22/07/2015

La bataille des grandes surfaces à Carcassonne depuis 1972 (Épilogue)

Les petits commerces en 1980

La ville possède 66 magasins d'alimentation générales occupant près de 11 millions de m2 de surface. Parmi eux : 4 supermarchés, 8 supérettes, 5 magasins en libre service, Cité 2 avec une surface d'alimentation de 2000 m2, Monoprix (250 m2). Il n'y a donc pas de besoin car le secteur est hypertrophié. 86,54 % sont des commerçants indépendants qui les gèrent eux-mêmes. 27,83% sont situés en centre-ville et 30% sur la ceinture des boulevards.

Les hypermarchés en 1982

À la fin de l'année 1982, Carcassonne compte quatre hypermarchés : Cité 2 (Berriac), Leclerc (Félines), Mammouth (Bourriette) et Champion (Grazailles). Ce dernier appartenait à la SOLADI et avait été construit en mars 1980 en bordure de la route de Villemoustaussou, sur le plateau de Grazailles. On peut évaluer le nombre d'emplois directs générés par ces activités commerciales entre 250 et 300.

Les objections négatives

La crainte de la Chambre des métiers de l'Aude et de la Chambre de commerce résultait dans l'effondrement du petit commerce non seulement à Carcassonne, mais également dans tous les villages des alentours. Le chiffre d'affaire de "Mammouth" estimé en 1982 à 19 milliards de francs annuels laissait augurer une perte sèche d'autant, pour l'ensemble des petits commerces du secteur. Par voie de conséquences, le manque à gagner conduirait inexorablement au licenciement d'employés et à la fermeture des magasins. Les chambres consulaires estimaient que 1200 personnes seraient touchées à des degrés divers. La balance entre le gain des créations d'emplois et des licenciements est négative. Leurs prévisions tablaient à terme sur la mort du centre-ville, dans un département en tête déjà à cette époque pour l'équipement en grandes surfaces : 8134 m2 pour 100.000 habitants. Ces chiffres plaçaient l'Aude devant la région parisienne.

Au nouveau économique, citons M. Leroy (Président de la Chambre des métiers de l'Aude) dans un article du Midi-Libre du 23 mai 1982 :

"Une grande partie du chiffre d'affaire réalisé par le commerce local est immédiatement injecté dans l'économie du département. Au contraire, celui d'une grande surface n'est pas réinjecté localement : ses fournisseurs ne sont qu'exceptionnellement des entreprises volontaires, et les bénéfices sont rapatriés au siège de la société exploitante et non dépensée sur place."

Les objections positives

Du côté des défenseurs de la grande distribution, on rejette la responsabilité des licenciements en évoquant la création de nouveaux emplois. Ils bénéficieront d'abord aux entreprises et sous-traitants du BTP, puis à l'activité elle-même à l'intérieur des hypermarchés. Les promoteurs et les élus mettent en avant la taxe professionnelle dont tirera partie la ville de Carcassonne ; ville ne vivant que du secteur tertiaire. 

Quel bilan depuis 35 ans ?

Il suffit de regarder autour de soi pour s'apercevoir que tous les commerces indépendants de type magasin de Bricolage (Marty Bricolage), Droguerie (Cazaniol, Bugnard...), supérettes (Carbasse), primeur (Mayol, Labécède), Quincaillerie (Cuin, Rey), matériaux (Geynes)... ont totalement disparu du paysage Carcassonnais. Ces commerces implantés au centre-ville concourraient à son animation, contrairement aux hypermarchés qui ne participent que faiblement au sponsoring des clubs sportifs. Ces indépendants finançaient le carnaval, la publicité des associations culturelles et sportives. L'argent des grandes surfaces - mis à part peut-être Leclerc qui n'est que sous franchise - n'est pas réinvesti dans l'économie locale ; il part comme l'avait annoncé M. Leroy en 1982 sûrement dans des fonds de pension ou à l'actionnariat boursier. 

