07/10/2016

Ces stars de la télévision et du cinéma cachées dans la Malepère

Fuyant la vie trépidante de Paris et celles des plateaux de cinéma, de nombreuses vedettes du petit et du grand écran se sont réfugiées - d'une façon quasi anonyme - dans notre département. La plus célèbre d'entre elles fut sans doute l'acteur Philippe Noiret qui possédait une propriété du côté de Montréal d'Aude. Si l'on vous parle alors de Jacques Gérard Cornu, il est fort probable que ce nom ne résonne pas à votre oreille parmi la longue liste des célébrités. Et pourtant, le réalisateur de "L'homme à femmes" avec Danièle Darrieux et Catherine Deneuve, résida jusqu'à son décès en 2011 dans la commune de Montclar, au domaine de la Soulette.

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L'homme à femmes

(1960)

Quand Jacques Gérard Cornu (1925-2011) se fixe à Montclar, il a déjà derrière lui l'expérience des plateaux de télévision. Pendant plusieurs années, il fut le réalisateur des célèbres émissions "Cinq colonnes à la une" et "Les dossiers de l'écran" aux côtés d'Armand Jammot et des trois Pierre : Lazareff, Desgraupes et Dumayet. Ce dernier possédait une maison à Arzens dans laquelle il venait se reposer ; le journaliste et producteur de télévision est inhumé à Bages, près de Narbonne.

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 Jacques Gérard Cornu filmera l'assassinat du président J.F Kennedy et celui de son meurtrier supposé Lee Harvey Oswald. On lui doit de nombreuses interviews de Churchill, Hiro Hito, Charles de Gaulle, etc...  Dans l'Aude, il avait posé ses bagages au domaine de la Soulette entre Arzens et Montclar. Et là, ce fut un défilé d'acteurs de Romy Schneider à Philippe Noiret, de réalisateurs et même d'une princesse... Caroline de Monaco.

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Le domaine de la Soulette

Michel Sawas - la mémoire vivante du journalisme de ce département - a accepté de nous livrer quelques anecdotes concernant Jacques Gérard Cornu, qu'il a bien connu.

"L'épouse de Jacques Gérard Cornu c'est Michelle Moritz, secrétaire d'Art Média avenue Georges V à Paris. Le frère de Jacques Gérard était Préfet et marié à Monique Durand Roger de Carcassonne. Elle s'est marié ensuite avec Michel Junot (Haut fonctionnaire), le père de Philippe Junot et ex-mari de Caroline de Monaco.
C'est ainsi que Jacques Gérard Cornu s'est installé dans l'Aude en 1975. Michelle Moritz - son épouse - était l'impressario de Philippe Noiret. Grâce à elle, l'acteur a acquis la propriété de Montréal d'Aude, dans laquelle il a séjourné jusqu'à sa mort. De son côté, Philippe Junot avait une propriété à côté de Jacques Gérard Cornu. Caroline de Monaco a passé des vacances d'été dans la Malepère avec son époux."

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Caroline de Monaco et Philippe Junot

Jacques Gérard Cornu est décédé le 9 avril 2011. Il est inhumé à Montpellier.

Sources

Michel Sawas

JL Dubois-Chabert / La dépêche / 2004

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11/08/2016

Nous sommes tous des assassins !

Le célèbre réalisateur Carcassonnais André Cayatte - enfin, surtout connu en dehors de sa ville natale - est l'auteur d'un film sur la peine de mort qui défraya la chronique nationale en 1952.

"Nous sommes tous des assassins" 

Prix du jury

au

Festival de Cannes.

Les rôles principaux sont tenus par le chanteur Mouloudji et l'acteur Raymond Pellegrin, ce dernier étant connu du grand public pour avoir prêté sa voix à Fantomas.

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Le synopsis nous révèle l'histoire d'un ancien résistant qui après la Libération se transforme en meurtrier. Arrêté et condamné à mort, il se retrouve en cellule avec d'autres assassins. Son avocat cherchera à le sauver en mettant en cause la société, responsable - selon lui - d'être à l'origine du comportement meurtrier de son client.

