19/08/2016

La dyslexie des transcripteurs du cadastre Carcassonnais

Nous pourrions continuer à nous amuser autour des plaques de rues de cette bonne ville de Carcassonne, tant les coquilles sont nombreuses et variées. Pour s'en dédouaner chaque nouvelle municipalité qui a eu à affronter la critique a cherché à botter en touche : "Ce n'est pas nous, c'était déjà là avant". Comme chaque enfant pris le doigt dans le pot de confiture... Sauf que là, il ne s'agit pas d'enfantillages mais de respect pour les personnages de l'histoire de France, auxquels on doit rendre l'hommage qu'ils méritent. Dans un article publié hier, un journal local relate la communication de la mairie selon laquelle l'ensemble des erreurs va être corrigé. Reprenant le sempiternel refrain "elles étaient là, avant nous", le responsable explique qu'une commission extra-municipale d'historiens et de passionnés, va être mise en place pour pallier désormais à toutes ces erreurs. Là, on voudrait bien sourire mais cette personne ignore que cette commission existe déjà - sûrement parce qu'elle ne se réunit jamais. Sous la municipalité précédente, Madame Martinez - 1ère adjointe - présidait ce cénacle chargé d'attribuer les nouveaux noms de rues et d'en modifier les erreurs. On comptait déjà dans ses rangs MM. Marquié et Bonnet - deux érudits incontestés. Il semblerait que l'efficacité des réunions n'ait pas permis de transformer sur le terrain, les bourdes inscrites sur les panneaux. Pourquoi ? La réponse se trouve dans l'article d'hier. Le responsable explique que c'est le service technique - pas le service culturel, ni du patrimoine - qui s'occupe des modifications et des remplacements des plaques. Autant demander à mon boucher de faire vêler les vaches ! Je rappelle que est "Carcassonne, ville d'art et d'histoire" et "Patrimoine mondial". Ajouterions- nous le label "Ville d'improvisations" ?

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Les services municipaux font plus de shopping dans les Galeries Lafayette, que d'histoire avec le Marquis de la Fayette. Quant à la particule, elle ne prend jamais de majuscule. 

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Jacques Offenbach devenu subitement suédois fait un come-back, mais c'est loin d'être comme Bach. Dans cette rue, j'avais fait changer les plaques en 2012. Une seule résiste encore, juste pour se démarquer ou pour rappeler le peu de sérieux de nos communaux.

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Je me suis amusé à faire le tour du quartier - je suis taquin. A des endroits, la rue Beethoven est seulement indiquée par des numéros. Je croyais que c'était les numéros de ses symphonies... Non, c'est pour faciliter la vie du facteur.

Le cadastre

Au service du cadastre Carcassonnais, on doit recevoir la charge en héritage depuis des décennies. Comment expliquer alors qu'ils soient tous atteints par une dyslexie aigüe ? Nous avons observé que de très nombreux noms de quartiers ont été modifiés en dépit de toute recherche historique. Cela ne tient qu'à une lettre, mais qui change radicalement l'histoire locale. Plaignons les chercheurs lorsqu'ils doivent analyser et confronter les plans anciens avec ceux d'aujourd'hui...

Quelques exemples

La FerraNdière est devenue La FerraUdière

(Zone du côté de Salvaza)

CucurLis est devenu CucurNis

(Route de Toulouse)

Le domaine de MoUreau devient MoReau

(Route de Berriac)

St-Jean de BrucaFel devient St-Jean de BrucaTel

(A Grazailles)

Le chemin de MaleLait devient MaTelait

(A Villalbe)

GrazailleS devient Grazaille

Le GPS

Autre inconvénient - non sans conséquences - les GPS perdent la boussole. Par exemple, à Villalbe... La rue Joseph Comes (1893-1979) - un ancien conseiller municipal du hameau - prend le prénom de Jean. Pourquoi ? Sur la plaque, il est inscrit J. Comes. La ville ne savait plus si c'était Jean, Joseph ou peut-être encore Josabeth. Au petit bonheur, on a opté par Jean. Manqué ! 

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09/08/2016

Les orfèvres de l'incompétence...

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Dernièrement, la ville de Carcassonne a semble t-il fait procéder à un changement de plaque à l'angle des rues Fédou et Pierre Germain. Par un coup de baguette magique, le compositeur chaurien Pierre Germain est devenu orfèvre ; le service en charge n'a sans doute pas observé - à défaut de se renseigner - que sur les autres plaques de cette rue, il est marqué Pierre Germain (compositeur).

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Selon Léon Riba 'Carcassonne, ses places et ses rues" (1951), le chemin menant à La Prade a été dénommé Pierre Germain en 1891, en mémoire du compositeur né à Castelnaudary en 1817. Ne sachant visiblement pas qui était cet illustre audois et surtout, n'ayant que Wikipedia sous la main, ils sont allés chercher un personnage qui n'a rien à voir avec Carcassonne : Pierre Germain (1645-1684), orfèvre de Louis XIV. Ainsi, les orfèvres de l'incompétence ont encore frappé les pauvres esprits retors que nous sommes... Si la connerie se mesurait, Carcassonne servirait de mètre étalon ! (Déformation d'une réplique de Jacques Audiard prononcée par Jean Gabin dans "Le cave se rebiffe").

Il est vraiment temps que la ville engage des gens ayant une connaissance approfondie de l'histoire de Carcassonne. Cela évitera de dépenser les sous du contribuable pour refaire une plaque ou plus grave, de se faire passer pour des incultes de notre histoire locale.

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30/06/2016

Carcassonnais, vous n'avez pas honte ?

C'est un choc, un véritable sentiment d'horreur ! Le poids des mots, le choc des photos ; pour reprendre le slogan du plus connu des magazines de reportages. Comment a t-on pu laisser faire cela dans une ville comme Carcassonne dont le nom historique résonne de l'orient à l'occident ? On vous aura parlé sans doute de ces prédateurs immobiliers étrangers sans foi, ni loi, connus pour avoir pillés nos châteaux.

