28/10/2015

Le Grand café Not, place Carnot

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On ne retrouve pas trace du Grand café Not sur la place Carnot avant l'année 1896. Le Didot-Bottin de 1894 ne mentionne pas cet établissement parmi ceux de la ville. En revanche, Julien Not - son propriétaire, limonadier de son état - annonce que son café sera entièrement remis neuf et ouvrira le 1er janvier 1897. On y trouvera un salon de correspondance, le téléphone ainsi qu'une Académie de billard au premier étage. Les gens de la bonne société y pratiquent le billard français. Il semblerait qu'un parent de Julien Not soit également cafetier ; dans l'annuaire de 1904, E. Not tient le café du commerce sur le boulevard Omer Sarraut.

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© La bastide en poche / J-L Bonnet

L'établissement est rénové dans le style de la Belle époque. On peut encore voir des vestiges dans l'actuelle agence du Crédit agricole.

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Que fait-on au café Not ? On s'assoit en terrasse à la belle saison pour y déguster sa spécialité de sorbets ; pour y boire ses bières blondes issues de la brasserie Carcassonnaise Fritz Lauer ou importées de Munich (Bière Pschorr). C'était le lieu de rendez-vous de la jeunesse dorée, des courtiers en vins et des représentants de commerces autour d'un verre de quinquina ou de Carcasso.

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Le drap blanc à droite entre deux piquets

Le premier cinéma de plein air fut projeté à la terrasse du café Not. Un drap blanc était tendu entre deux platanes et moyennant le prix de consommations, les Carcassonnais pouvaient regarder un film muet. Ceux qui ne voulaient pas payer, le regardaient à l'envers de l'autre côté de la toile.

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À la terrasse de chez Not en 1934

Pendant l'occupation, le café était le lieu de rendez-vous des miliciens et des collaborateurs.  Ils n'avaient pas beaucoup de chemin à faire, le siège de la Milice Française se trouvaient 17, place Carnot. Autant dire qu'il valait mieux s'abstenir de parler politique. Après guerre, l'établissement compta quatre garçons de café : Auguste, Henri, Émilien et Sicki. Ce dernier était d'origine indochinoise et recueillait les animaux du quartier. Impossible pour les serveurs de s'en jeter un, alors ils allaient en douce chez Félix Bergèze déguster un Byrrh ; la boisson catalane de l'époque. Dans les années 50, il y aurait eu une salle de jeu clandestine de poker, baccara, roulette...

Les filles de Paulette - la madame Claude de Carcassonne - débarquaient en terrasse après leur visite médicale, les mardis et jeudis, jours de marché. Le jour du marché aux vins, on ne trouvait plus une place et le patron faisait appel à des extras. Dans ce bruit, les producteurs de vin étaient appelés au micro. 

Le premier étage abritait le siège de l'ASC au moment de la séparation du club en deux parties. On trouvait les quinzistes d'un côté et les treizistes de l'autre. Une bagarre qui ne date pas d'aujourd'hui...

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À droite, la supérette Carbasse

Dans les années 60, le café ferma ses portes définitivement à cause de la désaffection progressive de la clientèle. À sa place, on fit la supérette Carbasse qui devint ensuite Unico. Au début des années 90, c'est  l'agence du Crédit agricole telle qu'on la connaît aujourd'hui, qui s'y implanta. Qui sait si demain avec la fermeture annoncée des agences bancaires, ce lieu ne retrouvera pas un café sur cette place Carnot qui n'en manque pas.

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26/10/2015

Enquête sur le commerce de la Bastide, il y a 25 ans...

Il y a 25 ans en arrière - c'est-à-dire en l'an de grâce 1990 - la Bastide Saint-Louis comptait 450 entreprises commerciales et artisanales dans lesquelles travaillaient plus de 2000 personnes.

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La rue piétonne en 1989

Ces chiffres étaient restés stables depuis le début des années 80 et même avaient enregistré, une augmentation de 49 entreprises entre 1988 et 1989. Le président de l'Union des commerçants, M. René Bourrel, indiquait alors :

"Ce qui donne une image négative, c'est ce nombre impressionnant de locaux commerciaux qui restent fermés pendant plusieurs mois avant de changer de propriétaires. Environ 20 % des commerces changent de propriétaires d'année en années."

