09/09/2015

À la recherche des commerces disparus de la Bastide (1)...

Le centre-ville de Carcassonne, appelé encore il y a 25 ans "Ville basse", a subi en un siècle bien des transformations dans les domaines du commerce et de l'artisanat. Ce sont d'abord de vieux métiers qui ont disparu tels que cordonnier, bourrelier, coutelier, chaudronnier, ferblantier...etc. Peu à peu, les commerces indépendants ont suivi la tendance laissant aujourd'hui, presque uniquement le champ libre à des enseignes nationales franchisées. Nous allons donc tenter de les faire revivre à travers les vieilles cartes postales qu'ils nous ont léguées.

Cordonnerie Courrieu

Horlogerie Labène

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Ces deux artisans étaient rassemblés dans un même commerce. Sûrement, une seule et même famille travaillant ensemble, 20 rue de la mairie (actuelle rue Aimé Ramond). On les retrouve dans le Didot-Bottin de 1934.

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Épicerie Ambry

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L'épicerie de Joseph Ambry, 66 Grand'rue (actuellement, 58 rue de Verdun). Fondée en 1875, ce commerce alimentaire vendait également de la droguerie. Le dernier des Ambry qui se prénommait Joseph comme tous ses descendants, fonda l'Étoile du Midi. Les entrepôts se trouvaient sur la rive gauche du Canal du midi. On a construit depuis la résidence l'Étoile à cet endroit, d'où son nom. Après la guerre de 14-18, cette grande épicerie de la rue de Verdun fut vendue pour moitié à la boucherie Miquel. L'autre moitié fut transformée en une succursale de l'Étoile du midi. (Source : A. Raucoules)

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Séverac, Modes

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La boutique de modes de Madame Séverac se trouvait 14, place Carnot. Outre des corsets, on y trouvait des chemisiers, des bonnets... C'est aujourd'hui un débit de tabac et marchand de journaux.

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Roumens, tailleur

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Voilà un autre artisanat qui a totalement disparu de notre ville... Les hommes n'ont plus besoin de s'habiller sur-mesures car la confection s'est adaptée aux contraintes corporelles. Le magasin de M. Roumens se trouvait 57, rue du marché (actuelle rue A. Tomey).

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Lordat, Nouveautés

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Au départ, ce sont trois associés Paul Lordat, Cassigniol et Barrau qui reprennent l'affaire de la maison A. Sorel : 50 et 52 Grand-rue (rue de Verdun) et 5, place Carnot. Ce grand magasin possédait donc deux entrées dont il reste encore aujourd'hui la façade d'origine. Aussi bien à l'actuel New Man qu'à la banque CIC. Peut-être cette famille était-elle descendante de Louis, Comte de Lordat et Baron de Bram ; Brigadier des armées du Roy Louis XV.

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Pharmacie Taillefer

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L'une des plus anciennes de la ville répertoriée sur un annuaire de 1904, 41 rue de la gare.   Aujourd'hui, 39 rue Clémenceau c'est le lunetier Afflelou. Comme beaucoup à cette époque, l'officine est également herboristerie. Remarquez le bec de gaz aux armes de la Cité, en haut à droite.

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Roquefort, Graines

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J. Roquefort, marchand de graines et de fleurs, 28 rue du marché. Il avait pris la succession de M. Alazet. L'ancien magasin est situé actuellement 38 rue A. Tomey, en raison du changement de numérotation au cours des années.

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Tisseyre, bourrelier

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Auguste Tisseyre, bourrelier dans la Grand-rue au numéro 90. Selon Alfred Raucoules, le joueur de rugby Albert Domec aurait habité cette maison.

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Photos

Collection Martial Andrieu

Google street view

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13/07/2015

La fabuleuse histoire de la guinguette du Païchérou

Le mot Païchérou vient de l'occitan "paissiera" (prononcez païssiéro") - en français païchère- qui désigne un ouvrage en pierre sèche destiné à la régulation des crues et à l'irrigation des terres agricoles. Il n'est donc pas étonnant de retrouver la célèbre guinguette portant ce nom, au bord de l'Aude et près de la chaussée construite en 1873.