Vous a t-on expliqué que dans notre ville, on a laissé faire les mêmes pratiques ? Là, à deux pas de la place Carnot et du centre historique que l'on appelle La bastide Saint-Louis... Oui, nous sommes coupables de ne pas nous y être intéressés, comme tous ceux ayant eu en charge cette ville qui, à des degrés divers, auront fermé les yeux sur ce saccage. Mais bon sang, à qui profite le crime ? Car, on n'en est pas ici à un coup d'essai; on pourrait d'ailleurs dresser la liste exhaustive des bâtiments historiques laissés à l'état de ruine par le fait d'une escroquerie ou d'un je m'en foutisme général. Oh ! bien sûr, on ne sait que trop qu'il ne faut pas gêner les personnes au sein de relations politiques. Ah ! C'est lui le propriétaire ? On ne va pas l'emmerder, toute sa famille vote pour nous. Voilà, comment pendant des décennies le patrimoine de Carcassonne s'est retrouvé ruiné et aux mains de marchands de sommeil bourgeois qui vont à la messe le dimanche et logent la semaine, de pauvres hères dans des conditions indignes de salubrité. La C.A.F leur règle l'addition, mais eux ne manquent jamais de pester en public contre toutes ces aides sociales que l'on distribue aux assistés et aux immigrés. Pourtant, on trouve des roumains dans leurs bobinards désaffectés qui, pris de saturnisme remplissent la salle d'attente de leurs cabinets.

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Au n°77 de la rue de Verdun, caché par des moellons du plus bel effet, se trouve un hôtel particulier du XVIIIe siècle construit par Guillaume Castanier, propriétaire de la manufacture royale de la Trivalle.

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Guillaume Castanier

Si ce bâtiment est actuellement fermé de la sorte, c'est qu'il a été squatté à la suite d'un projet immobilier qui a mal tourné - un de plus à Carcassonne. En fait, il s'agirait même d'une escroquerie d'après les journaux locaux.

Les faits remontent à 2000.
La société montpelliéraine CTMO (groupe Quarate) est spécialisée dans la réhabilitation d'’immeubles situés dans des centres-villes sauvegardés, à des fins de défiscalisation. Vingt-sept personnes, disséminées dans la France entière, ont ainsi été démarchées pour un investissement de type “loi Malraux” concernant l’'hôtel particulier Castanier-Laporterie, au 77 de la rue de Verdun.

"On nous proposait des affaires clefs en mains avec toute l’apparence de la légalité", explique Jean-Pierre Ghilini, qui aurait perdu 170 000 euros dans l’opération. Problème, les travaux n'’ont jamais commencé malgré le déblocage des sommes. Pire, la société a été mise en liquidation judiciaire en 2007.
Face à l’ampleur de l’affaire (Ndlr : 18 chantiers du groupe Quarante seraient concernés), le dossier a finalement été confié à la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille en 2006. Depuis, l’'affaire est toujours en cours. "Plusieurs juges d’instruction se sont succédés et il a été extrêmement difficile de rassembler tous les papiers", raconte Me Renucci-Pepratx.

(Le Midi-libre)

Ainsi, pendant des années l'immeuble est resté ouvert aux courants d'airs. Qui s'en souciait ? Fort heureusement, la Bastide étant en secteur préservé, l'hôtel particulier ne pouvait être rasé. Vous savez qu'à Carcassonne, nous avons des experts ; ils laissent pourrir un bâtiment jusqu'à ce qu'il soit ruiné.  C'est à ce moment-là qu'intervient un bailleur social pour raser et édifier quatre étages de béton avec le concours d'architectes, spécialisés dans la construction de cages à poules. Au mois d'octobre dernier, il a pu être visité par des particuliers dans le cadre d'une future vente aux enchères publiques. C'est grâce à la contribution de l'un d'entre eux que nous diffusons ces photographies, non pas pour dénoncer mais pour alerter sur l'état de péril imminent de l'Hôtel Castanier-Laporterie.

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Dans les années 1990...

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Au même endroit en 2016

Suivez le guide, attention à vous...

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L'entrée par la rue de Verdun

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Cour intérieure, accès aux étages

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Façade donnant sur la cour

B cour interieure vue du premier etage Photo MHM.jpg

Vue sur la cour depuis le 1er étage

B terrasse du premier etage Photo MHM.jpg

Le balcon du 1er étage

C cage escalier donnant acces au premier et deuxieme batiment Photo MHM.jpg

Escalier d'accès avec ses tomettes d'origine

C Cage escalier plafons eventrés du deuxieme etage Photo MHM.jpg

Une partie du plancher écroulée

C cage escalier premier etage porte donnant sur terrasse Photo MHM.jpg

C'est pour un très gros chat, sûrement

C poutres et gravas tombent de la charpente à travers le deuxieme etage sur le premier etage Photo MHM.jpg

Les infiltrations d'eau font des ravages

C poutres et gravas venus du toit sur le premier etage Photo MHM.jpg

Accès aux salons XVIIIe

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Une très belle pièce ajourée

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Ici, on a emporté la cheminée

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Là, les ornements en plâtre...

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Même la tuyauterie en cuivre...

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Les stucs n'ont pas été épargnés

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L'arrière du bâtiment donne dans la rue Aimé Ramond. C'est par là que rentrait le carrosse tiré par des chevaux, remisé ensuite dans les écuries.

Venez avec moi à Albi...

Un autre patrimoine mondial de l'UNESCO met en valeur ses hôtels particuliers et les propose à la visite dans le cadre de l'Office du tourisme.

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Hôtel de Castelnau

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Hôtel de Gorsse

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Hôtel de Reynes

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Hôtel de Saunal

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Hôtel Decazes

 

Albi, chef-lieu du Tarn (49 342 habitants) - Patrimoine UNESCO

Carcassonne, chef-lieu de l'Aude (46 724 habitants ) - Patrimoine UNESCO

20 ans de retard ! au moins...

