06/06/2016

La construction du collège du Viguier (Émile Alain)

Le collège

du

Viguier

est le bâtiment scolaire de cette importance le plus rapidement construit à Carcassonne. D'un point de vue administratif, le dossier sera rapidement bouclé et une première délibération de principe validée le 30 novembre 1964. L'ouverture du chantier se fit le 1er mars 1966 et se termina avec l'ouverture de l'établissement le 15 septembre suivant. Soit exactement en 6 mois et demi...

200991236.jpg

Une révolution due au procédé de construction de type métallique industrialisé avec ossature métal et murs rideaux constitués par des panneaux Glassal, aussi bien en allège qu'en longs pans. Le plancher est constitué par des poutres métalliques avec remplissage en béton armé. L'isolation phonique et thérmique est obtenue grâce à des feutres, mais pour avoir été élève dans ce collège je peux vous dire qu'au printemps on commençait à cuire dans les classes de cours. Il fallait tirer les rideaux et travailler dans l'ombre.

1281005780.jpg

Le coût total de l'opération reviendra à 3 244 700 francs avec un financement de la ville à hauteur de 21%.

Les professeurs

Ma génération a connu : Monsieur et Madame Arletaz (Directeurs) ; Mesdames Georges (EMT), Brocard (Sciences), Rodriguez (Anglais), Maynard (Français), Fleuré (Français), Villeprun (Mathématiques) ; Messieurs Valembois (Sciences), Gout (Sciences), Marquié (Histoire), Béranger (Français), Cabrol (Sport), Héléna (Musique), Grassiette (Musique), Capéra (CDI), etc...

Ce collège était dans les années 80 constitué par une équipe enseignante humaine et pleinement engagée dans ses missions. Comment ne pas la remercier...

La sculpture de Camberoque

013 Le Viguier.jpg

À l'intérieur du collège, une sculpture a toujours retenu mon attention. Malheureusement, aucun professeur ne nous a jamais indiqué qui en était l'auteur, ni ce qu'elle représentait. Ce sont des sculptures en béton, une technique mise au point par Jean Camberoque dans les années 70 ; une de ses oeuvres est installée définitivement dans le Musée de la Fôret de Sénard, en région parisienne.

"Trois peintres, nous l’avons vu l’autre semaine, ont été invités à faire un grand pas vers l’architecture en préparant des maquettes pour la façade du nouvel immeuble de Radio-Luxembourg. On a donc retrouvé traduits à une échelle monumentale, les disques de Vasarely, les paraphes de Mathieu et le fin réseau de lignes enchevêtrées de Carzou.
Une autre expérience vient d’être faite à Narbonne, et toute différente. Car nul ne retrouvera dans cette composition en béton, exécutée pour l’EDF, l’univers familier de son auteur, qui, sur ses toiles, peint des moutons pareils à de grosses pierres sur les causses, des toreros et des vieilles femmes goyesques. Camberoque a résolument tourné le dos à son répertoire. Il a sculpté un mur de dix-huit mètres de long sur quatre mètres de haut et il a choisi de façonner, de sculpter au marteau-piqueur dans une masse de béton de dix-huit tonnes d’immenses corolles striées.
Il y a du soleil à Narbonne Camberoque le sait et c’est en fonction de cette lumière implacable, qu’il a conçu des énormes corolles où le noir et le blanc, se relayant à mesure que les heures passent, donnent au spectateur l’illusion que ces pétales tournent comme des roues gigantesques. C’est très joli, le cinétisme, mais quand un peintre a du talent, il n’a que faire de la mécanique et de l’animation. L’œuvre bouge toute seule. Voilà qui nous change aussi, à l’opposé, de ces gros blocs de béton tout bêtes, pétrifiés et que l’on veut faire passer pour de la sculpture.
Autrefois, les statuaires, les meilleurs du moins, savaient qu’il fallait observer longtemps le futur emplacement de leurs statues et aller jusqu’à étudier les conditions climatiques de l’endroit. Faute de quoi, la pluie risquait à la longue, de recouvrir les corps d’un vilain lichen noirâtre. Quand au soleil, il collabore lui aussi avec le sculpteur. Mais voilà longtemps qu’on ne se soucie plus de la destination d’une sculpture. L’exemple du béton de Camberoque mérite d’être suivi."

(Pierre Mazars / Le Figaro littéraire)

017senart.gif

Sculpture de J.Camberoque (Forêt de Sénart)

Merci à Charles Camberoque pour son aide

___________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

01/05/2016

Cent ans de destructions : le crépuscule du patrimoine catholique Carcassonnais

À la suite de la destruction programmée la semaine prochaine de la chapelle Saint-Martin située dans le quartier Pasteur, nous avons voulu dresser le terrible constat du patrimoine religieux Carcassonnais depuis un siècle. On notera même ces quarante dernières années, une accélération des destructions ou des transformations des lieux de cultes affectés à un usage profane. Il semble que nulle part ailleurs que dans notre ville, on ne voit l'héritage chrétien autant laissé en déshérence ou finalement rasé. Peut-on imputer uniquement ce massacre aux pouvoirs publics ?

