25/06/2015

Le tournoi dans la Cité, film de Jean Renoir tourné à Carcassonne

Le tournoi dans la Cité

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est un film muet de Jean Renoir, produit par la Société des films historiques et tourné dans la Cité de Carcassonne durant les fêtes du bimillénaire en juillet-août 1928.  Le Cadre noir de Saumur exécutera les figures et les combats du tournoi.

Le tournoi dans la Cité

Cette photographie, signée Brissy, prise dans la basilique Saint-Nazaire servit à dessiner l'affiche du film.

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Distribution

Jackie Monnier : Isabelle Ginori

Suzanne Desprès : Mme de Baynes

Blanche Bercier : Catherine de Médicis

Aldo Nadi : Charles de Baynes

Enrique de Rivero : Henri de Rogier

Manuel Rabi : Ginori

Gérard Mock : Charles IX

Le bouffon : Narval

Synopsis

Au temps du jeune roi Charles IX et de sa mère Catherine de Médicis, la belle Isabelle Ginori se fiance à un gentilhomme catholique, Henri de Rogier. Par malheur, François de Baynes, seigneur protestant, aussi courageux que volage, rencontre Isabelle et déclare en termes vifs qu'elle lui appartiendra. Le comte Ginori, parent de la jeune fille, relève le propos. François le tue en duel. Par souci politique, la reine est prête à unir Isabelle et François. Une maîtresse de ce dernier, Lucrèce Pazzi, intervient. Catherine décide alors que le vainqueur du tournoi sera l'époux d'Isabelle. François surpasse son rival mais le cadavre de Ginori est découvert, le coupable démasqué. Chargé par le guet, François succombe. Isabelle et Henri peuvent enfin se fiancer.

Une controverse

Puisqu'il s'agit d'un film historique, que d'autre part le programme porte pour mercredi, à 16 heures, "On tourne le film", nous allons d'emblée frapper avant toute chose à la porte d'un archéologue érudit, bien connu des Carcassonnais et qui, fort amoureux de sa Cité où il vit, en connaît sur le bout des doigts la merveilleuse histoire qu'il a passionnément étudiée.

Dès les premiers mots, M..., qu'un Dieu semble habiter, fulgurant nous arrête : " Un tournoi. Catherine de Médicis ! Mais, monsieur, c'est infâme ! Mais il n'y en eut pas quand Catherine de Médicis et le jeune roi s'arrêtèrent en 1565 à Carcassonne !" Et l'érudit archéologue qu'une sainte fureur, fille du feu sacré, anime et transfigure, nous met sous les yeux le texte magnifiquement conservé "in quarto" plein veau à fers dorés de la "relation du voyage du roi Charles IX, par Abel Jouan", l'un des serviteurs de sa majesté. Mi amusé, mi respectueux, nous lisons à la page que notre hôte marque d'un doigt tremblant le passage suivant : "Et le vendreai 12, jour du dit mois (janvier), Charles IX alla dîner à Barbaira, petit village et coucher à la haulte Carcassonne, qui est une belle et forte ville évesché où il fait son entrée..."

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Charles IX

Ici, le narrateur précise que le roi avait fait "pour ce jour... 4 lieues". Et il continue : "Et pensait le roi partir le samedi : le samedi, 13e jour, qui était le lendemain ; mais la neige vient en si grande abondance, tant que personne eût osé aller par pays, et tomba tant qu'elle était en plaine campagne de hauteur de quatre pieds pour le moins : et en fut ainsi assiégé en ce lieu quatre jours durant, pendant lesquels le roi prenait plaisir en un bastillon qu'il fit faire tout de neige en la cour de son logis, lequel fait défendre par ceux de sa maison contre tous ceux des deux ville haulte et basse Carcassonne, qui ne le surent jamais prendre et se retièrent battus."

Holà ! La passion de la vérité est chose contagieuse ! Nous voilà presque aussi indigné que notre savant ami ! Et nous allons en hête, à la fois pour soulager notre bile et vider notre coeur, frapper à la porte du commussariat général des fêtes.

- Des rensignements sur le film ? Pour la presse ? Mais, oui, monsieur, avec plaisir !

