20/05/2016

L'histoire du hameau de Montlegun

Le hameau

de

Montlegun

situé à 2 kilomètres à l'est de la Cité de Carcassonne doit son nom à deux montagnes au centre desquelles il est placé. L'une au sud-ouest est appelée Pech-Mary - couverte autrefois d'une forêt de chênes c'est là que Charlemagne aurait harangué l'armée qui allait assiéger Narbonne -, l'autre au nord-est nommée Montorgueil ou Montelonguel. Le nom Montlegun viendrait donc de Montelongo.

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© Coll. Martial Andrieu

Montlegun depuis Pech-Mary en 1900

La terre et la seigneurie de Montlegun ont appartenu jusqu'au XVIe siècle au Chapitre cathédral de Carcassonne, qui les vendit le 31 août 1577 pour 3000 livres tournois, au sieur Jean Pelatier, bourgeois de la Cité. Cette vente fut faite par le Chapitre pour fournir sa qualité du rachat de François 1er. Mais les vaillants habitants de Montlegun voulant s'affranchir de toute servitude, remboursèrent, dès 1580, le sieur Pelatier du montant de son acquisition et jouirent librement depuis cette époque de terres ayant dépendu de cette seigneurie. 

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Coll. Martial Andrieu

Le château seigneurial, ancien fief des Naucadéry, de la Cité s'élevait à l'entrée du village sur l'emplacement du château moderne appartenant à M. Louis Viguier. Le portail d'entrée en fer forgé provient de l'ancien château. La console en pierre sculptée à l'angle du château est le dernier vestige de la construction primitive.

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L'église est d'origine romane avec un sanctuaire gothique. Les reliques authentiques de Sainte-Cécile y sont conservées dans une châsse dorée, ornementée de deux têtes d'anges. Blason gravé de trois fleurs de lys, incrusté dans l'angle extérieur du mur de la nef, à un mètre environ au-dessus du sol. Sur la photo ci-dessus, l'église possède un clocher mur comme l'on en voit beaucoup dans le Lauragais. Il en existe un autre à Carcassonne, à l'église du hameau de Grèzes-Herminis.

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La villa Rey-Tastu, surmontée d'une tourelle de style oriental

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Le domaine de Marseillens - autrefois propriété du Dr Bousquet - était un fief et un village avec un église paroissiale dédiée à Saint-André. Cette église fut transformée en 1215 en prieuré uni au chapitre cathédrale de la Cité. La seigneurie de Marseillens fut possédée en 1050 par Bernard Guilhelmi, en 1319 par Pierre Roque de Montirat, en 1520 par la maison Dugué et de 1770 à la Révolution par la maison Lasset. La route secondaire romaine de la Cité à Largesse passait au sud de Marceillens. Y voit-on encore la borne portant le nombre VIII en chiffres romains ? Ce domaine est aujourd'hui un très beau gîte pour chambres d'hôtes.

Montlegun

Le domaine de Conardis sur le chemin de la Cavayère. C'est aujourd'hui un gîte avec chambres d'hôtes appelé Canardis - très probablement une mauvaise transcription orthographique.

Autres domaines de Montlegun

Portici, la Cavayère, Gaja, Sautès le haut et Sautès le bas.

La bastide del Porgé était un fief de la maison de Lasset. Les bâtiments s'élevaient entre Montlegun et Gaja. Il n'en reste aucune trace. Y voit-on encore le puits en pierres maçonnées ?

Sources

Cartulaire et archives de l'ancien diocèse et de l'arrondissement administratif de Carcassonne 

(Mahul / 1857)

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11/05/2016

Notre-Dame de la parade s'est fort mal rhabillée...

Pour ceux qui ne connaissent pas Notre-Dame de la parade, il s'agit d'une vierge à l'enfant qui veille sur la paroisse de Saint-Vincent depuis fort longtemps. Dans un passé pas si lointain, elle faisait l'objet de toutes les dévotions ; on la sortait les jours de processions à travers la ville. Pour se convaincre de son aura, il n'y a qu'à regarder le nombre d'ex-voto accrochés à côté d'elle dans l'église Saint-Vincent. Notre-Dame de la parade se trouvait protégée dans une alcôve avec ses riches habits offerts par l'impératrice Eugénie et Napoléon III - le couple impérial a ainsi fait de nombreux dons lors de son passage dans l'Aude en 1852.