st martin.jpg

La chapelle St-Martin sera rasée la semaine prochaine

Eh ! bien, non. Tout ceci n'a pas été possible sans une certaine passivité des responsables de l'église catholique audoise, incapables de maintenir leurs biens dans un état satisfaisant. Incapables de s'entendre pour défendre le patrimoine de leurs prédécesseurs. A titre d'exemple récent, que serait advenu de la chapelle de Rodier dans la basilique St-Nazaire - elle prenait l'eau depuis des années -, si ce blog n'avait pas initié une pétition ? Où en est la souscription pour sauver l'église des Carmes qui menace de s'effondrer ? L'évêché a vendu et rasé tout ce qu'il pouvait pour maintenir ses comptes à flot, mais faute de dons il est voué à disparaître avec son patrimoine bâti. Le nombre de pratiquants et de prêtres ne cessant de décroître, l'église catholique romaine ne fait plus recette dans l'Aude.

Capture d’écran 2016-05-01 à 10.51.45.png

© Fraternité Saint-Pie X

Une église tout neuve à Montréal d'Aude

A contrario, les disciples de la Fraternité Saint-Pie X à Montréal d'Aude, ne manquent pas de financements. Ils viennent même d'inaugurer leur nouvelle église... La messe en latin le dos tourné aux fidèles, ceux qui n'ont jamais reconnu le concile Vatican II chantent à coeur joie les louanges de l'exhumation des vieux rites. N'allez pas leur parler de "Mariage pour tous", de contraception, d'avortement et de préservatifs. Ils vivent leur religion en prônant une doctrine rigoriste et dogmatique de la foi dans ses traditions, son identité européenne. Tout ceci à quelques kilomètres de l'Évêché de Carcassonne. D'où viennent les financements des admirateurs de Mgr Lefebvre ? Qui s'en préoccupe... Si l'Islam de France est gangrené par le salafisme, l'église catholique romaine n'est pas en reste avec l'intégrisme de Saint-Pie X. Aucun de ses membres n'a posé de bombes, mais ils sont bien là dans tous les rouages de l'économie et de l'administration. On parle de la Franc-maçonnerie comme d'une organisation influente ; parle t-on de l'Opus Dei dont plusieurs de ses membres ont été ministres de la République ? Tout cela pour dire qu'à force de perdre leur latin et de s'éloigner de leurs brebis, les bergers de l'église audoise se font déborder sur leur extrême droite. 

Eglises Transformées

audi.jpg
Eglise Des Jésuites XVIIe siècle devenue l'Auditorium qui servait de salle de Gym

4220816628.jpg
Eglise du Couvent des Jacobins XVIe siècle. Transformée après une très importante épuration de l'ensemble de l'intérieur de l'église. Théâtre municipal depuis 1935

gimer.jpg
Ancienne église Saint-Gimer, XVIIe siècle. Abandonnée en 1852, transformée en salle de cinéma et de patronage. Actuellement en Salle d'exposition

53807061.jpg

Chapelle Saint François-Xavier construite en 1815 remis à son propriétaire par le clergé en 1975. Aujourd'hui Cercle Taurin Carcassonnais.

558973997.jpg
Chapelle de l'ancien Petit séminaire devenue Lycée Saint Stanislas, Il ne reste que le chœur affecté au culte, la nef a été transformée en gymnase, Ancienne entrée rue Voltaire.


Chapelle à côté du collège du Bastion.

Carcassonne - Bastide St Louis - Chapelle des Dominicaines (2).jpg
Église des Dominicaines XIXe siècle, 17 rue de Verdun. Affectée aux expositions

262494587.jpg

La chapelle des Petites soeurs des pauvres a été transformée en gymnase. Elle se trouve derrière l'ancienne maison de retraite de la Roseraie, avenue Leclerc.

 

Églises rasées ou en ruine

Capture d’écran 2016-05-01 à 11.33.33.png

Couvent de la Congrégation rue Littré

carcassonne-1_754269.jpg
Chapelle en ruine du Saint Sépulcre au Calvaire, rue Voltaire

Capture d’écran 2016-05-01 à 11.36.31.png

Chapelle Saint-François du couvent des Capucins avec la chapelle du Tiers ordre rasée en 2002, 43 rue du 24 Février.

3446850285.jpg
Couvent des Carmélites construites au milieu du XIXe siècle dont aperçoit encore le revêtement des murs de l'église qui longeait la maison de Labrid Mazet, rue du Pont Vieux. Rasée en 1980.

pont vieux.jpg

Chapelle de l'hôpital St-Jacques, rue des Calquières. Rasée en 1986, il ne reste que la porte.

dôme.jpg
Chapelle de l'Hôpital rasée en 1977. Il ne reste que le dôme en bordure du boulevard Camille Pelletan, sauvé grâce à l'abbé Cazaux.

