20/07/2015

La bataille des grandes surfaces à Carcassonne depuis 1972 (Épisode 2)

Le centre commercial E. Leclerc

La société T.P.L.M représentée par M. Philippe Boissonade obtient un permis de construire le 6 avril 1977 pour la construction d'un magasin de grande surface destiné "à la vente de biens d'équipement de la maison et de tout autre produit". Des réserves accompagnant cette première autorisation, un permis modificatif officialisant les rectifications apportées au projet par M. Boissonade est entériné le 27 octobre. La grande surface est à ce moment-là en cours de construction à la zone de Félines, en bordure de la RN 113.

3657639046.jpg

Le 8 décembre 1977, lors de l'assemblée générale de la Chambre de commerce, M. Denjean (commerçant de Carcassonne) évoque le caractère dangereux de l'accès au futur magasin. En effet, il faut couper la RN 113 pour se rendre à la zone de Félines et rien n'est  aménagé pour garantir la sécurité des automobilistes. Il semble que les opposants (CCI et Chambre des métiers de l'Aude) ont trouvé un angle d'attaque pour surseoir à l'ouverture prévue pour le 15 janvier 1978.

Coup de théâtre

Le 19 décembre 1977, le préfet de l'Aude prend la décision du report du permis de construire pour le secteur de l'alimentation. Le motif est le suivant : "à l'occasion de l'ouverture du magasin il est apparu que sa destination était tout autre que celle initialement prévue dans la mesure où la vente de denrée alimentaires constituait l'activité principale. Ce type de commerce entraînant une clientèle et un trafic important ; un motif de sécurité publique commandait le retrait du permis de construire." Le 27 décembre M. Boissonade engage un recours devant le tribunal administratif de Montpellier, afin de faire annuler cette décision.

Edouard Leclerc passe en force

leclerc

P. Boissonade, Édouard et Michel-Édouard Leclerc à Carcassonne

 Fou de rage contre la préfecture, Édouard Leclerc écrit au Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, pour protester contre une décision qu'il juge inique et dirigée uniquement contre son enseigne. Il prévient qu'il passera en force, que l'ouverture de l'alimentation et l'inauguration se feront bien à la date prévue, soit le 1er février 1978. Les bâtiments sont achevés et les marchandises commandées. De son côté, le préfet prend des mesures strictes de sécurité et saisi le juge pénal. M. Boissonade refuse d'engager les frais pour réaliser un tunnel ou une bretelle d'accès à son magasin. Des négociations sont en cours mais n'aboutissent pas début février. Le centre E. Leclerc ouvrira bel et bien le 1er février, malgré les interdictions. 

Parmi les soutiens, le magasin Leclerc peut compter sur la CSCV (Confédération Syndicale du Cadre de Vie) qui déclare par la voix de M. Albérola qu'une grande partie des employés licenciés des établissements Castans serait embauché par la grande surface. 

La revanche des opposants

La demande d'agrandissement du centre Leclerc sera refusée le 28 novembre 1979 par la Chambre des métiers de l'Aude, comme par la Commission départementale d'urbanisme le 7 novembre 1979.

Voici ses conclusions

L'analyse démontre que le projet d'extension du Centre Leclerc

1. Va à l'encontre des objectifs de développement équilibré des quartiers et des communes périphériques de Carcassonne, et défavorise l'animation de ceux-ci en freinant et en supprimant leur développement économique.

2. Met en péril le maintien des entreprises commerciales et artisanales de ces villages et concurrence fortement les commerces du centre-ville

3. Ne peut que contribuer à accentuer le sur-équipement commercial et artisanal de l'agglomération carcassonnaise par rapport au nombre de ses habitants

4. Constate que la Société Anonyme T.P.L.M Centre Leclerc essaye, en l'occurence de "forcer la main" de la Commission départementale d'urbanisme commercial, en présentant un projet à étapes dont la première n'a pas exigé son avis, et dont la deuxième peut apparaître comme négligeable, ce qui laisse à penser que la troisième prendra une tout autre dimension.

