27/06/2014

Hermann Cohen (1820-1871), compositeur et fondateur des Carmes de Carcassonne

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Hermann Cohen, fils d'un banquier juif allemand, mène au début de sa vie une existence dissolue. Interllectuellement très avancé pour son jeune âge, à quatre ans et demi il voulait jouer du piano comme son frère aîné. À six ans, il a complètement dépassé ce dernier et commence à improviser, ce qui impressionne les musiciens les plus avancés. C'est contre l'avis de son père qu'Hermann se lance dans la musique. Qu'importe ! Aidé par sa mère qui en fait une icône, le jeune prodige est mis sur un piédestal et rien n'est trop bon pour ses caprices. Tant et si bien qu'il écrira plus tard: "J'étais le tyran de la famille, gâté et choyé. Tout le monde devait courbettes devant mes caprices ; "Tais-toi Hermann, dort". Etre silencieux: "Hermann étudie. Etre silencieux: Hermann compose." Il admet qu'à cette époque, il était avide et n'avait aucune moralité.

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Franz Liszt

(1811-1886)

La situation ne s'est pas arrangée quand sa mère l'a amenée à Paris à l'âge de douze ans, afin qu'il y rencontre des musiciens célèbres: Chopin, Liszt et Zimmerman. Franz Liszt épaté par le talent du jeune garçon le prit sous son aile. Dans les salons musicaux, il rencontra Amandine Dupin (George Sand) dont il dira qu'elle a renforcé sa réputation et même provoqué de la jalousie. En 1836, Liszt qui a quitté sa femme s'enfuit avec une comtesse qui n'aura de cesse de tenter de couper les liens entre son amant et Hermann. Il aura fallu trois ans pour qu'elle arrive à ses fins. Elle l'accusa même d'avoir volé son professeur. La preuve n'a jamais été apportée.

Quelques réflexions commencent à germer sur l'existence qu'il mène:

" Quand je dis que tous les jeunes vivaient comme moi, je n'exagère pas. Il y avait le plaisir partout, et ils voulaient les ressources nessaires pour l'acheter. Ils n'ont jamais pensé à Dieu, qu'à eux-mêmes et à leur désir d'accumuler des choses. leurs seuls repères moraux étaient le respect humain et le désir de rester sur le côté droit de la loi." Une chose commençait à bouger dans l'âme d'Hermann, mais il se méfiait du clergé. À vingt-sept ans, il commença à visiter les églises avec une bible donnée par Liszt, profondément ému par la musique pour orgues. Sa confiance en Dieu grandit: " Oui, je connaissais déjà Jésus-Christ, je l'ai vu, je l'ai senti, senti son toucher sur chaque page. J'ai compris que je devais briser les chaînes  qui me liaient et marcher vers lui, mais je n'ai pas pu le faire. J'ai fait des résolutions du matin qui ont disparu dans la soirée." Dans sa chambre, une vie austère s'était installée au milieu d'un lit en fer, d'un crucifix, d'une petite statue de Notre-Dame et de deux photos ; l'une de Sainte-Thérèse d'Avila et l'autre, de Saint-Augustin."

Hermann ne voulait pas consciemment devenir catholique. C'est arrivé d'une façon spectaculaire:

"Il est arrivé au mois de mai de l'année dernière 1847. Le mois de Marie a été célébré en grande pompe à l'église Ste-Valère (démolie dépuis). Diverses chorales jouaient de la musique et chantaient. L'organisateur m'a demandé si je ne voulais pas diriger les choeurs. Je suis allé prendre ma place, uniquement pour l'intérêt de la musique. La cérémonie ne m'a pas touché beaucoup, mais au moment de la bénédiction j'ai senti quelque chose en moi comme si je m'étais trouvé. Il était comme le fils prodigue me faisant face. Quand je suis retourné le vendredi suivant, ce fut la même chose. J'ai pensé à devenir catholique." Hermann a attribué la grâce de son conversion à Notre-Dame et il s'est consacré à elle. Il a étudié, pratiqué les exécices de la dévotion et la méditation."

