09/11/2014

Les archives de l'ancien Lycée Impérial de Carcassonne jetées aux ordures

Comme nous vous l'annoncions vendredi, l'administration du lycée Paul Sabatier placée sous la responsabilité de Monsieur Mercadal — proviseur de l'établissement — avait jeté jeudi à la benne à ordures, un grand nombre d'archives et d'anciens manuels scolaires. Ce dépotoir de la mémoire collective se trouvait devant les bureaux du proviseur situés à l'entrée du lycée à la vue des futurs universitaires. Un beau symbole, en somme ! Sans la curiosité et la présence d'esprit de Julien Llamas — élève à Sabatier et excellent jeune citoyen Carcassonnais — cet évènement serait passé aux oubliettes. Julien a d'abord demandé l'autorisation à M. Mercadal de pouvoir fouiller et prendre des photographies de la benne. Ce qu'il fit. Ensuite, s'apercevant que les documents constitués par des listes d'appels, des fiches, des croquis de travaux dataient pour les plus anciens de 1884, il entreprit d'en sauver le plus qu'il pourrait à pied emporter chez lui. Aujourd'hui, ce sont autant de preuves visant à démontrer la faute de ces fonctionnaires de l'Éducation nationale.

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Alerté par l'élève qui avait posté la photo ci-dessus sur Facebook en expliquant le problème, je décidais de rendre publique ce désherbage sauvage des archives du lycée. Jusqu'à présent, je m'en remettais aux dires de Julien quant à la qualité des archives vouées au pilon, considérant le fait comme grave. On imagine aisément l'effet produit sur la toile et les répercutions dans la ville. Aussi, le vendredi matin Julien vit deux hommes de l'administration descendre dans la benne pour d'après lui, en extraire les documents les plus anciens sous les yeux d'un proviseur faisant l'étonné. La benne fut ensuite bâchée, ce qu'elle n'était pas la veille. Il semblerait que l'on ait pris conscience des conséquences, en tentant de réparer l'erreur. Enfin, il faut l'espérer.

Le vendredi à 14 heures, je décidais d'appeler la directrice des archives départementales. Elle m'indiqua ne pas avoir été mise au courant de ce déserherbage par le proviseur du lycée. La procédure veut qu'en pareil cas, les archivistes procèdent au tri des documents en vue de leur conservation. La directrice m'assura alors qu'elle allait dépêcher sur place ses agents. À 16 heures, elle me confirma qu'ils s'y étaient rendus en me remerciant vivement pour ma démarche. Nous savons que l'on tentera par tous les moyens de minimiser les responsabilités en racontant qu'il n'y avait rien dans cette benne de bien important. Aussi, avons-nous rassemblé les preuves du contraire, grâce aux documents récupérés par Julien.

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Il s'agit purement et simplement des archives du Lycée Impérial de Carcassonne qui fonctionna jusque dans les années 1960, avant la construction du lycée Paul Sabatier. Notons que l'historien Claude Marquié faute d'archives pour réaliser une conférence à la SESA, pensait qu'elles avaient été détruites lors du déménagement. En fait, elles ont transité par le lycée Sabatier qui les détient depuis 50 ans, avant de les jeter aux ordures dernièrement. Il me semble que les administrations ont l'obligation passé un certain délai, de verser leurs papiers aux archives départementales.

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L'ancien Lycée Impérial de Carcassonne, rue de Verdun

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Une liste d'appel des élèves pour l'année 1891

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Les réparations effectuées au lycée en 1902

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Une liste des fonctionnaires du Lycée Impérial

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Les professeurs de années 50-60 dont René Nelli

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Les services et émoluments du personnel pour 1947, mais également les provisions pour la cantine en période de guerre et la comptabilité.

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Un dossier du XIXe siècle

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Exposés au regard des élèves, les fiches individuelles des anciens avec leurs noms, adresses, téléphone et filiation. Ici les années 1970...

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Là, l'année scolaire 2003-2004. Nous avons masqué les renseignements confidentiels, mais ils ne l'étaient pas. Certaines fiches contiennent même l'exclusion et le parcours disciplinaire.

