16/12/2014

Artozoul : chasse, pêche et traditions

artozoul.jpg

Le magasin d'articles de pêche et de chasse 

Jean-Baptiste Artozoul

fut fondé en 1866 à Carcassonne

361_001.jpg

Grandes fabrique de filets en tous genres. Verveux. Spécialité de roseaux et bambous. Filets de cailles. Balances et écrevisses. Lignes et hameçons Milward. Cordonnets et bouchons. Mouches. Racines Anglaises...etc.

Rue de la gare. Yves Rocher.jpg

L'immeuble qui abritait le commerce Artozoul est actuellement occupé par Yves Rocher, 66 rue Clémenceau. Le changement de numérotation des rues explique sans doute qu'il soit passé du 14 au 66 au cours du XXe siècle. Au dessus d'une niche qui devait accueillir sans doute une statue, on peut lire le millésime de l'année 1895.

103.jpg

Dans les souvenirs de Carcassonnais, les chasseurs venaient se ravitailler chez Artozoul en plomb et en poudre pour les fusils. Dans un dépôt mitoyen à sa boutique, situé dans la rue de la liberté, M. Artouzol avait de quoi faire sauter tout le quartier avec ses barils de poudre. À cette époque, on ne se soucait semble t-il pas de la sécurité comme de nos jours où parfois, cela en devient ridicule. Les articles vendus au détail étaient soigneusement fermés avec le document ci-dessus attestant de l'origine du produit et la quantité délivrée. Notez que Jean-Baptiste Artozoul conservait le titre d'arquebusier, un métier fort ancien avec les arbéalétriers, les archers, les artilliers. L'arquebuse se développa en Europe à partir de 1515 et vient du nom allemand Hakenbüchse.

Dans un passé moins lointain, d'autres Carcassonnais vous diront que sur la vitrine d'Artozoul on pouvait lire la programmation des séances de cinéma. Quand le magasin cessa son activité, une vitrine donnant les sorties aux cinémas Odéum, Colisée, Boléro, Rex fut installée sur le mur d'en-face, de l'autre côté de la rue.

_________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

25/11/2014

Les aventures rocambolesques d'un pionnier Carcassonnais de l'automobile

Henri Alaux

Né le 21 janvier 1885, débute en 1897 à l'âge de 12 ans comme apprenti au garage Loubié cycles, machines à coudre, tricycles à pétrole.

Alaux.jpg

 

De Dion Boutton

375_001.jpg

Lorsqu'il quitte l'atelier Loubié, il reçoit un certificat attestant de ses bons services et de ses aptitudes à conduire les voitures, bien qu'il ne soit pas en âge de passer son permis. Ce n'est que le 31 décembre 1902 qu'il obtiendra le précieux sésame portant le n°249 délivré par la préfecture de la Haute-Garonne. Il habitait à cette époque, 19 rue de l'Orient à Toulouse.

permis.jpg

La course automobile Paris-Madrid

Après son départ le 21 mai, elle fut arrêtée à Bordeaux par le gouvernement suite à de nombreux accidents mortels. Marcel Renault se tua à Couhé-Vérac. Touraud eut un grave accident à la sortie d'Angoulème. Madame Camille du Gast sur sa voiture 40 cv de Dietrich (moteur Turcat Méry) rallia Bordeaux avec Henri Alaux qui fut son mécanicien. Elle décida de continuer jusqu'à Madrid. La voiture fut mise sur un wagon jusqu'à la frontière espagnole. Après plusieurs étapes et diverses péripéties, ils arrivèrent à Madrid tirés par deux mulets. La traversée de l'Espagne par une femme fut un grand évènement. Pour le retour la voiture fut rapatriée en train, mais également pillée pendant son voyage.

(Témoignage d'Émile Alaux, fils d'Henri)

camille.jpg

Camille du Gast en 1903

De 1904 à 1906, il travaille chez Touraud à Suresnes sur les quais de la Seine sur des voitures encore à vapeur et fait les essais côte de Suresnes. Ces véhicules sont munis d'une béquille que l'on est obligé de laisser tomber à l'arrêt d'une forte côte pour empêcher les voitures de reculer. Ils n'ont pas à cette époque de frein avant. Pour l'anecdote, un examinateur collera un chauffeur qui ne mettra pas la béquille en côte — on appelait chauffeur, le conducteur d'un véhicule à vapeur. En 1909, Alaux procède à des essais d'autobus à vapeur de Paris à Anvers.

balayeuse.jpg

© BNF

Les essais de la première balayeuse arroseuse eurent lieu aux Halles de Paris sous la protection de la police. Les Forts des Halles le traitaient de "briseur de bras".

lorraine-turcat-mery.jpg

Lorraine Dietrich 1911

© Patrimoineautomobile.com

Après la vapeur, le moteur à essence fit son apparition. Alaux transforme alors les voitures Lorraine Dietrich à courroie en les dotant  de boite à vitesse dès 1911. Il travaille ensuite chez Renault Saurer et s'installe à Aurillac, avant d'être mobilisé dans le 3e d'artillerie pendant la Grande guerre.