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Le barrage et la route vers 1880

Auguste Brémond

En 1885, Auguste Brémond, limonadier natif d'Aix-en-Provence, fonde un café-restaurant : Au beau séjour du Païchérou.

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Parmi les habitués de l'établissement, dont la spécialité est la friture de goujons (Lo grognou) pêchée à deux pas de là, on compte le cuisinier Prosper Montagné, le félibre Achille Mir et le poète Achille Rouquet. Tous ces fins gourmets sont servis par Madame Brémond : "Uno fenno de forto coustitutiou" (une femme corpulante). C'est de cet endroit que nos amis verrons les feux de bengale du premier embrasement de la Cité en 1898 ; évènement que l'on doit à l'idée d'Achille Rouquet.

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La chaussée du Païchéou est connue pour être un lieu de baignades près duquel on plongeait dans les enfers. C'est l'endroit le plus dangereux du barrage où de nombreux Carcassonnais perdront la vie en s'y noyant.

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Le Païchérou sera célèbre grâce au passage du bac qui faisait la liaison entre les deux rives, au moyen d'un cable d'acier tendu quand l'Aude ne faisait pas trop de remous. Cette tradition se poursuivra avec Florent Quintilla jusqu'en 1971.

La famille Quintilla

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Dans les années 1920, Florent Quintilla reprend l'affaire Brémond et transforme le lieu en guinguette où l'on vient danser. Combien de couples se sont formés et mariés à cet endroit ?

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Les époux Sicre devant l'entrée du Païchérou en 1946. Ils viennent sans doute de danser quelques paso-doble ou tango accompagné par l'orchestre Jeannoely, dans lequel on trouvait les frères Marson.

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Un bal juste après la Libération

Après Florent, c'est Roger Quintilla qui dans les années 1950 fit danser une nouvelle génération de carcassonnais. Les 3000 chaises ne suffisant pas, on installait des caisses de bouteilles pour faire asseoir les gens. De la Trivalle, des Capucins ou de la Barbacane on venait à vélo. C'était l'époque où la télé n'enfermait pas les gens chez eux, passivement en regardant Drucker. Les orchestres Marson, Cadrès ou Rambaud faisaient résonner "Adios muchachos campaneros", "Arrivederci Roma" ou "Perles de cristal". On dansait à deux et parfois, on repartait sous le bras avec la future femme ou homme de sa vie... Aujourd'hui, il y a "Meetic" où sur internet  un catalogue expose les prétendants à la vie à deux! Autre moeurs, autre époque... Dans la décennie suivante, certains se souviendront des soirées du Bac ; le vrai, pas celui qui passait la rive de l'Aude.

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Roger Quintilla (au centre). On reconnaît un des serveur avec sa moustache, surnommé Pep ou Brassens. Il s'appelait Pierre Olivier.

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Les serveurs en noeud papillon

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Le païchérou c'était aussi la piscine naturelle et son plongeoir. Parmi les plus aguerris, on nommera M. Gastou qui fut à l'origine du Club nautique Carcassonnais.

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© La Midi-Libre

Aujourd'hui, la troisième génération des Quintilla avec Hélène en chef d'orchestre continue à faire vivre la guinguette. A plusieurs reprises, le journal de TF1 a consacré des reportages sur ce lieu hors du temps ; c'est le "Chez Gégène" de Carcassonne. Pardon... je voulais dire "Chez Hélène". Ah ! J'oubliais... Un dernier mot pour les nouveaux Carcassonnais. On dit ici le Païch'

Le Païcherou

2, quai du païcherou

11000 Carcassonne

04 68 25 12 05

Photos

Collection Martial Andrieu

Hélène Quintilla

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09/07/2015

Robert Ménard : Le premier concessionnaire Citroën de Carcassonne

Le première concession automobile Citroën est fondée par

Robert Ménard

en 1925.