Nous espérons que les Archives départementales auront pu récupérer l'ensemble de ces dossiers, car Julien n'en a sauvé que 5%. Sur mes conseils, il déposera aux Archives de l'Aude ce qu'il a pu extraire de la benne. L'administration du lycée n'admettra jamais sa faute ; au moins, donnera t-elle en secret ce qu'elle a récupéré à l'intérieur de la benne le vendredi matin... Je remercie beaucoup Julien Llamas et tous les historiens devraient en faire de même. Pour ma part, je désespère chaque jour de voir cette ville aux mains de gens si peu concernés par le patrimoine.

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07/11/2014

Désherbage sauvage au lycée Paul Sabatier ?

Je porte à votre connaissance la photo et le texte postés hier soir sur facebook, par un lycéen de Paul Sabatier à Carcassonne. Inutile de vous dire que ce genre d'opération doit normalement être effectuée par les services des archives départementales de l'Aude afin de trier ce qui doit être conservé. Quel spectacle affligeant de voir ainsi livré au regard de futurs universitaires, les dossiers et livres de notre passé scolaire. Sans parler de la confidentialité de ces archives. J'ai aussitôt contacté les historiens locaux et présidents d'associations scientifiques afin de les alerter sur ce sujet. Je ne vous cache pas leur étonnement. Déjà en 2010, le désherbage de la bibliothèque municipale avec le même procédé avait fait scandale. Le proviseur du lycée n'était-il pas à cette époque l'élu en charge de la culture à la Communauté d'agglomération du Carcassonnais ?

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"Le Lycée Paul Sabatier à Carcassonne à entreposé dans une grande benne à ordure des centaines de livres, cahiers et autres archives de son établissement comme des listes d'appels, ou encore des fiches de passage à l'infirmerie ou des billets d'absences ! Le tout datant de 1890 à 2007. Avec l'accord du proviseur de l'établissement, je me suis permis de piocher dans le "tas" qui est "exposé" dans un coin de la cour du lycée, à ciel ouvert. Des centaines d'archives qui seront d'ici quelques jours sans doutes brûlées."

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05/11/2014

Carcassonne aime t-elle ses oeuvres d'Art contemporain ?

En passant l'autre jour au rond-point du lycée agricole Charlemagne, je fus intrigué par une oeuvre d'art située en bordure de la route de Saint-Hilaire. Je m'arrêtais alors pour en prendre connaissance. Fort heureusement et chose unique dans Carcassonne — nous le verrons plus tard — la sculpture portait non seulement le nom de l'artiste mais également le titre de l'oeuvre. Je pouvais donc en rentrant chez moi, chercher avec la facilité que procure désormais internet, la biographie de Jean Suzanne et de sa sculpture intulée "Le signe méditerranéen". Cela ne me suffisait pas, il me fallait connaître le fil de l'histoire qui avait pu l'amener à cet endroit. Je décidais de téléphoner à Jean-Marc Tilcke, galeriste d'art contemporain bien connu à Carcassonne. Il administre "La maison du chevalier" dans la rue Trivalle.

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L'oeuvre de Jean Suzanne

J'apprends que ce sont en fait six oeuvres qui ornent les rond-points de Carcassonne depuis 20 ans. Au début des années 1990 eut lieu dans notre ville un symposium de sculpture, piloté par Jean-Marc Tilcke en collaboration avec la ville de Carcassonne représentée par Raymond Chésa, le ministère de la culture représenté par le préfet et le Conseil régional représenté par Jacques Blanc. D'après J-M Tilcke, la mairie devait à l'issue de la manifestation faire l'acquisition des sculptures. Ce qu'elle ne fit pas. Le directeur de la Maison du chevalier décida alors d'emprunter pour pouvoir les conserver à Carcassonne, pour une somme totale de 20 millions d'anciens francs (30.000 €). Finalement, un arrangement fut trouvé avec Raymond Chésa afin que les six oeuvres prennent place dans Carcassonne. Contractuellement, un commodat ou prêt à usage fut signé entre les parties. Il oblige la ville à assurer, entretenir et protéger les sculptures.