Un article visionnaire 

Carcassonne serait-elle devenue la cible des promoteurs de grandes surfaces ? On annonce ici et là un Carrefour, un Mammouth, l'extension du Centre Leclerc et un hypermarché à Grazailles (Champion). "Champion" dont le secteur alimentaire sera géré par la SOLADI aura 1500 m2, une extension d'environ 400 m2 a été demandée et sera certainement acceptée car elle concernera uniquement des commerces d'appoint (pressing par exemple). L'extension du centre Leclerc a été refusée par un vote qui a donné les résultats suivants : 17 voix contre, 1 pour et une abstention.

M. Lecorre projette l'ouverture d'un "Carrefour", une demande a été déposée mais le projet n'est pas encore venu en discussion devant la Commission départementale et bien malin qui peut connaître l'issue. La loi Roger qui est le garde fou à l'implantation sauvage de ce type de commerce, prévoit en cas de rejet un recours devant la commission nationale et en dernier lieu l'avis du ministre. La procédure peut prendre des mois... et ne jamais aboutir.

Pour Mammouth, une demande est à la préfecture depuis trois jours/ MM. Talmier et Bonnafous n'ont pas encore étudié le projet. La Chambre de Commerce défend les intérêts locaux et l'on peut-être sûr que tout sera mis en oeuvre dans ce sens.

Le Midi-Libre / 3 novembre 1979

Ce Centre Leclerc sera ravagé par un incendie criminel en 1984. Il a été reconstruit, un peu plus loin, en bordure de la rocade ouest.

_______________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2015

01:00 Publié dans Commerces | Tags : leclerc | Lien permanent | Commentaires (0)

19/07/2015

La bataille des grandes surfaces à Carcassonne depuis 1972 (Épisode 1)

Le Centre Commercial Salvaza

On apprend le 25 mars 1980 dans la presse locale que suite au refus de la construction d'un hypermarché Mammouth à Trèbes, l'enseigne "Euromarché" obtient l'autorisation de s'implanter à la Bourriette (Carcassonne). La Commission Départementale d'Urbanisme Commercial a voté à égalité des voix favorables et défavorables, ce projet sera validé. Il est présenté par M. Hermand et Piau, gérants de la GEREC (Groupement d'Etudes de Réalisation pour l'Expansion Economique) pour le compte de la Société Civile Immobilière "La Rocade Ouest".

Le projet

L'entreprise de travaux public Depaule est sollicitée à partir de juin 1981 pour la réalisation du gros oeuvre sur un terrain de 60.000 m2 situé en bordure de la rocade ouest. Il est prévu que la surface commerciale s'étende sur 16.100 m2 et se décompose ainsi : 10.600 m2 pour l'hypermarché, 2000 m2 pour la galerie marchande qui accueillera des boutiques n'excédant pas 80 m2 avec un bail de 9 ans pour 45 à 50.000 francs de loyer annuel, 1500 m2 de magasin de meubles, 300 m2 pour un centre auto, 700 m2 de jardinerie de plein air et une Cafétéria. Ajoutons 1000 places de parking et 400 m2 de locaux techniques. L'hypermarché sera desservi grâce au percement d'un souterrain sous la rocade afin de prolonger le boulevard Denis Papin. L'ouverture est prévue pour le printemps 1982.

Mammouth-1981 copie.jpg

 Les recours en annulation

Dès le 14 août 1981, la CCI et la Chambre des métiers farouchement opposés la construction de cette grande surface, vont déposer un recours en annulation du permis de construire. Les arguments sont défendus par trois avocats Carcassonnais : Mme Rieu et MM. Pédron et Follet. 

1. Entre le moment où fut délivré le permis de construire et aujourd'hui, il y a eu changement d'exploitant ; ce n'est plus "Euromarché" mais "Mammouth" qui s'implante à la Bourriette. L'accord ministériel du 2 juillet 1980 était au bénéfice d'une société qui, depuis, a rétrocédé cette autorisation. Selon les avocats c'est illégal, puisque cet accord n'est ni cessible, ni transmissible.