À cette époque, on distingue trois types de commerces :

Les instables 

Ils ne passent pas le cap des trois ans

 Les valeurs sûres 

ils sont implantés depuis des générations. Parmi eux, Soueix (photographe), Embry (Primeurs), Bénédetti (Mercerie), Selon (parfumerie), Millet (bijouterie), Journet-Montsarrat (Luminaires), Breithaupt (Librairie), Crouzet (Vêtements), Galy (Librairie), Daraud (Disquaire), Galy (Chausseur), Bergèse (Café), Malleville, Olive (tailleur), Robert, Sarcos (pharmacien), Perxachs (chausseur), Charles et Lizon (parfumeur)...

Les franchisés 

Apparus au début des années 80, ils représentent un tiers des commerces de la Bastide. Pour René Bourrel, ils représentent : la grande révolution commerciale des trente dernières années ; tout ce qui était commerce lourd a disparu du centre ville en moins de vingt-cinq ans." Les marchands de meubles comme Périssé ou Atal ont émigré vers les zones en périphérie ; il en sera de même pour Rey 113, Citroën... En 1990, il ne reste que quatre magasins d'alimentation générale, sur dix-neuf après la Seconde guerre mondiale. Seule l'épicerie fine avec trois boutiques fait mieux que résister.

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Union des Commerçants : Noël 1991

 État général

En 1990, les vitrines ont pris des couleurs, comme les façades, rénovées à 80%. Le président de l'U.C.A note que le centre-ville attire une clientèle différente que celle des grandes surfaces ; que le nombre de clients stagne alors que le chiffre d'affaire augmente.

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"C'est le fait de tous les centres-villes d'agglomérations moyennes qui sont tournés vers le haut de gamme [...] Nous avons trouvé un créneau différent et tendons vers davantage de professionnalisme. Depuis cinq ans, tous ceux qui s'installent se renseignent auprès des chambres consulaires, utilisent des études de marché. C'est fini le temps du hasard."

On craint à cette époque le retour à la concurrence avec des magasins de 400 à 800 m2 spécialisés tels que Chaussland ou Fly, avec le bénéfice du stationnement. 

"C'est la faute à Saint-Louis. Nous avons fait des études car nos clients veulent se garer dans la vieille ville, mais je crois que ces mêmes clients sont attachés au centre-ville."

Il y a des commerçants implantés en ville et grande surface ; ils constatent des différences de comportements chez les clients selon les deux endroits.

"L'atmosphère de convivialité, le lèche-vitrines, le fait de marcher dans la rue et non dans un lieu fermé contrebalancent les avantages de la structure commerciale lourde."

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18/10/2015

L'usine de chaussures Raoul Pidoux

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Raoul Pidoux crée en 1954 une usine de fabrication de chaussures à Carcassonne. L'usine est construite dans la rue Fabre d'églantine (quartier du dôme) à l'endroit même où il y a quelques temps, était encore implantée l'imprimerie Bonnafous. À l'époque, l'entreprise Raoul Pidoux et fils employait 60 ouvriers pour une production de 4000 paires de chaussures d'enfant par jour. Chaque année pour l'anniversaire de la construction de l'usine, le patron organisait un cocktail et un bal pour l'ensemble du personnel.

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L'usine en construction en 1953

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L'ancienne usine en 2015

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Raoul Pidoux était également maroquinier et confectionnait des sacs à main. L'ensemble des cette production locale se vendait dans un magasin situé dans la rue de la gare.

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Raoul Pidoux était le père de Jean Pidoux qui effectua une brillante carrière à Paris au sein de la Société Générale. Homme de lettres, de musique et de peinture Jean Pidoux peut être considéré comme un talentueux multicarte de l'art sous toutes ses formes. Il est décédé en janvier 2012.

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© Nathalie Amen-Vals

Jean Pidoux et Janette, son épouse et professeur de danse de renommée internationale.

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15/10/2015

La maréchalerie Picheric

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Le grand-père de notre ami Richard Picheric, actuel patron du café Saillan, était Maréchal-Ferrant dans la rue du Port depuis la fin de la Grande guerre jusqu'au années 1960 environ. Pierre Picheric sur cette photo (au centre) dans les années 1930 avait repris la maréchalerie Planques. Juste au dessus, on voit la maréchalerie Caussidéry, successeur de M. Fabre au n°67.