Les six sculptures

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La nef de pierre d'Ariel Mocovici

Cette oeuvre se trouvait jusqu'en 2003 dans le square Gambetta. Depuis dix ans, elle est entreposée en extérieur aux serres municipales dans les conditions que vous voyez ci-dessus. Notons que dernièrement une sculpture d'Ariel Moscovici a été achetée par Taïwan pour 300.000 dollars.

http://arielmoscovici.free.fr/

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La fracture de Jean Suzanne

Cette oeuvre conçue en acier et inox a été débaptisé sans le consentement de l'artiste. Elle porte sur son socle le titre de "Signe méditerranéen".

http://www.jeansuzanne.com/

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Tcherban Gabréa

Cette sculpture se trouve sur le rond-point Maurice Ancely, avant d'arriver à Géant Cité 2. Elle ne porte aucune mention ni sur l'artiste, ni sur l'oeuvre.

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Bata Marianov

Cette oeuvre en bois se trouve route de Saint-Hilaire, à l'entrée de la rue Barbacane. Elle ne porte aucune mention.

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Nicolas Cleissig

Cette sculpture se trouve sur le rond-point Maurice Ancely, avant Géant Cité 2. Aucune mention n'y figure.

Michel Argouge

Je n'ai pas retrouvé sur le rond-point de l'aéroport, une trace de son oeuvre.

Quel avenir pour ses sculptures ?

Il est évident que très très peu de personnes connaissent l'histoire de ces oeuvres et qu'un jour, on pourrait imaginer qu'un inculte en mal artistique se prenne à les repeindre en bleu. On l'a vu ailleurs récemment... Néanmoins, elles semblent plutôt en bon état au milieu d'espaces verts entretenus. C'est tout et pas plus, car pour le reste l'art contemporain ne semble pas émouvoir nos élus. Moi-même qui suis totalement profane dans ce domaine, je ne me hasarderais pas à en faire la critique. Toutefois, n'est-il pas intellectuellement dommage pour la culture dans cette ville de posséder des sculptures d'artistes mondialement reconnus et de s'en désinteresser ? N'est-il pas économiquement idiot de les conserver ainsi, alors même que leur valeur a été multipliée par dix en 20 ans ? Quand bien même la ville n'en serait que le dépositaire, ne devrait-elle pas réaliser des panneaux pour indiquer le nom de l'oeuvre et celle de l'artiste ?

Bonne nuit Carcassonne ! L'ombre s'abat sur toi.

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01/11/2014

"Les médiévales" : l'histoire d'un énorme gâchis culturel pour Carcassonne

Hiver 85, recommandé par Jean-Marie Rausch, Laurent Maget est reçu par Raymond Chésa, qui souhaite valoriser les atouts de la ville et cibler une stratégie de communication.
Le contexte est cependant bien différent de celui d’une ville comme Metz. Carcassonne est une ville administrative, militaire et touristique, sans véritable projet de développement innovant,
Laurent Maget y voit cependant un fort potentiel ; la ville haute accueille le jour des milliers de visiteurs de passage, un théâtre est niché contre les remparts de la vielle citée, possède une bonne jauge et dort en plein mois d’août ; le développement est là, retenir pour la nuit ce flot de visiteurs et fédérer la population locale autour d’un projet culturel. Il propose donc d’investir le théâtre et conçoit les « Médiévales de Carcassonne ». Le projet est accepté par Raymond Chésa, Reste à trouver son financement... Une fois le projet lancé, Laurent Maget fait appel à Nicolas Gérad-Hirne et Jean-Marie Sittler, comme il l’avait fait lors de précédentes opérations.sittler.jpg

Jean-Marie Sittler (1954-2003)

Six techniciens du son, six techniciens de l'image, deux cents projecteurs, quatre systèmes de projection de diapositives géantes fonctionnant en simultané et permettant des superpositions de vues. Sur la scène du Grand théâtre de la cité et autour d'elle, on dispose : 40 tonnes de sable, 30 tonnes de terre et 100 balles de paille.

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Yvan Chiffre

L'ensemble des cascades des cavaliers est réglée avec un soin d'horloger par un maître du genre, en la personne d'Yvan Chiffre. L'acteur-cascadeur participa à de très nombreux tournages : Le miracle des loups, Fantomas, La grande Vadrouille, OSS 117...