Et notre interlocuteur se présente : M. de Maroussin, administrateur de la Société des films français. Décidément le hasard fait bien les choses, qui nous conduit d'emblée à "une grosse légume". Qu'est_ce qu'il va prendre "la grosse légume ! " Et, arborant notre air le plus doctoral et plus dogmatique, nous détachons, avec les plus purs accent du midi et de l'indignation archéologique ensuite :

- Ah, monsieur ! Un tournoi ! Fi, monsieur ! Nous sommes renseignés, et la vérité historique !...

Notre interlocuteur sourit :

- Ah, monsieur la vérité, dit-on, se porte toute nue ! Mais on la représente toujours et si jeune et si fraîche ! L'histoire, monsieur, est un bien vieille personne, dont les charmes seraient à nos yeux bien désuets et flétris si nous ne fêtions sur leur aridité l'écharpe soyeuse des légendes. Et, d'ailleurs, l'histoire est femme : à ce titre elle peut bien permettre à ses fidèles quelques privautés. Aussi bien, monsieur, est -il intéressant  de noter que ces privautés que nous avons dû prendre fatalement avec l'antique et noble dame, nous ne les avons prises que quand elles ne lui nuisaient pas et quand elles permettraient de maintenir pour le public "l'atmosphère", cette atmosphère, monsieur, que les films historiques français, dignes de ce nom, s'honorent d'avoir su toujours, oui monsieur, toujours respecter ! Soyez tranquille, l'action de notre films se passe au XVIe siècle et c'est dans un cadre entièrement seizième qu'évolueront des personnages d'allure et de caractère très seizième siècle... Nous avons voulu évoquer une période précise de notre histoire, soyez sûr qu'aucun anachronisme ne viendra par le rappel d'une autre époque et d'un autre âge rompre la magnifique grandeur de notre évocation? Pour le reste, l'histoire s'en contentera !

Tout à l'heure, nous entendions la voix un peu revêche, venue du fond des siècles, d'une science exacte ! Nous entendons à présent la voix de l'art ( de l'art muet, préciserions-nous si nous l'osions !). Elle est, dans la bouche de M. de Maroussin, singulièrement éloquente : notre indignation archéologique a duré ce que durent les roses : nous ne serons jamais digne de l'école de Chartres ! Gémission, gémissons !

La dépêche du Midi / 19 juillet 1928

La technique de Jean Renoir

Rien n'est négligé pour donner à ce film l'importance qu'il mérioterait d'avoir. Le metteur en scène Jean Renoir, fils du peintre célèbre, qui, toujours à l'affût des procédés nouveaux, est en train d'acquérir une des deux ou trois meilleures places parmi les metteurs en scène. [...] Enfin, au point de vue technique, il convenait d'établir un document photographique susceptible de rivaliser avec les meilleures photographies mondiales. La Société des films historiques n'a donc pas hésité, malgré le coût de cette pellicule, à utiliser exclusivement, ausi bien en intérieurs qu'en extérieurs, de la pellicule panchromatique et à faire établir tout un matériel de studio entièrement spécialisé à cet effet. Précisions que la pellicule panchromatique désensibilisée par un procédé dont les détails techniques n'intéresseraient pas les lecteurs, rend des tons que l'orthochromatique ordinaire ne peut pas rendre. Cette pellicule n'avait jusqu'ici, été employée que pour de grands films. C'est la première fois qu'elle sera utilisée aussi bien en intérieurs qu'en extérieurs pour un film tout entier. L'opérateur sera M. Mundvillers (qui a tourné "le joueur d'échecs") assisté de MM. Lucien Villy, Cerf, etc...

La dépêche du Midi / 19 juillet 1928

Cinémagazine

Ce titre, Le tournoi dans la Cité, ne devait être qu'un titre provisoire, mais le succès des fêtes du bi-millénaire de Carcassonne fut tel que, de provisoire, ce titre est devenu définitif. On a trop parlé en effet du Tournoi dans la Cité pour le changer désormais. L'argument du film de M. Henry Dupuy-Mazuel nous dit toutefois que ce tournoi eut lieu dans le château de Ferrals. De plus, le décor a été situé, non pas, dans la Cité, mais dans un champ hoers de l'enceinte. Mais qu'importe, pourvu qu'on ait le film ?

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J'ai eu la bonne fortune d'assister aux préparatifs de ce tournoi, reconstitué par le colonel Wemaere. J'ai vu deux colonels s'entraîner à porter le pesant harnois de guerre pour personnifier les chevaliers s'affrontant dans le jugement de Dieu. Et rien n'était plus plaisant que d'observer, au repos, le colonel Picard, en sa carapace de fer, remplaçant son casque à panache par un moderne feutre gris.