935262961.jpg

Couvent des sœurs Marie-Auxiliatrice, école Sainte Marie. En 1815, fut érigée une croix à la porte de Toulouse. En 1881, la croix dite de Cassini fut placé dans une propriété particulière qui devient "La maison de la Croix", elle fut achetée par les Sœurs de Saint-Aignan qui la cédèrent aux sœurs Marie-Auxiliatrice. En 1970, les sœurs vendirent leurs propriétés à un promoteur qui fit place nette en rasant tout. La croix de mission point de rassemblement des missions qui se déroulaient dans la ville basse fut placée au pied du chœur de la cathédrale en 1975.

college.jpg
Couvent Notre Dame près du Couvent de la Mercy à l'emplacement du collège Varsovie. Ces lieux ont un histoire mouvementé. D'abord couvent de Saint-Antoine puis au XVIIe siècle, couvent de la Mercy qui est éteint en 1703, puis installation à l'est du carron d'un séminaire diocésain dont une partie de la porte de la chapelle est visible rue des études. 1792 confiscation des biens du Clergé. 1825 installation du Couvent Notre Dame et un pensionnat de jeunes filles, fermé en 1880. Elles continuèrent à enseigner jusqu'en 1904. Le maire Jules Sauzede achète la maison et les sœurs se dispersent. Création en 1905 du collège de jeunes filles puis Collège de Varsovie.

sesa.jpg

© SESA

Chapelle Sainte-croix, rasée en 1966. Elle se trouvait sur le chemin de Sainte-Croix à proximité de la Cité.

2372817645.2.jpg

Couvent des minimes à la Trivalle XVIIe siècle dont il reste le clocher, le reste est un HLM. 

633456418.jpg

L'église du Couvent des Cordeliers. Après 1570, ils revendiquent et obtiennent l'ancien couvent des Clarisses. À la Révolution, confisqué et devenu un bâtiment municipal renfermant la manutention et les bureaux de l'intendance militaire. Il est rasé en 1905 pour construite l'Hôtel des postes.

Crédits photos

AAVC

Chroniques de Carcassonne

Mescladis

Musique et patrimoine

_______________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

27/02/2016

Francisco Ferrer n'a pas droit de cité... à Carcassonne

Pratiquement toutes les villes de France ont donné à leurs artères ou établissement publics, le nom de Francisco Ferrer.

Nous vous proposons dans cet article d'apprendre qui était ce citoyen Catalan et pour quelles raisons n'est-il pas passé à la postérité à Carcassonne. Vous verrez que l'étude historique permet de mieux comprendre les comportements sociologiques et politiques d'aujourd'hui. 

arton2979.jpg

 Francisco Ferrer i Guardia naît en 1859 près de Barcelone dans une famille bourgeoise et reçoit une éducation catholique conservatrice. Il s'en détourne grâce à son oncle, fervent républicain anticlérical. Après la mort de ce dernier, un ami de la famille chez qui il est placé dans l'espoir de lui faire retrouver la "raison", va au contraire faire progresser les idées libertaires du jeune Ferrer. Après avoir fréquenté les milieux anarchistes, Ferrer reste un militant acharné de la République dans une Espagne monarchiste. Il entre en Franc-maçonnerie dans la loge "La verdad" (la vérité).

En 1886, Francisco Ferrer participe au coup d'état manqué du général républicain Villacampa. Recherché en Espagne, il se réfugie alors en France où il est accueilli par ses frères du Grand Orient de France. Après de petits boulots, il obtient un poste de professeur d'espagnol au lycée Condorcet. Ferrer rencontre  Léopoldine Bonnard - une jeune libertaire qui lui donnera un fils - et entretient une relation avec une vieille demoiselle Meunié. En 1901, elle lui lègue sa fortune avec laquelle Francisco Ferrer monte l'Ecole moderne.

"Ferrer en vient à penser qu’une nouvelle forme d’éducation – porteuse d’un projet d’émancipation de l’individu et en totale rupture avec les institutions religieuses et étatiques – devra précéder la transformation sociale. Pour lui, l’éducation émancipatrice, en transformant les mentalités des générations futures, est la clé de l’émancipation humaine (Guillaume Goutte)."

La pédagogie de Ferrer repose sur cinq piliers essentiels : la mixité, l'égalité sociale, la transmission d'un enseignement rationnel, l'entraide et l'autonomie. Les droits d'entrée à l'école sont proportionnels aux revenus. La laïcité n'est pas chez Ferrer source d'émancipation intellectuelle car elle s'articule, selon lui, autour d'un nationalisme d'état auquel il faut être soumis. Il préfère le rationalisme.

Escuela_Moderna.jpg

« Notre enseignement n'accepte ni les dogmes ni les usages car ce sont là des formes qui emprisonnent la vitalité mentale (...) Nous ne répandons que des solutions qui ont été démontrées par des faits, des théories ratifiées par la raison, et des vérités confirmées par des preuves certaines. L'objet de notre enseignement est que le cerveau de l'individu doit être l'instrument de sa volonté. Nous voulons que les vérités de la science brillent de leur propre éclat et illuminent chaque intelligence, de sorte que, mises en pratique, elles puissent donner le bonheur à l’humanité, sans exclusion pour personne par privilèges odieux."