En 1897, Carcassonne comptait 12 Maréchaux-ferrants

Andrieu (67 bis, rue Trivalle),

Avezat Guillaume (3, rue des Champs),

Bazès (32, allée d'Iéna),

Bauzil Marc (107, rue Barbacane),

Caussidéry (40, route de Limoux), Fabre (rue du Port),

Gayraud Aubin (160, rue Barbacane),

Gayraud Jean et Julien (47 bis, route de Toulouse),

Laffon (39, rue du Pont vieux),

Mathieu François (58, rue du marché),

Roger (18, boulevard du Canal),

Sauzel (14 et 15, rue des Calquières)

En 1934, ils n'étaient plus que 10

Barès (17, allée d'Iéna),

Bonnet (67, rue du marché),

Boyer (40, rue du Pont vieux),

Caussidéry (67, rue du port),

Gayraud (rue Barbacane),

Mathieu (67, rue du marché),

Picheric (65, rue du port),

Roger (12, boulevard du canal),

Sauzel, Verger (rue du pont vieux)

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Après la seconde guerre mondiale, la rue du Port prit le nom d'Antoine Armagnac, chef du maquis de Trassanel. La circulation des véhicules avait été rendue très difficiles par les restrictions en carburant entre 1940 et 1945 et la pénurie perdura encore quelques années. Les travaux des champs se firent encore grâce aux chevaux de trait avant que la mécanisation ne vienne mettre un terme à cet usage ancestral.

Ainsi en 1965, la ville de Carcassonne ne comptait plus que quatre Maréchaux-ferrants:

Barès (17, allée d'Iéna),

Cambon à Grèzes,

Picheric (65, rue Armagnac),

Roger (12, boulevard de Varsovie)

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La maréchalerie de Pierre Picheric aujourd'hui au 65, rue Armagnac

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09/10/2015

La pharmacie Sarcos, place Carnot

La pharmacie Sarcos est sans doute la plus ancienne officine de la ville, dans la même famille depuis plus d'un siècle. 

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Osmin Sarcos, né le 13 octobre 1869 à Hagetmau (Landes), commence ses études pharmaceutiques par un stage officinal dans la pharmacie Olmières située 48 rue de la gare à Carcassonne. Après l'obtention de son diplôme, il revient dans la capitale audoise où il fonde son officine au 10 de la rue de la gare.

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Elle sera déplacée au début du XXe siècle, 22 place Carnot.

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Osmin Sarcos, en blouse blanche, adossé à la guérite du vendeur de journaux sur la place Carnot. Il a également exercé le mandat de conseiller municipal chargé des problèmes d'hygiène. Il est décédé le 3 septembre 1929.

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La pharmacie actuellement 9, place Carnot

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© chroniques de Carcassonne

Elle possède une sortie dans la rue de l'Aigle d'or qui est restée dans son jus d'autrefois

Sources

Dictionnaire des fondateurs de la société d'histoire de la pharmacie

(Guy Devaux)

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05/10/2015

Marius Authier et son fidèle destrier

C'est d'abord l'histoire d'une famille de maraîchers qui cultivait deux ou trois hectares à la plaine Mayrevieille au début du vingtième siècle et que la grande guerre ne va pas épargner. Les Assens vivaient chichement mais heureux avant 1914; un hectare pour la production maraîchère et les autres pour l'alimentation des chevaux et autres cochons. Des trois garçons capables de travailler la terre, un seul reviendra de cette fichue guerre obligeant pendant et après le conflit  leurs soeurs à remplacer le labeur des hommes. Dans cette fratrie, seule Madeleine percera le coeur et trouvera l'amour d'un homme vaillant mais atypique: Marius Authier.

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Marius Authier n'était pas destiné au jardinage car lui, c'était plutôt la pierre. En s'installant dans le quartier des capucins, il va néanmoins reprendre le flambeau de sa belle famille.

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Entre 1950 et 1975, Marius Authier allait qu'il pleuve ou qu'il vente, vendre sa production sur le marché sur sa jardinière tirée par Pompon. Ce maraîcher poète commandait son cheval à la voix et il lui arrivait parfois de devoir dresser un constat à l'amiable, avec un automobiliste dans les rues de Carcassonne.

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Après 1975, un incendie dans une grange de la ferme des capucins ravagea l'attelage nommé La jardinière. Marius Authier la remplaça par un camion qu'il fit tirer par son jument Marquise. Oui, car cet attelage s'appelle ainsi et donna le nom aux engins à moteur entourés de ferrailles que l'on trouve sur nos routes. A l'arrivée de Marius en ville, les policiers bloquaient le centre pour libérer la passage. L'attelage heurtant parfois les véhicules en stationnement, Marius dut se résoudre à l'abandonner au début des années 1980.

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Madeleine Assens épouse Authier, vendait ses légumes sur le marché de la place Carnot

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Pour élargir leurs revenus, Madeleine faisait venir des chrysanthèmes qu'elle vendait pour la toussaint. Marius s'en est allé à la fin des années 1980 et avec lui s'acheva l'épopée du maraîcher-poète....

Crédit photos

Albert Authier

Cicérone

Jacques Blanco

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