Aujourd'hui si nous faisions le détail des supermarchés sur Carcassonne, nous nous rendrions compte qu'il en pousse presque un de nouveau chaque jour. Le dernier se construit à côté de Géant Casino Salvaza, c'est Lidl. Quant à Auchan avec Rocadest, il va s'implanter bientôt à l'ancien domaine de Moureau ; à deux pas de Cité 2. Une nouvelle friche commerciale est à venir à cet endroit...

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21/07/2015

La bataille des grandes surfaces à Carcassonne depuis 1972 (Épisode 3)

Cité 2

Nous allons voir comment le G.I.E Puech Mary (Groupement d'intérêt Économique) a développé à Carcassonne le tout premier centre commercial de la ville.

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Ce projet est d'abord né d'une rencontre entre M. Jean Richardis, commerçant Lézignanais en électroménager, et M. Robert Briaut, propriétaire d'un commerce alimentaire nommé SOLADI. La Société Languedocienne de Distribution avait à sa tête trois épiciers de Limoux, Carcassonne et Bram ; respectivement MM. Henri Falcou, Robert Briaut, Marcel Riu. Le siège se trouve 66, rue Antoine Marty à Carcassonne.

À la fin des années 60, le modèle américain des grandes surfaces émerge en France et fait trembler les petits épiciers. Jean Richardis raconte à Robert Briaut son séjour aux États-Unis durant lequel il a visité les collectifs indépendants ; regroupement de plusieurs commerçants.  Il s'agit de vendre avec beaucoup de stocks sur des marges moins importantes. C'est cette idée qui va germer dans la tête de ces deux hommes entre 1969 et 1970, afin de réaliser une affaire de ce type à Carcassonne.

Le triumvirat à la tête du futur Conseil d'administration du G.I.E Puech Mary est ainsi constitué : Maurice Gally (Président), Robert Briaut (Vice-président) et Jean Richardis (Trésorier). Ce dernier est chargé de monter le financement de l'opération grâce aux aides de la Caisse des marchés d'état, sise rue du 4 septembre à Paris. Le but était de préserver le commerce de Carcassonne pendant 7 ans. Le G.I.E est enregistré le 24 avril 1971 au registre du commerce pour une durée de 20 ans, avec un capital de 5200 francs. Son siège est dans les locaux de la SOLADI.

La construction

Le permis de construire est délivré le 7 juin 1971, après l'achat de plusieurs terres agricoles en dehors de la ville appartenant à différents propriétaires. À cette époque, les fondateurs ont été jugés comme irresponsables d'aller bâtir un commerce si éloigné de la ville. L'avenir leur a donné raison, puisque l'autoroute A61 (construite en 1979) et la rocade sud (en 1980) renforceront cette zone dans l'axe de la RN 113. Le chantier de 12 000 m2 est confié à l'entreprise Escourrou. La première est posée le 13 octobre 1971 en présence du préfet de l'Aude, du maire, du président de la Chambre de Commerce et du directeur de la CNME. L'investissement collectif aura coûté au total près de 13 millions de nouveaux francs. L'inauguration a lieu le 2 mai 1972.

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Le magasin

À l'intérieur, ce sont 33 commerçants indépendants qui occupent l'ensemble de la surface de vente. Parmi eux, on peut citer : Gally (libraire), Noubel (Meubles), SOLADI (Alimentation), Laffargue (Sport), Cazaniol (Droguerie), Montsarrat (Luminaires), Guilhem (Téléviseurs et radio), une banque, un auto-center, coiffeur, tabac, fleurs... Une cafétéria (Le maillon) dirigée par M. Fraisse est exploitée par la Société hôtelière Cité 2 créée en mai 1972. Elle distribue également 1500 repas aux collectivités.

Pour la première année, le loyer moyen au m2 est d'environ 150,00 francs H.T. 

Alligator. Groupe Jobino en 1980. Jean-Paul Cals, Georges Vasse, Stéphane Tutin, Philippe Abizanda.jpg

Le groupe Jobino à l'Alligator en 1980

Une salle de décompression accueillait les expositions et les soldes, mais afin de la rentabiliser elle fut transformée et exploitée en discothèque. D'abord, ce fut "Le carignan" puis "l'Alligator", géré par Louis Gleizes qui aujourd'hui veille sur le restaurant L'escalier, boulevard Omer Sarraut.