A l'école moderne, il n'y a ni examens, ni compétition. Chaque enfant pratique l'entraide avec ses camarades ; les plus forts aident les plus faibles. Les enseignants n'interviennent que pour donner les cap des choses à apprendre, mais les élèves construisent seuls leur cheminement éducatif. Les sanctions sont également abolies, car on considère que la société doit bâtir des enfants responsables, agissant selon leur libre arbitre.

Francisco Ferrer instille des idées anarchistes et libertaires aux élèves, en dehors du contrôle de l'état et de l'église. L'attentat de Mateo Morral - ancien élève de l'Ecole moderne - contre le roi Alphonse XIII en 1909, donne un prétexte au régime pour l'interdire. Ferrer est arrêté et emprisonné pendant un an, malgré les protestations. Aucune charge n'ayant été retenue contre lui, il sort avec l'autorisation d'ouvrir à nouveau l'Ecole moderne de Barcelone. De retour à Paris, il fonde La ligue internationale pour l'éducation rationnelle de l'enfance, avec pour président honoraire Anatole France. La Revue l'Ecole rénovée compte 900 abonnés ; les préceptes de Ferrer trouvent un écho en Europe.

En 1909, la guerre du Rif éclate au Maroc. Pour échapper à la conscription, les ouvriers espagnols doivent payer une somme très élevée, hors de portée de leurs revenus.

Capture d’écran 2016-02-26 à 09.56.36.png

© BNF

La Guardia civil pendant les grèves

Une grève se déclenche à Barcelone pour protester et le gouvernement espagnol envoie la troupe pour la mater. Le 2 août 1909, les militaires font 75 morts, 500 blessés et procèdent à 2000 arrestations. Du côté des insurgés, trois militaires sont tués et 112 bâtiments incendiés dont 80 édifices religieux.

Francesc_ferrer_guardia_detingut.jpg

Le Catalan Francisco Ferrer est désigné coupable par l'évêque de Barcelone :

 Les partisans de l'École sans dieu, de la presse sectaire et des cercles anarchistes qu'il faut supprimer.

Il est arrêté et mis en prison, avant qu'un simulacre de procès expéditif ne le condamne à mort.  Son défenseur écrit alors :

 Je me trouve en face d'un procès terminé sans que l'instruction, en quête seulement de charges, et ayant eu recours dans ce but à des ennemis politiques de Ferrer qui, par tous les moyens, ont essayé de salir mon client, ait un seul moment recherché la vérité. 

Francisco Ferrer est fusillé à Monjuich (Barcelone) le 13 octobre 1909 à 9 heures. Debout et face au peloton, il criera ces mots :

Mes enfants, vous n'y pouvez rien, visez bien. Je suis innocent. Vive l'École Moderne

Le procès sera révisé en 1911 et Ferrer reconnu innocent en 1912

FrancescFerreriGuardia.jpg

La tombe de Ferrer au cimetière de Montjuich

Capture d’écran 2016-02-26 à 08.53.08.png

En apprenant la nouvelle, partout en France dans les milieux républicains des voix s'élèvent pour dénoncer le crime odieux. De grandes manifestations s'organisent comme à Paris et Toulouse, le 17 octobre 1909.

Capture d’écran 2016-02-26 à 09.55.52.png

© BNF

La manifestation parisienne du 17 octobre 1909

A Carcassonne, la Bourse du travail organise un meeting au théâtre municipal. Le journal Carcassonnais "La justice sociale" d'obédience socialiste explique qu'il a refusé de se rendre à ce rassemblement hypocrite. Il accuse Sarraut et Briand de n'avoir pas, au nom du gouvernement français, fait pression sur l'Espagne afin d'empêcher l'exécution de Ferrer. Voici, selon le journal, ce que les cercles républicains de Carcassonne auraient dû dire à ce meeting :

Considérant que l'exécution arbitraire de Francisco Ferrer constitue un crime irrémissible non seulement contre les droits de l'individu, mais encore et surtout contre toute espèce de pensée libre,

Considérant que le gouvernement espagnol, en commettant cet attentat, a donné un nouveau gage à toutes les forces de régression morale, politique et religieuse, qui tendent à ramener le peuple à plusieurs siècles en arrière,

Protestent au nom de la raison et de la pensée laïque, contre l'acte monstrueux qui vient d'être commis,

Regrettent que la protestation qui a eu lieu à Carcassonne n'ait pu se faire entendre quelque jours plus tôt, afin d'avoir une portée effective, et non le caractère purement platonique qu'elle revêt désormais,

Et regrettent plus vivement encore que les citoyens Briand et Sarraut qui représentent officiellement en France le socialisme arrivé au pouvoir, n'aient pas demandé au gouvernement d'Alphonse XIII l'élargissement et la vie de Ferrer, étant donné que leur remontrance aurait eu beaucoup plus de chances d'être écoutée que celle de tous les cercles républicains français réunis.