2. L'augmentation de la surface autorisée est passée entre temps de 16.100 m2 à 18. 690 m2.

De son côté, l'avocat du promoteur, Me Koops, fait valoir que le permis de construire avait été demandé par et pour le S.C.I Rocade Ouest. Il n'y a pas eu de substitution. Quant à la surface, cela dépend si on inclut ou non, les galeries marchandes.

Le commissaire du gouvernement, M. Roustan, demande aux juges le rejet de la requête comme il l'avait déjà fait lors d'une demande d'arrêt des travaux en octobre 1981. Le 3 juillet 1982, le recours en annulation est rejeté. C'est une défaite pour les plaignants qui avaient jusque-là réussi à faire capoter le projet "Mammouth" de Trèbes.

L'opinion publique

Les défenseurs de "Mammouth" y allaient de leurs arguments et la presse locale se rangeait de leur côté dans plusieurs articles. Elle prenait à partie les Carcassonnais et mêmes les petits commerçants suspectés de se rendre au "Carrefour" de Portet-sur-Garonne ou au "Mammouth" de Narbonne, quand ces derniers les refusent à Carcassonne. Il est vrai que dans cette commission chargée de donner son avis sur l'implantation de la grande surface, on trouve des noms de commerçants Carcassonnais qui se sont gavés pendant des années, en pratiquant des prix élevés sans aucune concurrence. Néanmoins, la tribune que signe en 1982 dans la presse locale le directeur de la Chambre des métiers de l'Aude, M. Jules Leroy, est à ce titre très visionnaire sur l'état actuel de notre agriculture  et de l'artisanat après 30 ans d'hégémonie des grandes surfaces.

" Les grandes surfaces ne créent pas le chômage que les salariés du commerce et de l'artisanat. Elles écrasent les revenus des agriculteurs et font disparaître un nombre important d'entreprises industrielles et donc d'emplois. 90% du bénéfice des grandes surfaces est constitué par la "marge arrière", c'est à dire les ristournes exigées par leurs fournisseurs. C'est un véritable racket.

Un groupe de coopératives, un industriel, pour être "acheté" par la grande surface doivent verser un droit d'entrée (2 à 30 millions anciens) à la centrale d'achat, payer des participations publicitaires énormes et ristourner, hors facture, de 2,5 à 5% du chiffre d'affaires réalisé.

La coopérative agricole, l'industrie sont obligées d'en passer par la volonté de ces financiers. La coopérative agricole répercute la perte sur ses adhérents et l'industriel, avec une marge inexistante, ferme son entreprise et licencie son personnel.

Les grandes surfaces, non contentes de racketter sans vergogne, imposent à leurs fournisseurs une loi du silence sous peine d'éviction pure et simple... Leurs dirigeants sont devenus les seigneurs tout puissants des temps modernes, qui agissent en toute impunité."

(La dépêche / 21 juin 1982)

Le président François Hollande a déclaré hier à Mende :

"Je lance encore un appel à cette grande distribution, pour qu'elle offre aux consommateurs la qualité et aux agriculteurs un prix" a lancé le président, rappelant les engagements souscrits le 17 juin lors d'une table-ronde autour du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll."

Mammouth-2.jpg

 Le 15 juin 1982, l'hypermarché de l'enseigne Mammouth fondée par les Docks de France en 1966 puis racheté par Auchan, est inauguré. Il prend le nom de Centre Commercial Salvaza, devient le plus grand de la ville et dépasse même ceux de Narbonne et Béziers. Mammouth deviendra Rallye, puis Géant Casino en 1994. Il agrandira encore sa surface de 6605 m2.

Mammouth 2.jpg

"Mammouth écrase les prix"

Son dernier magasin a fermé en France en 2009

Sources

ADA 1539W81

Journaux locaux

_________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2015

10:52 Publié dans Commerces | Tags : mammouth | Lien permanent | Commentaires (3)

17/06/2015

Attentat à l'explosif au Centre E. Leclerc de Carcassonne

Dans la nuit du 20 avril 1984, une déflagration entendue sur plusieurs kilomètres faisait exploser l'hypermarché E. Leclerc, situé en bordure de la RN 113 au-lieu dit Félines. Rapidement dépêchés sur place les pompiers de Carcassonne ne pouvaient que constater l'étendue des dégâts et tenter d'éteindre l'énorme incendie, qui s'était propagé à l'ensemble des bâtiments. 

