06/01/2015

L'archéologie médiévale carcassonnaise, c'est du béton !

Cela faisait des mois que je recherchais les résultats des fouilles archéologiques menées lors du percement des parkings souterrains du square Chénier (1988) et des Jacobins (1990). J'espérais pouvoir vous présenter un bel article sur l'étude historique de notre bonne ville qui s'étendait au-delà de l'actuelle Bastide avant le pasage du Prince noir en 1355. Eh ! bien, vous n'aurez rien... Non pas que nos chers historiens locaux ou scientifiques n'aient pas souhaité me faire partager leurs travaux, mais plutôt qu'il n'existe aucun rapport de fouille sur ces sites. Et pour cause...

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Inauguration du parking souterrain Chénier en 1988

Aux dires des archéologues que j'ai contactés, les engins de chantier ont décaissé le square Chénier sans qu'au préalable la mairie de l'époque n'ait fait appel à l'archéologie préventive. Selon eux, la municipalité aurait réfusé de financer le chantier de fouille. Ainsi, c'est tout un pan de l'histoire carcassonnaise qui n'a pas pu être étudié sur ce site ; un ancien cimetière de la ville.

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Comme si cela ne suffisait pas, deux ans plus tard la construction du parking des Jacobins sera menée de la même façon. Quand les archéologues sont arrivés, les pelleteuses avaient déjà décaissé le terrain. La ville n'avait toujours pas voulu financer les fouilles. Résultat... Seuls quelques clichés montreront des strates dans un sol rougi laissant penser qu'il pourrait s'agir de témoins de l'incendie de 1355, déclenché par le Prince noir lors de son passage. Autrement dit, la ville s'étendait au-delà des murs de la Bastide St-Louis que nous connaissons aujourd'hui. On ne saura rien de ce qui se trouvait à cet endroit. Faut-il parler également de la construction du parking souterrain de l'hôtel des trois courronnes en 1993 ?

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01/12/2014

L'exception Carcassonnaise qui confime la règle...

Il eut été judicieux voire normal en ce centenaire de la Grande guerre, que Carcassonne consacrât une exposition au caricaturiste Carcassonnais Pierre Dantoine (1884-1955). Ce dernier réalisa un grand nombre de croquis légendés en occitan, mettant en scène d'une manière humoristique les poilus. Ils furent même compilés et imprimés dans un recueil ayant pour titre :

La guerre vue par Dantoine

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Eh ! bien, non... À Carcassonne, on passa à côté du souvenir de Dantoine en cette période de commémorations. Cela aurait pu être enfin l'occasion d'apposer une plaque sur son ancienne demeure de l'avenue Arthur Mullot. Ce pays a t-il la mémoire culturelle sélective ? Rendons tout de même à Jean-Pierre Piniès le bénéfice d'avoir réalisé il y a quelques années, un livre sur Dantoine.

À Castres...

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Nos voisins Castrais ont organisé, eux, une exposition des dessins de Pierre Dantoine au Musée Jean Jaurès entre le 2 octobre et le 29 novembre dernier. Franchement, nos édiles Carcassonnais n'ont-ils pas honte ?

Pas si étonnant que cela puisque dans un autre domaine, les sénatus-consultes avaient entériné qu'il n'y aurait pas de fêtes en l'honneur du 800e anniversaire de la naissance de Saint-Louis à Carcassonne. Ceci afin de ne pas heurter les occitanistes locaux qui conservent une haine historique et féroce contre lui. Débaptisons alors, la Bastide qui porte son nom ! Tiens, pourquoi donc la rue de la gare porte t-elle le nom (Clémenceau) de celui qui envoya la troupe contre les viticulteurs de 1907 ? À défaut de Carcassonne, les commémorations de Saint-Louis ont été accueillies par Aigues-Mortes. Comble d'ironie, Mgr Planet l'évêque de notre bonne cité, dut se rendre là-bas où lui furent remises les clés de la ville fortifiée en sa qualité de citoyen d'honneur. Autre présence bien remarquée, celle du Duc d'Anjou l'héritier des Capétiens et prétendant à la courronne de France. De tout cela Carcassonne n'en a pas voulu ! En échange, nous avons une belle exposition "Villes médiévales" à la chapelle des Dominicains, inaugurée seulement en présence du gratin de la ville, sur carton nominatif d'invitation.