L'affaire André Tejerons

Ce que la majorité des gens ignorent, c'est que ce film et plus largement la prise de position - courageuse pour l'époque - d'André Cayatte contre la peine de mort - lui ont été inspirés par un fait divers tragique ayant eu pour cadre Saint-Hilaire. Le 9 février 1924, André Tejerons condamné à mort pour meurtre est guillotiné dans la cour de la Maison d'arrêt de Carcassonne. Il s'agit de la dernière exécution capitale dans notre ville, avant l'abolition de la peine de mort en 1981.

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Le 6 mai 1923, dans un champ en flamme à la sortie de Saint-Hilaire en direction de Ladern-sur-Lauquet, Basile Pistre - le propriétaire - découvre un corps carbonisé dans une meule de foin. Le Dr Piquemal de Limoux constate sur le cadavre non identifiable des traces de strangulation et son crâne défoncé. Les gendarmes enquêtent au village et arrêtent Jaime Ibanez. Ce dernier passe aux aveux ; il indique avoir participé à l'assassinat de Jose Torres sous les ordres de Tejerons. Accusé de la sorte, il se défend et nie en bloc les accusations de son comparse. Le mobile de cette machination préméditée serait le vol de l'argent de Torres avant son départ pour l'Espagne. 

Ibanez et Tejerons sont renvoyés vers la Cour d'assise. Durant le procès, Tejerons n'aura de cesse de chercher à prouver son innocence grâce à des alibis plus que logiques. Un témoignage confirme ses dires, concernant sa présence sur les lieux et l'objet contondant du crime qui ne lui appartient pas. Qu'importe ! Le tribunal ne s'appuie que sur les dires d'Ibanez qui, cherchant à sauver sa peau, charge Tejerons de la responsabilité du meurtre. Le verdict de la Cour condamne Ibanez aux travaux forcés perpétuels et Tejerons, à la peine capitale. Me Riart, son avocat, se pourvoit en cassation contre l'arrêt de mort. Rejet, le 13 décembre 1923. Il ne reste plus que la grâce présidentielle que son avocat va tenter d'obtenir lors d'un voyage à Paris. Tejerons est confiant... jusqu'au matin du 8 février 1924.

Le réveil du condamné

(Le petit méridional / 9 février 1924)

Vendredi matin, à 6 heures, le condamné fut réveillé par M. Couréjelongue, procureur de la République, entouré de MM. Galy, substitut ; Uzac, juge d'instruction, Aurifeuille fils, greffier en chef ; Journet, commis-greffier ; Grillères, secrétaire de parquet ; Me Riart et l'abbé Séverac, aumônier de la prison ; M. Suberville, comme interprète. 

On lui apprend que son recours en grâce étant rejeté, le moment est venu, pour lui, de payer sa dette à la société. En espagnol, il s'écrie :

"No me mate, no me mate !" (Ne me tuez pas)

Son avocat, lui répond : "Courage et meurs en bon Aragonais."

L'abbé Séverac lui demande s'il veut se confesser et assister à la messe. Il y consent. On lui offre un verre de rhum qu'il accepte, puis il fume des cigarettes. M. Deibler (le bourreau, ndlr) qui l'attendait au greffe de la maison d'arrêt procède à sa toilette. Au moment où il était en train de lui lier les mains derrière le dos, Tejeron dit : "Ne me faites pas mal !"

La funèbre machine est dressée face à la grande porte de la maison cellulaire sur le trottoir, Rejeton paraît entre les aides qui le maintiennent et est suivi des membres du Parquet, de Me Riart et de l'abbé Séverac. A ce moment l'assassin n'est qu'une loque. Il n'exprime plus rien : ni regret, ni peur, ni repentir.

On le pousse sous la bascule. Le couperet tombe. Justice est faite.

L'origine du combat de Cayatte

"L'abbé Séverac a assisté le fameux Tejerons lors de son exécution capitale. Très impressionnable, il n'a pas résisté à cette tragique émotion. Rapidement, on l'a vu dépérir et il est mort après de cruelles souffrances, victime du devoir généreusement accompli. (La semaine religieuse / 12 juillet 1924)

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André Cayatte qui n'avait que 15 ans à l'époque des faits vivait à Carcassonne avec ses parents au-dessus de l'épicerie qu'ils tenaient dans la rue Denisse. L'abbé Séverac était un cousin de la famille et cette histoire a formellement traumatisé le jeune adolescent ; il s'est juré de lutter toute sa vie contre l'implacable machine judiciaire. On retrouve dans un grand nombre de ses films cette thématique, comme dans Mourir d'aimer avec Annie Girardot.

