHM.jpg

Une partie du plancher écroulée

C cage escalier premier etage porte donnant sur terrasse Photo MHM.jpg

C'est pour un très gros chat, sûrement

C poutres et gravas tombent de la charpente à travers le deuxieme etage sur le premier etage Photo MHM.jpg

Les infiltrations d'eau font des ravages

C poutres et gravas venus du toit sur le premier etage Photo MHM.jpg

Accès aux salons XVIIIe

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Une très belle pièce ajourée

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Ici, on a emporté la cheminée

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Là, les ornements en plâtre...

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Même la tuyauterie en cuivre...

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Les stucs n'ont pas été épargnés

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L'arrière du bâtiment donne dans la rue Aimé Ramond. C'est par là que rentrait le carrosse tiré par des chevaux, remisé ensuite dans les écuries.

Venez avec moi à Albi...

Un autre patrimoine mondial de l'UNESCO met en valeur ses hôtels particuliers et les propose à la visite dans le cadre de l'Office du tourisme.

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Hôtel de Castelnau

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Hôtel de Gorsse

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Hôtel de Reynes

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Hôtel de Saunal

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Hôtel Decazes

 

Albi, chef-lieu du Tarn (49 342 habitants) - Patrimoine UNESCO

Carcassonne, chef-lieu de l'Aude (46 724 habitants ) - Patrimoine UNESCO

20 ans de retard ! au moins...

Crédit photos pour Albi

La dépêche

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21/06/2016

Scandales et gâchis à la Bibliothèque municipale de Carcassonne

Comment la ville de Carcassonne qui court depuis tant d'années après un pôle universitaire, pourra t-elle un jour s'en prévaloir sans une médiathèque, outil indispensable à tout chercheur et étudiant ? Comment l'état et la région pourraient-ils s'investir dans un tel projet, alors même que Carcassonne est dans l'incapacité depuis cinq ans de remplacer feu l'ancienne bibliothèque municipale ? Voilà un sujet qui ne manque pas d'audace et qu'il vaut mieux - pour la compréhension de tous - reprendre chronologiquement depuis le début...

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Depuis 1861, Carcassonne possédait une bibliothèque municipale installée dans l'ancien Palais de justice, situé au début de la rue de Verdun. C'est même à cet effet que les locaux furent acquis par la ville ; le musée des Beaux-arts n'y viendra que quelques temps après. Cette bibliothèque s'enrichit grâce aux dons de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne ; les membres de cette association savante sont à l'origine du fonds constitué par de nombreux et inestimables incunables. Flamenca, monument anonyme de l'amour courtois, exhibe ses sobres pages de parchemin parcourues du texte en occitan. Dans la même armoire, les œuvres de Saluste consignées dans un livre du XVe siècle partagent les rayonnages avec un livre d'heures en latin rehaussé d'une enluminure pleine page sur parchemin, les œuvres de Quintilien ou encore un Policraticon de Jean de Salisbury du XIVe siècle...
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© La dépêche

Jusqu'en 2011, la bibliothèque reçut ses lecteurs dans sa vieille salle de lecture, au premier étage du musée des Beaux-arts. Les livres poussiéreux se trouvaient rangés et à la vue du public dans l'ancienne bibliothèque des moniales de l'abbaye de Lagrasse - elle a été démontée depuis sans que l'on sache où elle se trouve. Alors que la ville de Narbonne s'était dotée d'une belle médiathèque numérisée en centre-ville depuis le début des années 2000, Carcassonne utilisait encore les fiches cartonnées du XIXe siècle dans un local sans sortie de secours, ni système pour réguler la température. Il était temps pour les élus de prendre en main l'avenir de la Bibliothèque municipale...

La bataille électorale

A la fin de son mandat, le maire de Carcassonne M. Gérard Larrat annonce la réalisation future d'une médiathèque sur les terrains de Prat-Mary, en bordure de la route de Limoux. Lors de la campagne des élections municipales de septembre 2009, l'équipe de l'opposition socialiste dénonce l'implantation d'un bâtiment à l'extérieur de la ville qui n'aura pour vocation que de tuer sa fréquentation. Arguant qu'il faudra un véhicule pour s'y rendre, la liste "Tous pour Carcassonne" déclare - si elle est élue - qu'elle achètera le bâtiment de l'ancien EDF au square Gambetta. C'est là qu'elle aménagera la médiathèque en promettant de refaire l'ancien square, rasé pour un parking souterrain. Le maire sortant, répond qu'il faudrait d'abord que l'EDF soit vendeur - ce qui n'est pas le cas - et que l'implantation à Prat-Mary se justifie par le fait de sa position géographique au coeur de la Communauté d'Agglomération.