Crédit photos pour Albi

La dépêche

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21/06/2016

Scandales et gâchis à la Bibliothèque municipale de Carcassonne

Comment la ville de Carcassonne qui court depuis tant d'années après un pôle universitaire, pourra t-elle un jour s'en prévaloir sans une médiathèque, outil indispensable à tout chercheur et étudiant ? Comment l'état et la région pourraient-ils s'investir dans un tel projet, alors même que Carcassonne est dans l'incapacité depuis cinq ans de remplacer feu l'ancienne bibliothèque municipale ? Voilà un sujet qui ne manque pas d'audace et qu'il vaut mieux - pour la compréhension de tous - reprendre chronologiquement depuis le début...

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Depuis 1861, Carcassonne possédait une bibliothèque municipale installée dans l'ancien Palais de justice, situé au début de la rue de Verdun. C'est même à cet effet que les locaux furent acquis par la ville ; le musée des Beaux-arts n'y viendra que quelques temps après. Cette bibliothèque s'enrichit grâce aux dons de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne ; les membres de cette association savante sont à l'origine du fonds constitué par de nombreux et inestimables incunables. Flamenca, monument anonyme de l'amour courtois, exhibe ses sobres pages de parchemin parcourues du texte en occitan. Dans la même armoire, les œuvres de Saluste consignées dans un livre du XVe siècle partagent les rayonnages avec un livre d'heures en latin rehaussé d'une enluminure pleine page sur parchemin, les œuvres de Quintilien ou encore un Policraticon de Jean de Salisbury du XIVe siècle...
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© La dépêche

Jusqu'en 2011, la bibliothèque reçut ses lecteurs dans sa vieille salle de lecture, au premier étage du musée des Beaux-arts. Les livres poussiéreux se trouvaient rangés et à la vue du public dans l'ancienne bibliothèque des moniales de l'abbaye de Lagrasse - elle a été démontée depuis sans que l'on sache où elle se trouve. Alors que la ville de Narbonne s'était dotée d'une belle médiathèque numérisée en centre-ville depuis le début des années 2000, Carcassonne utilisait encore les fiches cartonnées du XIXe siècle dans un local sans sortie de secours, ni système pour réguler la température. Il était temps pour les élus de prendre en main l'avenir de la Bibliothèque municipale...

La bataille électorale

A la fin de son mandat, le maire de Carcassonne M. Gérard Larrat annonce la réalisation future d'une médiathèque sur les terrains de Prat-Mary, en bordure de la route de Limoux. Lors de la campagne des élections municipales de septembre 2009, l'équipe de l'opposition socialiste dénonce l'implantation d'un bâtiment à l'extérieur de la ville qui n'aura pour vocation que de tuer sa fréquentation. Arguant qu'il faudra un véhicule pour s'y rendre, la liste "Tous pour Carcassonne" déclare - si elle est élue - qu'elle achètera le bâtiment de l'ancien EDF au square Gambetta. C'est là qu'elle aménagera la médiathèque en promettant de refaire l'ancien square, rasé pour un parking souterrain. Le maire sortant, répond qu'il faudrait d'abord que l'EDF soit vendeur - ce qui n'est pas le cas - et que l'implantation à Prat-Mary se justifie par le fait de sa position géographique au coeur de la Communauté d'Agglomération.

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© La dépêche

L'ancien EDF au square Gambetta

Les élections municipales de 2009 sur fond d'invalidation pour fraude électorale, sont remportées par l'équipe de Jean-Claude Pérez. Immédiatement, son adjoint à la culture M. Alain Tarlier qui endosse également la présidence de l'Agglo, annonce que la ville va se porter acquéreur de l'ancien EDF. Il y a un os... Le préfet souhaite y installer l'ensemble de ses services. Quant au président de l'Agglo, il propose 2,6 millions d'euros pour ce bâtiment. C'est une promesse de campagne, Alain Tarlier fera la médiathèque à cet endroit.

"Gérard Larrat, qui ce week-end affirmait sur son blog que « la médiathèque ne se fera pas à Gambetta ». Le maire déchu affirme que « ce projet n'est pas réalisable ». Et réaffirme que le sien, à Prat-Mary, était (forcément) le meilleur, raison pour laquelle il avait l'assentiment des élus de l'Agglo. Sauf qu'un « travail pédagogique » a été fait avec les édiles en question et que, désormais, c'est le projet de Gambetta qui fait l'unanimité. Seul point qui suscite quelques roumégances : ce n'est pas demain la veille que la Culture et les médias auront un écrin digne de ce nom."

(La dépêche /9 février 2010)

Un an plus tard, on apprend dans la presse que l'état renonce à investir les locaux de l'EDF laissant à la ville l'opportunité d'y faire sa médiathèque. L'arbitrage du premier ministre M. Fillon a plaidé pour la construction de locaux sur le boulevard Barbès. La voie est libre pour la médiathèque à Gambetta, mais le préfet rappelle à M. Pérez que ce bâtiment est en zone inondable - c'est d'ailleurs pour cela que l'état y a renoncé. Idem pour le terrain d'en face qui en plus doit être dépollué, mais là encore la ville indique qu'elle n'en fera qu'un lieu d'exposition.

Le désherbage

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Au mois d'août 2011 - en plein été et à la vue de tous - la bibliothèque municipale de Carcassonne passée sous la responsabilité de la Communauté d'agglomération effectue un désherbage. Les locaux doivent faire place nette car M. Tarlier envisage un agrandissement du musée des Beaux-arts dans l'ancienne salle de lecture. Les livres doivent être déménagés dans un local loué au Crédit agricole à Montquiers ; il faut faire de la place.