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N-D de la Parade vers 1910

On ne sait trop pourquoi, ni comment la vierge s'est retrouvée dépourvue de ses beaux habits. Depuis l'ouverture de ce blog nous avons très souvent posé la question suivante : "Mais où donc se trouvent les parures de N-D de la Parade ? " Pas plus du côté du sacristain, que du curé ou que de la mairie qui a la charge de l'église, on a été dans la possibilité de me répondre. C'est que le sujet dérange... Ce ne sont pas n'importe quels habits, ce sont ceux offerts par Eugénie de Montijo.

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N-D de la parade dans sa nudité

Il y a tellement de choses qui ont été données provenant de cette église - comme un vitrail récemment restitué par un particulier de la Bastide... Doit-on s'étonner de ne plus retrouver les habits de la vierge ? Or, il arrive parfois à Carcassonne quelques miracles. Pardonnez-moi, il me faut rectifier deux lettres : mirages.

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Lors des travaux actuels dans l'église St-Vincent, on a sorti la vierge de son alcôve. Je pense que mon intervention auprès de madame la conseillère municipale en charge du patrimoine a porté ses fruits et je la remercie. Voilà donc N-D de la Parade qui s'est rhabillée. A un détail près... Ce ne sont pas - selon toute vraisemblance - les habits offerts par l'Impératrice Eugénie, si on les compare à la photographie de 1910. Il s'agit plutôt d'une belle chasuble de prêtre enroulée autour de la statue. A l'évidence, il n'a pas été possible d'en trouver une à la taille de l'enfant.

Le mystère reste entier...

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10/05/2016

Un remarquable instrument du patrimoine musical français vendu par la ville de Carcassonne

L'histoire ne serait pas si pénible, que l'on pourrait une nouvelle fois en sourire de dépit et déclamer cette prose tant de fois entendue comme une fatalité : "C'est Carcassonne..." Eh ! bien... Peut-on parler de fatalité lorsque des gens sont assez idiots au point de laisser repartir vers d'autres horizons, un objet du patrimoine musical français ayant appartenu au plus grand organiste du XXe siècle ? La ville de Carcassonne aurait possédé le violon de Yehudi Menuhin, le piano de Rubinstein ou le bandonéon d'Astor Piazzola qu'elle n'y aurait trouvé pas plus d'intérêt que les partitions manuscrites de Paul Lacombe annotées par Georges Bizet, qui dorment dans des cartons à dessin dans la bibliothèque municipale.

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Pierre Cochereau

(1924-1984)

fut dans la lignée des grands organistes français comme Alexandre Guilmant ou Louis Vierne, le plus talentueux de son temps. Une époque pas si éloignée durant laquelle les concerts d'orgues à Carcassonne et surtout à la collégiale de Montréal d'Aude rassemblaient un nombre important de mélomanes. Le titulaire du grand orgue de Notre-Dame de Paris participa durant vingt années consécutives au récitals de Montréal d'Aude et noua de solides liens d'amitié avec Jean Loubet - le maire de ce village de la Malepère - et Paul Detours - l'organiste de la collégiale. Pierre Cochereau prenait ainsi chaque année son logement à l'Hôtel de la Cité de Carcassonne. 

L'orgue de Pierre Cochereau

Dans une interview de 1959 disponible sur le site de l'INA, le musicien explique avoir fait réaliser un orgue de grand salon à l'époque où il jouait à l'église St-Roch de Paris - c'est-à-dire avant 1955. L'instrument construit pour son usage personnel et selon ses plans à la particularité de n'être pas de facture classique. Il fallait que cet orgue pût jouer n'importe quel répertoire - aussi bien baroque que romantique - de Bach à César Franck. L'imposante console comportait cinq claviers fabriqués aux États-Unis ; les tuyaux provenaient de différentes collections et dons de ses amis organistes. Au total, l'instrument qui possédait 62 jeux en 1959 devait en compter 75 au final. Pierre Cochereau notait que son orgue représentait l'instrument de salon le plus important en Europe.