La rue Francisco Ferrer

Lors du conseil municipal de Carcassonne du 30 novembre 1909, la proposition de M. Courtade de donner un nom de rue au fondateur de l'Ecole moderne, est adoptée. La rue des Champs dans le quartier des Capucins devra être débaptisée en faveur de F. Ferrer, selon le voeu des élus socialistes. 

Un mois après, le 23 décembre... le conseil municipal fait état d'une lettre de protestation du chanoine Combes contre cette décision. Il rappelle qu'il avait donné à la ville les terrains pour réaliser une partie de la rue des champs, afin qu'elle porte le nom de Jeanne d'arc. Il réitère cette demande en s'opposant au nom de Francisco Ferrer. Le maire accède à sa demande et indique que l'actuelle rue des Rames portera bientôt le nom du martyr espagnol.

Le 8 novembre 1910, le Midi Socialiste s'indigne :

La rue des Rames s'appelle toujours ainsi. Elle attend toujours les plaques qui doivent changer son nom. Qu'attend-on pour exécuter une décision prise par le conseil et approuvée par l'opinion ? Il y a longtemps que Castres, Mazamet, Albi, etc... ont la rue Ferrer. Pourquoi lambine t-on ? Les uns attribuent ce retard à la municipalité, les autres à la négligence du préfet. Le public se demande quels sont les motifs des lenteurs administratives. Pourquoi Fédou plutôt que Ferrer ? Qu'es aco Fédou ! Est-ce que la préfecture craindrait-elle de froisser les sentiments des cléricaux, ses nouveaux amis ?

Il faudra attendre le 8 novembre 1920 - dix ans plus tard - pour que le conseil municipal après avoir validé les changements des boulevards du musée et de la préfecture (Pelletan et Jaurès) et de la rue de la gare (Clémenceau), se décide à renouveler une motion en faveur de la rue Ferrer, rue des champs. Ceci malgré l'opposition de la Société des Arts et Sciences de Carcassonne présidée par M. Jeanjean, en séance du 6 juin 1920.

Pendant quelques mois, la rue des champs prit le nom de Francisco Ferrer, mais... un décret ministériel du 30 octobre 1920 annule l'arrêté municipal. La préfecture de l'Aude s'est visiblement opposée à ce changement de nom au profit d'un libertaire, à deux pas du patronage Jeanne d'arc. Elle ne verra pas d'opposition à ce qu'elle prenne le nom de l'archiviste Joseph Poux le 10 décembre 1940.

Capture d’écran 2016-02-27 à 11.34.48.png

Aujourd'hui encore Carcassonne n'a toujours pas donné de nom de rue à Francisco Ferrer. Ce blog ne porte pas de jugement, mais cette histoire nous éclaire sur la bipolarisation de la société Carcassonnaise. 

_____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016 

11:33 Publié dans Écoles, Vieux quartiers | Tags : ferrer | Lien permanent | Commentaires (0)

10/02/2016

L'école d'agriculculture Charlemagne, inaugurée en juillet 1928

Le Conseil général de l'Aude décide le 30 avril 1919 la construction d'une école d'agriculture à Carcassonne au domaine de Charlemagne, situé en bordure de la route de Saint-Hilaire. Ce lieu est connu depuis le XVIIe siècle comme ayant appartenu à Olivier de Pruel, lieutenant au Présidial de la ville. Il est prévu l'aménagement de bâtiments d'études, d'une cave de vinification, d'une écurie, d'une étable et d'une bergerie. Le 4 septembre 1925, le ministère de l'agriculture signe l'arrêté autorisant la construction. Le travaux sont évalués à 1.427.298 francs et 12 centimes ; le devis finalisé se montera à 2.300.000 francs. Le département de l'Aude prendra à sa charge 913.000 francs ; l'état subventionnera au hauteur de 1.387.000 francs.

Capture d’écran 2016-02-10 à 09.41.53.png

© Martial Andrieu

Au cours de la visite présidentielle durant les fêtes du bimillénaire de la Cité, le président Gaston Doumergue inaugure le dimanche 22 juillet 1928, la nouvelle école pratique d'agriculture Charlemagne. 

Capture d’écran 2016-02-10 à 09.55.51.png

L'entrée de l'école Charlemagne

Les plans de l'école ont été réalisés par l'architecte départemental M. Reverdy ; l'entreprise de maçonnerie Florio en a assuré la conception. L'exploitation rurale étendue sur 30 hectares allait donner une place prépondérante à la viticulture, la culture maraîchère et l'arboriculture.

Capture d’écran 2016-02-10 à 09.54.38.png

La cour des élèves

En 1913, la France comptait 42 écoles d'agriculture pour 1070 élèves. Au moment de l'inauguration de Charlemagne en 1928, ce nombre était passé à 210 établissements pour 9673. Tous les moyens de l'état avaient été mis afin de former et d'encourager aux métiers agricoles.