Leclerc.jpg

Construit le 1er janvier 1977, cet hypermarché indépendant appartenant à M. Philippe Boissonade est placé sous la franchise E. Leclerc. Il emploie une cinquantaine de personne au moment de son ouverture en 1978. L'attentat qui le frappe en 1984 est revendiqué par le CAV (Comité d'Action Viticole) pour protester contre la vente de vins d'importation venus d'Espagne. Nous saurons plus tard que l'attentat devait être à l'origine, perpétré contre l'hypermarché Mammouth de Salvaza. En raison des menaces qui pesaient sur lui, sa garde avait été renforcée. Menacé de mort, Philippe Boissonade dut prendre un garde du corps et se promener pendant un an avec un révolver sur lui.

vialade et Cazes. Comité d'action viticole. 3 avril 1976.jpg

Le CAV et son président A. Cazes, en 1976

Le 25 avril avril 1984, six viticulteurs sont arrêtés ; parmi eux se trouvent des présidents de caves coopératives régionales. 

Capture d’écran 2015-06-17 à 10.35.50.png

Le 3 mai 1984, Édouard Leclerc arrive en jet privé sur l'aéroport de Salvaza. Il doit rencontrer les représentants du monde viticole afin de discuter de l'embargo sur le vin du midi qu'il mène désormais en représailles aux actions violentes du CAV. La réunion se tient à la mairie de Carcassonne en présence d'André Cazes (Président du CAV) et d'Antoine Verdale (Président de la Confédération Nationale des Caves Coopératives). 

Capture d’écran 2015-06-17 à 10.37.41.png

Edouard Leclerc est ensuite reçu par M. Talmier, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Carcassonne. Une nouvelle réunion se tiendra à l'hôtel Murat jusqu'à 17 heures. Le fondateur de l'enseigne de supermarché se montrera confiant sur les chances de réussite des négociations, en se laissant toutefois dix jours de réflexion pour donner son accord.

Capture d’écran 2015-06-17 à 10.36.47.png

Raymond Chésa entouré de Michel-Édouard Leclerc et de son père.

Capture d’écran 2015-06-17 à 11.31.29.png

Robert Capdeville (Président de la région Languedoc-Roussillon) a rencontré le Président de la République François Mitterrand. Celui-ci a indiqué vouloir faire des propositions aux viticulteurs de l'Aude. Le 4 mai, deux viticulteurs sont libérés et deux autres restent en prison. Le 17 mai, les deux derniers responsables emprisonnés sont libérés. Dans le même temps, Michel Rocard (Ministre de l'agriculture) rencontre à Montpellier une délégation de viticulteurs. La discussion avortera au bout de trente minutes.

leclerc2.jpg

Le nouveau Centre E. Leclerc, tel que nous le connaissons aujourd'hui, sortit de terre en 1986 grâce à l'intervention du ministre du commerce, Michel Crépeau. La CCI de Carcassonne n'aurait pas souhaité une nouvelle implantation à Carcassonne afin de ne pas fâcher les viticulteurs. L'adhésion de l'Espagne à la CEE en janvier 1986 n'allait que renforcer la fronde viticole du midi contre les importations. Le CAV avait encore des beaux jours devant lui...

_______________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2015 

12:10 Publié dans Commerces | Tags : centre leclerc | Lien permanent | Commentaires (2)

18/03/2015

De Radio Carcassonne à Chérie FM 99.6

radio carcassonne.jpg

Nous avons trouvé cet en-tête d'enveloppe daté de 1965, qui semble confirmer que

Radio Carcassonne

existait déjà avant l'ouverture des Radios libres en 1981.

radio carca 1.jpg

Le président Mitterrand par la libéralisation des ondes radiophoniques, permit à un grand nombre de petites antennes d'émettre sur la FM. Avec la démocratisation de ce moyen de communication, c'est toute l'information jusque-là contrôlée par l'état qui se libéra. De petites stations radio qui émettaient dans l'illégalité éclatèrent au grand jour, d'autres aller se créer et entraîner avec elles, d'anciens journalistes de la presse écrite. Ce fut le cas dans notre ville avec Radio Carcassonne dont la ligne éditoriale allait être confiée à Michel Sawas, ancien rédacteur du Midi-Libre.