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Dans tous les coins des remparts, j'ai surpris des appareils de prise de vues braqués sur des groupes costumés : Ici le grand épéiste, Aldo Nadi, s'étant paré d'une barbe postiche, ferraillait avec l'élégant Rivero pour les beaux yeux de Jackie Monnier, qui fut l'animatrice des fêtes du bi-millénaire par sa radieuse joliesse.

 Certains soirs, l'automobile de M. Béjot fit, par les ruelles montantes, une anachronique et triomphale entrée avec un beau lieutenant qui hurlait, pour faire couleur locale "Les vierges aux fenêtres !". Des Annamites de l'infanterie coloniale maçonnait les "raccords" de Mallet Stevens et, dans un ample vertugadin dessiné par Georges Barbier, se foulait le pied...

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© Ciné-miroir

Jackie Monnier, ce jour-là, portait avec aisance une ample jupe rose toute surchargée de rinceaux Renaissance et ses larges manches vertes étaient ornées d'un treillis de rubans d'argent rattachés par des perles... André Viollis était en page et notre confrère Stéphane Vallot, de l'Oeuvre se battait en duel avec M. Scott, du Times.

Les braves Carcassonnais ne sont pas très ferrés en histoire. Il fallait entendre l'un d'eux expliquer à son fils pendant les joutes : "Tu vois, ceux qui sont en noir, c'est des Huguenots, c'est-à-dire des Espagnols." Le même brave homme en m'avisant s'écria : "Tiens, d'Artagnan." Un peu plus loin, on me prit pour Henri IV !

L'intérieur de la tour Narbonnaise avait été métamorphosé en atelier de costumes par le maître costumier Sauvageau, qui travailla si longtemps à l'Opéra.

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Et ce n'est pas une petite affaire que d'habiller toute une figuration. celle qu'on avait recrutée pour la foule était si vermineuse qu'il fallut d'abord l'envoyer aux bains. Afin de voir de plus près le tournoi, un parisien de mes amis, avait consenti à revêtir un costume de seigneur du plus pur style Huguenot, un costume de la maison Granier, venant du fond de quelque Tour de Nesle.

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Très fier, il parada dans la tribune historique, à tapissières et oriflammes, placée au-dessus de la tribune présidentielle. Mais M. Doumergue s'inquiétant du fléchissement des planches au-dessus de sa tête, ces messieurs de la Sûreté générale firent descendre nobles seigneurs et belles dames et les prièrent d'aller faire un tour dans la lice.

Cinémagazine / N°32-33 /Guillot de Saix / août 1928

Le duel à l'épée

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© Gaumont

Au débouché de la porte des vociférations violentes nous accueillent : "Chanteau ! Amenez un écran !". Un bruit de fers heurtés et des commandements et des cris : "rompez ! Battez ! Ah ! Ah ! Très bien, c'est ça !

François de Baynes et le comte Ginori sont aux prises. Ils se battent avec une énergie farouche ; leurs masques crispés et tourmentés seront, certes, d'un effet remarquable à l'écran. On dirait, à voir leur harnachement, que "c'est arrivé", à tel point qu'on entend Nadi sur son oeuvre de mort comme le boulanger sur le pain qu'il pétrit. Soudain, il se fend violamment, "Je vais casser l'écran !"

C'est une galéjade : Aldon Nadi ne casse pas l'écran, on entend par contre un cliquetis sec et on le voit jeter aux pieds des aides une poignée d'épée... La pointe est partie d'un autre côté sifflant aux oreilles du comte, se ficher bruissante et vibrante dans le décor. C'est la troisième depuis ce matin. "Dépêchez-vous de crever !" conseille, sincère, au comte Ginori, vêtu de satin gris, en passant sous l'étroite poterne, sur ses mules de velours vert, son ample robe de brocart.

La dépêche du Midi / 19 juillet 1928

Les décors

L'ensemble des scènes du film sont tournées en décor naturel dans la Cité, sur les remparts et dans la basilique Saint-Nazaire. Pour le tournoi, le décorateur a réalisé une Cité en carton-pâte à l'extérieur du site dans un champ qui surplombe le cimetière. C'est d'ailleurs là que seront tournées plus tard, les scènes finales du "Miracle des loups" en 1924 et 1960.