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L'église des Carmes, à Carcassonne

En 1850, après avoir terminé son noviciat à Bordeaux et être retourné aux Carmes d'Agen où il fut ordonné le 19 avril 1851, il avait trente ans. Il fut envoyé à Carcassonne pour restaurer les Carmes qui avaient été fermés à la Révolution française. Il institua avec Mgr de la Bouillerie, évêque de Carcassonne, l'adoration nocturne.

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Le choeur de la cathédrale Ste-Edwige de Berlin

Herman Cohen est décédé le 20 janvier 1871 à Spandau et est inhumé dans la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin.

Oeuvres pour piano

   Fantaisies et thèmes d'opéra

Fleurs d'hiver, danses pour piano

Douze pièces pour virtuose

Nuit vénitienne

Schlummerlied

Les bords de l'Elbe

Musique sacrée

Gloire à Marie (32 cantiques)

Amour à Jésus-Christ

Fleurs du Carmel

Couronnement de la Madone

Thabor (20 cantiques et 1 motet)

Messa a tre voci, choeur et solistes

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19/05/2014

"Carcassonne" de Gustave Nadaud

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En même temps que les murs séculaires de notre antique cité, il aurait fallu inscrire à l'inventaire des monuments historiques, la chanson de Gustave Nadaud: Carcassonne. Ce chansonnier, célèbre en son temps, contribua ainsi à faire connaître notre ville et celle-ci le lui rendit, en donnant son nom à l'une de ses rues. La chanson, reprise et chantée par Georges Brassens, souligne le cas désespéré d'un homme à l'âge avancé qui n'aura jamais la chance de voir Carcassonne. Aujourd'hui, que reste t-il de cette ode à notre patrimoine? Une partition originale que j'ai la chance de posséder. Si l'idée d'avoir mis la chanson de Trenet "La cité de Carcassonne" comme musique d'attente du standard de la mairie, est excellente; je propose que l'on en fasse de même avec l'enregistrement de Brassens de la chanson de Nadaud, pour l'Office du tourisme!

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Gustave Nadaud (1820-1893)

La chanson reprise par Brassens en écoute ci-dessous

https://www.youtube.com/watch?v=NNVU0x6HcAk&feature=kp

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20/03/2014

La Cité de Carcassonne en musique

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"La cité de Carcassonne" est une épopée Héroi-Comique d'Auguste Dupuy-Albarède, éditée en 1913 aux éditions Maurice Sénart. Elle retrace en musique et d'une manière épique l'histoire de la plus grande forteresse médiévale d'Europe, des Wisigoths jusqu'à François 1er. La construction de l'oeuvre est volontairement chronologique et utilise la forme que l'on retrouve souvent chez des compositeurs d'opéra comme Meyerbeer. Un prologue (Le Carcassez), Trois actes (La Cour des guerres, La Cour d'amour, La Cour des miracles) et un épilogue (L'adieu) dans lesquels s'intercalent des chants tirés le plus souvent du répertoire languedocien. Le lien entre ses nombreux motifs musicaux est confié à un narrateur (L'évocateur) chargé de situer l'action dans son contexte historique. Un héraut annonce l'entrée des personnages tels que les poétes Louise Labé et Clément Marot ou royaux, comme Marguerite de Valois et François 1er. L'ensemble de cette fresque médiévale est sans conteste une ode à l'amour courtois dans le style de la Chanson de geste.

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Cette vieille complainte (Lo cocut) a été retrouvée par le félibre J. Dupuy, père de l'auteur. C'est l'exemple de ces naïves productions de chanteurs populaires qui, devant l'abandon de la langue occitane, essaieront de composer en français. Les tournures en occitan sont ici francisées... On mit également des paroles sur des airs de danses comme la Trompuzo, la Trallo, Le Rebiroulet, le Bourril ou le Ramelet.

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La danse du coucou

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Les illustration de cette partition sont l'oeuvre du peintre chaurien Paul Sibra (1889-1951). Au moment de la parution de ces dessins, cela fait deux ans à peine qu'il a commencé une formation de peintre à l'Académie Jullian dans l'atelier de Jean-Paul Laurens. Le travail s'est fait en famille puisque Paul Sibra est le neveu d'Auguste Dupuy-Albarède. Ce dernier est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Poèmes de l'harmonistique" (1948) et "La musique plastique" (1953). Par ailleurs, le prix Dupuy-Albarède est une récompense décernée aux instituteurs dans le cadre d'un travail de recherche.