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À Aigues-Mortes, chacun a pu croiser librement, s'il considère comme moi que célébrer l'histoire de France ce n'est pas célébrer la monarchie, un aréopage de hautes personnalités dont Carcassonne aurait pu s'énorgueillir. Notons au passage que l'ensemble de la cité était aux couleurs du Moyen-âge et animée par des chants et danses de nos troubadours occitans. Sans aucun esprit de revanche...

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Mgr le Duc d'Anjou à Aigues-Mortes

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26/11/2014

Quelques mauvaises nouvelles...

Entre le mois de juin dernier et la fin octobre, la plaque en l'honneur de l'académicien Carcassonnais

 Fortunat Strowski (1866-1952)

a disparue de la façade du 22, rue Armagnac.

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Quelles sont les raisons qui ont motivé l'enlèvement de ce témoin de la mémoire culturelle de notre ville ? L'ignorance peut-être... En tous cas, ce n'est visiblement pas le ravallement de la façade de l'immeuble. Cela fait plus de six ans que je réclame une commission, chargée d'inventorier les oeuvres d'art et les plaques historiques dans Carcassonne. Que voulez-vous... Quand on se heurte à tant d'immobilisme sur le plan patrimonial, on finit par être découragé. 

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La plaque se trouvait fixée sur la pierre, à droite de la porte

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Fortunat Strowski

était un historien de la littérature, essayiste et critique littéraire. Professeur à la Faculté de lettres de Paris, il est connu pour son édition des Essais de Montaigne d'après la version de 1588 annotée de la main de l'auteur. Il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1926.

(Source : Wikipédia)

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Nous ne féliciterons pas celui qui donné l'ordre de repeindre en doré, l'applique de la petite fontaine du Portail des Jacobins. Celle-ci était encore il y a quelques semaines en fonte et de couleur sombre. Nous ne féliciterons pas non plus, l'exécutant de cette basse besogne pour ses piètres talents de peintre. Même un bricoleur du dimanche, aurait pris soin de protéger le tour de l'applique pour éviter les bavures. Faut-il espérer que les agents communaux, ni leur chef ne soient impliqués dans cette belle restauration. Voilà une autre histoire...

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09/11/2014

Les archives de l'ancien Lycée Impérial de Carcassonne jetées aux ordures

Comme nous vous l'annoncions vendredi, l'administration du lycée Paul Sabatier placée sous la responsabilité de Monsieur Mercadal — proviseur de l'établissement — avait jeté jeudi à la benne à ordures, un grand nombre d'archives et d'anciens manuels scolaires. Ce dépotoir de la mémoire collective se trouvait devant les bureaux du proviseur situés à l'entrée du lycée à la vue des futurs universitaires. Un beau symbole, en somme ! Sans la curiosité et la présence d'esprit de Julien Llamas — élève à Sabatier et excellent jeune citoyen Carcassonnais — cet évènement serait passé aux oubliettes. Julien a d'abord demandé l'autorisation à M. Mercadal de pouvoir fouiller et prendre des photographies de la benne. Ce qu'il fit. Ensuite, s'apercevant que les documents constitués par des listes d'appels, des fiches, des croquis de travaux dataient pour les plus anciens de 1884, il entreprit d'en sauver le plus qu'il pourrait à pied emporter chez lui. Aujourd'hui, ce sont autant de preuves visant à démontrer la faute de ces fonctionnaires de l'Éducation nationale.

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Alerté par l'élève qui avait posté la photo ci-dessus sur Facebook en expliquant le problème, je décidais de rendre publique ce désherbage sauvage des archives du lycée. Jusqu'à présent, je m'en remettais aux dires de Julien quant à la qualité des archives vouées au pilon, considérant le fait comme grave. On imagine aisément l'effet produit sur la toile et les répercutions dans la ville. Aussi, le vendredi matin Julien vit deux hommes de l'administration descendre dans la benne pour d'après lui, en extraire les documents les plus anciens sous les yeux d'un proviseur faisant l'étonné. La benne fut ensuite bâchée, ce qu'elle n'était pas la veille. Il semblerait que l'on ait pris conscience des conséquences, en tentant de réparer l'erreur. Enfin, il faut l'espérer.