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 "Les templiers"

Quatre-vingt-dix minutes retracent l'histoire des Templiers en plusieurs actes du 3 au 15 août 1988. La scénariste est Clémence Massart. 

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Clémence Massart est la compagne de Philippe Caubère

Au total 20 000 spectateurs assisteront au spectacle durant la quinzaine, pour un tarif allant de 70 francs (10 euros) à 20 francs (3 euros). En fil rouge, toute la journée, les touristes peuvent se rendre ua marché médiéval (place Pierre Pont), s'initier au tir à l'arc (Douves), se promener à cheval (place Pierre Pont), escalader à mains nues, assiter à la relève de la garde, assister à un concert dans la basilique ou encore, visiter les expositions (Porte narbonnaise, Musée des Beaux-arts, Tour de la Vade). À 18 heures, des joutes payantes sont données dans les lices. L'ensemble des prestations sont subventionnées par le Ministère de la culture, la ville, le département et la région avec le soutien de divers sponsors.

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En 1988, le spectacle fonctionne grâce à une association fondée par les bénévoles locaux

"Les amis des médiévales"

Sous la houlette du président Christian Schmitz et de Georges Audouy, architecte de son état, une émulation se créee chaque année autour de ce projet fédérateur.

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À l'occasion du dixième anniversaire, l'équipe décide de construire un village médiéval entièrement démontable car pouvant être réutilisé l'année suivante. Le bourg sera implanté sur la place de la basilique, fermée pour l'occasion. Côté remparts, la grille de la tour Saint-Nazaire sera abaissée et une palissade de bois barrera la rue du Plô. La palissade est constituée de hourds et d'une poterne. La difficulté technique résida dans le fait que l'on ne pût faire de fondation. Seul un appui sur les contreforts de la chapelle de la basilique fut autorisé. À l'intérieur du village, échoppes, étalages et camp de toiles furent animés par une troupe de Francomtois.

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Plan des constructions médiévales

Les travaux de menuiserie furent confiés aux services municipaux en collaboration avec dix-huit personnes au RMI (Revenu Minimum d'Insertion), employées pour l'occasion en contrat CES, prolongés à la fin du spectacle pour l'entretien des décors et des costumes. La gageure consista à installer le village dans les huit jours qui suivirent la fin du festival de juillet.

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L'association prit ensuite le nom de "Terre d'histoire" et décida en 1997 de traiter la période de l'hérésie Cathare. Les textes et le scénario sont écrits par le comédien Michel Granvale et Aude Balmigère. La composition musicale est l'oeuvre du musicien Serge André.

Les comédiens

Bernard Barel, Christian Schmitz, Canelle Edline, Jean-Yves Barthas, Sandrine Gaston, André Cano, Marie-Ange, Cros, Jacques Douat, Colette Rourera, Jacky Poi-Marty, Sébastien Mignard, Jocelyne Barrot, Sandrine Labre, Roger Avalos, Marie-Claire Thomas, Gilles Villan, Éric Bernard, Sébastien Cavaillé, Philippe Abizanda, Jean-Claude Léchuga, Aude Balmigère et Jean-Frédéric Garcia.

Sans compter les 200 figurants...

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Le maire R. Chésa et la troupe, place Carnot

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L'affiche de 1998

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La scène du Grand théâtre de la Cité

La préparation commençait dès le mois de janvier pour les acteurs et avril pour les figurants. Les répétitions se faisaient dans un hangar (et les beaux jours à l'extérieur) tard dans la nuit parfois, dans la zone l'Arnouzette. Ce hangar est maintenant la carrosserie SURROQUE.
Pendant tout le mois d'août, acteurs et figurants vivaient ensemble. Dès 18 h tout le monde était à la Cité. Une cantine était mise en place dans la cour de l'école (derrière le musée de l'école). Super ambiance, repas fait par des bénévoles ! Ensuite direction le maquillage ! dans les coulisses pas de différence entre acteurs et figurants, un acteur n'était pas supérieur à un figurant. Chaque personne avait son rôle à jouer dans le spectacle !
Une belle leçon de vie. Après le spectacle, certains soirs les comédiens buvaient tous ensemble le pot de l'amitié ou se retrouvaient au café le Sénéchal !
Après au lit, car la plupart des personnes travaillaient le lendemain !