La direction

Le Conseil de surveillance engagea d'abord comme directeur M. Xavier Verley. Puis... un homme du Béarn fit le voyage jusqu'à Carcassonne pour répondre à l'annonce. C'était Bernard Péré-Lahaille qui n'est jamais reparti et a remplacé le directeur nommé.

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© Christophe Barreau

Bernard Péré-Lahaille (1948-2011) fut aussi le fondateur d'UCCOAR

La crise

"Cité 2" fête du 29 avril au 7 mai l'anniversaire de ses cinq ans. C'est l'occasion de dresser dans la presse un bilan de cette période ; elle a permis faire quadrupler le chiffre d'affaire. Tout les voyants sont au vert et le magasin emploie près de 100 personnes. Il n'a aucune concurrence, mais la donne va bientôt changer avec la construction de l'hypermarché "Leclerc" à Félines en 1978 et de "Mammouth" à la Bourrette en 1981. À cela il faut ajouter, la crise économique qui n'épargne pas Carcassonne.

Cité 2 a besoin à la fin des années 70 de se restructurer d'urgence pour faire face à de nouveaux enjeux mettant en péril sa survie ; quitte à renoncer à quelques principes. Le G.I.E dépose un nouveau permis de construire en 1980 afin de s'agrandir. La demande porte sur la modification des façades et de leurs coloris ; une suppression d'exploitation de la mezzanine laquelle sera démolie alors que 500 m2 de locaux techniques seront construits à l'arrière du bâtiment.

On fait valoir l'exiguïté de la surface de vente consacrée à l'alimentation (2500 m2) par rapport à la surface totale (12.000 m2) qu'il souhaite élargir ; la trop grande importance donnée aux indépendants qui occupent 50% de la surface de vente ; l'entente de non concurrence entre les commerçants qui interdit à l'alimentaire de pratiquer une politique de prix agressive. Autre argument de poids, la direction indique qu'elle se séparera de 40 employés si elle ne peut obtenir d'autorisation d'agrandissement, à cause de charges trop élevées. En revanche, elle embauchera 50 employés supplémentaires dans le cas inverse.

La Chambre des métiers de l'Aude vote dans un premier temps en défaveur de l'extension, le 29 avril 1980. Elle considère qu'elle ne sera qu'au seul bénéfice de la SOLADI qui triplerait ainsi sa surface consacrée à l'alimentaire. Cité 2 finira par obtenir son permis de construire en 1982 ; "Mammouth" lui intente un procès pour le faire annuler en octobre 1982 estimant que la SOLADI n'a pas le doit d'étendre sa surface de libre service dans la mesure où la commission d'urbanisme n'a pas été consultée.

La fin de Cité 2

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Au milieu des années 80, la G.I.E dépose les armes et vend Cité 2 à l'enseigne Euromarché. En 1989, la société Rallye rachète Disque bleu (5 milliards de Francs de C.A) qui détient 7 Euromarché en France dont celui de Carcassonne. En 1995, c'est le groupe Casino qui gobe Rallye et qui s'installe désormais à Géant Casino Cité 2. Après 43 ans, le nom de Cité 2 règne encore à Carcassonne.

Sources

Merci à MM. Richardis et Gally pour leurs souvenirs

Merci à Jacques Blanco pour son concours

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20/07/2015

La bataille des grandes surfaces à Carcassonne depuis 1972 (Épisode 2)

Le centre commercial E. Leclerc

La société T.P.L.M représentée par M. Philippe Boissonade obtient un permis de construire le 6 avril 1977 pour la construction d'un magasin de grande surface destiné "à la vente de biens d'équipement de la maison et de tout autre produit". Des réserves accompagnant cette première autorisation, un permis modificatif officialisant les rectifications apportées au projet par M. Boissonade est entériné le 27 octobre. La grande surface est à ce moment-là en cours de construction à la zone de Félines, en bordure de la RN 113.