Les fondateurs

L'idée de monter Radio Carcassonne vint de Gérard Filaquier, alors élu de la majorité municipale sous le mandat d'Antoine Gayraud. Elle prit naissance d'abord à l'intérieur des locaux de la Maison des Jeunes et de la Culture. En 1983, changement de locaux... La radio s'installe à l'angle de la rue Victor Hugo et de la place Carnot, dans un vieil appartement. C'est à cette époque que Michel Sawas développe le service infos, seul, accompagné de plusieurs bénévoles.

radio3.jpg

MM. Cathala, Labadie, Sawas, Gil, Escourrou

Radio Carcassonne se constitue sous la forme associative avec un Conseil d'administration dans lequel fugurent : MM. Fournet-Fayard, Justin Buisan, Gérard Filaquier, Freddy Lagrand, Joseph Gil, Michel Sawas, Paul Bouvier, Jean-Luc Schanaerts. Petit à petit la radio diffuse de la musique, des bulletins d'informations et des émissions spécialisées 24h/24 et accroît son audience. Elle s'affime comme l'une des premières stations du sud-ouest. Au coeur du terrain, Michel Sawas et ses animateurs ne comptent pas leurs heures.

joseph gil.jpg

Jospeh Gil et Michel Sawas

L'émancipation

En 1986, Radio-France sollicite le Conseil général de l'Aude pour installer un antenne à Carcassonne contre une somme faramineuse (près d'un million de francs). Robert Capdeville, le président alors en charge du département qui écoutait Radio Carcassonne chaque soir en rentrant chez lui à Couiza, fit cette réflexion : "Mais pourquoi Radio-France ? Nous avons une radio sur place avec les infos de Sawas !" Il vient ensuite dans les locaux misérables de la rue Victor Hugo et dit alors à son conseiller : "Il ne faut pas le laisser là".

Une opportunité va se présenter à eux... Le patron du bar Le longchamps qui occupait l'actuel "O' Sheridan" voulait déménager et s'installer place Carnot dans les locaux laissés vacants par l'EDF. Il confie son projet à l'architecte Michel Galibert, qui pense de suite que Radio Carcassonne pourrait s'installer au premier étage. La proposition est trouvée intéressante par Gérard Filaquier. Le patron du Longchamps étant d'accord, la radio s'installera en 1987 au-dessus de son bar moyennant le paiement d'un loyer que subventionnera le Conseil général. Ce dernier dépensera même la somme de plus de cent millions d'anciens francs pour l'acquisition d'un émetteur.

R.M 11

Radio Carcassonne

Michel Plancheria, Sabrina, Xavier Olmos, Nathalie Vignal et Michel Sawas

Trois ans plus tard, Gérard Filaquier se retirant de la radio, c'est Michel Sawas qui en prend la direction. Elle change de nom grâce à sa diffusion sur tout le département et s'appelle désormais, Radio Méditerranée 11. De nouveaux collaborateurs salariés sont récrutés ; la radio vit des subventions des collectectivités locales et de la publicité. En 1993, Sud Radio dirigé par Thierry Bernard est en passe de s'allier avec RM 11. L'année suivante tout est prêt pour la fusion, ce sera Sud-Radio Aude. Mais une nuit, le Conseil d'administration s'est séparé de Thierry Bernard et tout fut annulé. Patatras !

Chérie FM

À cette époque de grands groupes cherchent des émetteurs pour étendre leurs zones. Europe, contacte en premier Michel Sawas et lui fait une proposition. Il est établi un protocole d'accord, mais 48 heures après NRJ d'ébarque et rédige une contre-proposition qui double le montant négocié avec Europe. Sans contrat mais avec un chèque dans les mains, Michel Sawas accepte. Le groupe NRJ, propriétaire de Chérie FM et de Rire et Chansons, diffusera dans l'Aude le programme Chérie FM en 99.8. En 1995, Michel Sawas reste le directeur de l'antenne locale et la radio atteint 14% d'audience. Elle reçoit des centaines d'invités politiques et des artistes nationaux, se porte au plus près de l'action et diffuse près d'un millier de journaux.