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 Pierre Cochereau à son orgue personnel

Quelques temps après sa mort prématurée à la suite d'une rupture d'anévrisme, l'instrument personnel de Pierre Cochereau allait être vendu et risquait de rejoindre les États-Unis. Paul Detours - son ami de Montréal d'Aude - mit tout en oeuvre afin de tenter de conserver l'instrument en France. Mieux encore... Pourquoi pas à Carcassonne ? La ville avait en 1988 un projet de réhabilitation de l'ancienne chapelle du lycée de Carcassonne (Chapelle des Jésuites) afin de la transformer en auditorium. Sur les conseils de Paul Detours, Carcassonne acquit donc l'instrument du maître qui se trouvait en très bon état chez le facteur d'orgue Boisseau. 

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La chapelle des jésuites en 1988

Raymond Chésa - maire de Carcassonne - convoque la presse avec la participation exceptionnelle de l'organiste Philippe Lefebvre. Il annonce la restauration de la chapelle, au coeur de laquelle prendra place prochainement l'orgue acquit par la ville. Le projet culturel consistait en la création d'un festival d'orgue avec l'ensemble des autres instruments de la ville se trouvant à St-Michel, St-Vincent et St-Nazaire. Selon Paul Detours, tout ceci se complétait parfaitement... Il était décidé que l'auditorium porterait le nom de Pierre Cochereau. La mariée était trop belle et la dot déplaisait à certains jugeant qu'il y avait déjà assez d'orgues dans Carcassonne, sans avoir la nécessité d'en ajouter. Que celui-ci n'avait pas de valeur particulière, etc... 

Enfin, la ville possédait l'orgue de Cochereau et un projet se dessinait pour lui... Tout changea de musique quand arriva l'affaire Orta et ses 20 milliards de francs à rembourser. Il fut dès lors impossible de restaurer la chapelle des Jésuites - cela n'interviendra que dix ans plus tard. Que faire de l'orgue de Cochereau qui se trouvait à Nice dans une caisse et qu'elle avait payé ? Elle décida tout bonnement de s'en séparer en le revendant...

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En 1988, l'orgue de Roquevaire dans les Bouches-du-Rhône est à bout de souffle. Une association se créée afin de trouver une solution de restauration pour cet instrument. Sachant que Carcassonne mettait en vente l'orgue de Cochereau, elle s'en porta acquéreur en 1993. La console du célèbre musicien se trouve actuellement dans la tribune des grand orgue de Roquevaire. Elle fait les beaux jours d'un festival d'orgue dont la renommée dépasse les frontières de l'hexagone, tout en pouvant s'enorgueillir de posséder l'instrument de Pierre Cochereau.

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Le grand orgue de Roquevaire

Sources

INA

MM. Jean Loubet et Paul Detours

A.G.O.R

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28/04/2016

L'église Saint-Martin dans le quartier Pasteur va être rasée

Voilà une décision qui ne va pas manquer de raviver de tristes et déchirants souvenirs auprès des habitants du quartier des Capucins. Ils savent dans quelles conditions on a rasé leur couvent en 2002... Quatorze ans après, c'est cette fois le quartier Pasteur qui devrait s'émouvoir de voir disparaître son église la semaine prochaine paraît-il, sous les coups des bulldozers.

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L'église Saint-Martin

fut édifiée par les soins du chanoine Andrieu - curé de St-Vincent - et consacrée le 19 octobre 1953 peu de temps après l'émergence de ce nouveau quartier. D'ailleurs, son vrai nom est le quartier Saint-Martin ; c'est l'usage familier qui, au cours du temps, lui donna le patronyme du célèbre savant. Il y a 63 ans, les terrains n'étaient que marécages et appartenaient à la famille Garric. Peu à peu des pavillons sortirent de terre en même temps que se dessinaient de nouvelles artères. L'église trouva naturellement sa place, comme ses semblables dans d'autres nouveaux quartiers de la ville.