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Vue aérienne du décor du tournoi

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Le Cadre noir de Saumur pendant le tournoi

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La Cité reconstituée pour le tournoi

Comment voir ce film ?

La bobine originale a été perdue dans l'incendie de la cinémathèque de Paris dans les années 1960. Nénamoins, le film a été reconstitué depuis à partir de copies d'une façon incomplète. Il a été projeté  à la cinémathèque le 14 décembre 2005 et le 21 avril 2010. Il est la propriété de la société Gaumont qui, je l'espère, fera prochainement une copie DVD commercialisée.

Sources

La dépêche du Midi / 19 juillet 1928

Les cahiers du cinéma / N° 482

Vu / N°19 / 25 juillet 1929

Cinémagazine / N°32-33 / août 1928

Ciné-miroir

Photos

Collection Martial Andrieu

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04/05/2015

Quand la Cité accueillait une collection de costumes des films d'Hollywood

À l'époque de l'âge d'or du ciména américain avec leurs célèbres comédies musicales fimées, les Aston Martin et autres Rolls Royce s'arrêtaient à l'Hôtel de Cité ; on voyait alors descendre des berlines rutilantes, James Stewart ou Grace kelly. Ah! Avec plus d'intelligence et de volonté, je me dis qu'avec un monument aussi unique que la Cité médiévale, nous aurions pu créer un festival du film. On lui aurait peut-être donné le nom d'André Cayatte, ce cinéaste né à Carcassonne et primé d'un Ours à Berlin. Hélas, la facilité ou le manque d'ambition nous a égaré sur la voie d'un tourisme de masse, dont nous voyons aujourd'hui les limites économiques. Pendant ce temps, à Cannes, à Cabourg, à Annecy... Bref, autres lieux, autres moeurs ; il est inutile d'épiloguer car je vais sûrement m'énerver. Juste une dernière chose: on préfère faire défiler des chanteurs de passage dans un théâtre Jean Deschamps, où il n'y a plus de théâtre dramatrique. Changeons son nom pour celui de Lady Gaga, c'est plus en phase avec ce qu'on y écoute.

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James Stewart à l'Hôtel de la Cité

L'exposition

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Au mois de juin 1978, la grande salle des tours Narbonnaises accueillit une exposition de costumes et de mannequins médiévaux. Elle se transforma pour l'occasion en une espèce de Musée Grévin, car plusieurs modèles avaient été conçus avec le visage d'un acteur du cinéma américain. 

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L'ensemble de cette collection provenait d'un achat de costumes de cinéma qui avaient été acquis par une habitante de la Cité: Mlle Maya Koumany,une danseuse d'origine Russe. Cette dernière les tenait d'un de ses amis Monty M. Berman (1912-2002), le plus grand costumier d'Hollywood. On dit d'ailleurs qu'il serait venu à plusieurs reprises à Carcassonne. Il avait créé les costumes des Canons de Navarrone, de Lawrence d'Arabie, de James Bond. Il avait habillé Katherine Hepburn, Richard Burton, Sean Connery...

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Des costumes romantiques pour le cinéma

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Stan Laurel, à gauche...

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Une fileuse à son rouet

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Un moine et deux seigneurs

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Deux enfants

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Le fou du Roy

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La cour

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Les musiciens

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Le poète

Jusqu'au milieu des années 1990, une grande salle du Château comtal avait été aménagée pour accueillir ces mannequins. Elle faisait partie du circuit de visite à intérieur des remparts par le musée Pierre Embry. La salle a été ensuite débarrassée de cette espèce de musée Grevin médiéval qui ne gênait personne, sûrement à la demande du Centre des Monuments Nationaux. Les costumes ont été ensuite vendus à Jean-Michel Signoles, patron à cette époque de l'Hôtel de la Cité. C'est Philippe Decaud qui les a accueilli et exposé dans un musée à l'entrée payante, à côté de son bar Le sénéchal. Aujourd'hui, difficile de savoir où ils sont passés, mais selon lui, ils auraient été vus dans un château cathare il y a deux ans.

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30/04/2015

"Le petit baigneur" avec Louis de Funès a été tourné dans l'Aude

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Ce film réalisé par Robert Dhéry en 1967 avec Louis de Funès, Michel Galabru et bien d'autres acteurs a été tourné en partie dans l'Aude. A Azille (scène du garde barrière), au pont de la Cesse à Mirepeisset (scène de la poursuite en bâteau sur le canal) et aux cabanes de Fleury d'Aude.