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Comédiens amateurs et professionnels lors du spectacle

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Dans un grand esprit de camaraderie, l'ensemble des professionnels et des amateurs se réunissaient pour partager de bons moments de détente et d'amitié. Les lendemains étaient difficiles quand il fallait se lever pour aller travailler, car la nuit avait été courte.

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L'équipe de maquillage dans les loges, sous la scène du Grand théâtre de la Cité.

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Les saluts pour la dernière où chacun, la larme à l'oeil disait à l'année prochaine !

Puis...

Le couperet est tombé: à l'issue de l'appel à projets lancé au mois d'octobre, la mairie de Carcassonne a retiré à l'association Terre d'histoire son monopole sur l'organisation des spectacles médiévaux du mois d'août.

(La dépêche - 6 décembre 2001)


La municipalité n'étant pas du même bord politique que le responsable de la troupe, a stoppé toutes les subventions et laissé mourir l'association qui de ce fait, a cessé son activité. Cela ne vous rappelle rien dans l'actualité récente ?

En 2002, elle fait appel au comédien italien Carlo Boso pour reprendre le vide culturel du mois d'août. Une collaboration qui finira mal.

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Carlo Boso

La feuille de route qui est donnée au comédien italien par Claudine Desbordes, adjointe à la culture, est de fidéliser les touristes de passage. L'ambition du maître de la Comédia d'el Arte n'est pas mince:

"Je voudrais faire de Carcassonne une citadelle du théâtre"

Pour l'été 2002, il annonce les reprises de « Capitaine Fracasse », « Scaramouche », « Don Quichotte » et probablement « Cyrano ». Ces pièces seront jouées « certainement au Grand-Théâtre », par des comédiens exclusivement professionnels appartenant à Mystère Bouffe et à d'autres compagnies européennes. « Des spectacles, explique Boso, compréhensibles par tout public, français, italien ou espagnol... » On commence donc à y voir plus clair dans les projets de Boso qui rappelle que, pour cette année, « s'était d'abord engagé à faire de la programmation ».

 

« L'objectif, explique-t-il, c'est de commencer à intégrer des semi- professionnels et des passionnés dans des actions théâtrales à présenter en ville. Si l'on arrive à dépasser la première étape des animations qui auront lieu cette année, nous pourrons alors intégrer les élèves à la grande opération que nous comptons proposer en 2003 au Grand-Théâtre de la Cité. Pour l'instant, la chose est un peu délicate puisqu'il faut fédérer tous les projets et créer une synergie dans la perspective de ce grand événement. Mais bon, la volonté, l'enthousiasme et la foi sont là. »

 

Boso s'attaque à la formation du vivier local sur le thème « De la farce médiévale à la commedia dell'arte ». Jusqu'au 24 février, à la MJC, des leçons de chant, danse, escrime, pantomime et théâtre (improvisation, jeu masqué, réalisation de scénarii, etc) seront dispensés par Boso en personne mais aussi son assistant, Gilbert Bourebia, le maître d'armes des Tréteaux de France, Raoul Billery, et la professeur de danse Nelly Quette. Des séances de travail seront également organisées dans la ville. Puis une deuxième session se déroulera du 8 au 21 avril.

 

© La dépêche - 11 février 2002

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L'expérience Carlo Boso et son théâtre de tréteaux dont l'idée était loin d'être idiote se révèlera un échec. 150 spectateurs payants en moyenne au théâtre de la Cité le soir, sur 3000 places assises !

Dans une interview du 19 septembre 2002, l'adjointe indique :

"Ceux qui viennent pour voir des pierres et acheter une épée en plastique ne viennent pas voir une pièce de commedia dell'arte le soir."

Alors, Carcassonne est-elle condamnée à proposer "Plus belle la vie" pour son action culturelle ? C'est sûr que la ménagère de moins de 50 ans, en faisant ses courses dans le vaste supermarché du mauvais goût y trouverait son compte ! Pauvre Carlo Boso... Georges-François Hirsch avait subit le même sort en 1989 au festival de la Cité.