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Selon nos renseignements, le lieu de culte - situé derrière la maison de retraite Béthanie - était tombé en déshérence depuis quelques temps. Comme tout bâtiment non entretenu, il devint la proie des méfaits des intempéries ; tant et si bien que l'on décida de ne plus y dire l'office. Il semble que pour des raisons de sécurité, l'évêché se soit résolu à le détruire. Cela devrait être fait la semaine prochaine... Nous connaissons actuellement les problèmes rencontrés par les paroisses pour maintenir les prêtres en place et réhabiliter les lieux de cultes. A ce titre, l'exemple le plus marquant est celui de la chapelle des Carmes, rue Clémenceau. 

Toutefois, nous trouvons regrettable de devoir en arriver à de telles extrémités. Certes, cette église n'a pas actuellement de valeur patrimoniale. Qu'en dira t-en dans 50 ans ? Les goûts d'aujourd'hui ne sont pas ceux de demain. Qui détruirait maintenant la Tour Eiffel alors qu'après l'Exposition Universelle de Paris en 1900, les parisiens la jugeaient immonde ? 

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A l'intérieur de cette église se trouve un maître autel du XIXe siècle provenant de la chapelle Saint François-Xavier (ci-dessus) ; elle accueille actuellement le Cercle Taurin Carcassonnais dans la rue Barbès. Il semblerait que lui aussi soit destiné au pilon.

Si l'on prend comme référence les travaux de Claude Seyte sur les cloches du département, on notera ce qu'il dit au sujet de celles de Saint-Martin :

La cloche de gauche, encore munie de son joug de bois, provient de la chapelle des Carmes. Elle est datée de 1822. La cloche à l'anse trilobée a été fondue par De Besse en 1727 ; elle provient de l'hospice des vieillard qui est allé à Leucate.

Espérons que l'on prendra soin de ces cloches, si elles y sont encore. On peut regretter que l'on n'ait pas tenu les riverains du quartier au courant de cette destruction prochaine. Peut-être auraient-ils pu lever une souscription pour la sauver...

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31/01/2016

Le 3 février 1814, le pape Pie VII traverse Carcassonne avec son escorte.

Le 15 août 1801, la ratification du Concordat par le pape Pie VII visait à normaliser - si l'on peut dire - les relations entre le Saint-siège et le gouvernement français. Or, les soixante-dix-sept articles organiques promulgués le 18 avril 1802 entendent faire de l'église de France une église nationale, indépendante de Rome. Dans un souci de diplomatie et pour faire abroger ces articles, le pape Pie VII accepte le 2 décembre 1804 de venir sacrer Napoléon Bonaparte, Empereur des Français. Non seulement il n'obtiendra pas ce qu'il était venu chercher, mais l'Empereur exigera que Rome se range à ses côtés contre l'Angleterre. Pie VII ne peut s'y résoudre arguant qu'il est un pasteur universel empreint de neutralité politique. L'Empereur engage alors des mesures coercitives contre Rome, dont le point culminant sera l'occupation militaire du Vatican et l'enlèvement du pape Pie VII par le général Radet dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809.

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© BNF

Le pape est arrêté au Quirinal et conduit à Savone. Pendant cinq années, il va refuser les demandes de Napoléon 1er, malgré l'envoi de nombreux émissaires pour lui arracher une signature. Avant de partir pour la campagne de Russie, le petit caporal fait transférer secrètement Pie VII vers Fontainebleau.

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L'hospice du Mont-Cenis (Savoie) avant la construction du Barrage

À l'hospice du Mont-Cenis - aujourd'hui, englouti sous le barrage du même nom - le pape, malade et épuisé par le voyage reçoit l'extrême onction, le 12 juin 1812. Il est sauvé par les bons soins du Dr Balthazar Claraz ; il arrive huit jours plus tard à Fontainebleau. Pendant dix-neuf mois de captivité, il appellera Napoléon "Mon fils" : "Un fils un peu têtu mais un fils quand même."

Sous la pression, le pape finit par signer le 25 janvier 1813 le Concordat de Fontainebleau, par lequel il abdique sa souveraineté temporelle et consent à venir s'installer en France. Il se rétracte trois mois après et redevient prisonnier d'état. Forcé par la situation politique en Europe, Napoléon 1er restitue ses Etats au pape. Ce dernier repart libre de Fontainebleau à bord d'une voiture tirée par six chevaux, le 23 janvier 1814 et traverse la France pour rejoindre Rome. Deux autres voitures de quatre chevaux, composent l'escorte. Le voyage est secret mais dès Orléans le pape est reconnu. Avertis par les maîtres de poste, le clergé, les autorités et les fidèles se massent sur son passage. L'escorte interdit alors le passage dans les grandes villes.