Des centaines de livres et de revues sont jetées dans une benne à ordures dans la rue de Verdun. Alors que les gens se précipitent pour récupérer des ouvrages, des érudits alertent le président de l'Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne. Une passe d'arme d'échanges musclés s'engage alors entre M. Gérard Jean et le conservateur de la bibliothèque ; il n'hésite pas à parler de Bibliocauste, car selon lui, il se trouve dans cette benne des ouvrages de valeur. Gérard Jean écrit au préfet et saisit les autorités culturelles de l'état ; de leur côté MM. Tarlier et Mercadal promettent un procès en diffamation au président de l'Académie - Gérard Jean sera relaxé par le tribunal en janvier 2015. Le conservateur de la bibliothèque tombe en dépression et se met en arrêt pendant plusieurs semaines.

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Emmanuel Pidoux

© La dépêche

Le 20 août 2011, M. Pidoux indique que tous les livres ont été transférés à Montquiers dans un bâtiment loué au Crédit agricole. Les incunables se trouvent aux archives départementales ; le reste des ouvrages est dépoussiéré et nettoyé afin de supprimer la moisissure. L'entrepôt dans ce bâtiment n'étant que provisoire, la nouvelle médiathèque ouvrira en 2015 à Gambetta. 

Habiller Paul pour déshabiller Jacques

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L'oeuvre de M. Tarlier fait son chemin... On éjecte la bibliothèque sans projet concret, pour agrandir à grands frais le musée des Beaux-arts. En janvier 2013, le musée se dote de nouvelles salles consacrées à l'art contemporain dans les anciens locaux de la bibliothèque. Durant l'été, elles accueilleront le parcours d'art contemporain, évènement culturel ambitieux pour Carcassonne. Pendant ce temps, l'ancien EDF qui devait servir de médiathèque devient le siège de la Communauté d'Agglomération, alors même que l'ancienne Roseraie - avenue du général Leclerc - avait été achetée pour à cet effet pour 2 millions d'euros à Habitat Audois. C'est aujourd'hui un bâtiment désaffecté - toujours propriété de l'Agglo.

Jean-Luc Roux interpelle "Au départ, la médiathèque devait être aménagée dans les bâtiments d'EDF. J'en déduis que vous souhaitez garder le siège de l'Agglo dans le site actuel. Mais alors que va devenir le site de la Roseraie que vous avez acquis ?".

Jean-Marie Mercadal a souligné l'importance de la localisation de la future médiathèque, comme liaison entre ville basse et ville haute. "Pour la Roseraie, nous trouverons d'autres destinations lorsque nous aurons une opportunité", a rajouté le vice-président. 

(L'indépendant / Janvier 2013)

Toujours plus fort

Toujours en ce mois de janvier 2013, le conseil de l'Agglo entérine l'acquisition d'un terrain appartenant à GDF rue Pierre Germain, juste en face des anciens locaux de l'EDF qui devaient servir de médiathèque. Par coup de baguette magique, ils sont devenus le siège de l'Agglo. C'est sûr, ce terrain de 1,2 ha verra la construction de la future médiathèque à l'horizon 2016. L'acte de vente a été signé chez un notaire le jeudi 24 janvier 2013. Coût : 600 000 € alors que les domaine l'avaient évalué à 355 000 €

A cela, il faut ajouter 120 000 € de frais de cabinet d'étude pour la conception du futur bâtiment, dont la destinée se trouve entre les mains d'un comité de pilotage. Un concours d'architecte désignera celui qui sera en charge de sa réalisation. Il est dit que les travaux débuteront au début de 2014. Grain d'sel, situé rue Fédou, devra être libérée pour la réalisation d'un musée archéologique. Il y a toutefois un hic... Le terrain de GDF est non seulement en zone inondable, mais il faut encore le dépolluer. Le coût de cette opération reste flou... La facture totale s'élèverait finalement à 19 millions d'euros pour un bâtiment de 4300 m2.

"Gilbert March, seul contre cette délibération, s'est ému du coût : "Vous m'aviez promis qu'elle ne coûterait pas plus de 10 M€!". Même réflexion pour Jean-Paul Ferrif qui s'est abstenu lors du vote : "Le recours systématique à l'emprunt est risqué." Tamara Rivel, élue de Carcassonne, s'est interrogée sur le devenir des antennes existantes. Grain d'Aile, située à la halle à la volaille, se transformerait en salle d'exposition ; Grain d'Art subsisterait ; et Grain d'Sel, deviendrait un musée de la préhistoire, selon Jean-Marie Mercadal.

L'adjointe au maire chargée de l'urbanisme s'est étonnée que son service n'ait pas été consulté, - à l'exception du risque inondation -, pour l'intégration de cet outil dans ce quartier de Carcassonne. Erreur en partie réparée hier car l'élue fera partie du jury qui choisira le maître d'œuvre, alors que sa participation n'était pas initialement prévue."

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Le projet de la médiathèque

© La dépêche

En novembre 2013, parmi les 120 candidatures reçues quatre projets d'architectes ont été retenus pour le sprint final. Il s'agit de Rudy Ricciotti, de Odile Decq, de Loci Anima et du cabinet Du Besset-Lyon. Le budget est passé en dix mois de 19 M à 23 M d'euros. Il est prévu que les travaux débutent au début de 2015 pour une livraison fin 2016. Selon Alain Tarlier, c'est "un projet pour les 50 à 60 ans à venir"

La fin des illusions

Après des élections municipales de 2014 favorables à l'équipe de Gérard Larrat, un nouveau conseil d'agglomération se met en place. Celui-ci désigne comme président le socialiste Régis Banquet en remplacement d'Alain Tarlier. Malgré une assemblée largement favorable à la gauche sortante, le député et ex-maire de Carcassonne J-C Pérez n'obtient pas de Vice-présidence. C'est dans ce climat de règlement de comptes - dans tous les sens du terme - que va se décider le sort de la médiathèque.

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© L'indépendant

Au mois de mai 2014, Régis Banquet reconnaissant maladroitement qu'il n'a l'image d'un homme de culture - comme c'est regrettable ! - indique que "Cette année, nous avons inscrit au budget de l'Agglo ce qui était prévu : la suite du concours d'architecte et les études. La médiathèque, comme les autres projets, fera partie de toutes les réflexions que nous mènerons sur les ajustements budgétaires. Mais, contrairement à ce qui a été dit, rien n'est décidé !". 