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Cayatte ostracisé à Carcassonne

Nous avons cherché à comprendre les raisons pour lesquelles, sa ville natale qui aurait dû s'enorgueillir d'avoir un des ses enfants aussi talentueux, l'a plus ou moins rejeté. Comme pour l'écrivain Jean Cau qui obtint le prix Goncourt en 1961 - ils ne sont pas légion les Carcassonnais dans ce cas, n'est-ce pas ? - l'affaire est avant tout politique. L'auteur de la Pitié de Dieu avait effectué un glissement prononcé de la gauche vers l'extrême droite à la fin de sa vie... Et, André Cayatte ?

Le cinéaste Carcassonnais a pendant l'occupation réalisé plus de trois films grâce au budget de la Continental : La fausse maîtresse, Au bonheur des dames, Pierre et Jean. Qui était la Continental ? C'était la seule société de production Française autorisée par les Allemands, puisqu'elle était directement financée par eux et fondée par Josef Goebbels. Parmi ses acteurs français célèbres, on peut nommer Fernandel, Arlety, Pierre Fresnay, etc. A la Libération, le comité d'épuration du cinéma interdit à Cayatte l'exercice de toute fonction dans le 7e art pendant plusieurs années. Cayatte brisera cette condamnation un an après.

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La maison natale de Cayatte, rue Denisse

On attend toujours une plaque sur cette maison. Dommage, qu'il ne fût pas torero ! Elle y serait déjà.

Sources

Le petit méridionnal / 9 février 1924

Les grandes affaires criminelles / Clément Cartier

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04/06/2016

La caméra explore le temps : Les Cathares

C'est en novembre 1965 que l'équipe de tournage dirigée par Stellio Lorenzi s'installe à Carcassonne pour tourner la dernier opus de

"La Caméra explore le temps"

Les Cathares.

Depuis 1957 ce sont 36 épisodes scénarisés par Alain Decaux et André Castelot, consacrés à l'histoire de France qui sont diffusés sur la première chaîne de la RTF. Les rôles sont confiés à d'excellents comédiens dont beaucoup d'entre eux sont pensionnaires de la Comédie française comme François Chaumette ou Michel Bouquet. J'insiste sur ce point car à cette époque on n'a pas encore besoin de pousser le son du téléviseur pour comprendre les dialogues. Le jeu est certes un peu trop théâtral mais la diction est parfaite. A ce sujet, ne demandons pas à "Joséphine ange gardien" de faire des miracles ! 

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Nous avons retrouvé Francis Aracil - figurant et comédien Carcassonnais à cette époque - qui a bien voulu nous raconter ses souvenirs de tournage :

"Guy Vassal m'écrit un jour pour m'informer que dans le cadre de "La caméra explore le temps", émission télévisée, il allait venir sur Carcassonne, aux pieds de la Cité médiévale un téléfilm sur les Cathares. Il souhaitait ma présence sur le plateau en tant que figurant. Je me souviens avoir demandé une autorisation d'absence au proviseur du lycée qui me l'accorda. Un problème se posa : le réalisateur, Stelio Lorenzi exigeait pour les figurants une taille de 1m 75. Je ne les faisais pas. Guy mit au point un stratagème. Stelio Lorenzi devait venir ce matin-là au Théâtre municipal pour choisir les figurants, parmi tous ces jeunes attroupés dans la rue, devant les marches du Théâtre. Guy m'avait dit qu'il me présenterait personnellement à Stelio Lorenzi, mais qu'à ce moment-là je devais être sur une marche de l'entrée. Ainsi, paraissant plus grand, le réalisateur accepterait de ma prendre, ce qui fut fait. Je revois ce minibus à l'enseigne de l'ORTF dans lequel je m'engouffrai avec les les autres figurants. Direction les abords de la Cité, la route de Saint-Hilaire, la plaine Saint-Jean. 