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© La dépêche

L'ancien EDF au square Gambetta

Les élections municipales de 2009 sur fond d'invalidation pour fraude électorale, sont remportées par l'équipe de Jean-Claude Pérez. Immédiatement, son adjoint à la culture M. Alain Tarlier qui endosse également la présidence de l'Agglo, annonce que la ville va se porter acquéreur de l'ancien EDF. Il y a un os... Le préfet souhaite y installer l'ensemble de ses services. Quant au président de l'Agglo, il propose 2,6 millions d'euros pour ce bâtiment. C'est une promesse de campagne, Alain Tarlier fera la médiathèque à cet endroit.

"Gérard Larrat, qui ce week-end affirmait sur son blog que « la médiathèque ne se fera pas à Gambetta ». Le maire déchu affirme que « ce projet n'est pas réalisable ». Et réaffirme que le sien, à Prat-Mary, était (forcément) le meilleur, raison pour laquelle il avait l'assentiment des élus de l'Agglo. Sauf qu'un « travail pédagogique » a été fait avec les édiles en question et que, désormais, c'est le projet de Gambetta qui fait l'unanimité. Seul point qui suscite quelques roumégances : ce n'est pas demain la veille que la Culture et les médias auront un écrin digne de ce nom."

(La dépêche /9 février 2010)

Un an plus tard, on apprend dans la presse que l'état renonce à investir les locaux de l'EDF laissant à la ville l'opportunité d'y faire sa médiathèque. L'arbitrage du premier ministre M. Fillon a plaidé pour la construction de locaux sur le boulevard Barbès. La voie est libre pour la médiathèque à Gambetta, mais le préfet rappelle à M. Pérez que ce bâtiment est en zone inondable - c'est d'ailleurs pour cela que l'état y a renoncé. Idem pour le terrain d'en face qui en plus doit être dépollué, mais là encore la ville indique qu'elle n'en fera qu'un lieu d'exposition.

Le désherbage

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Au mois d'août 2011 - en plein été et à la vue de tous - la bibliothèque municipale de Carcassonne passée sous la responsabilité de la Communauté d'agglomération effectue un désherbage. Les locaux doivent faire place nette car M. Tarlier envisage un agrandissement du musée des Beaux-arts dans l'ancienne salle de lecture. Les livres doivent être déménagés dans un local loué au Crédit agricole à Montquiers ; il faut faire de la place.

Des centaines de livres et de revues sont jetées dans une benne à ordures dans la rue de Verdun. Alors que les gens se précipitent pour récupérer des ouvrages, des érudits alertent le président de l'Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne. Une passe d'arme d'échanges musclés s'engage alors entre M. Gérard Jean et le conservateur de la bibliothèque ; il n'hésite pas à parler de Bibliocauste, car selon lui, il se trouve dans cette benne des ouvrages de valeur. Gérard Jean écrit au préfet et saisit les autorités culturelles de l'état ; de leur côté MM. Tarlier et Mercadal promettent un procès en diffamation au président de l'Académie - Gérard Jean sera relaxé par le tribunal en janvier 2015. Le conservateur de la bibliothèque tombe en dépression et se met en arrêt pendant plusieurs semaines.

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Emmanuel Pidoux

© La dépêche

Le 20 août 2011, M. Pidoux indique que tous les livres ont été transférés à Montquiers dans un bâtiment loué au Crédit agricole. Les incunables se trouvent aux archives départementales ; le reste des ouvrages est dépoussiéré et nettoyé afin de supprimer la moisissure. L'entrepôt dans ce bâtiment n'étant que provisoire, la nouvelle médiathèque ouvrira en 2015 à Gambetta. 