Un million d'euros pour rien 

Le 16 janvier 2015, le président Banquet renvoie aux calendes grecques le projet de médiathèque initié par son prédécesseur : "C'est un projet infaisable". En vérité, sa réalisation plomberait pour de longues années le budget d'investissement de l'Agglo, d'autant plus que la facture de 23 M pourrait s'alourdir au final. Si l'on en croit La dépêche du 5 avril 2014, ce sont pas moins de 960 000 € qui ont été déboursés par la collectivité pour un projet renvoyé sine die. 

La facture se compose ainsi : 600 000 € (achat du terrain) + 120 000 € (cabinet d'étude) + 60 000 € de dédommagement aux quatre candidats architectes = 960 000 €. Voilà donc une belle affaire pour les comptes publics.

Un lapin sort du chapeau

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Grain d'aile

© Aude tourisme

Le 11 avril 2015, on apprend que la ville de Carcassonne souhaite reprendre l'espace aménagé sous les halles, occupé par la médiathèque Grain d'aile. Il s'agit d'un lieu de lecture de la presse, d'emprunt de livres récents et de CD avec libre accès à internet. Grain d'aile avait été aménagé par la municipalité Pérez avec le concours de l'Agglo. La nouvelle municipalité avance que ce lieu est très dispendieux en chauffage l'hiver ; elle souhaiterait en faire un centre d'exposition culturelle - comme c'était le cas avant la perte de la mairie par Gérard Larrat. Plus d'un an après, Grain d'aile est toujours là pour la grande joie des habitués.

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Au même moment, un lapin sort du chapeau de l'Agglo. Elle pourrait acheter à la Mutuelle de l'Aude, le bâtiment que celle-ci met en vente sur l'avenue Roosevelt. Soit à près de 2 km du Square Gambetta ! Retour à la case départ : 10 ans de perdus et 1 M d'euros plus tard pour une querelle géographique. La dépêche indique alors, qu'il faudrait débourser 8 à 10 millions pour l'achat de l'immeuble, avant de tout mettre en oeuvre pour sécuriser les ouvrages. Ce projet serait toujours en veille...

Montquiers

Ce qui devait n'être que provisoire s'est installé dans la durée. Les ouvrages sont toujours entreposés dans des locaux non adaptés près du domaine de Montquiers. Le bâtiment est loué au Crédit agricole depuis 2011 pour la somme annuelle de 120 000 € (Source : La dépêche). Cela fait donc 600 000 € à rajouter à une facture déjà insoutenable. Ce n'est d'ailleurs pas prêt de changer de si tôt.

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D'après les informations que nous avons, il y aurait un gardien pour sécuriser le site. Concernant le risque de sinistre, le bâtiment ne serait pas aux normes actuelles. La bouche incendie ne se trouverait pas à une distance suffisante et ne délivrerait pas assez de pression pour une intervention optimale des services de secours. Il est urgent pour les élus de l'Agglo de prendre la mesure des risques de l'anéantissement de plusieurs milliers de livres, en grande partie irremplaçables. 

960 000 € (projet médiathèque) + 600 000 € (frais de location depuis 2011) = 1 540 000 € de dépensés en pure perte.  Carcassonne mérite mieux que toute cette gabegie.

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La médiathèque de Narbonne

© CAUE

Sources

La dépêche

L'indépendant

Magazine de l'Agglo

Tracts campagne élections municipales 

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29/05/2016

Comment la plus extraordinaire collection de tableaux de peintres surréalistes disparut de Carcassonne...

Toute sa vie durant le poète Joë Bousquet ne cessa d'acquérir, d'échanger voire de se faire offrir des toiles de maîtres, comptant aujourd'hui parmi les plus côtés de la peinture surréaliste. On estime à près de 150, le nombre d'oeuvres ayant transité par la chambre du 53, rue de Verdun. Jamais personne n'a été en mesure de recenser avec précision et dans le détail, le catalogue complet des toiles faisant partie de la collection Bousquet. Pierre Cabanne et Yolande Lamarain s'y sont essayés avec brio dans leur ouvrage paru en 2005, mais d'une façon incomplète ; leur enquête se base sur les échanges épistolaires de Bousquet, dans lesquels il évoque certaines de ses acquisitions. De notre côté, nous avons voulu pousser plus loin en recherchant ces toiles d'après les ventes chez Drouot, Sotheby's ou encore Christie's. Certains de nos efforts ont été récompensés, car d'autres tableaux peuvent désormais s'ajouter à la liste de Pierre Cabanne. Ce sera le fruit d'un prochain article...

À l'évidence, Joë Bousquet - aidé dans sa tâche par Paulhan et d'autres connaisseurs - eut le nez creux et l'intelligence de comprendre que ces artistes quasi anonymes à son époque, allaient prendre une tout autre dimension dans le futur. Ces toiles achetées entre 1930 et 1950 pour 3000 francs en moyenne atteignent des sommets. Pour exemple en 2011, deux tableaux de Max Ernst se sont vendus chacun 2 millions et demi d'euros et 840 000 euros chez Sotheby's - Bousquet en a possédé 28. Ne parlons même pas des toiles de Magritte qui séjourna quatre mois à Carcassonne en 1940 ; elles dépassent le million d'euros - Bousquet en possédait 8.

Alors comment cette fabuleuse collection a t-elle pu quitter Carcassonne après la mort du poète, alors même qu'il avait souhaité qu'elle ne fût pas dispersée ? 