Le vendredi à 14 heures, je décidais d'appeler la directrice des archives départementales. Elle m'indiqua ne pas avoir été mise au courant de ce déserherbage par le proviseur du lycée. La procédure veut qu'en pareil cas, les archivistes procèdent au tri des documents en vue de leur conservation. La directrice m'assura alors qu'elle allait dépêcher sur place ses agents. À 16 heures, elle me confirma qu'ils s'y étaient rendus en me remerciant vivement pour ma démarche. Nous savons que l'on tentera par tous les moyens de minimiser les responsabilités en racontant qu'il n'y avait rien dans cette benne de bien important. Aussi, avons-nous rassemblé les preuves du contraire, grâce aux documents récupérés par Julien.

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Il s'agit purement et simplement des archives du Lycée Impérial de Carcassonne qui fonctionna jusque dans les années 1960, avant la construction du lycée Paul Sabatier. Notons que l'historien Claude Marquié faute d'archives pour réaliser une conférence à la SESA, pensait qu'elles avaient été détruites lors du déménagement. En fait, elles ont transité par le lycée Sabatier qui les détient depuis 50 ans, avant de les jeter aux ordures dernièrement. Il me semble que les administrations ont l'obligation passé un certain délai, de verser leurs papiers aux archives départementales.

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L'ancien Lycée Impérial de Carcassonne, rue de Verdun

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Une liste d'appel des élèves pour l'année 1891

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Les réparations effectuées au lycée en 1902

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Une liste des fonctionnaires du Lycée Impérial

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Les professeurs de années 50-60 dont René Nelli

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Les services et émoluments du personnel pour 1947, mais également les provisions pour la cantine en période de guerre et la comptabilité.

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Un dossier du XIXe siècle

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Exposés au regard des élèves, les fiches individuelles des anciens avec leurs noms, adresses, téléphone et filiation. Ici les années 1970...

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Là, l'année scolaire 2003-2004. Nous avons masqué les renseignements confidentiels, mais ils ne l'étaient pas. Certaines fiches contiennent même l'exclusion et le parcours disciplinaire.

Nous espérons que les Archives départementales auront pu récupérer l'ensemble de ces dossiers, car Julien n'en a sauvé que 5%. Sur mes conseils, il déposera aux Archives de l'Aude ce qu'il a pu extraire de la benne. L'administration du lycée n'admettra jamais sa faute ; au moins, donnera t-elle en secret ce qu'elle a récupéré à l'intérieur de la benne le vendredi matin... Je remercie beaucoup Julien Llamas et tous les historiens devraient en faire de même. Pour ma part, je désespère chaque jour de voir cette ville aux mains de gens si peu concernés par le patrimoine.

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09:43 Publié dans Carton rouge, Écoles | Tags : lycée | Lien permanent | Commentaires (19)

07/11/2014

Désherbage sauvage au lycée Paul Sabatier ?

Je porte à votre connaissance la photo et le texte postés hier soir sur facebook, par un lycéen de Paul Sabatier à Carcassonne. Inutile de vous dire que ce genre d'opération doit normalement être effectuée par les services des archives départementales de l'Aude afin de trier ce qui doit être conservé. Quel spectacle affligeant de voir ainsi livré au regard de futurs universitaires, les dossiers et livres de notre passé scolaire. Sans parler de la confidentialité de ces archives. J'ai aussitôt contacté les historiens locaux et présidents d'associations scientifiques afin de les alerter sur ce sujet. Je ne vous cache pas leur étonnement. Déjà en 2010, le désherbage de la bibliothèque municipale avec le même procédé avait fait scandale. Le proviseur du lycée n'était-il pas à cette époque l'élu en charge de la culture à la Communauté d'agglomération du Carcassonnais ?

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"Le Lycée Paul Sabatier à Carcassonne à entreposé dans une grande benne à ordure des centaines de livres, cahiers et autres archives de son établissement comme des listes d'appels, ou encore des fiches de passage à l'infirmerie ou des billets d'absences ! Le tout datant de 1890 à 2007. Avec l'accord du proviseur de l'établissement, je me suis permis de piocher dans le "tas" qui est "exposé" dans un coin de la cour du lycée, à ciel ouvert. Des centaines d'archives qui seront d'ici quelques jours sans doutes brûlées."

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05/11/2014

Carcassonne aime t-elle ses oeuvres d'Art contemporain ?