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Le 8 décembre 1977, lors de l'assemblée générale de la Chambre de commerce, M. Denjean (commerçant de Carcassonne) évoque le caractère dangereux de l'accès au futur magasin. En effet, il faut couper la RN 113 pour se rendre à la zone de Félines et rien n'est  aménagé pour garantir la sécurité des automobilistes. Il semble que les opposants (CCI et Chambre des métiers de l'Aude) ont trouvé un angle d'attaque pour surseoir à l'ouverture prévue pour le 15 janvier 1978.

Coup de théâtre

Le 19 décembre 1977, le préfet de l'Aude prend la décision du report du permis de construire pour le secteur de l'alimentation. Le motif est le suivant : "à l'occasion de l'ouverture du magasin il est apparu que sa destination était tout autre que celle initialement prévue dans la mesure où la vente de denrée alimentaires constituait l'activité principale. Ce type de commerce entraînant une clientèle et un trafic important ; un motif de sécurité publique commandait le retrait du permis de construire." Le 27 décembre M. Boissonade engage un recours devant le tribunal administratif de Montpellier, afin de faire annuler cette décision.

Edouard Leclerc passe en force

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P. Boissonade, Édouard et Michel-Édouard Leclerc à Carcassonne

 Fou de rage contre la préfecture, Édouard Leclerc écrit au Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, pour protester contre une décision qu'il juge inique et dirigée uniquement contre son enseigne. Il prévient qu'il passera en force, que l'ouverture de l'alimentation et l'inauguration se feront bien à la date prévue, soit le 1er février 1978. Les bâtiments sont achevés et les marchandises commandées. De son côté, le préfet prend des mesures strictes de sécurité et saisi le juge pénal. M. Boissonade refuse d'engager les frais pour réaliser un tunnel ou une bretelle d'accès à son magasin. Des négociations sont en cours mais n'aboutissent pas début février. Le centre E. Leclerc ouvrira bel et bien le 1er février, malgré les interdictions. 

Parmi les soutiens, le magasin Leclerc peut compter sur la CSCV (Confédération Syndicale du Cadre de Vie) qui déclare par la voix de M. Albérola qu'une grande partie des employés licenciés des établissements Castans serait embauché par la grande surface. 

La revanche des opposants

La demande d'agrandissement du centre Leclerc sera refusée le 28 novembre 1979 par la Chambre des métiers de l'Aude, comme par la Commission départementale d'urbanisme le 7 novembre 1979.

Voici ses conclusions

L'analyse démontre que le projet d'extension du Centre Leclerc

1. Va à l'encontre des objectifs de développement équilibré des quartiers et des communes périphériques de Carcassonne, et défavorise l'animation de ceux-ci en freinant et en supprimant leur développement économique.

2. Met en péril le maintien des entreprises commerciales et artisanales de ces villages et concurrence fortement les commerces du centre-ville

3. Ne peut que contribuer à accentuer le sur-équipement commercial et artisanal de l'agglomération carcassonnaise par rapport au nombre de ses habitants

4. Constate que la Société Anonyme T.P.L.M Centre Leclerc essaye, en l'occurence de "forcer la main" de la Commission départementale d'urbanisme commercial, en présentant un projet à étapes dont la première n'a pas exigé son avis, et dont la deuxième peut apparaître comme négligeable, ce qui laisse à penser que la troisième prendra une tout autre dimension.

Un article visionnaire 

Carcassonne serait-elle devenue la cible des promoteurs de grandes surfaces ? On annonce ici et là un Carrefour, un Mammouth, l'extension du Centre Leclerc et un hypermarché à Grazailles (Champion). "Champion" dont le secteur alimentaire sera géré par la SOLADI aura 1500 m2, une extension d'environ 400 m2 a été demandée et sera certainement acceptée car elle concernera uniquement des commerces d'appoint (pressing par exemple). L'extension du centre Leclerc a été refusée par un vote qui a donné les résultats suivants : 17 voix contre, 1 pour et une abstention.