Là, sous une pluie fine et froide, nous étions pris en main par l'équipe du tournage, en repli dans un corps de ferme voisin qui servait aussi de loges pour les acteurs. Quand mon tour arriva, on me remit une tunique de croisé avec cotte de mailles, plastron blanc porta la croix rouge, casque, ceinturon et épée. L'habilleuse nous recommandait d'aller uriner avant, car elle nous cousait ensuite dans le dos la cotte de mailles qui allait de la tête jusqu'aux pieds, sans braguette évidemment. De là, nous traversions la route pour être conduits vers ce terrain bourbeux, où des tentes moyenâgeuses avaient été dressées avec des oriflammes, auprès de chevaux superbement harnachés, où les acteurs et actrices se protégeaient de la pluie glaciale. Je portais aux pieds des espadrilles en toile et corde qui prenaient l'eau. On nous affecta une place qu'il ne fallait pas quitter. Vue sous cet angle, l'histoire prit un caractère surréaliste dès que l'heure du tournage proprement dit arriva.

Guy Vassal interprétant le rôle de Raymond-Roger Trencavel, devait arriver au galop depuis le fond du champ, au-delà duquel se détachait l'imposante Cité de Carcassonne, et parvenir jusqu'à nous, où l'attendait Simon de Montfort. Là, après un échange de dialogue, Trencavel jetait, en signe de reddition, son épée aux pieds de Simon de Montfort, incarné par Jean Topart. Trencavel repartait escorté vers la Cité où il s'était réfugié. Simon de Montfort, dialoguant ensuite avec une gente Dame à cheval, devait monter à son tour sur le sien et partir au galop... Sauf que tout cela était bien cocasse et que le réalisateur dut "couper" plusieurs fois. Guy Vassal avait du vernir, jeter son épée, repartir, au moins quatre ou cinq fois. "Coupez" encore, et soudain retentit un éclat de rire général : La gente Dame, en pleine concentration dans son échange avec Simon de Montfort, ne s'était pas aperçue que sa monture avait déployé toute sa vigueur pour uriner de toutes ses forces... Et puis, Simon de Montfort, c'est-à-dire Jean Topart, ne savait pas conduire son cheval ! Il avait beau tirer d'un coup sec sur les brides, le cheval restait sur place, impassible. Après plusieurs tentatives, Stelio Lorenzi trouva une solution : il avait fait porter de la grange une table sur laquelle il installa une chaise. Une fois sur le cheval l'acteur redescendit s'asseoir sur la chaise surélevée et cette fois, imitant de tout son corps le mouvement du cheval, il fit semblant de tirer sur des brides et, pliant le torse brusquement en avant, donna l'illusion d'un départ à plein galop. Je ne sais pas si j'avais ri aussi franchement que toute l'équipe lorsque Stelio Lorenzi annonça : "C'est terminé !"

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Stelio Lorenzi déjeune au Café de la comédie, rue Courtejaire. 

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Ce téléfilm existe désormais en DVD

Si vous avez des photographies ou des souvenirs de ce tournage, n'hésitez pas à nous les envoyer. Merci à Francis Aracil pour son témoignage.

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11/03/2016

La Tv Japonaise tourne dans la Cité médiévale en novembre 1984

Avec 8 millions de téléspectateurs la TBS (Tokyo Broadcasting System) - 2e chaîne en terme d'audiences de la télévision Japonaise - tourne dans la Cité en novembre 1984.

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Seiichi Suzuki à l'église St-Vincent

M. Seiichi Suzuki, animateur vedette de l'émission "With love around the world" film pendant quatre jours la vieille dame de pierre sous tous ses angles. Le scénario s'articule autour d'une jeune étudiante japonaise qui en découvrant la France, tombe amoureuse de Carcassonne.

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Pour les beaux yeux de Satchiko, le passé et le présent ne font plus qu'un ; troubadours et saltimbanques ressuscitent dans la cour du Château comtal, écuyers et chevaliers retrouvent les règles du tournoi dans les douves... Satchiko, telle Dame Carcas, sonnera la trompe du haut du carillon de l'église Saint-Vincent.

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Les spectateurs japonais sauront tout sur le cassoulet, les fécos de Limoux, la blanquette... Une très belle promotion de notre département et de ses trésors culinaires au pays du soleil levant.