Le testament de J. Bousquet

Il faut d'abord savoir pour comprendre ce qui va suivre que le poète fut "excepté de succession" par son père. Autrement dit, de l'immense fortune du Dr Bousquet il n'en vit presque rien... Dans l'ouvrage "Hypocrisies de Joë Bousquet" (François Berquin / Presse universitaires Septentrion / 2000), le poète Carcassonnais tente d'expliquer les raisons pour lesquelles il a été déshérité par son père. On retiendra deux idées forces : son père a cru que son fils mourait avant lui ; son père n'a pas voulu faire hériter un enfant qui n'était pas de lui. Qui peut raisonnablement étudier la personnalité de Bousquet, sans jamais avoir eu connaissance de cette profonde cicatrice ? Nous vous laisserons lire son émouvant poème "Le déshérité" ; sa nièce - Marie-Denise Aurengo- se confie au mémorial du Chemin des dames :

"On le lit la larme à l’œil parce que c’est quand même ahurissant, avec la vie qu’il a eue, qu’il ait pu savoir écrire une chose pareille. J’ai essayé de le faire mettre en chanson, j’avais écrit à Yves Duteil et Yves Duteil m’a répondu une lettre très aimable en me disant qu’il n’avait pas le temps en ce moment mais qu’il aurait aimé pourvoir mettre en musique le texte d’un homme qui a dû tellement souffrir dans sa vie. Lisez-le, je trouve qu’il est merveilleux ce poème."

En ce qui concerne Yves Duteil, l'excellent Jean Pidoux m'avait raconté que le chanteur de "la langue de chez nous" avait habité dans sa jeunesse à Carcassonne dans la rue Marceau.

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Joë Bousquet rédige un testament en 1943 déposé chez Llobet à Carcassonne. Certains en ont connaissance - ce n'est pas mon cas n'étant pas du sérail templier de la rue de Verdun. Impossible donc de vous dire ce qu'il contient. A défaut, nous nous obligeons à passer par d'autres chemins... Ainsi, sommes-nous tombés sur un courrier de Bousquet en date du 10 octobre 1946, adressé à James Ducellier. Ce dernier fut l'homme de confiance et l'ami du poète qui lui légua un nombre conséquent de toiles de Ernst et plusieurs exemplaires inédits de ces écrits. Dans cette lettre, Bousquet est en train de corriger les épreuves de la Connaissance du soir (Editions Gallimard) et fait établir pour Ducellier un exemplaire de tête se distinguant des dix (Hors collection) nominatifs sur papier couleur - imprimé à son nom et chiffré à part.

Le poète souhaite créer un cercle Joë Bousquet afin "que pourvu de personnalités morales, ce cercle puisse hériter de mes tableaux et de mes livres." Il s'inquiète de savoir s'il y a avantage financier à faire hériter le cercle, car il ne veut pas que son testament puisse être annulé, où s'il vaut mieux désigner un ou deux exécuteurs testamentaires. Savoir comment domicilier la collection : "mon désir étant que tout reste en place au 53, rue de Verdun. L'exécuteur testamentaire c'est évidemment toi, et à défaut Nelli. Il y aura en outre un lien avec Paris à prévoir officiellement. Soit Paulhan. Car je ne veux pas qu'après mon départ, le cercle se ferme et se provinciale. C'est malheureux la tendance de Nelli. Et ce serait la sclérose.

Une salle J. Bousquet au musée

Après un incendie en 1942 et la mise à l'abri des toiles pendant l'Occupation dans un endroit que nous ignorons, le musée des Beaux-arts de Carcassonne ouvre à nouveau en 1948 ; René Nelli occupe alors le poste de conservateur. En 1951, après la mort du poète, le président de la Société des amis de Joë Bousquet souhaite ouvrir au sein du musée, une salle dans laquelle seraient exposées des toiles surréalistes provenant de la collection de l'illustre personnage. Le leg de Bousquet a été partagé entre cinq héritiers membres de l'association ; Nelli leur propose de mettre en dépôt leurs tableaux. Lui-même s'engage à titre d'exemple à déposer des oeuvres provenant de sa propre collection, dont certaines ne viennent pas de chez Bousquet.

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© Musique et patrimoine

Cette salle Joë Bousquet constituée essentiellement à ses débuts d'oeuvres surréalistes et abstraites, a finalement perdu tout intérêt au début des années 1960. D'abord, comme le note René Nelli "la collection a été dispersée tout de suite après la mort de Bousquet par la famille et vendue misérablement ; ensuite, un concours de circonstances a amené "les amis" à venir retirer leurs dépôts à partir de 1961. L'année précédente, un gros collectionneur de Carcassonne vendit tous ses Max Ernst - il s'agit sûrement de James Ducellier qui les déposa à la Galerie André-François Petit de Paris. Des marchands d'art firent alors pression sur les cinq personnes ayant confiées des tableaux au musée. Ils revinrent tous sur leur parole - la plupart avaient donné ces tableaux - sans signer de donation définitive. Ainsi furent retirés 3 Ernst , 1 Beaudin, 1 Arp, 1 Dali. Certains confiés à Piet Moget pour les vendre à Paris. On compte parmi leurs propriétaires, deux professeurs de philosophie à la Sorbonne originaires de Carcassonne, un professeur de philosophie et syndicaliste de l'Hérault et la soeur de Bousquet.

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L'oiseau

(Max Ernst - Circa 1925)

La salle Joë Bousquet avait perdu ses pièces maîtresses ; seules subsistaient celles de la collection de Madame Georges Roumens - c'est-à-dire un Ghika et un Metzinger. La ville fera l'acquisition de "Académie de femmes" (Charles Kvapil), "Quai de Conti "(Marquet) et de la tapisserie "Soleil" de Marc Saint-Saëns. Cette dernière s'est longtemps retrouvée accrochée au-dessus du lit de Bousquet. Quant à l'état, il déposera un Guigou, "La cité de Carcassonne" (Valémi) et "le buste de Joe Bousquet (Salomé Vénard).