Habiller Paul pour déshabiller Jacques

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L'oeuvre de M. Tarlier fait son chemin... On éjecte la bibliothèque sans projet concret, pour agrandir à grands frais le musée des Beaux-arts. En janvier 2013, le musée se dote de nouvelles salles consacrées à l'art contemporain dans les anciens locaux de la bibliothèque. Durant l'été, elles accueilleront le parcours d'art contemporain, évènement culturel ambitieux pour Carcassonne. Pendant ce temps, l'ancien EDF qui devait servir de médiathèque devient le siège de la Communauté d'Agglomération, alors même que l'ancienne Roseraie - avenue du général Leclerc - avait été achetée pour à cet effet pour 2 millions d'euros à Habitat Audois. C'est aujourd'hui un bâtiment désaffecté - toujours propriété de l'Agglo.

Jean-Luc Roux interpelle "Au départ, la médiathèque devait être aménagée dans les bâtiments d'EDF. J'en déduis que vous souhaitez garder le siège de l'Agglo dans le site actuel. Mais alors que va devenir le site de la Roseraie que vous avez acquis ?".

Jean-Marie Mercadal a souligné l'importance de la localisation de la future médiathèque, comme liaison entre ville basse et ville haute. "Pour la Roseraie, nous trouverons d'autres destinations lorsque nous aurons une opportunité", a rajouté le vice-président. 

(L'indépendant / Janvier 2013)

Toujours plus fort

Toujours en ce mois de janvier 2013, le conseil de l'Agglo entérine l'acquisition d'un terrain appartenant à GDF rue Pierre Germain, juste en face des anciens locaux de l'EDF qui devaient servir de médiathèque. Par coup de baguette magique, ils sont devenus le siège de l'Agglo. C'est sûr, ce terrain de 1,2 ha verra la construction de la future médiathèque à l'horizon 2016. L'acte de vente a été signé chez un notaire le jeudi 24 janvier 2013. Coût : 600 000 € alors que les domaine l'avaient évalué à 355 000 €

A cela, il faut ajouter 120 000 € de frais de cabinet d'étude pour la conception du futur bâtiment, dont la destinée se trouve entre les mains d'un comité de pilotage. Un concours d'architecte désignera celui qui sera en charge de sa réalisation. Il est dit que les travaux débuteront au début de 2014. Grain d'sel, situé rue Fédou, devra être libérée pour la réalisation d'un musée archéologique. Il y a toutefois un hic... Le terrain de GDF est non seulement en zone inondable, mais il faut encore le dépolluer. Le coût de cette opération reste flou... La facture totale s'élèverait finalement à 19 millions d'euros pour un bâtiment de 4300 m2.

"Gilbert March, seul contre cette délibération, s'est ému du coût : "Vous m'aviez promis qu'elle ne coûterait pas plus de 10 M€!". Même réflexion pour Jean-Paul Ferrif qui s'est abstenu lors du vote : "Le recours systématique à l'emprunt est risqué." Tamara Rivel, élue de Carcassonne, s'est interrogée sur le devenir des antennes existantes. Grain d'Aile, située à la halle à la volaille, se transformerait en salle d'exposition ; Grain d'Art subsisterait ; et Grain d'Sel, deviendrait un musée de la préhistoire, selon Jean-Marie Mercadal.

L'adjointe au maire chargée de l'urbanisme s'est étonnée que son service n'ait pas été consulté, - à l'exception du risque inondation -, pour l'intégration de cet outil dans ce quartier de Carcassonne. Erreur en partie réparée hier car l'élue fera partie du jury qui choisira le maître d'œuvre, alors que sa participation n'était pas initialement prévue."

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Le projet de la médiathèque

© La dépêche

En novembre 2013, parmi les 120 candidatures reçues quatre projets d'architectes ont été retenus pour le sprint final. Il s'agit de Rudy Ricciotti, de Odile Decq, de Loci Anima et du cabinet Du Besset-Lyon. Le budget est passé en dix mois de 19 M à 23 M d'euros. Il est prévu que les travaux débutent au début de 2015 pour une livraison fin 2016. Selon Alain Tarlier, c'est "un projet pour les 50 à 60 ans à venir"

La fin des illusions

Après des élections municipales de 2014 favorables à l'équipe de Gérard Larrat, un nouveau conseil d'agglomération se met en place. Celui-ci désigne comme président le socialiste Régis Banquet en remplacement d'Alain Tarlier. Malgré une assemblée largement favorable à la gauche sortante, le député et ex-maire de Carcassonne J-C Pérez n'obtient pas de Vice-présidence. C'est dans ce climat de règlement de comptes - dans tous les sens du terme - que va se décider le sort de la médiathèque.