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La maison du garde barrière avec le passage à niveau en 1967. A la sortie d'Azille, une scène fut tournée dans laquelle on voit passer le train du Minervois.

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Robert Dhéry traverse la voie

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Ce qu'il reste de la voie ferrée à Azille

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Louis de Funès pendant le tournage à côté de la maison du garde barrière

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 A gauche, la maison du garde barrière a été rasée, mais on voit encore les traces des rails.

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Michel Galabru et Robert Dhéry à Azille en 1967

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Les barrières du passage à niveau ont disparu

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La course poursuite sur le pont canal de la Cesse à Mirepeisset

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Le Pont canal de la Cesse

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A Sallèles d'Aude, à l'endroit où le canal du midi fait la jonction.

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Au même endroit en 2015

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Les Cabanes de Fleury lors d'une scène du film

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Aujourd'hui, au même endroit

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27/04/2015

"The bride" avec Sting a été tourné dans la Cité de Carcassonne...

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"The bride"

ou "La promise" dans son titre en français, est un film réalisé en 1985 par Franc Roddam, avec dans les rôles principaux Sting et Jennifer Beals. Ce film fantastique dont l'action se situe en Hongrie met en scène le docteur Frankenstein donnant naissance à une créature féminine pour tenir compagnie à son monstre...

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Les scènes du cirque dans lequel se réfugie la créature, ont été tournées dans un champ à proximité de la Cité. Celui-là même où avaient été tournées en 1961 les scènes de combat du Miracle des loups avec Jean Marais.

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Ce plan a été réalisé dans la rue du Four Saint-Nazaire, alternant avec plusieurs autres scènes, pour lesquelles la ville de Sarlat (Dordogne) servit de décor. 

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Le comédien et chanteur Sting, que l'on voit ici à l'hôtel de la Cité posant pour une agence de presse américaine, apprécia les vins des Corbières. Une excellente publicité... Dommage que la Cité n'attire plus guère les caméras du 7e art, car mis à part quelques téléfilms, on n'a plus tourné de longs métrages depuis 1993. C'était "Les visiteurs" de Jean-Marie Poiré avec Jean Reno et Christian Clavier.

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21/04/2015

"Le destin" de Y. Chahine, tourné à Carcassonne et primé au Festival de Cannes 1997

Le destin

(المصير)

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Film Égyptien 

de

Youssef Chahine

(1926-2008)

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Le scénario de ce long métrage traite des sujets de la tolérance et de l'intégrisme au cours d'une histoire située au XIIe siècle. 

Dans le Languedoc, au XIIe siècle. Un traducteur des oeuvres du grand philosophe arabe Averroès est brûlé comme hérétique. Son fils, Joseph, parvient à s'enfuir, à gagner l'Andalousie et à trouver refuge auprès d'Averroès lui-même, alors Grand Juge du calife Al Mansour et médecin fort réputé. Nasser, le fils aîné du calife, compte parmi les plus fidèles disciples d'Averroès, tandis que le cadet, Abdallah, ne pense qu'à la danse, à la musique et à la belle gitane dont il est follement épris depuis quelques semaines. Une secte de fanatiques prend le pouvoir. Elle tente tout d'abord d'en finir avec un doux poète, Marwan, avant d'endoctriner Abdallah...

Un sujet dans l'actualité d'aujourd'hui et terriblement visionnaire.

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Le film débute par un plan fixe sur la Cité et sur le Pont vieux

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Le plan suivant montre le Château comtal, puis l'arrivée de cavaliers dans la rue du Four Saint-Nazaire.