Une nouvelle équipe

Il y a trois ans, Michel Sawas fatigué et usé s'en va de la radio dans un contexte économique défavorable, après trente années de service. La station se cherche de nouvelles ressources financières et un nouvel élan. Une page se tourne...

chérie FM.jpg

L'équipe Chérie FM et Tv Carcassonne en 2013

L'association "Liberté d'expression" se dote d'un nouveau président en février 2013 : Monsieur Lucien Ferrandis. La radio est reprise avec de nouvelles têtes aux commandes et deux salariés. Pierre Souillard qui était chargé de l'animation et des spots publicitaire est le seul survivant de l'ancienne équipe. Désormais l'information locale est sous-traitée à Tv Carcassonne ; une web-tv fondée en 2009 par Mathieu Larrat et François Mourad. En avril 2014, ce dernier est nommé à la direction de la communication de la ville de Carcassonne. Mathieu Larrat s'occupe de l'info locale avec Sophie Martin.

__________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2015

11/08/2014

Le Grand Hôtel Terminus a cent ans depuis le 24 juin 2014

Il n'y aura pas de pétards, de feux de Bengale ou de banquet pour fêter le centenaire de l'illustre hôtel qui fit jadis, la belle réputation de l'accueil touristique de notre ville. Qu'importe! Nous ne sommes pas en 1914 et les temps ne sont plus hélas à la nostalgie, mais à une économie qui se contrefiche de l'histoire locale... En 1857, le chemin de fer arrive à Carcassonne. Hôtels et restaurants se développent alors autour de la gare pour donner le meilleur accueil aux voyageurs séjournant dans Carcassonne.

1.jpg

Le Grand hôtel Saint-Jean Baptiste situé en face du Jardin des plantes, actuel square Chénier, est le plus important de toute de la ville. Au début du XXe siècle, son état le qualifie de "refuge minable". Il est décidé en 1912 de le raser avec les maisons environnantes. Parmi elles, deux commerces:

2.jpg

Le salon de coiffure Cassagneau

© Claude Marquié

3.jpg

Les chaussures Fidel Perxachs, en face de la Rotonde

© Jacques Blanco

4.jpg

Le banquier Paul Motte associé à MM. Béteille et Beauquier décident de construire en lieu et place, un hôtel de grand standing bénéficiant de tout le confort moderne.

5.jpg

Les dessins et les plans du nouvel hôtel sont confiés à l'architecte Florentin Belin.

© Martial Andrieu

6.jpg

Plan des caves et fondations

© Martial Andrieu

7.jpg

Florentin Belin, né en 1874 à Nîmes

© Pierre Canavy (C. Marquié)

8.jpg

350 ouvriers de tous les corps de métiers, participent pendant une année à l'édification du bâtiment. Le jeudi 23 mars 1914, un grand banquet est organisé pour fêter l'achèvement des travaux de gros oeuvre, au milieu des entrepreneurs et des ouvriers. Sur les nappes, des oranges et des barils de vin.

"Lorsque la blanquette eut moussé dans les verres, M. Motte, président de la Société du Terminus-Cité, porta la santé de ses convives qu'il félicita pour leur énergie, de leur dévouement et de leur esprit de discipline. L'un des contre-maîtres, au nom du personnel ouvrier, remercia les dirigeants de la socité du bel exemple de fraternité et de solidarité qu'ils venaient de donner. Après que le président du conseil d'administration de la socité eût éloquemment distribué l'éloge que nul ne méritait mieux que l'architecte distingué du Terminus, M. Belin, M. Laguille, rédacteur au Petit Méridional, délégué par le syndicat de la presse, en termes choisis, loua la société de la belle initiative, aujourd'hui couronnée du succès, qu'elle audacieusement prise à Carcassonne, pour le plus grand profit des intérêts collectifs."