À Carcassonne...

Il fonde dès son arrivée le garage International au 25, rue des Jardins (actuel 35, rue Antoine Marty). Il reprend d'abord des véhicules aux armées pour les remettre en état (Nach, Pierce Arrow, Wait, Latil...), puis devient agent Ford (Modèle T) et ensuite Chevrolet. La société Alaux frères est dissoute en 1925 et devient Alaux Henri. C'est un garage Ford, Fordson, Rosengart, Général Motors, Chevrolet, Opel, Erskine, Delage, Laffly, Salmson jusqu'en 1931.

ford.jpg

Henri Alaux et son épouse à la Cité sur une Ford T en 1925

En 1926, il dépose un brevet de pont porteur pour Ford. Comme à cette époque les voitures étaient rares, les stations services n'existaient pas. Il fallait avoir dans les voitures ce que l'on appelait "le lot de bord". Cela comprenait l'outillage, une pompe à air pour les pneus, un cable, un entonoir ainsi que bidons à essence et eau. Henri Desgranges, patron du journal "L'Auto" et créateur du Tour de France cycliste avait créé un petit fanion jaune triangulaire, vendu 5 centimes. Il était fixé avec une hampe sur l'aile avant de la voiture. Ainsi, tout véhicule se croisant pouvait se porter assistance en cas de panne.

Deux anecdotes d'Émile Alaux

" J'ai pris place à côté de mon père à bord d'une Torpédo à capote à courroie (Une DFP : Doriot, Flandrin, Parent...) Nous revenions de Mazamet pour retourner à Carcassonne. une expédition ! Cette voiture n'avait pas de bouteille à gaz comprimé permettant d'allumer les phares. Pour celà, elle possédait un petit générateur dans lequel on mettait du carbure et de l'eau qui faisaient l'acétylène. En descendant la côte de Villegailhenc, la nuit nous surprend ; il faut allumer les phares. Stupeur ! Mon père a oublié le bidon d'eau. Qu'à cela ne tienne, en mettant le carbure dans le générateur, nous avons remplacé l'eau par notre urine. Et la mulière fut !"

"En 1923, j'ai douze ans et mon père me lâche sur la route avec ma soeur de treize ans, au volant d'une voiture G.E.P (véhicule fabriqué en 1913-1914 à Gennevilliers). Si notre arrivée à Villeneuve-Minervois (8 kms) constitua un attroupement, le retour se passa sans rencontrer une seule voiture !"

brevet.jpg

Fabriquant et carossant les châssis en autobus, Henri Alaux lance les lignes du Mas-Cabardès, de Rieux, de la Malepère, de Laure-Minervois et de Lagrasse.

La société Alaux et Gestin

Henri Alaux s'associe avec M. Gestin en 1932 et le garage devient une concession Renault, Alfa Roméo et Lambretta. Les deux dernières marques seront abandonnées au profit de Renault qui voulait l'exclusivité.

Garage Alaux. 1940. 35 rue A. Marty.jpg

Le garage Alaux et Gestin en 1940

alaux gestin.jpg

L'ancien garage Renault aujourd'hui, rue Antoine Marty

Émile Alaux (1912-2000) reprit l'affaire de son père à la tête de la société Alaux et Gestin avant de céder définitivement la concession.

Je remercie vivement Madame Marie Saleun, artiste peintre, pour m'avoir très cordialement ouvert sa boite aux souvenirs.

________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

10/11/2014

Le premier concessionnaire automobile de Carcassonne

293297016.jpg

Sur l'allée d'Iéna, artère industrielle depuis la fin du XVIIIe siècle, se trouvait le garage

  Carcassonne-Automobile.

Ce dernier avait l'exclusivité des voitures de la marque Delahaye qu'il faisait ronfler à côté de l'actuelle Chambre des métiers. Au début du XXe siècle, l'automobile était en plein devenir. Au passage, l'allée d'Iéna était bordée de platanes qui ne sont plus, hélas, que sur les cartes postales...

078.jpg

Une carte publicitaire dessinée par le caricaturiste Dantoine

952434875.jpg

La cour, par laquelle sortaient du hangar les élégantes machines.

auto.jpg

Ce qu'il reste des bâtiments de Carcassonne-Automobile, allée d'Iéna.

_______________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

08/11/2014

L'arlequin de Jean Camberoque mériterait une restauration

Le 16 mars 1907, le magasin de vêtements

"Au pont neuf"

ouvre ses portes à grand renfort publicitaire, pour se distinguer de son concurrent "La belle jardinière" situé en face (Office du tourisme). Le commerce est alors tenu par Ange Bénédetti qui disparaît dans un accident de voiture en 1932. Le commerce est alors vendu puis repris par

Paul Chonier.