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Robert Ménard dans son bureau

Elle se situait dans la rue Montpellier à l'emplacement où travait initialement de l'Acacia Tennis. Vers 1932, ce garage se déplace non loin de là, sur l'avenue de la gare qui prendra en 1936 le nom du Maréchal Joffre.

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L'agence Citroën dans les locaux de l'hôtel des deux gares (Hôtel Bristol) vendait également les marques Unic, Sizaine Frères et Talbot. Remarquons que l'entrée a été rénovée dans le style Art-déco, par rapport au bâtiment datant de la second moitié du XIXe siècle.

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Magasin d'exposition

Elle assurait également les réparations des automobiles.

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Les ateliers

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Les véhicules devant l'agence Citroën

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Cette partie était occupée autrefois par l'écurie de P. Resseguier. Il reste encore aujourd'hui la tête de cheval sur le toit et en bordure de la façade.

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Peu de temps avant la seconde guerre mondiale, le garage Citroën se déplace sur le boulevard Omer Sarraut, juste à côté du Bar Edouard. Quand Robert Ménard partira du centre ville dans les années 70 pour s'installer route de Toulouse, le local sera occupé par Rey 113. C'est aujourd'hui, un supermarché.

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Une facture de 1938 pour l'achat d'une Citroën 5 cv de 2700 francs.

 Robert Ménard s'installe donc 32 route de Toulouse jusqu'en 1992, presque en face de l'ancienne clinique Cathala. C'est aujourd'hui, un grand parking avec quelques commerces d'alimentation. Le garage vend également la gamme légère Berliet et propose la location de véhicules sans chauffeur Citer. Une station service Total délivre du carburant. Robert Ménard prend sa retraite en 1970 et décède l'année suivante. La concession Citroën continuera avec le nom de son fondateur.

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Sur cette carte téléphonique publicitaire, nous retrouvons en 1994 le garage Citroën à côté de l'actuel Hypermarché Géant-Casino.

Merci à Jean-François Ménard

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28/06/2015

La bijouterie et joaillerie Millet

La bijouterie Millet

est sûrement le plus ancien commerce de ce type encore en activité à Carcassonne. On retrouve son existence dans le vieil annuaire de 1897, dans lequel il est fait état de deux enseignes sur la place Carnot. Au numéro 1, se trouve la bijouterie Chrestia (Eugène Millet) et juste à côté, l'horlogerie de Vincent Millet. Ce dernier est le successeur de M. Peyraudel.

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Aujourd'hui, le chocolatier Thuries occupe l'ancienne boutique Chrestia

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Eugène Millet jouit d'une grande renommée dans le métier de joailler-orfèvre dans lequel il s'est distingué en obtenant la Médaille d'or du Palais-Royal à Paris. Il ouvre une nouvelle boutique juste en face des Galeries de Paris, au numéro 18 de la rue Clémenceau à Carcassonne. Elle sera inaugurée en juilet 1928 pendant les fêtes du bi-millénaire de la Cité de Carcassonne.

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"C'est fait. Le magasin de M. Millet est ouvert et nos compatriotes n'ont pas été déçus ; c'est vraiment une surprise que nous réservait le maître joailler. M. Millet, grand connaisseur d'art, a, en effet, donné à notre ville un magasin neuf et dans la note d'aujourd'hui, où s'allient harmonieusement la décoration et l'architecture modernes avec les objets qui y sont exposés. Nous ne pouvons que remercier notre compatriote de l'initiative qu'il a prise et de sa réalisation."

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"C'est désormais dans un cadre ravissant que l'on admirera les délicieux sujets d'art de Lalique, de Daum, de Susse... que M. Millet a introduits dans nos régions. Et, à côté de ces créations, sont exposés de délicieuses pièces d'orfèvrerie et de bijouterie, métiers d'art où notre compatriote est passé maître. Et dans cette tâche, il est aidé d'un personnel affable et compétent, son fils même ne s'est -il point vu décerner le 1er prix à l'exposition du meilleur ouvrier de France ; l'une de ses oeuvres sera exposée dans la vitrine de la rue de la Gare."