"Aussi, le travail de la terre n'est-il plus considéré comme inférieur. Des ingénieurs dirigent maintenant des grandes exploitations ou des coopératives admirablement outillées ; des spécialistes font sourdre de notre terroir des productions de luxe qui portent au-delà des mers le renom de la France. Ceux qui par vanité ou faux calculs incitaient leurs fils à abandonner le domaine familial pour des fonctions en apparences plus brillantes, se rendent compte aujourd'hui, que, sans déchoir, en s'élevant même, leurs enfants, après avoir étudié dans les écoles d'agriculture, peuvent revenir à la terre et y trouver une situation à la hauteur de leurs ambitions." (Henri Queuille)

Capture d’écran 2016-02-10 à 09.55.41.png

Les vignes de Charlemagne

Comme le rappellera Jean Durand - Vice-Résident du Conseil général - qui fut Ministre de l'agriculture et à l'origine de la construction de cette école :

"Ce n'est plus les temps où le Languedoc exerçait le négoce avec le Levant, où les manufactures de draps, les tanneries de Carcassonne et de la région fournissaient les éléments de ce commerce lointain."

Capture d’écran 2016-02-10 à 09.53.42.png

Le gerbier

Le discours d'Henri Queuille - Ministre de l'agriculture - nous éclaire sur les méthodes préconisées en 1928 ; elles sont à l'origine des malheurs de l'agriculture d'aujourd'hui. 

"L'agriculture doit transformer ses méthodes. Elle doit plus largement que par le passé, faire appel à la science. Elle doit s'industrialiser. Le temps n'est plus où les agriculteurs se contentaient de reprendre chaque jour et à chaque saisons les gestes de leurs pères. Depuis cinquante ans, les agriculteurs sont informés des avantages qu'ils peuvent retirer de l'emploi des engrais chimiques. Ils connaissent le rôle de l'azote, de l'acide phosphorique, de la potasse. Dans ces derniers temps, ces engrais leur ont été proposés sous des formes synthétiques nouvelles : demain n'arrivera t-on pas à des combinaisons fertilisantes plus heureuses, qui transformeront encore les règles actuelles de la fumure traditionnelle ?

N'y a t-il pas intérêt à suivre aussi avec attention les travaux entrepris pour déterminer l'action, dans les sols, de diverses substances, comme le soufre, la magnésie, le manganèse, qui, par leur présence en infime proportion, exercent un rôle dont on avait méconnu l'importance ? Comment défendre plus efficacement les récoltes contre les maladies ou contre certaines intempéries ? Comment enfin, et c'est dans le moment présent le progrès qui doit immédiatement être réalisé, choisir les semences qui permettront, avec le même travail, d'obtenir des rendements supérieurs ?"

Les sols sont saturés, appauvris par l'usage intensifs des pesticides sur plusieurs décennies. Il faut produire pour enrichir les sociétés de semences, de pesticides, etc... Elles détiennent désormais le monopole, grâce aux directives européennes d'un pouvoir corrompu par les lobbying industriels. A ce titre, l'implantation d'une usine Monsanto à Trèbes est un bel exemple. L'usage du Pyralt a empoisonné non seulement les sols, mais surtout la santé des viticulteurs... Ne l'oublions pas.

Capture d’écran 2016-02-10 à 09.54.50.png

Les ruchers 

A la veille de la Seconde guerre mondiale, l'école d'agriculture Charlemagne pouvait accueillir 70 élèves. 

Capture d’écran 2016-02-10 à 09.54.17.png

En 1962, l'école devenue lycée agricole dut être agrandie et modernisée. On confia à l'architecte Henri Jaulin, le soin d'adapter l'établissement  à l'usage de son temps. Sous l'oeil de M. Bourrely - Architecte en chef des Bâtiments de France - il fallut adapter le mode de construction et l'usage des matériaux avec la proximité de la Cité médiévale. C'est en 1965 que le lycée Charlemagne prit l'aspect qu'on lui connaît aujourd'hui.

Capture d’écran 2016-02-10 à 09.53.17.png

© Martial Andrieu

Sources

La dépêche du midi / Juillet 1928

L'express du midi

Henri Jaulin

_____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

12:28 Publié dans Écoles | Tags : charlemagne | Lien permanent | Commentaires (1)

08/02/2016

L'école du Bastion de Carcassonne fondée en 1879

En 1878, la municipalité de Théophile Marcou décide la construction d'une école laïque de garçons au commencement de l'actuel boulevard de Varsovie. Ces travaux sont confiés à l'architecte Marius Esparseil et s'appuieront sur une partie de l'ancien Bastion Saint-Martial. En seulement une année, le nouvel établissement sortira de terre et sera naturellement dénommé "École du Bastion". Les élèves l'appelleront longtemps "école F. Cabrol" du nom de son charismatique directeur.

Ecole du bastion. 1881.jpg

© Martial Andrieu

L'école du bastion en 1881.

Le bâtiment n'est pas encore dans la configuration, telle que nous la connaissons aujourd'hui. En 1923, des travaux d'agrandissement seront entrepris. Selon, Henri Alaux, l'orillon ouest de défense datant de la construction de la Bastide par St-Louis, fut démoli cette année-là. N'est-ce pas d'ailleurs, lui, que l'on aperçoit encore à droite sur la photo ci-dessus.