Originaire de Clermont-Ferrand, il transforme l'établissement dans la forme qu'on lui connaît aujourd'hui. Le "sur mesures" a été remplacé par la "confection" et l'établissement a même été réquisitionné pendant la seconde guerre mondiale pour réaliser les uniformes des soldats français. A la libération, c'est André, son fils, qui a pris la relève puis aujourd'hui, Bertrand et sa soeur Anne. Ainsi trois générations se succèdent dans ce commerce de grande qualité.

1678356409.jpg

Une publicité qui exagère volontairement l'importance du commerce, en le calquant sur les grands magasins parisiens.

chonier.jpg

Le magasin Au pont neuf au moment de son rachat par Paul Chonier. Il avait alors encore son aspect "Belle époque", avec son imposte au-dessus de la porte donnant dans la rue de la préfecture.

Pont neuf.jpg

Dans les années 60, la devanture sera cassée et refaite dans un style moderne. À l'angle, apparaît une mosaïque réalisée par le peintre Jean Camberoque.

Voici le récit de son fils Charles :

Mon père avait réalisé cette céramique lorsque Monsieur Chonier a rénové son magasin dans les années 60. La boutique s'appelant alors l'Arlequin. Chonier lui avait par conséquent commandé un arlequin. Ce personnage était alors récurant dans sa peinture et ses créations. Cette céramique est donc une commande. Je me souviens lorsque dans son atelier mon père dessinait cet arlequin sur les carreaux de céramique, j'avais une dizaine d'années et pis lorsqu'il a été installé, j'étais fier quand je passais rue de Verdun...
Jean Camberoque était un artiste qui créait des oeuvres, utilisant plusieurs techniques, de la peinture en passant par la céramique, la gravure, la lithographie, la sculpture... Les grincheux le lui repprochaient parfois alors que de nos jours les artistes placticiens utilisent sans problème plusieurs médiums. Il était en avance sur son temps !

68288000.jpg

Sur la façade de l'actuel magasin à l'angle des rues Bringer et Verdun, l'Arlequin attend une restauration méritée. Quand on regarde de plus près, c'est là que l'on s'aperçoit qu'il s'agit d'une oeuvre d'art. Plus encore, avec l'accord du propriétaire cette oeuvre devrait être inventoriée et classée.

2105319866.jpg

La signature de l'artiste

Jean Camberoque 1993 .jpg

Jean Camberoque dans son atelier en 1993

© Charles Camberoque

________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

07/11/2014

Les premiers téléviseurs de chez Chiambaretta

3971911832.jpg

Les jeunes retraités et les plus agés d'entre eux doivent se souvenir des premiers téléviseurs en vente chez Chiambaretta, place Carnot. La marque Ducretet-Thomson était en évidence dans la vitrine et pour avoir la chance de capter la première chaîne, il fallait débourser un peu d'argent.

1199066191_2.jpg

Les établissements Chiambaretta sur la place Carnot (actuellement, Briocherie Arpin), avaient été fondés par Emile Chiambaretta en 1922 initialement dans la rue de Verdun. L'activité a cessé en 1979.

3515927717_2.jpg

Dans l'arrière boutique de chez Chiambaretta sur la place Carnot, on ne manquait pas de Frigidaires et de postes de radio. On pouvait se payer à crédit un poste Radiola avec un premier acompte de 1500 francs, puis 1000 francs par mois.

3499208541.jpg

Emile Chiambaretta assurait également les sonorisations publiques dans le département, à bicyclette...

1655796557.jpg

Ou bien, avec cette estafette que ne manque pas de charme

1607555837.jpg

A ses débuts, Emile Chiambaretta vendait des postes de TSF

_________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

28/10/2014

La station service Bosch

Il était une fois une petite station service tenue par Marthe et Raymond Bosch vers 1947. Elle était située sur l'avenue Arthur Mullot, juste avant le pont neuf et à gauche en allant vers Narbonne.

753470720.jpg

Marthe, Constance et Raymond Bosch devant leur station service

305494117.jpg

Les pompes distribuaient de l'essence de la CIP (Compagnie Internationale de pétrole)

1212951189.jpg

Voici un ancien bidon d'essence de la CIP datant de 1935. A cette époque on vendait l'essence dans des jéricanes. Le logo de la CIP était formé par des ancres de marine.

2902836740.jpg

Une vue de la station service prise depuis l'avenue avec l'enseigne

Motricine

2328391551.jpg

Affiche

794120661.jpg

Un triste jour où Marthe Bosch descendait à bicyclette l'avenue du général Leclerc, elle fut percutuée par l'arrière par un camion de transport Batut. La petite Constance perdait ainsi sa pauvre maman dans des circonstances bien injustes. La famille fut expulsée de la station service et retrouva même ses meubles sur le trottoir. Fort heureusement, il y eut de la solidarité et on leur trouva un logement. Ainsi s'acheva la petite station Bosch de l'avenue Arthur Mullot.

374755142.jpg

Le photographe Fichot est installé dans les anciens locaux de la station service aujourd'hui.

_______________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014