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© L'indépendant

Au mois de mai 2014, Régis Banquet reconnaissant maladroitement qu'il n'a l'image d'un homme de culture - comme c'est regrettable ! - indique que "Cette année, nous avons inscrit au budget de l'Agglo ce qui était prévu : la suite du concours d'architecte et les études. La médiathèque, comme les autres projets, fera partie de toutes les réflexions que nous mènerons sur les ajustements budgétaires. Mais, contrairement à ce qui a été dit, rien n'est décidé !". 

Un million d'euros pour rien 

Le 16 janvier 2015, le président Banquet renvoie aux calendes grecques le projet de médiathèque initié par son prédécesseur : "C'est un projet infaisable". En vérité, sa réalisation plomberait pour de longues années le budget d'investissement de l'Agglo, d'autant plus que la facture de 23 M pourrait s'alourdir au final. Si l'on en croit La dépêche du 5 avril 2014, ce sont pas moins de 960 000 € qui ont été déboursés par la collectivité pour un projet renvoyé sine die. 

La facture se compose ainsi : 600 000 € (achat du terrain) + 120 000 € (cabinet d'étude) + 60 000 € de dédommagement aux quatre candidats architectes = 960 000 €. Voilà donc une belle affaire pour les comptes publics.

Un lapin sort du chapeau

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Grain d'aile

© Aude tourisme

Le 11 avril 2015, on apprend que la ville de Carcassonne souhaite reprendre l'espace aménagé sous les halles, occupé par la médiathèque Grain d'aile. Il s'agit d'un lieu de lecture de la presse, d'emprunt de livres récents et de CD avec libre accès à internet. Grain d'aile avait été aménagé par la municipalité Pérez avec le concours de l'Agglo. La nouvelle municipalité avance que ce lieu est très dispendieux en chauffage l'hiver ; elle souhaiterait en faire un centre d'exposition culturelle - comme c'était le cas avant la perte de la mairie par Gérard Larrat. Bref... deux pas en avant et quatre en arrière. Plus d'un an après, Grain d'aile est toujours là pour la grande joie des habitués.

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Au même moment, un lapin sort du chapeau de l'Agglo. Elle pourrait acheter à la Mutuelle de l'Aude, le bâtiment que celle-ci met en vente sur l'avenue Roosevelt. Soit à près de 2 km du Square Gambetta ! Retour à la case départ : 10 ans de perdus et 1 M d'euros plus tard pour une querelle géographique. La dépêche indique alors, qu'il faudrait débourser 8 à 10 millions pour l'achat de l'immeuble, avant de tout mettre en oeuvre pour sécuriser les ouvrages. Ce projet serait toujours en veille...

Montquiers

Ce qui devait n'être que provisoire s'est installé dans la durée. Les ouvrages sont toujours entreposés dans des locaux non adaptés près du domaine de Montquiers. Le bâtiment est loué au Crédit agricole depuis 2011 pour la somme annuelle de 120 000 € (Source : La dépêche). Cela fait donc 600 000 € à rajouter à une facture déjà insoutenable. Ce n'est d'ailleurs pas prêt de changer de si tôt.

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D'après les informations que nous avons, il y aurait un gardien pour sécuriser le site. Concernant le risque de sinistre, le bâtiment ne serait pas aux normes actuelles. La bouche incendie ne se trouverait pas à une distance suffisante et ne délivrerait pas assez de pression pour une intervention optimale des services de secours. Il est urgent pour les élus de l'Agglo de prendre la mesure des risques de l'anéantissement de plusieurs milliers de livres, en grande partie irremplaçables. 

960 000 € (projet médiathèque) + 600 000 € (frais de location depuis 2011) = 1 540 000 € de dépensés en pure perte.  Carcassonne mérite mieux que toute cette gabegie.

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La médiathèque de Narbonne

© CAUE

Sources

La dépêche

L'indépendant

Magazine de l'Agglo

Tracts campagne élections municipales 

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