M. Lecorre projette l'ouverture d'un "Carrefour", une demande a été déposée mais le projet n'est pas encore venu en discussion devant la Commission départementale et bien malin qui peut connaître l'issue. La loi Roger qui est le garde fou à l'implantation sauvage de ce type de commerce, prévoit en cas de rejet un recours devant la commission nationale et en dernier lieu l'avis du ministre. La procédure peut prendre des mois... et ne jamais aboutir.

Pour Mammouth, une demande est à la préfecture depuis trois jours/ MM. Talmier et Bonnafous n'ont pas encore étudié le projet. La Chambre de Commerce défend les intérêts locaux et l'on peut-être sûr que tout sera mis en oeuvre dans ce sens.

Le Midi-Libre / 3 novembre 1979

Ce Centre Leclerc sera ravagé par un incendie criminel en 1984. Il a été reconstruit, un peu plus loin, en bordure de la rocade ouest.

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19/07/2015

La bataille des grandes surfaces à Carcassonne depuis 1972 (Épisode 1)

Le Centre Commercial Salvaza

On apprend le 25 mars 1980 dans la presse locale que suite au refus de la construction d'un hypermarché Mammouth à Trèbes, l'enseigne "Euromarché" obtient l'autorisation de s'implanter à la Bourriette (Carcassonne). La Commission Départementale d'Urbanisme Commercial a voté à égalité des voix favorables et défavorables, ce projet sera validé. Il est présenté par M. Hermand et Piau, gérants de la GEREC (Groupement d'Etudes de Réalisation pour l'Expansion Economique) pour le compte de la Société Civile Immobilière "La Rocade Ouest".

Le projet

L'entreprise de travaux public Depaule est sollicitée à partir de juin 1981 pour la réalisation du gros oeuvre sur un terrain de 60.000 m2 situé en bordure de la rocade ouest. Il est prévu que la surface commerciale s'étende sur 16.100 m2 et se décompose ainsi : 10.600 m2 pour l'hypermarché, 2000 m2 pour la galerie marchande qui accueillera des boutiques n'excédant pas 80 m2 avec un bail de 9 ans pour 45 à 50.000 francs de loyer annuel, 1500 m2 de magasin de meubles, 300 m2 pour un centre auto, 700 m2 de jardinerie de plein air et une Cafétéria. Ajoutons 1000 places de parking et 400 m2 de locaux techniques. L'hypermarché sera desservi grâce au percement d'un souterrain sous la rocade afin de prolonger le boulevard Denis Papin. L'ouverture est prévue pour le printemps 1982.

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 Les recours en annulation

Dès le 14 août 1981, la CCI et la Chambre des métiers farouchement opposés la construction de cette grande surface, vont déposer un recours en annulation du permis de construire. Les arguments sont défendus par trois avocats Carcassonnais : Mme Rieu et MM. Pédron et Follet. 

1. Entre le moment où fut délivré le permis de construire et aujourd'hui, il y a eu changement d'exploitant ; ce n'est plus "Euromarché" mais "Mammouth" qui s'implante à la Bourriette. L'accord ministériel du 2 juillet 1980 était au bénéfice d'une société qui, depuis, a rétrocédé cette autorisation. Selon les avocats c'est illégal, puisque cet accord n'est ni cessible, ni transmissible.

2. L'augmentation de la surface autorisée est passée entre temps de 16.100 m2 à 18. 690 m2.

De son côté, l'avocat du promoteur, Me Koops, fait valoir que le permis de construire avait été demandé par et pour le S.C.I Rocade Ouest. Il n'y a pas eu de substitution. Quant à la surface, cela dépend si on inclut ou non, les galeries marchandes.

Le commissaire du gouvernement, M. Roustan, demande aux juges le rejet de la requête comme il l'avait déjà fait lors d'une demande d'arrêt des travaux en octobre 1981. Le 3 juillet 1982, le recours en annulation est rejeté. C'est une défaite pour les plaignants qui avaient jusque-là réussi à faire capoter le projet "Mammouth" de Trèbes.