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04/01/2014

La 2e symphonie op.34 de Paul Lacombe, au festival 2014!

Il y a des moments dans la vie où l'on ne peut cacher sa fierté de ne s'être point fourvoyé en voulant défendre contre vents et marées l'oeuvre perdue d'un artiste. Depuis 2009, j'ai donné des concerts, des conférences et maintenant une biographie sur Paul Lacombe. Malgré les turbulences, j'ai toujours poursuivi le but que je m'étais fixé avec en ligne de mire la réhabilitation musicale de ce compositeur. Cette semaine, sur ce chemin long et périlleux une étape importante vient d'être franchie. Après avoir reconstitué l'ensemble du conducteur d'orchestre à partir des élements conservés à la Bibliothèque Nationale de France, je l'ai envoyé à Nicolas Couton, chef d'orchestre ancien élève de Georges Prêtre, qui réside en région parisienne. Il vient d'enregistrer la 2e symphonie d'Henri Rabaud pour le label Timpani. Ce disque bénéficie déjà d'une bonne critique dans la presse spécialisée.

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Nicolas Couton

Après avoir reçu la partition de la 2e symphonie de Lacombe, ce jeune chef se mit à la lire. Oh! surprise, voilà qu'il la trouva suffisamment intéressante pour en réaliser une démo numérique. Il se mit alors à copier toutes les parties afin de les entendre sur ordinateur à l'aide d'instruments virtuels. Au fil de son travail, l'admiration grandissait pour cette oeuvre ainsi résuscitée.

Voici ci dessous les liens vers l'écoute de cette symphonie

Premier mouvement

http://www.youtube.com/watch?v=WDUdJUYOY_8&feature=youtu.be

Second mouvement

http://www.youtube.com/watch?v=e-5QwjO7Q6c

Troisième mouvement

http://www.youtube.com/watch?v=6litHvB_QKw

Dernier mouvement

http://www.youtube.com/watch?v=RWuJrMP4B3Y

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Voici l'analyse musicale du chef Nicolas Couton

C'est une symphonie assez surprenante; je n'y trouve pas de trace d'académisme. Ce qui est un peu la faiblesse de celle de Rabaud. Il y a même quelques belles hardiesses harmoniques. Le second mouvement (lent) est magnifique. Honnêtement, cela vaut bien une symphonie de Dvorak. C'est même plus osé harmoniquement que Dvorak. L'inventivité est étonnante quand même, il n'y a pour ainsi dire aucune redite textuelle. Tout est toujours varié dans les développements. Les superpositions contrapuntiques ne sont jamais les mêmes. Tout ceci me semble très habile. Et pour ne pas gâcher, quand l'inspiration suit c'est renversant... je pense notamment à la section centrale du mouvement lent avec ses accords augmentés et ses harmonies imprévisibles. Donner à l'aveugle (à des étudiants. NDLR) le début du 4e mouvement pourrait mener à quelques surprises. Ce mouvement conclue dans l'éclat et la concision, à priori sur le modèle de César Franck (rappel des différents autres thèmes dans la Coda). Cela dit, je pense qu'il va un peu plus loin en superposant les thèmes de certains mouvements, anticipant de quelques années la fin... de la 8e symphonie de Brückner... étonnant, non?

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On pourrait bien entendre deux oeuvres symphoniques de Paul Lacombe cet été au festival de la Cité, dans le cadre d'un programme consacré à la musique romantique française. Nous sommes sur ce projet avec les services culturels concernés, ayant reçu l'aval des décideurs politiques.

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Vous pouvez toujours vous procurer la biographie du compositeur en m'écrivant à:

andrieu-martial@wanadoo.fr

Il ne me reste plus que neuf exemplaires

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08/10/2013

Déodat de Séverac

Le compositeur Déodat de Séverac est né à St-Félix Lauragais, à la limite entre l'Aude et la Haute-Garonne le 20 juillet 1872. Après des études à la Scolla Cantorum où il aura comme professeurs Vincent d'Indy et Albéric Magnard, il retourne sur ces terres languedociennes auxquelles il est très attaché. Parmi ses œuvres: Le chant de la terre (1900), En Languedoc (1904), Baigneuses au soleil (1908), Cerdana...