342558250.jpg

La façade au début du XXe siècle

Dans cette école, on dispensait en complément des cours essentiels, le dessin, la musique, la gymnastique, etc... Les élèves ont été à plusieurs reprises primés au championnat de tir. Il reste de cette époque une série de cartes postales, bien plus explicites que de longs discours. Les clichés furent réalisés par Henri Graille, photographe à Carcassonne.

Capture d’écran 2016-02-08 à 10.37.28.png

Éducation physique

Capture d’écran 2016-02-08 à 10.40.00.png

Leçons de musique

Capture d’écran 2016-02-08 à 10.41.38.png

Cours sciences

Certificat d'études primaires

1922-1923

29 élèves reçus : Saury Julien (Mention TB), Albouy Emile, Audran Paul, Barrico Emile, Barthe Alter, Bonnafous André, Bourgès Jules, Boyer Emilien, Cals André, Carayol Charles, Casagne Edmond, Clabaud Herbert, Cormary Pierre, Durand Julien, Galibert Henri, Guiraud Georges, Jean Edouard, Labeur Georges, Martin Roger, Ourdou Guillaume, Pitié Henri, Planques Louis, Rancoule Marcel, Rouillac Charles, Soum Joseph, Viguier Aimé, Villac Augustin, Voin Henri, Loubeyre Louis.

Capture d’écran 2016-02-08 à 10.43.25.png

L'école est devenue ensuite un collège. La photographie ci-dessus a été prise dans les années 1980 ; on voit clairement l'élargissement de la façade.

Capture d’écran 2016-02-08 à 10.59.21.png

© Google maps

Le collège du bastion en 2016

___________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016 

11:01 Publié dans Écoles | Tags : ecole du bastion | Lien permanent | Commentaires (0)

27/10/2015

Charles Ingalls, Mlle Beadle et le révérend Alden étaient aussi à Villalbe...

Laura Ingalls Wilder a écrit en 1932 un roman intitulé "Little house in the big woods". Ce livre a été scénarisé ensuite avec quelques libertés et adapté à la télévision américaine par Michael Landon au début des années 1970. Inutile de vous présenter "La petite maison dans la prairie" - histoire quelque peu puritaine d'un village du Minnesota - qui nous a arraché bien souvent des larmes. Nous avons été touchés par les bons sentiments et la morale de ces villageois rassemblés autour du maire, de l'institutrice et du révérend. 

Caroline&CharlesIngalls.jpg

Charles et Caroline Ingalls, les parents de la vraie Laura Ingalls

Loin de tout sentimentalisme puritain et moraliste, je voudrais vous faire connaître mon enfance dans mon petit village à 5 km de Carcassonne. En fait, il s'agit d'un hameau qui comptait au moment de mon arrivée avec mes parents en 1973, quelques 500 âmes. Des gens simples et sans histoires qui se connaissaient tous, qui s'avaient s'entr'aider et se réunir autour des valeurs essentielles de la famille, de l'école et des associations. Certains allaient à la messe, d'autres n'y allaient jamais. Il y avait un club de football, un comité des fêtes, un club de pétanque, un club des aînés. Toutes les générations se fréquentaient et se respectaient, car on nous avait appris à saluer les personnes âgées. On se disait bonjour et on prenait des nouvelles du voisin. Tout ceci n'avait rien de puritain, c'était la vie de ce village, il y a encore 30 ans.

Charles Ingalls

(Louis Andrieu)

1024600324.jpg

Faisant office de maire, malgré sa fonction de conseiller municipal, il était la caution d'officier d'état civil dans le hameau. Combien de fois, il a mangé froid et rentré tard le soir pour arranger tel villalbois ou telle famille en difficulté. Faire remettre l'électricité ou l'eau, les dossiers de surendettement, trouver un logement à une famille de marocains mis à la rue, exercer ses pouvoirs de police...etc. Un vrai sacerdoce pendant 12 ans. C'est également grâce à lui que l'école de Villalbe, n'a pas fermé faute d'un quota assez important d'élèves ; qu'on a construit ensuite la maternelle. Son honnêteté et sa droiture étaient appréciées de tous, au-delà des idées politiques. Il n'a jamais touché un centime pour sa fonction et aucun membre de sa famille n'a été embauché comme employé de mairie. 