L'opinion publique

Les défenseurs de "Mammouth" y allaient de leurs arguments et la presse locale se rangeait de leur côté dans plusieurs articles. Elle prenait à partie les Carcassonnais et mêmes les petits commerçants suspectés de se rendre au "Carrefour" de Portet-sur-Garonne ou au "Mammouth" de Narbonne, quand ces derniers les refusent à Carcassonne. Il est vrai que dans cette commission chargée de donner son avis sur l'implantation de la grande surface, on trouve des noms de commerçants Carcassonnais qui se sont gavés pendant des années, en pratiquant des prix élevés sans aucune concurrence. Néanmoins, la tribune que signe en 1982 dans la presse locale le directeur de la Chambre des métiers de l'Aude, M. Jules Leroy, est à ce titre très visionnaire sur l'état actuel de notre agriculture  et de l'artisanat après 30 ans d'hégémonie des grandes surfaces.

" Les grandes surfaces ne créent pas le chômage que les salariés du commerce et de l'artisanat. Elles écrasent les revenus des agriculteurs et font disparaître un nombre important d'entreprises industrielles et donc d'emplois. 90% du bénéfice des grandes surfaces est constitué par la "marge arrière", c'est à dire les ristournes exigées par leurs fournisseurs. C'est un véritable racket.

Un groupe de coopératives, un industriel, pour être "acheté" par la grande surface doivent verser un droit d'entrée (2 à 30 millions anciens) à la centrale d'achat, payer des participations publicitaires énormes et ristourner, hors facture, de 2,5 à 5% du chiffre d'affaires réalisé.

La coopérative agricole, l'industrie sont obligées d'en passer par la volonté de ces financiers. La coopérative agricole répercute la perte sur ses adhérents et l'industriel, avec une marge inexistante, ferme son entreprise et licencie son personnel.

Les grandes surfaces, non contentes de racketter sans vergogne, imposent à leurs fournisseurs une loi du silence sous peine d'éviction pure et simple... Leurs dirigeants sont devenus les seigneurs tout puissants des temps modernes, qui agissent en toute impunité."

(La dépêche / 21 juin 1982)

Le président François Hollande a déclaré hier à Mende :

"Je lance encore un appel à cette grande distribution, pour qu'elle offre aux consommateurs la qualité et aux agriculteurs un prix" a lancé le président, rappelant les engagements souscrits le 17 juin lors d'une table-ronde autour du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll."

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 Le 15 juin 1982, l'hypermarché de l'enseigne Mammouth fondée par les Docks de France en 1966 puis racheté par Auchan, est inauguré. Il prend le nom de Centre Commercial Salvaza, devient le plus grand de la ville et dépasse même ceux de Narbonne et Béziers. Mammouth deviendra Rallye, puis Géant Casino en 1994. Il agrandira encore sa surface de 6605 m2.

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"Mammouth écrase les prix"

Son dernier magasin a fermé en France en 2009

Sources

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Journaux locaux

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17/06/2015

Attentat à l'explosif au Centre E. Leclerc de Carcassonne

Dans la nuit du 20 avril 1984, une déflagration entendue sur plusieurs kilomètres faisait exploser l'hypermarché E. Leclerc, situé en bordure de la RN 113 au-lieu dit Félines. Rapidement dépêchés sur place les pompiers de Carcassonne ne pouvaient que constater l'étendue des dégâts et tenter d'éteindre l'énorme incendie, qui s'était propagé à l'ensemble des bâtiments. 

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Construit le 1er janvier 1977, cet hypermarché indépendant appartenant à M. Philippe Boissonade est placé sous la franchise E. Leclerc. Il emploie une cinquantaine de personne au moment de son ouverture en 1978. L'attentat qui le frappe en 1984 est revendiqué par le CAV (Comité d'Action Viticole) pour protester contre la vente de vins d'importation venus d'Espagne. Nous saurons plus tard que l'attentat devait être à l'origine, perpétré contre l'hypermarché Mammouth de Salvaza. En raison des menaces qui pesaient sur lui, sa garde avait été renforcée. Menacé de mort, Philippe Boissonade dut prendre un garde du corps et se promener pendant un an avec un révolver sur lui.