L'affaire du Dr Jean Girou

Jean Girou - érudit local et membre de plusieurs sociétés savantes - favorisa grandement le rayonnement touristique du département de l'Aude à travers le Syndicat d'initiative (ESSI), dont il fut le président jusqu'en 1963. Cette année-là il se confie dans un courrier à Nelli : "Merci d'abord pour le témoignage d'amitié dans mon éviction scandaleuse de l'ESSI à Carcassonne menée par Sablayrolles avec la complicité de Drevet, Noubel et Bonnafous. Il indique avoir eu l'intention de donner sa bibliothèque locale et régionale au Conseil général et au musée, faire une salle Jalabert (10 tableaux) et offrir 10 autres toiles modernes.

"Je ferme le robinet !"

 Si son portrait peint par Achille Laugé a été offert au musée de Montpellier, en revanche il compte venir reprendre ce qu'il a laissé en dépôt dans celui de Carcassonne : Le portrait de sa femme par Laugé, Une femme nue en pied de Derain, une lithographie de Toulouse-Lautrec représentant Blum à la Revue blanche, son portrait par Desnoyers, "place de la concorde" par Delaunay et "Jeune fille" par Hermine David.

"Après les manifestations de reconnaissance supprimées par la municipalité !!! Je tiens à récupérer ce que j'ai en dépôt dans votre musée."

Jean Girou venait également d'écrire une pièce de théâtre en cinq actes "Trencavel et la Louve de Pennautier". Il espérait qu'elle puisse être jouée à Carcassonne, mais l'envoi du texte à Jean Deschamps et Jean Alary, n'a même pas suscité un accusé de réception de leur part.

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©Musée de Narbonne

Jean Girou par Desnoyer

La démission de René Nelli

Nelli, déçu et amer d'avoir été ainsi lâché par ses amis, ne va pas être au bout de ses peines en ce début d'année 1963 : "La création de la salle J. Bousquet me valut plus de sarcasmes que d'encouragements". Alors que le musée des Beaux-arts de Carcassonne est fermé depuis deux ans à cause d'une voie d'eau dans la toiture, une tribune signée par un étrange Jean Bedos de Castelnaudary au sujet de la salle Bousquet, va déclencher une polémique dans laquelle la gestion de Nelli se trouve mise en cause.

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© jacques-zwobada

Pierre Cabanne à l'Institut du Monde arabe en 1993

Utilisant un nom d'emprunt (Jean Bedos de Castelnaudary), le journaliste et critique d'art Pierre Cabanne signe une tribune dans le numéro 916 du journal "Arts". Pourquoi un pseudonyme ? Le journaliste est né à Carcassonne ; ce fut un ami de René Nelli puisqu'il lui a offert plusieurs de ses toiles en 1948. 

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"Je me renseignais et j'appris que les tableaux prêtés par les héritiers de Joë Bousquet avaient été vendus à Paris par l'intermédiaire d'une galerie (André-François Petit, ndlr) et les soins d'un médecin de la ville assisté d'un peintre étranger installé dans la région (Piet Moget ?, ndlr), lesquels, évidemment, avaient largement trouvé leur compte dans l'opération !"

Le 5 juin 1963, M. Jean Châtelain - Directeur des musées de France - demande des comptes au Conservateur de Carcassonne en lui demandant de s'expliquer sur ces révélations. Le lendemain, René Nelli écrit au maire de Carcassonne - Jules Fil - pour lui annoncer sa démission.

"Comme les musée est très en désordre, je crois qu'il ne serait pas prudent d'annoncer tout de suite qu'il n'y a plus de conservateur. Cela pourrait tenter les voleurs. Et je tiendrais à passer l'inventaire au nouveau conservateur, après recensement des objets fais en sa présence."

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René Nelli

Le 12 juin 1963, Robert Mesuret - Inspecteur des musées de province - prend la défense de R. Nelli dans un courrier à Pierre Cabanne. Il met en évidence les contradictions et la méconnaissance de l'accusateur en ce qui concerne les collections du musée. Comment un illustre inconnu (M. Bedos) peut-il être si renseigné sur la collection Bousquet, alors que l'établissement est fermé depuis deux ans. Le conservateur n'avait aucun pouvoir de s'opposer à la reprise des tableaux par leurs propriétaires. Ces oeuvres auraient pu rester à Carcassonne, à condition que la ville s'en soit porté acquéreur et que cela lui soit proposé. 

"Nous voyons souvent des collectionneurs qui ont refusé de vendre à un musée, se laisser tenter par des opérations occultes qui échappent au regard du fisc. Et si nous nous souvenons que ceux-ci sont tous des légataires, nous comprenons qu'ils redoutent les agents des finances, que la législation française, moins favorable que celle des pays étrangers, n'a pas su exclure des opérations faites soit à titre onéreux, soit à titre gratuit, au bénéfice des Musées."

Ce même M. Mesuret indique cinq jours plus tard :

"Bien que M. Nelli soit assuré qu'un article aussi malveillant ne puisse trouver un écho ni auprès de M. le Ministre, ni auprès de vous-même, Monsieur de Directeur, il n'a pas laissé d'en être contristé, voire surpris, car M. Cabanne qui est originaire de Carcassonne est son élève et son obligé."

Il loue la thèse de René Nelli sur "L'érotisme des Troubadours" à la Faculté des lettres de Toulouse et son implication au sein du Laboratoire d'Ethnographie de l'Institut d'Etudes Occitanes où en tant que fondateur, il a fait déposer les collections au Musée Paul Dupuy. La ville de Carcassonne n'a jamais consenti à créer un poste de conservateur à temps plein. Nelli ne touchait qu'une petite indemnité...

Le 1er octobre 1963 - sans chercher à le retenir - le maire Jules Fil entérine la démission de René Nelli. Il sera remplacé par René Descadeillas - Docteur es-lettres - qui a été correspondant de la Dépêche sous l'Occupation. On avait réussi à avoir la peau de Nelli... Mais qui ?

Épilogue

La grande valeur morale de René Nelli ne saurait être remise en cause. Le soutien du Ministère des Affaires culturelles aux arguments du conservateur suffit à le conclure. A contrario, il semblerait qu'à Carcassonne l'on ait obtenu la tête de Nelli par le truchement d'une Kabbale orchestrée dans l'ombre. Jalousies ou vengeances ? En l'état, nul ne peut le savoir.