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La table est dressée pour le cassoulet

"Nous avons tourné dans d'autres ville de France, avoue M. Suzuki. Nous avons été filmer les châteaux de la Loire, la ville de Bergerac, le site de Rocamadour, etc. Nulle part nous n'avons été accueillis, aidés, remerciés, comme à Carcassonne. Les Carcassonnais que nous avons rencontrés ont un sens de l'hospitalité d'une rare sincérité. Je tiens à les remercier."

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23/02/2016

La dernière séance du cinéma le REX, rue de la liberté

De tant de salles de cinéma que comptait encore le centre-ville de Carcassonne il y a 30 ans, il ne reste que le Colisée, actuellement exploité en salle d'art et d'essai sur le boulevard Omer Sarraut. Nous avons connu l'Odéum, le Lido, le Paris, le Boléro, les Capucines, le chapeau-rouge...

Le REX

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© Ministère de la culture

Après l'expulsion des religieux du Couvent des Carmes en 1880, un pensionnat s'installa dans l'actuel Évêché. L'incendie survenu dans la première décennie du XXe siècle à cet endroit fut d'une violence inouie. Les flammes pénétrèrent dans l'église des Carmes par la porte de la sacristie. Le bâtiment du pensionnat revint à la paroisse St-Vincent. Il abrita une société de gymnastique, le catéchisme mais surtout une vesta salle de concert. C'est là qu'on entendit les oeuvres jouées par la Société des concerts symphoniques dirigée par Michel Mir. Ensuite, le cinéma muet remplaça le cinématographe; la salle servit au cinéma catholique jusqu'au mois d'août 1914. Pendant la guerre, on y entreposa des sacs de grains. En 1918, une association d'éducation populaire fit modifier la salle; le cinéma catholique devint L'idéal cinéma. La fin du cinéma muet tua l'Idéal cinéma, remplacé par le Rex. Le parlant arriva à Carcassonne et deux grandes firmes se partagèrent le gâteau: La Western Electric et La Gaumont. L'Odéum opta pour la première et le Rex, pour la Tobis. Les premiers films parlant à Carcassonne furent La chanson de Paris, Le collier de la reine et Le chanteur de jazz avec Al Johnson. 

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Marcel-Yves Toulzet et Jean Marais

Le REX fut administré par par M. Toulzet. Dans un article de 2009, Claude Marquié rappelle cette anecdote de Me Clément Cartier - ancien président du Ciné-Club - au sujet des projections au Rex.

"Tous les films étaient préalablement visionnés par un prêtre censeur. Les scènes jugées scabreuses (baisers langoureux ou prêtres louchant sur des jeunes filles) étaient systématiquement coupées."

Le projectionniste enlevait au ciseau les scènes censurées et conservait les bouts de pellicules dans une boite, prévue à cet effet. Si on devait procéder de la sorte aujourd'hui, la durée de certains films n'exercerait pas 10 minutes... Cela révèle au moins certaines pratiques d'un autre âge.

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En 1983, l'Association diocésaine audoise qui était propriétaire des locaux ne souhaita pas renouveler le bail du cinéma Rex. On détruisit à l'intérieur de la salle plus de cinquante années de souvenirs cinématographiques, afin de réaliser trois étages de bureaux pour l'évêché. Le balcon fut arraché ainsi que l'écran, les insonorisateurs, etc... Les ferrailleurs emportèrent tout. L'arrière-cour sera quelques temps après; aménagée en un parking et un jardin. Ainsi se termina la belle aventure d'un cinéma mythique de Carcassonne... un de plus sur la longue liste.

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L'ancien REX, rue de la liberté

Sources

La dépêche du midi / août 1983

La dépêche / 2009

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03/02/2016

Tournage du film "La merveilleuse vie de Jeanne d'arc, fille de Lorraine", en 1927 à la Cité

A partir du 3 novembre 1927, la Cité de Carcassonne accueille le tournage d'un grand film muet d'envergure nationale, financé par les productions Natan à hauteur de 8 millions de francs. Toute la troupe est arrivée de Mazamet. Depuis un mois on préparait les machines de guerre et les décors sur les remparts de la Cité médiévale.

La merveilleuse vie de Jeanne d'arc,

fille de Lorraine.