(La dépêche du midi / 19 juillet 1928)

Bijouterie Millet

20 rue Clémenceau

11000 Carcassonne

04 68 25 07 17

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16/04/2015

Les anciens garages de l'Hôtel Bernard

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L'hôtel Bernard

fondé en 1856

par Louis Bernard se trouvait sur l'actuel emplacement de la résidence de l'Officialité, à l'angle de la rue Tomey et de la rue de Verdun. Cet établissement dont il ne reste que le bâtiment extérieur était l'un des plus réputés et importants de la ville. Son activité cessa au cours des années 1980.

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Ce que nous ignorions jusqu'à présent, c'est que l'hôtel possédait ses garages en face de l'actuelle place Eggenfelden. Raphael Romi, originaire de Constantinople et dont la famille avait un magasin à Toulouse, acheta dans les années 1930 les anciens garages pour y monter son magasin de nouveautés. Nous apercevons l'enseigne au dessus de l'entrée.

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Pendant la guerre les biens de M. Romi seront spoliés par l'Etat Français. Il les récupérera une fois le conflit terminé. Son affaire s'étendait jusqu'à l'actuel volailler Mounié (Mexicots) à qui la famille vendit une partie des locaux après 1957. Au-dessus du commerce, on distingue "Grand Hôtel Bernard" et une belle verrière de style Art-nouveau. Il semblerait qu'à la transformation de l'hôtel en résidence locative, ceci ait disparu.

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La résidence de l'Officialité en 2015

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10:25 Publié dans Commerces d'autrefois | Tags : romi | Lien permanent | Commentaires (2)

09/03/2015

La blanchisserie Roumens

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A l'angle de la rue Andrieu et de la rue du Manège situées dans la quartier du Paîcherou, se trouvait

la blanchisserie Roumens.

Là, une quinzaine d'employés sur une superficie de 430 m2 lavaient et repassaient le linge des industriels et des particuliers. Il était ensuite mis à sécher sur de grands étendoirs, de l'autre côté de la rue. A cet endroit aujourd'hui, il y a de grosses plaques d'égout. Fondée par Jacques Roumens (1871-1955), cette affaire passa entre les mains de Georges Reiss (1898-1973), son neveu, puis de Michel Fuséro jusqu'à la fermeture en 1975. 

Je ne dispose pas hélas de photographies valables de cette entreprise et je fais appel pour cela à ceux qui y ont travaillé. Lors d'une exposition dans la salle Joë Bousquet, sur le passé industriel de Carcassonne il y a maintenant dix ans, des photos prêtées par Michel Fuséro avaient été exposées. Ayant contacté ce monsieur, il me déclara que rien de ce qu'il avait mis à disposition ne lui a été restitué. Pas perdu pour tout le monde, sans doute... Je vous fais partager quand même ce qu'il y avait inscrit sur le panneau de l'exposition :

Le linge sale à l'arrivée de l'usine, était réparti selon sa catégorie (draps, serviettes, torchons, mouchoirs), puis marqué à l'encre sur l'ourlet à l'envers du tissu, avec un code client. Le linge était envoyé dans de grandes lessiveuses rotatives, puis séché sur des cintres dans une immense chaufferie alimentée par des chaudières. Ce travail, qui exigeait une grande force physique était exercé par deux ou trois hommes.  Le linge propre et sec était ensuite amené dans l'atelier ou les femmes assuraient le repassage en le glissant dans les "calandres". De l'autre côté de la machine, le linge ressortait entre les mains d'autres ouvrières qui dans un geste constamment reproduit procédaient au pliage ; le coin supportant le marquage à l'encre replié pour que l'ouvrière de l'atelier suivant puisse repérer la quantité de linge d'un même client et en effectuer l'emballage précis qui conditionnait l'établissement de la facture correspondante par la secrétaire-comptable. Un chauffeur-livreur effectuait ensuite au domicile de chaque client la livraison de son linge. Quinze à vingt ouvrières entetenaient ainsi le linge de la presque totalité des hôtels, restaurants et autres particuliers de Carcassonne.

Merci à Isabelle Alay et Claude Marquié

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