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Le supplicié est traîné par des chevaux jusqu'au bûcher

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Dernière scène filmée à la Cité, dans la Cour du midi

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© AFP

Youssef Chahine

reçoit le Prix du 50e anniversaire du Festival de Cannes en mai 1997. Un consécration pour ce réalisateur arabe prônant la tolérance et l'ouverture culturelle. On a sans doute oublié que la Cité a bénéficié cette année-là d'une inscription à l'UNESCO et d'un film primé à Cannes. On a sans doute oublié dans Carcassonne, le message de Chahine pour la richesse et la concorde des religions et des civilisations. Certains décideurs seraient bien inspirés pour leur action culturelle de visionner ce film, comme d'ailleurs les professeurs pour élèves de la ville. Un voeux pieu... sans doute. Voici l'interview qu'il accordait sur le tournage au journal télévisé de FR3:

"D'aucune loi. J'ai pas peur de la Charia. Toutes les lois célestes ou appelez-les comme vous voulez, c'est des lois correctes. Ça dépend qui les applique. Et de quel droit, premièrement ? Est-ce qu'ils ont assez lu ? Est-ce qu'ils lisent bien ? Ou bien, ils ont des connotations spéciales à eux, à chaque mot ? C'est un l'étude de tout cela, à travers le grand philosophe arabe Averroès, qui lui, a beaucoup influencé l'âge des lumières, chez nous." (Youssef Chahine)

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13:30 Publié dans Cinéma | Tags : chahine | Lien permanent | Commentaires (3)

11/04/2015

La fiancée des ténèbres : un film tourné à la Cité de Carcassonne

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La fiancée des ténèbres

est un film de Serge de Poligny, tourné dans la Cité de Carcassonne en 1944. Le scénario a été écrit par Gaston Bonheur, un journaliste et écrivain né à Belvianes dans l'Aude.

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Serge de Poligny pendant le tournage

© Gaumont

Argument

Sylvie est convaincue de sa malédiction et mène une vie sans espoir dans la sombre demeure de son adoptif, à Carcassonne. Un jour, elle rencontre Roland, un jeune compositeur de musique, et décide de fuir avec lui. Mais son père, à la recherche du secret des Cathares, la persuade de renoncer au monde pour retrouver, dans les souterrains, le sanctuaire des Albigeois.

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La première scène se passe sur le Pont vieux

Distribution

Pierre Richard-Wilm (Roland), Jany Holt (Sylvie), Edouard Delmont (M. Toulzac), Line Noro (Mlle Perdrières), Simone Valère (Dominique Samblanca)...etc.

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Gaston Bonheur, Jany Holt, Pierre Richard-Wilm

Analyse

Il existe dans l'histoire du cinéma français un film, unanimement considéré aujourd'hui comme le premier et le seul d'inspiration Cathare. Accueilli, lors de sa sortie, par des ricanements dans une incompréhension quasi générale, à cause de la complexité labyrinthique d'un scénario chargé de références culturelles ; admiré pour la perfection formelle de ses images, La fiancée des ténèbres surprend aujourd'hui et fascine les jeunes générations de spectateurs plus informées des problèmes de l'irrationnel et plus sensibles aussi à un discours qui rompt avec les conventions trop littéraires du cinéma des années 30.

(Les cahiers de la cinémathèque / Hiver 1975/ N°16) 

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Interview de Gaston Bonheur

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Pierre Richard-Wilm dans les lices

Le scénario de La fiancée des ténèbres est adapté d'une nouvelle que j'avais publiée en 1943, dans l'édition de Paris-soir Toulouse : La mort ne reçoit que sur rendez-vous. J'avais trente ans, ce qui peut expliquer un peu de ce délire romantico-philosophique et j'avais aussi, depuis longtemps, terminé mes propres études de philosophie à Paris. Il faut, peut-être, préciser pour mieux comprendre les intentions de mon texte, que j'étais monté à Paris comme "investi" d'une mission par mes maîtres Joë Bousquet et Estève, mon professeur de terminale : j'aurais dû devenir philosophe ; je suis devenu homme de lettres et c'est Alquié [Ferdinand Alquié, NDLR] qui a pris ma place.

En arrivant à Paris j'avais  de nombreuses lettres de recommandation auprès de Germaine Dulac, Abel Gance et même Jean Renoir pour qui j'ai même commencé à écrire un scénario sur Le blé et qui aurait dû être tourné à Chartres. C'était une époque où l'on voyait dans le cinéma une forme d'expression qui prolongeait la littérature ; où nous pensions que le fin du fin c'était un cinéma qui tiendrait ses lettres de noblesse de la littérature. Après la défaite de 1940 c'est donc tout naturellement que j'ai participé en zone sud, aux activités cinématographiques de la Côte d'azur avec les frères Prévert et mon ami Marc Allégret, entre autres. De Pâques 1941 à juin 42, j'ai travaillé aux films Impéria.