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« Son œuvre, notait Pierre Lalo dans un article du Tempsen 1905, sort de la nature : elle est pleine de l’odeur du terroir, on y respire le parfum du sol. Les courses sous le soleil, les haltes à l’ombre, les cloches discrètes tintant dans l’air du soir, les heures de repos et de rêve à la fin du jour, les labeurs des champs, les divertissements après le travail, les peines et les joies de la vie rustique, sa musique exprime toutes ces choses : l’âme des paysages et celle des hommes, l’âme du pays natal est en elle. »

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En 1909, pour la création du théâtre de la cité de Carcassonne, il compose une cantate à quatre voix d'hommes: La cité. Le texte est de Victor Gastilleur.

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Une lettre de Déodat de Séverac

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Il y a encore un vingtaine d'années Déodat de Séverac était parfaitement oublié du monde musical. Grâce à la persévérence et à la passion de Jean-Bernard Cahours d'Aspry, il a repris sa place parmi les plus grands de son époque. Le festival "Déodat de Séverac" depuis 1989, rend hommage au compositeur à St-Felix Lauragais. Le concours international de mélodie française de Toulouse a créé un prix "Déodat de Séverac". Dernièrement l'un des deux opéras du maître a été enregistré par le chef d'orchestre et directeur de l'opéra de Tours Jean-Yves Ossonce. "Le coeur du moulin" a ainsi obtenu une récompense dans le magazine Diapason. Nous voyons que ce qui a été possible pour Séverac, le sera sans doute pour son ami Paul Lacombe, mais il faudra du temps et de la volonté...

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27/09/2013

Guillaume Almayrac, compositeur carcassonnais

Il y a maintenant six ans une dame me confiait un recueil de partitions pour piano: "Tenez" me dit-elle, "je vous le donne car je sais que vous le conserverez car mes enfants le mettront au feu, il appartenait à mon grand-père qui avait composé toutes ces musiques." "Votre grand-père?" dis-je avec circonspection. "Oui, il s'appelait Guillaume Almayrac. J'ai effectivement gardé ce recueil chez mes parents sans vraiment l'ouvrir pendant tout ce temps, puis mes recherches sur Paul Lacombe m'ont amené à me souvenir de lui. Dernièrement, je m'y suis penché avec davantage d'intérêt. J'ai découvert de nombreuses partitions manuscrites et des épreuves d'éditeur avec des dédicaces. Ainsi, la Valse en fa est-elle dédiée à Paul Lacombe et une autre œuvre à Michel Mir, chef des concerts symphoniques de Carcassonne. J'ai aussitôt lancé mon enquête à la recherche de ce Guillaume Almayrac, afin de connaître un peu sa vie...

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Guillaume Almayrac, rentier de son état, était propriétaire de la maison de tissus Almayrac-Canavy qui se trouvait à l'actuel café "Le Lonchamps". Sa famille détenait aussi le château de Villecarla sur la commune de Villedubert, propriété actuelle du chef cuisinier André Pachon.

Il est né dans la seconde moitié du XIXe siècle et est décédé en 1956 à Carcassonne à l'âge de 90 ans. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière Saint-Vincent. Titulaire d'une maîtrise de droit, il parlait couramment le latin et le grec. Je ne sais comment il apprit la musique, mais ses compositions attestent qu'il connaissait fort bien l'écriture musicale. Dans les familles bourgeoises de cette époque, fort nombreux étaient les musiciens amateurs. La vie de Guillaume Almayrac nous renseigne sur l'activité musicale carcassonnaise du début du XXe siècle. Il était cousin avec la famille Gastilleur, également marchand, dont Victor écrivit le texte da la cantate "La cité" composée par Déodat de Séverac pour le premier embrasement de la cité.

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Sur la façade du "Longchamps", les initiales entrelacées d'Almayrac-Canavy.

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La valse en fa, dédiée à Paul Lacombe et éditée chez Decourcelle à Paris. Les partitions de G. Almayrac sont également conservées à la Bibliothèque Nationale de France.

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 L'illustration de cette partition de G. Almayrac porte la signature du peintre carcassonnais Jacques Ourtal (1868-1962)

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