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Le CAV et son président A. Cazes, en 1976

Le 25 avril avril 1984, six viticulteurs sont arrêtés ; parmi eux se trouvent des présidents de caves coopératives régionales. 

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Le 3 mai 1984, Édouard Leclerc arrive en jet privé sur l'aéroport de Salvaza. Il doit rencontrer les représentants du monde viticole afin de discuter de l'embargo sur le vin du midi qu'il mène désormais en représailles aux actions violentes du CAV. La réunion se tient à la mairie de Carcassonne en présence d'André Cazes (Président du CAV) et d'Antoine Verdale (Président de la Confédération Nationale des Caves Coopératives). 

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Edouard Leclerc est ensuite reçu par M. Talmier, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Carcassonne. Une nouvelle réunion se tiendra à l'hôtel Murat jusqu'à 17 heures. Le fondateur de l'enseigne de supermarché se montrera confiant sur les chances de réussite des négociations, en se laissant toutefois dix jours de réflexion pour donner son accord.

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Raymond Chésa entouré de Michel-Édouard Leclerc et de son père.

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Robert Capdeville (Président de la région Languedoc-Roussillon) a rencontré le Président de la République François Mitterrand. Celui-ci a indiqué vouloir faire des propositions aux viticulteurs de l'Aude. Le 4 mai, deux viticulteurs sont libérés et deux autres restent en prison. Le 17 mai, les deux derniers responsables emprisonnés sont libérés. Dans le même temps, Michel Rocard (Ministre de l'agriculture) rencontre à Montpellier une délégation de viticulteurs. La discussion avortera au bout de trente minutes.

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Le nouveau Centre E. Leclerc, tel que nous le connaissons aujourd'hui, sortit de terre en 1986 grâce à l'intervention du ministre du commerce, Michel Crépeau. La CCI de Carcassonne n'aurait pas souhaité une nouvelle implantation à Carcassonne afin de ne pas fâcher les viticulteurs. L'adhésion de l'Espagne à la CEE en janvier 1986 n'allait que renforcer la fronde viticole du midi contre les importations. Le CAV avait encore des beaux jours devant lui...

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18/03/2015

De Radio Carcassonne à Chérie FM 99.6

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Nous avons trouvé cet en-tête d'enveloppe daté de 1965, qui semble confirmer que

Radio Carcassonne

existait déjà avant l'ouverture des Radios libres en 1981.

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Le président Mitterrand par la libéralisation des ondes radiophoniques, permit à un grand nombre de petites antennes d'émettre sur la FM. Avec la démocratisation de ce moyen de communication, c'est toute l'information jusque-là contrôlée par l'état qui se libéra. De petites stations radio qui émettaient dans l'illégalité éclatèrent au grand jour, d'autres aller se créer et entraîner avec elles, d'anciens journalistes de la presse écrite. Ce fut le cas dans notre ville avec Radio Carcassonne dont la ligne éditoriale allait être confiée à Michel Sawas, ancien rédacteur du Midi-Libre.

Les fondateurs

L'idée de monter Radio Carcassonne vint de Gérard Filaquier, alors élu de la majorité municipale sous le mandat d'Antoine Gayraud. Elle prit naissance d'abord à l'intérieur des locaux de la Maison des Jeunes et de la Culture. En 1983, changement de locaux... La radio s'installe à l'angle de la rue Victor Hugo et de la place Carnot, dans un vieil appartement. C'est à cette époque que Michel Sawas développe le service infos, seul, accompagné de plusieurs bénévoles.

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MM. Cathala, Labadie, Sawas, Gil, Escourrou

Radio Carcassonne se constitue sous la forme associative avec un Conseil d'administration dans lequel fugurent : MM. Fournet-Fayard, Justin Buisan, Gérard Filaquier, Freddy Lagrand, Joseph Gil, Michel Sawas, Paul Bouvier, Jean-Luc Schanaerts. Petit à petit la radio diffuse de la musique, des bulletins d'informations et des émissions spécialisées 24h/24 et accroît son audience. Elle s'affime comme l'une des premières stations du sud-ouest. Au coeur du terrain, Michel Sawas et ses animateurs ne comptent pas leurs heures.