"Même si quand j'ai vu « Scaramouche » à Altigone, une salle de sept cents places, c'était plein. « Scaramouche » avait fait trois mille personnes sur la grande place de Lyon. Mais je rappelle que nous étions dans l'urgence, et que l'ambition est toujours de faire une véritable création."

Pourquoi cela ne marche t-il pas à Carcassonne ? Parce qu'on ne patiente pas et que l'argent doit rentrer de suite dans les caisses, sachant qu'un festival construit sa renommée sur plusieurs années. La facilité c'est de tout fermer au bout d'un an. Ou bien, Carcassonne est une terre d'incultes... Ce que je ne crois pas.

"Au moment de choisir le meilleur projet, la préférence de deux adjoints allaient à ce que présente monsieur Sitler. Les autres étaient pour Carlo Boso. Je suis allée à Foix voir la création de M. Sitler. C'était encore une fresque historique, avec encore des cathares qu'on brûle. Je me suis ennuyée. J'ai une autre ambition pour notre ville. Quant au Grand Roque ou à Terre d'Histoire, une ville a-t-elle vocation à faire vivre des compagnies ou à financer des bénévoles qui ont seulement envie de s'amuser l'été. Bientôt, avec la MJC et les stages de l'Afdas, on aura une vraie compagnie avec des vrais pros, à Carcassonne. Et je le répète pour la Xe fois, Christian Schmitz (NDLR: l'ancien président de Terre d'Histoire) a employé des méthodes indignes. Il m'a menacée en disant que c'était Terre d'Histoire ou rien."

Les Néphalies d'OC

L'année suivante Carlo Boso est à la tête des Néphalies d'Oc chargé de mettre-en-scène une fresque médiévale. Bilan : 300 000 € de manque à gagner pour un budget d'un million dont 152 000 € de subventions de la ville.

« Cette perte a été générée par l'impossibilité pour nous de mettre en place un camp médiéval à l'entrée de la Cité, près de la porte narbonnaise » explique G. Ibanez, président de cette association.

Christian Aniot pour La dépêche, écrit:

Aussi louable soit la mise en scène de Carlo Boso, qui n'est pas passé au travers des critiques notamment sur le contenu historique de son spectacle, tout le monde est d'accord pour dire que la direction confiée à Jean-Pierre Friche fut sincère mais que le directeur du théâtre de Namur été débordé par la quantité de tâches à assumer et ses engagements ici et ailleurs. « Dès le 8 juillet, confie Georges Ibanez, j'ai dû intervenir. Les informations sur la vente des billets ne remontaient pas. J'en ai informé le conseil d'administration ». Bien que de bonne volonté, l'association Néphalies d'Oc aurait commis des erreurs de casting qui l'ont privée des bonnes personnes aux bons postes.

 

Aujourd'hui, l'association déclare s'être acquittée de ses obligations contractuelles envers les interprètes du spectacle. Reste à savoir ce qui adviendra après lecture définitive du bilan. Claudine Desbordes conserve son optimisme. L'adjointe au maire espère que la collaboration projetée pour la suite entre Carlo Boso, Anne Brenon, Michel Roquebert et le Cercle d'études cathares donnera de la valeur ajoutée à cette épopée estivale.

Conclusions

Claudine Desbordes, adjointe à la culture, est mise au placard à la mort du maire Raymond Chésa en 2005 par Gérard Larrat, le nouveau maire par succession. Carlo Boso est remercié et Les Néphalies d'Oc doivent près de 92 000 € de dettes. Gérard Larrat annonce qu'il reprend en main l'ensemble du dossier des spectacles estivaux. Le mois d'août en fera les frais.

«Cet événement fonctionnera en liaison avec les tour-opérators afin d'attirer un maximum de touristes pendant l'année." (Gérard Larrat)

Création d'un comité des fêtes appelé Pôle culturel.

 Féria, Magie de Noël, Festival

Le passage de M. Tarlier à la culture entre 2009 et 2014 ne remettra que très légèrement en cause les orientations culturelles, malgré les promesses de campagne.

La ville achète la maison Noubel, rue de Verdun, 4 millions de francs (610 000 euros) et la revend à un promoteur immobilier en 2002. La ville achète la droguerie Cazaniol en 2007 et aujourd'hui, c'est une coquille vide !