Mlle Beadle

(Andrée Denat)

img178.jpg

Mon premier souvenir de l'école de Villalbe, c'est la rentrée en Cp ; j'avais cinq ans en 1976. J'étais impressionné car dans la classe, il y a fait des très grands. Madame Denat avait des élèves du Cp au CM2 dans une classe unique, dans laquelle les bureaux en bois portaient encore les encriers en porcelaine avec de l'encre violette. Nous apprenions à former les belles lettres au porte plume ; les pleins et les déliés. Madame Denat écrivait au tableau noir les exercices ; elle le retournait pour que nous puissions voir les corrections. Les parents participaient au conseil d'école, ce qui réglait bien des problèmes sans heurts. Quand la classe s'achevait, elle n'avait pas besoin de montre, il lui suffisait de pencher sa tête vers la fenêtre pour regarder l'horloge de l'église. Vous pouvez y aller, disait-elle, sauf ceux qui restent en étude surveillée jusqu'à six heures. Cette grande dame, fervente défenseur de l'école publique laïque, ne donnait pas de devoir à la maison. Elle jugeait que les enfants devaient consacrer les heures après la classe, à se divertir.

img179.jpg

Fête de l'école en 1980

Dans mes souvenirs, notre institutrice nous faisait écouter France culture et les chansons de Jean Ferrat. Pour cela, elle avait un vieux poste radio dont l'antenne était cassée ; pour ne pas que l'écoute soit brouillée, elle posait son doigt sur le trou laissé par l'antenne. Pour les fêtes de fin d'année, la famille Denat (Jean Denat était maître à Maquens) organisait la fête de l'école. Dans le préau, la mairie avait installé une estrade sur laquelle nous jouions une pièce de théâtre : Jofroi de la Maussan (Jean Giono). Au préalable, les rôles ayant été distribués, nous allions dans le logement de fonction de l'institutrice pour répéter avec sa mère Madame Moulin ; elle-même maîtresse en retraite à Lanet. Les décors sur une toile en papier avaient été peints par Jean Denat et ses fils. Le jour de la représentation, tout le hameau était là, même ceux qui n'avaient pas d'enfants scolarisés. A la fin, mon père qui avait récolté des sous auprès des parents, offrait en leur nom un livre sur la peinture à Madame Denat ; elle aimait tellement cela. Quand je vois qu'aujourd'hui - après ce qu'ont fait les époux Denat pour notre éducation - l'école du hameau a été baptisé du nom de Pierre-Paul Riquet, cela me fait mal de tant d'ignorance.

Révérend Alden

Abbé Maurice Vidal

1979 ABB- VIDAL HONORANT L-APERITIF DU FOOT.jpg

Voilà un vrai ! Pas de ceux qui vous jouent de la guitare autour d'un feu de camp, mais qui vous ouvrent le coeur et l'âme, peu importe si vous y croyez ou pas à l'éternel. Il enseignait le grec et le latin au lycée Saint-Stanislas ; son frère était général. Sans s'en vanter, il a porté de sa poche des secours en pièce sonnantes et trébuchantes à des familles dans le besoin, même athées. Il a donné l'extrême onction, visité les malades, accompagné les défunts au cimetière. Vous en connaissez aujourd'hui qui font cela ? Maintenant, on a des laïcs pour les enterrements... Si demain je venais à trépasser, je veux un rabbin ou un pasteur s'il n'y a pas de curé ; les bigotes, je les ai assez fréquentées de près. D'abord au cathéchisme dans la maison la plus fortunée du village, ensuite comme enfant de choeur. Je me souviens de Madame Verdier qui jouait l'harmonium de l'église ; on aurait dit qu'elle montait le Tourmalet quand elle poussait sur les pédales. Je ne vous parle même pas du choeur de chant ; il a souvent plu à Villalbe les jours de messe. Tous les dimanches, ma mère nous habillait pour l'office avec interdiction de traîner ensuite. Il fallait de suite enlever les beaux habits... Gare, si nous revenions avec des tâches. À la messe, nous n'y apprenions qu'à aimer notre prochain ; à cette époque, on ne cassait pas les abribus, ni les poubelles, ni les fleurs dans les bacs. Nos parents avaient la main trop leste...

LOURDES 1981 PELERINAGE OCCITAN AVEC L-ABBE VIDAL.jpg

Pélerinage occitan à Lourdes en 1981

L'abbé Vidal organisait des pèlerinages à Lourdes et le bus était plein. Bien sûr, il y avait des réfractaires à la vierge Marie dans le village... Je devais avoir huit ans... le curé au moment du repas dans le restaurant, passe voir ses ouailles aux différentes tables. Là, il me vient une phrase malheureuse qui n'a pas fait rigoler mes parents de suite :

- Monsieur l'abbé, vous empoisonnez !

- Mais enfin, mon petit je n'empoisonne personne, répondit-il avec embarras.

En fait, mon père qui avait toujours le sens de la dérision, m'avait dit un jour :

- Le curé d'Alzonne quand il pète, il empoisonne.

Il n'en fallut pas davantage pour faire la relation fort à propos.

1979 REPAS DU FOOT avec RICARD TISSEYRE.jpg

Repas du foot : MM. Ricard et Tisseyre en 1979

 Voilà donc ma petite maison dans la prairie telle que je l'ai connue à Villalbe. À ce trio de personnalités du village, on peut ajouter : MM. Dominé Michel (Boulanger), Madame Ormières (Journaux), René Tisseyre (Club de foot), M. Ricard (aînés du village), Bernard Tisseyre et Bernard Rougé (Comité des fêtes) et tant d'autres... distingués comme faisant partie de cette communauté de gens simples et bien élevés.

________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2015