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L'écriture du scénario qui retrace la vie de la pucelle d'Orléans depuis Vaucouleurs jusqu'au bûcher de Rouen, a été confié à Jean José Frappa. Louis Aubert assure l'édition de l'oeuvre mise en scène par le peintre et désormais réalisateur, Marco de Castine. Après un concours au cours duquel de très nombreuses  actrices auront participé, une jeune femme de 16 ans a été choisie pour incarner l'héroïne principale.

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Simone Genevois

(1912 - 1995)

Là, sur un vaste enclos qui domaine les célèbres fossés, une foule bigarrée se presse curieuse et enthousiaste. Figurants Anglais, Français, metteur en scène, administrateur, journalistes, tout ce monde ne forme un instant qu'une masse compacte... Mais un coup de sifflet strident donne un ordre et chacun court à la place qui lui est assignée. Les armes sont distribuées. Les cuirasses aux Français, les cottes de maille aux Anglais, appareils aux opérateurs et un magnifique porte-voix à Marco de Gastyne.

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Les opérateurs Asselni et Belladone entourant M. Gaston Brun. Chef de la prise de vue Delval et son équipe surveillent les mouvements d'ensemble et expédient écuyers et arbalétriers  ans le champ utile où l'artiste Mailly leur donne les derniers conseils.

M. René Ginet, notre distingué confrère de la presse cinématographique parisienne, délégué des Productions Natan, nous a aimablement invité a suivre les opérations d'une prise de vues. Et notre excursion ne s'est réalisée qu'après un excellent déjeuner, où tous les confrères furent réunis.

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La troupe est rassemblée. Sous une même cuirasse on ne reconnaît plus soldats, ni civils. L'égalité est si uniforme que tout esprit de commandement disparaît. Et pourtant, ces hommes obéissent au moindre geste du metteur en scène. Il y a là, comme figurants des Carcassonnais, des soldats du 80E, des artistes même qui, pour les encourager et former une atmosphère nécessaire se sont glissés parmi eux. Marco de Gastyne harangue tous ceux qui vont se battre et transmet à l'artificier qui, par hasard, se nomme Pétard, ses ultimes recommandations.

A droite, il dit que les Anglais prennent l'offensive !

A gauche, il crie que les Français se méfient !

Au milieu, il nous crie de rester tranquilles !

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Et pendant ce temps, la foule des curieux se presse aux alentours gênant parfois les mouvements et offrant le spectacle comique de particuliers béatement ahuris.

Un coup de sifflet. Le capitaine anglais , Lord Glasdal, aperçoit les Français. Il donne à ses soldats l'ordre de s'élancer. Mais nous ne sommes plus aux temps des arbalétriers et des catapultes. Nos soldats du XXe siècle s'élancent mollement. Alors Marco, énervé, leur crie dans le haut-parleur.

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- Cent mètres de gâchés ! Un peu plus d'ardeur, s'il vous plaît !

Et l'on recommence jusqu'à la perfection. Les soldats du 80e sont pétris de bonne volonté. Le soleil baisse à l'horizon. Il est quatre heures. Nous interviewons tour à tour MM. Gaston Modot - le capitaine anglais - et Mailly - le capitaine Lahire. Tous deux sont satisfaits. Et Marco de Gastyne nous dit :

- Si je suis content ? Il faudrait que je sois fou pour ne pas l'être. Je suis enchanté, ravi, exultant de joie. Nous assistons à un effort comme jamais il n'en a été fait en France jusqu'à ce jour, effort dépassant même celui si considérable qui fut osé pour "Le miracle des loups". Et quel appuis, quels concours, quelles facilités ne nous a t-on pas accordés. Pensez-donc, la porte des monuments historiques largement ouverte. Toutes les facilités possibles pour tourner à Reims, Carcassonne, Aigues-Mortes, Mont Saint-Michel, Pierrefonds, etc... décors uniques au monde, ce qui nous permet, tout en évoquant la plus magnifique pas de notre histoire, de porter à l'écran les plus beaux sites de France.

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Devant la cathédrale de Reims

A Reims, nous avons obtenu pour la première fois l'autorisation de tourner à l'intérieur de la cathédrale, transformée pendant quelques jours en studio de cinéma. Pouvoir utiliser pour la figuration un nombre presque illimité de soldats volontaires des 6e, 15e, 16e et 17e corps d'armée : avoir pu joindre ainsi aux figurants civils pour la bataille de Patay, l'effectif d'une brigade de dragons, et pour le siège d'Orléans celui de deux régiments d'infanterie et d'un régiment de cavalerie. Et vous me demandez si je suis content ?