Quant à la collection Bousquet... Le Musée des Beaux-arts de la ville pourrait encore aujourd'hui détenir la plus fabuleuse collection surréaliste au monde. Comme l'a écrit Nelli :

"On ne peut pas demander à des particuliers peu fortunés, pas collectionneurs du tout, et peu enthousiasmés par la ville, de faire à la municipalité des cadeaux aussi somptueux."

Notons également que le musée prenait l'eau et que ce fut le prétexte pour que les héritiers viennent reprendre leurs toiles. Il a été délivré un reçu à chacun d'entre eux, lesquels pour des raisons diverses sont repartis avec leurs biens. Par exemple, celui-ci vendit à Paris la sculpture de Jean Arp afin d'acheter un nouveau véhicule... L'histoire ne dit pas si le produit des ventes aurait pu aller une Fondation en l'honneur de la mémoire de leur illustre donateur - cela se saurait. Si vous voulez contempler désormais la collection Bousquet, il vous faudra vous rendre à : Musée Dali (Figueras), Musée Thyssen (Madrid), Museum of Art (New York), Musée d'art moderne (Paris), Kunsthaus (Zurich), etc...

Vendues pour pas grand chose en 1962, ces toiles valent aujourd'hui plusieurs centaines de milliers d'euros. Elles ne retourneront jamais à Carcassonne...

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La tombe de J. Bousquet à Villalier

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18/05/2016

Faut-il débaptiser la rue Georges Clémenceau à Carcassonne ?

Après l'armistice de 1918, on n'a pas tari d'éloges à l'égard de celui qui fut considéré comme l'architecte de la victoire des troupes françaises contre l'armée du Kaiser.

 Georges Clémenceau - rappelé à la tête du gouvernement en 1917 par un Raymond Poincaré qui le détestait - exerça les fonctions de Président du conseil et de Ministre de la guerre jusqu'au début de l'année 1920. "Le père la victoire" jouit d'une telle popularité qu'il put sans doute se racheter une virginité dans les livres d'histoire racontés aux élèves. Sait-on pour autant que le "Tigre" ou le "premier flic de France" s'opposa farouchement aux ouvriers le qualifiant de "briseur de grève" ? Sait-on qu'il n'hésita pas à envoyer la troupe, à faire tirer sur les grévistes. A paris, il interdit une manifestation qui se fait quand même aux cris de "Vive les poilus !" et "A bas Clémenceau". Bilan : 300 manifestants et 400 policiers blessés ; deux morts.

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Le 8 juin 1920, la municipalité radical-socialiste du Dr Albert Tomey donne à l'ancienne rue de la gare, le nom de Georges Clémenceau - il ne mourra que neuf ans après. La capitale audoise n'a pas visiblement honte d'honorer la mémoire de celui qui, treize années plus tôt, avait maté dans le sang la révolte des vignerons du midi. Quelle vergogne ! Dans presque aucune des villes et villages de l'Aude, vous ne trouverez une artère à la gloire de Clémenceau. Une belle rue en plein centre de Carcassonne, là où Marcellin Albert et Ernest Ferroul attendront plus de soixante ans pour en avoir une près du cimetière La Conte. Un bel enterrement de première classe pour l'histoire locale.

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Le 26 mai 1907, Marcellin Albert accompagné de près de 25 000 manifestants affamés défilent en haut de la rue de la gare. La raison ? L'autorisation de l'importation des vins Algériens pour les couper avec les vins médiocres de la métropole. La surproduction grâce à la fraude est une des conséquences du marasme économique dans le midi - les viticulteurs crèvent de faim. Ceci profite aux grands propriétaires viticoles favorables aux radicaux-socialistes de Clémenceau.

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Victime du 139e de ligne à Narbonne

Le 19 juin, le maire de Narbonne - Ernest Ferroul - est arrêté et emprisonné à Montpellier. À Narbonne, l’inspecteur de police Grossot, l'un des auteurs de l’arrestation de Ferroul, est pris à partie et mis à mal par la foule. Pour le dégager, il est donné ordre à la troupe de tirer sur les manifestants. Les coups de feu font cinq morts dont une jeune fille, âgée de 20 ans, Julie (dite Cécile) Bourrel qui se trouvait là par hasard, venue à Narbonne en ce jour de marché. Il y a de plus 33 blessés qui gisent à terre.

Le mépris de Clémenceau pour Marcellin Albert

Pourchassé par la police, Marcellin Albert se réfugie à Paris pour tenter de rencontrer Clémenceau. Le 22 juin, l'Assemblée nationale refuse de le recevoir. Le lendemain, il est reçu au ministère de l'Intérieur par Clémenceau qui lui fait la promesse de réprimer la fraude, si Marcellin s'engage à convaincre les manifestants d'arrêter la rébellion. Il accepte, mais a le malheur d'accepter les cent francs que lui tend Clémenceau pour payer le billet de retour. Après son départ, la presse relayera l'évènement savamment orchestré par Clémenceau pour faire passer Marcellin comme vendu auprès de ses supporters. A son retour, il manquera de se faire lyncher. Grâce à l'intervention de Jean Jaurès, une loi anti-fraude sera votée au parlement le 29 juin 1907.

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À l'heure où les élus socialistes de l'Aude font pousser des éoliennes sur la montagne noire, ils s'apprêtent à faire détruire un vestige historique de l'histoire locale : La maison du Dr Ferroul au Mas-Cabardès. Au même moment, le chef du gouvernement actuel - grand admirateur de Clémenceau - tente de réformer le code du travail à n'importe quel prix... Comme aurait dit mon oncle mineur à Salsigne : An virat la vesto* ! Je lui répondrais alors ceci : "C'est la faute aux éoliennes... es le vent que le a virat*.

* Ils ont tourné la veste

* C'est le vent qui les a changé

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