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03/10/2014

Carcassonne, tu as perdu ton âme culturelle

La globalisation de ce monde mercantile uniformise chaque jour davantage la culture, bien précieux issu de nos traditions. Que serait la musique si elle n'avait pas suivi les courants divers et variés du folklore de nos pays, de nos régions? Que serait notre langue si elle ne s'était pas construite dès l'antiquité à partir de mots latins ou grecs? Que serait l'art pictural?... Sommes-nous donc arrivés aujourd'hui si bas qu'il faille faire table rase de tout ce passé et peut-on fouler du pied ce qui a fait notre socle sociétal? Bien que le beau ne soit qu'une notion subjective, il semblerait que l'on ait pris maintenant pour postulat de détruire ou d'assombrir ce qui n'était que lumière. La lumière spirituelle, celle des esprits ; la lumière du vivant. L'homme vit dans l'ombre caverneuse de l'habitude et des réflexes conditionnés par des marionnettistes, actionnant les ficèles d'une pensée convenue. N'ayant plus de goût à la curiosité, à la lecture et à l'écriture qu'il maîtrise fort mal... Il erre dans les méandres d'une politique qu'il subit et qui a désarmé en lui toute notion de libre arbitre. Alors, que fait-il? Il vocifère à qui veut l'entendre, car ses congénères qui ne poursuivent pas les mêmes intérêts restent sourds, son droit à manifester avec des pancartes bariolées agitées comme des pantins de bois. C'est un passé qui n'agit plus qu'en désespoir de cause! Pourtant, n'aurait-il pas mieux à faire à prendre son destin en main et à tenter de changer ce monde de l'intérieur? S'informer et militer au sein de mouvements associatifs, de collectifs citoyens... Cela s'appelle, le courage!

À Carcassonne, petite ville de 50 000 âmes, on suit béatement comme des moutons conditionnés à l'économie de marché, les repas culturels élaborés à partir d'OGM (Opinion Gratuitement Manipulée). Dans la ville des paillettes et des plumes dnas le cul, tout ce cirque est bâti sur les lumières synthétiques et sur l'acharnement d'un bruit incontrôlable, qui vise à abrutir l'électeur devant un écran de fumée.

Paure Carcassona!

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Les fêtes de 1898 avec la venue des Cadets de Gascogne à Carcassonne!

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Carte du félibre Carcassonnais Achille Rouquet, fondateur de la Revue méridionale

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Les fêtes de l'âme occitane en 1936

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La lauseto dal Carcasses.

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01/09/2014

Regrets...

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Les Carcassonnais épris d'art et d'histoire regretteront sûrement que la ville de Carcassonne qui possède une bastide médiévale fondée par Saint-Louis, n'ait pas organisé une manifestation culturelle pour le huit centième anniversaire de sa naissance en 1214. Par ailleurs, cette bastide possède en l'église St-Vincent la plus ancienne et unique représentation du roi Louis IX en France. À ceux qui pourraient vouloir se cacher derrière l'argument de la laïcité, arrêtons donc de fêter Saint-Vincent (patron des vignrons) et Saint-Michel (patron des parachutistes).

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On aime ou pas l'art contemporain, l'art naïf, l'art tout court... Cette semaine les quelques incultes Carcassonnais ont dû être ravis ; après avoir brocradé en son temps les oeuvres éphémères de Marc Walter, dont l'embrassade sous le Pont vieux, les services culturels de la ville leur ont donné, sans le vouloir, une raison pour cracher leur venin sur la collection Cérès Franco. Un article du journal "Le Monde" en date de jeudi dernier titrait à l'intérieur de ses pages culturelles

"Carcassonne tire un trait sur une donation"