© L'intérêt général (Organe du Syndicat d'initiative/ Mai 1914)

Après les applaudissements, on tira du haut du bâtiment des feux de Bengale dans l'allégresse générale.

9.jpg

Le Grand Hôtel Terminus est livré en juin 1914 et les Carcassonnais sont impressionnés par les dimension du bâtiment: 2500 m2 sur quatre niveaux. L'ensemble des chambres bénéficient de l'électricité, du chauffage central au charbon et de l'eau chaude. Sur le toit, un réservoir d'eau de 10 000 m3 qui sera détruit dans les années 1930. Les clients profitent également d'un garage automobile, d'un salon de coiffure, d'un grand café, d'une salle de spectacle de 800 places (actuel cinéma Le Colisée) et d'un jardin d'hiver. La gestion est confiée à MM. Jagmet et Pons.

l'hôtel terminus

L'étiquette des bagages de l'hôtel Terminus

11.jpg

Le grand hall

12.jpg

La salle du grand café

13.jpg

Le salon de lecture

14.jpg

Le petit salon

15.jpg

La salle de bain d'une chambre

16.jpg

Le Grand Hôtel Terminus dans les années 1920-1930 tenu par MM. Ginet et Sauvage

© Martial Andrieu

__________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine 2014

03/06/2014

Les difficultés du petit commerce de la Bastide St-Louis

On ne peut pas toujours désigner les commerçants du centre ville comme ne faisant pas des efforts pour leurs devantures; certains le voudraient mais ne le peuvent pas. 

1.jpg
 Le magasin de jouet dans la rue piétonne, loue 40 m2 de surface commerciale pour 2800 euros mensuels. Les locataires avaient un beau projet validé par les Bâtiments de France (photo ci-dessus), mais ils ont été bloqués par le propriétaire et par le prix du loyer. Dans ce cas précis il s'agit d'un investisseur ayant ses bureaux sur les Champs-Elysées à Paris, fondateur de la marque Célio et Jennyfer. Quand on sait la difficulté pour faire du chiffre actuellement, on risque de voir de plus en plus se fermer les boutiques. Cela explique que ces propriétaires ayant souvent l'appât du gain comme devise, préfèrent laisser rideau baissé que de louer moins cher. La plupart du temps, ils louent et exigent des nouveaux locataires de faire les travaux à leurs frais. Ceci sans les exonérer d'un ou deux mois de loyer. Voilà en gros, la situation du commerce en Bastide.

2.jpg

La devanture telle qu'on la voit aujourd'hui.

Selon des propositions que j'avais émises avant la campagne électorale des municipales, il me semblerait opportun pour relancer les commerces du centre-ville, d'obtenir son classement en zone franche. Cela permettrait pour une durée à définir, d'exonérer de charges les commerçants désireux de s'y installer. Est-il normal par exemple, de faire payer la TLPE (taxe sur les enseignes) aux petits commerces? Le bénéfice pour la ville est bien mince comparé à la fermeture d'un commerce et au licenciement des employés. Cette taxe votée et perçue par la ville de Carcassonne va de 15 euros à 91 euros par m2. On pourrait simplement la faire appliquer et l'augmenter pour les panneaux de plus de 50 m2 qui ne touchent que les grands groupes de la distribution.

IMG_2796.JPG

L'ancien magasin de vêtements Mim (autrefois, librairie Collot) fermé depuis plus d'un an, est un des symboles des problèmes du commerce en Bastide. Ces locaux appartiennent à des investisseurs, très éloignés de la réalité et contexte commercial de notre ville. Le plus souvent, ils ne sont même pas carcassonnais. Les prix des loyers qu'ils proposent sont exorbitants, comme d'ailleurs le prix des pas-de-porte, à charge pour le locataire de réaliser à ses frais des travaux. Dans le contexte de crise que nous connaissons, couplé à la désafection des clients pour le centre des villes, comment voulez-vous revitaliser ce secteur?

____________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

08:48 Publié dans Commerces | Lien permanent | Commentaires (4)