En passant l'autre jour au rond-point du lycée agricole Charlemagne, je fus intrigué par une oeuvre d'art située en bordure de la route de Saint-Hilaire. Je m'arrêtais alors pour en prendre connaissance. Fort heureusement et chose unique dans Carcassonne — nous le verrons plus tard — la sculpture portait non seulement le nom de l'artiste mais également le titre de l'oeuvre. Je pouvais donc en rentrant chez moi, chercher avec la facilité que procure désormais internet, la biographie de Jean Suzanne et de sa sculpture intulée "Le signe méditerranéen". Cela ne me suffisait pas, il me fallait connaître le fil de l'histoire qui avait pu l'amener à cet endroit. Je décidais de téléphoner à Jean-Marc Tilcke, galeriste d'art contemporain bien connu à Carcassonne. Il administre "La maison du chevalier" dans la rue Trivalle.

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L'oeuvre de Jean Suzanne

J'apprends que ce sont en fait six oeuvres qui ornent les rond-points de Carcassonne depuis 20 ans. Au début des années 1990 eut lieu dans notre ville un symposium de sculpture, piloté par Jean-Marc Tilcke en collaboration avec la ville de Carcassonne représentée par Raymond Chésa, le ministère de la culture représenté par le préfet et le Conseil régional représenté par Jacques Blanc. D'après J-M Tilcke, la mairie devait à l'issue de la manifestation faire l'acquisition des sculptures. Ce qu'elle ne fit pas. Le directeur de la Maison du chevalier décida alors d'emprunter pour pouvoir les conserver à Carcassonne, pour une somme totale de 20 millions d'anciens francs (30.000 €). Finalement, un arrangement fut trouvé avec Raymond Chésa afin que les six oeuvres prennent place dans Carcassonne. Contractuellement, un commodat ou prêt à usage fut signé entre les parties. Il oblige la ville à assurer, entretenir et protéger les sculptures.

Les six sculptures

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La nef de pierre d'Ariel Mocovici

Cette oeuvre se trouvait jusqu'en 2003 dans le square Gambetta. Depuis dix ans, elle est entreposée en extérieur aux serres municipales dans les conditions que vous voyez ci-dessus. Notons que dernièrement une sculpture d'Ariel Moscovici a été achetée par Taïwan pour 300.000 dollars.

http://arielmoscovici.free.fr/

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La fracture de Jean Suzanne

Cette oeuvre conçue en acier et inox a été débaptisé sans le consentement de l'artiste. Elle porte sur son socle le titre de "Signe méditerranéen".

http://www.jeansuzanne.com/

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Tcherban Gabréa

Cette sculpture se trouve sur le rond-point Maurice Ancely, avant d'arriver à Géant Cité 2. Elle ne porte aucune mention ni sur l'artiste, ni sur l'oeuvre.

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Bata Marianov

Cette oeuvre en bois se trouve route de Saint-Hilaire, à l'entrée de la rue Barbacane. Elle ne porte aucune mention.

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Nicolas Cleissig

Cette sculpture se trouve sur le rond-point Maurice Ancely, avant Géant Cité 2. Aucune mention n'y figure.

Michel Argouge

Je n'ai pas retrouvé sur le rond-point de l'aéroport, une trace de son oeuvre.

Quel avenir pour ses sculptures ?

Il est évident que très très peu de personnes connaissent l'histoire de ces oeuvres et qu'un jour, on pourrait imaginer qu'un inculte en mal artistique se prenne à les repeindre en bleu. On l'a vu ailleurs récemment... Néanmoins, elles semblent plutôt en bon état au milieu d'espaces verts entretenus. C'est tout et pas plus, car pour le reste l'art contemporain ne semble pas émouvoir nos élus. Moi-même qui suis totalement profane dans ce domaine, je ne me hasarderais pas à en faire la critique. Toutefois, n'est-il pas intellectuellement dommage pour la culture dans cette ville de posséder des sculptures d'artistes mondialement reconnus et de s'en désinteresser ? N'est-il pas économiquement idiot de les conserver ainsi, alors même que leur valeur a été multipliée par dix en 20 ans ? Quand bien même la ville n'en serait que le dépositaire, ne devrait-elle pas réaliser des panneaux pour indiquer le nom de l'oeuvre et celle de l'artiste ?

Bonne nuit Carcassonne ! L'ombre s'abat sur toi.

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