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Jospeh Gil et Michel Sawas

L'émancipation

En 1986, Radio-France sollicite le Conseil général de l'Aude pour installer un antenne à Carcassonne contre une somme faramineuse (près d'un million de francs). Robert Capdeville, le président alors en charge du département qui écoutait Radio Carcassonne chaque soir en rentrant chez lui à Couiza, fit cette réflexion : "Mais pourquoi Radio-France ? Nous avons une radio sur place avec les infos de Sawas !" Il vient ensuite dans les locaux misérables de la rue Victor Hugo et dit alors à son conseiller : "Il ne faut pas le laisser là".

Une opportunité va se présenter à eux... Le patron du bar Le longchamps qui occupait l'actuel "O' Sheridan" voulait déménager et s'installer place Carnot dans les locaux laissés vacants par l'EDF. Il confie son projet à l'architecte Michel Galibert, qui pense de suite que Radio Carcassonne pourrait s'installer au premier étage. La proposition est trouvée intéressante par Gérard Filaquier. Le patron du Longchamps étant d'accord, la radio s'installera en 1987 au-dessus de son bar moyennant le paiement d'un loyer que subventionnera le Conseil général. Ce dernier dépensera même la somme de plus de cent millions d'anciens francs pour l'acquisition d'un émetteur.

R.M 11

Radio Carcassonne

Michel Plancheria, Sabrina, Xavier Olmos, Nathalie Vignal et Michel Sawas

Trois ans plus tard, Gérard Filaquier se retirant de la radio, c'est Michel Sawas qui en prend la direction. Elle change de nom grâce à sa diffusion sur tout le département et s'appelle désormais, Radio Méditerranée 11. De nouveaux collaborateurs salariés sont récrutés ; la radio vit des subventions des collectectivités locales et de la publicité. En 1993, Sud Radio dirigé par Thierry Bernard est en passe de s'allier avec RM 11. L'année suivante tout est prêt pour la fusion, ce sera Sud-Radio Aude. Mais une nuit, le Conseil d'administration s'est séparé de Thierry Bernard et tout fut annulé. Patatras !

Chérie FM

À cette époque de grands groupes cherchent des émetteurs pour étendre leurs zones. Europe, contacte en premier Michel Sawas et lui fait une proposition. Il est établi un protocole d'accord, mais 48 heures après NRJ d'ébarque et rédige une contre-proposition qui double le montant négocié avec Europe. Sans contrat mais avec un chèque dans les mains, Michel Sawas accepte. Le groupe NRJ, propriétaire de Chérie FM et de Rire et Chansons, diffusera dans l'Aude le programme Chérie FM en 99.8. En 1995, Michel Sawas reste le directeur de l'antenne locale et la radio atteint 14% d'audience. Elle reçoit des centaines d'invités politiques et des artistes nationaux, se porte au plus près de l'action et diffuse près d'un millier de journaux.

Une nouvelle équipe

Il y a trois ans, Michel Sawas fatigué et usé s'en va de la radio dans un contexte économique défavorable, après trente années de service. La station se cherche de nouvelles ressources financières et un nouvel élan. Une page se tourne...

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L'équipe Chérie FM et Tv Carcassonne en 2013

L'association "Liberté d'expression" se dote d'un nouveau président en février 2013 : Monsieur Lucien Ferrandis. La radio est reprise avec de nouvelles têtes aux commandes et deux salariés. Pierre Souillard qui était chargé de l'animation et des spots publicitaire est le seul survivant de l'ancienne équipe. Désormais l'information locale est sous-traitée à Tv Carcassonne ; une web-tv fondée en 2009 par Mathieu Larrat et François Mourad. En avril 2014, ce dernier est nommé à la direction de la communication de la ville de Carcassonne. Mathieu Larrat s'occupe de l'info locale avec Sophie Martin.

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