C'est dans ce climat que j'ai donc pour l'édition toulousaine de Paris-Soir, dont le rédacteur était René Maine, écrit cette courte nouvelle qui devait retenir l'attention du producteur François Chavannes et celui qui allait devenir mon ami, Serge de Poligny. Il y a eu aussi Jean Anouilh, qui a écrit la scène d'amour sur les remparts ; une scène un peu plaquée, mais qui servit surtout à justifier un salaire.

Le film est un peu le résultat de deux groupes, des Méridionnaux qui voulaient faire passer quelque chose ; et des parisiens dont la connaissance des goûts du public permettaient de mettre en images, dans un style qui avait fait ses preuves selon les conventions romanesques du moment.

Pour ce qui est du climat de la vie quotidienne, je m'étais inspiré de faits précis et de personnages réels que je connaissais. C'est ainsi que Charpin représente mon bon maître François-Paul Alibert dans sa faconde joviale. Delmont, immobilisé sur sa voiture d'infirme, recouvert de sa longue cape, représente Joë Bousquet. Avec un peu de Déodat Roché qui, lorsque je l'ai connu en 1930, se prétendait le dernier évêque cathare...

En partant de l'aventure vécue par le héros comme une épreuve pour atteindre la purification, on peut interpréter l'histoire comme la représentation symbolique d'un itinéraire vers la perfection. Le trésir enfoui sous la Cité serait le Saint-Graal... Et la fête à Tournebelle, le Paraclet... J'avais conçu La fiancée des ténèbres comme un opéra, aux implications ésotériques rigoureuses. En ce sens l'apport fondamental a été celui de Manuel Mirouze qui écrit pour le film une partition très élaborée, éditée sous le titre de Symphonie Albigeoise. [L'air de la chanson occitane "Lo Boier" est reprise dans la musique du film. NDLR]

Originaire de Toulouse, Marcel Mirouze qui a ensuite dirigé pendant de longues années l'orchestre de Monte-Carlo était parfaitement au courant de mes intentions.

Aviez-vous connaissance à cette époque, de l'intérêt porté en Allemagne non seulement à la quête du Graal, mais à certaines spéculations qui voyaoent en Montéségur le Fontsalvage de la tradition, et surtout de certaines conceptions ou interprétations wagnériennes, voire nietzchéennes, de la pensée cathare ?

Bien sûr,  nous connaissions les livre d'Otto Rahn (La croisade contre le Graal) ; mais la littérature sur le catharisme était en ce temps-là, assez rare. Les cahiers du sud avaient pourtant réalisé en 1942, un numéro sur l'occitanie et la pensée cathare. René Nelli y avait collaboré ; mais c'est à peu près ce dont on disposait en France. Par contre, j'ai une anecdocte de tournage du film qui va dans le sens de votre question. Au moment de la réalisation, la Cité de Carcassonne était sous contrôle de l'armée d'occupation, et nous étions en rapport constant avec les officiers. Je me souviens fort bien de l'un d'entre-eux  qui avait installé son bureau dans une des grandes salles et qui avait devant lui une statuette de Trencavel dont il prétendait s'attribuer la fière devise : "Mon épée pour la veuve, mon bouclier pour l'orphelin". Il était persuadé que le combat de la Wehrmacht vengeait les victimes de Simon de Montfort... Ceci dit le tournage du film s'est parfois déroulé sous leur contrôle, mais pour des raisons de sécurité uniquement. C'est ainsi par exemple que pour la scène du drame passionnel sur la péniche, c'est un officier allemand qui a tiré le coup de révolver pour l'enregistrement du son.

Nous étions dans un climat intellectuel profondément influencé par le surréalisme, et toutes ces idées d'un romantisme plus contemporain, nous hantaient. Malheureusement, le tournage a été interrompu pendant la Libération et les scènes de la fête à Tournebelle ne sont pas ce qu'elles auraient dû être. Pour moi, elles devaient se dérouler près de Gruissan, au vrai Tournebelle.

Figurants célèbres

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Durant la scène du bal filmée à l'ancienne guinguette "Le Grougnou", près de l'écluse du Fresquel, on remaquera la présence devant la caméra du peintre Jean Camberoque et de son épouse.

En DVD

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Depuis le mois dernier, Gaumont vient de sortir ce film en DVD au prix de 12€90. Vous pouvez vous le procurer chez Leclerc ou chez Cultura à Carcassonne.

Merci à Noël Pagé pour son aide

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