La municipalité actuelle vient de refuser la donation de Mme Cérès Franco pour laquelle l'ancienne majorité avait fait réaliser une salle permanente dans le Musée des beaux-arts. Ces travaux de transformation de l'ancienne bibliothèque municipale ont coûté 230 000 euros. Aujourd'hui, la ville refuse la donation car elle estime n'avoir pas les moyens financiers pour accueuillir 1500 oeuvres, dont le coût de stockage reviendrait à 700 000 euros. Soit! Donc, on renvoie l'exposition entière et on prie Mme Franco de bien vouloir nous en débarrasser. En lieu et place, on étudie ce qu'on pourrait y faire sans réel projet pour la remplacer dans l'immédiat. On parle d'y mettre des collections non permanentes, prêtées par des grands musées nationaux. La grande exposition Monnet du Grand Palais, par exemple? Ce serait déjà bien, si Madame la conservatrice pouvait sortir de ses réserves tous les petits trésors dont elle ne connaît même pas l'origine et pour lesquels elle n'a que dédain: Médailler de monnaies romaines issu de fouilles (Société des Arts et Sciences), plaques de verres sur la cité en ruine du Chanoine Verguet, objets de Papouasie du chanoine Verguet...

C'est vrai qu'appeler le Musée des beaux-arts de Carcassonne du nom de Jacques Gamelin, ce serait moins chic que Picasso. Mais, Gamelin est né dans notre ville et pas l'artiste espagnol... Ah! Si seulement Carcassonne pouvait s'intéresser à son passé.

Il n'est pas question pour moi de critiquer les choix sur le dossier Cérès Franco, dont je n'ai pas eu la chance de voir l'exposition et pour laquelle je n'ai pas compétence pour juger de sa valeur. Néanmoins, il serait temps que Carcassonne fasse les titres de la presse culturelle nationale en d'autres termes qu'elle ne fait depuis trop longtemps. Rappelons par ailleurs, le désherbage de la bibliothèque municipale en 2010 et la médiathèque qui ne s'est jamais construite sous M. Tarlier, pour montrer ma bonne foi d'impartialité dans les erreurs des politiques. Alors, pour quelle raison tout ceci est catastrophique? Que les Carcassonnais, prennent un miroir et qu'ils se positionnent devant au-delà de 300 km. Ils verront alors, ce que cela produit en terme d'image sur notre ville. Quel artiste ou mécène voudra demain s'intéresser à Carcassonne, quand on aura sans ménagement refusé ce que l'on nous donne? Le cadeau était empoisonné car accompagné de contraintes? Bien, mais alors la communication qui a entouré cette affaire a été calamiteuse!

Sachez tout de même qu'il y a eu des précédents dans cette ville... Pour exemple, le directeur du festival de Carcassonne Georges-François Hirsch en 1989. C'est Jacques Albarel, adjoint à la culture de Raymond Chésa, qui était allé le chercher à Paris pour construire un beau festival à la renommée internationale. Monsieur Hirsch avait été le directeur du Théâtre des Champs-Élysées et de l'Opéra de Paris. Son tort? D'abord vouloir construire à Carcassonne un festival d'Art lyrique comme à Aix-en-Provence ; Ensuite, d'être de gauche et l'ami personnel de François Mitterrand. Au moins, aurions-nous pu espérer en retirer des subventions. Que nenni, au bout d'un an M. Hirsch a été remercié car son festival était trop élitiste et n'attirait pas assez de sepctateurs. Il faut du temps pour créer un vrai festival à l'identité forte et reconnue, on ne lui a pas donné. Nous avons un petit esprit et ceux qui en ont un plus grand, s'en vont ailleurs. On appelle cela la fuite des cerveaux! Ce n'est pas le vide qui est à craindre, mais le creux...

Élevons nos esprits vers la lumière!

Ce doit être le devoir des élus, car la paupérisation de la culture auprès des citoyens est à craindre. Au lieu de cela, on nous programme de la corrida et de la beuverie. Dormez braves gens, on s'occupe de vider vos consciences pour mieux vous manipuler.

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© L'Indépendant

Hier soir, je revenais de mon concert à 350 km de Carcassonne et j'écoutais France Info. Tiens, ils parlent de la corrida de Carcassonne. On entend les 250 manifestants anti-corridas qui s'insultent avec les aficionados ; plusieurs compagnies de CRS son là pour empêcher l'affrontement.

Quand on programme des manifestations qui exitent la cruauté et la bestialité humaine, qu'on ne vienne pas ensuite faire du politiquement correct en terme d'insécurité.

J'ai honte pour l'image de cette ville que j'aime trop...

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