Tant que le cinéma nous apparaît ainsi, il semble auréolé de gloire et de prestige. Quelle erreur ! Le cinéma est très beau nous dit-on : on y gagne 6, 8 ou 10 000 par mois. Mais il faut mettre en garde tous ceux qui veulent en faire à tort et à travers. Car si on réalise des bénéfices, on ne vit heureux qu'à condition de tourner toujours. Et ce n'est pas le cas, même pour les plus grands artistes ! Je crois que cette situation se retrouve partout, qu'il s'agisse de grand théâtre, d'opérette ou de music-hall.

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La scène du siège d'Orléans à la Cité de Carcassonne

Interviews

Simone Genevois vient de nous quitter. Marco de Gastyne, impitoyable, l'a invitée à venir au plus tôt tourner quelques minutes. Et, mutine, elle a abandonné brusquement une partie de Mh-Jong pour aller revêtir son armure. C'est que Simone Genevois n'a que seize ans. Et il est permis, à cet âge heureux, d'avoir quelques distractions. Mais à la table où nous sommes, Mesdames Choura-Milena et Dora Starni restent encore. Aussi, pendant que Lord Glasdal, discute aimablement avec son ennemi le capitaine Lahire, nous interviewons nos deux charmantes interlocutrices.

- Carcassonne, nous dit-on, est une jolie ville. Mais... je préfère Toulouse, avoue Mme Starni. Nous avons trouvé auprès des Carcassonnais, un accueil chaleureux. Toute la population nous a été favorable. c'est si rare, savez-vous ! Imaginez qu'un jour...

Mais Mme Choura nous interrompt.

- Je devise ce que vous voulez, nous dit-elle. Eh bien ! dites à vos lecteurs que "Jeanne d'arc" sera une de nos plus belles productions et aussi un film qui diffusera étonnement les beaux sites de votre France. Nous avons tourné à Reims, à Aigues-Mortes, au Mont Saint-Michel, à Pierrefonds, aujourd'hui à Carcassonne.

- Ce qui vous évite d'aller à Beauvais.

- Laissons-là le mauvais souvenir de ces ridicules histoires entre deux villes. Carcassonne l'emporte aisément. Du reste vous voyez combien est grand l'engouement des interprètes du film. Nous sommes ici tous réunis. Vous avez vu Simone Genevois, voici Mme Marie Laurent qui joue le rôle d'Eléonore, alors que Mme Starni incarne celui de Gilda. Vous savez que l'on m'a désigné pour le rôle d'Isabeau.

- A ce moment Gaston Modot, qui venait de tourner plusieurs scènes sur les remparts ainsi que nous l'avons décrit dernièrement, complète cette distribution. Philippe Thérial tient le rôle de Gilles de Rais, autrement dit Barbe Bleue, et Daniel Mandaille assure l'interprétation du fameux Lord Talbot. Mailly, le si sympathique artiste, joue le capitaine Lahire, et Dehucourt incarne Charles VII digne d'être couronné par l'héroïne Jeanne d'arc. Louis Alibert, Georges Paulais, P-P Stock, Viguier, Soarez J. d'Albe, Marc Vahele, interprètent successivement les rôles de Rémy l'oiseau, Dunois, Bâtard d'Orléans, Jean Poitou, le frères de Ponargès et un page.

Gaston Modot vêtu de sa lourde côte de maille venait de nous quitter, lorsqu'un homme, un géant, s'avance. c'était Vasseur, le célèbre champion de force, que les productions Natan avaient enté pour réaliser certaines scènes du film où l'acteur doit faire preuve d'une constitution robuste et d'une habileté extraordinaires. Ce bon géant, paternel et débonnaire, soulève facilement à bras tendus deux hommes de forte corpulence. 

Le légendaire coup de sifflet retentit.

- A vous les Anglais ! crie Marco de Gastyne

- Attaquez ! les Français, lance Lahire...

Et un journaliste compatriote ajoute justement :

- C'est curieux, mais les Anglais n'ont jamais été si dociles !

Source

L'express du midi

Crédit photos

Collection Martial Andrieu

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