Après Limoges, Uzerche (29 janvier), Pie VII couche à Cahors (31 janvier) et Grisolles (1er février). À Villefranche-de-Lauragais, il effectue une halte à 16h devant la maison de Bernard Marty. Le 2 février, il passe la nuit à Castelnaudary.

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Dans la maison de M. Denille à Alzonne, il se repose avant de repartir pour Carcassonne. Il pleut à verse quand le pape passe en direction de Narbonne.

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Pie VII par Jacques Louis David

"L'évêque avait envoyé au devant de Sa Sainteté son séminaire, qui avait à sa tête un de ses directeurs. Le colonel fit arrêter les voitures et le Saint Père se rendit aux désirs ardents de ces jeunes Lévites qui reçurent sa bénédiction. La moitié des habitants de Carcassonne était sur la route. Le Saint Père accueillit de la manière la plus distinguée le digne évêque de cette ville. Il s'était présenté devant sa voiture et lui avait demandé la permission de l'accompagner jusqu'à Moux. Arrivé à Moux, le pape l'ayant reçu dans sa chambre, il le fit assoir près de lui et lui ouvrit son coeur. Pendant la demi-heure d'audience qu'il lui donna, il lui témoigna le grand étonnement où il était de voir qu'il y avait encore en France un si grand nombre de jeunes candidats à l'état ecclésiastique. L'évêque bénissant le seigneur de la faveur qu'il avait eue, n'arriva à Carcassonne qu'après minuit.

Le préfet de Carcassonne était absent lorsque le pape y passa. Étant arrivé à dix heures du soir, et apprenant qu'il couchait à Moux, il prit des chevaux de poste, et partit aussitôt dans une voiture avec sa famille. Après avoir passé la nuit dans l'auberge, auprès du feu, ils purent entrer le matin dans la chambre du Saint Père. M. le Préfet s'étant jeté à ses genoux, lui fit un compliment auquel le Saint Père fut très sensible ; tous furent admis au baisement des pieds et de l'anneau. Quand Sa Sainteté eut béni les chapelets et les croix que la femme du préfet avait présentés à bénir, le préfet présenta son épée au Souverrain Pontife, le priant de vouloir la bénir. C'est, lui dit le Saint Père en riant, un instrument de guerre, et non de paix. Saint Père, lui répondit le préfet, j'assure Votre Sainteté que je n'en ferai pas mauvais usage. Sa Sainteté mit ses deux mains sur l'épée, et la bénit."

(Précis historique du voyage et de la captivité de Pie VII / 1814)

Il s'agit du Baron Trouvé, préfet de l'Aude qui, sentant le vent tourner se rangera bientôt de côté de la Restauration. Au moment où il apprit le passage du pape, il se trouvait à Castelnaudary pour des manoeuvres militaires. Il arriva à Moux à trois heures du matin. Dans ce village, le pape Pie VII passera la nuit dans le logis d'Antoine Robert Théron, maître de poste, situé sur le Grand chemin. Né à Mirepeisset, il était le fils de François Théron.

De cet évènement, la tradition populaire aura gardé ce dicton :

A Mos, an Papas et papillons

A Sant Coat, avèm d'aïga.

(À Moux, ils ont le pape et les papillons. À Saint-Couat, nous avons l'eau)

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01/11/2015

La chapelle Notre-Dame de la santé et ses trésors

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Notre-Dame de la santé se situe à l'entrée du Pont vieux en direction de la cité. Il s'agit d'une chapelle de dévotion qui communiquait autrefois intérieurement, avec l'hôpital des pélerins de St-Jacques (ancienne maternité). Lorsqu'il y a plus d'une quinzaine d'années on a creusé pour construire le parking de l'hôtel des trois couronnes, les équipes du chantier ont mis au jour bien des choses intéressantes. En premier lieu, les anciens remparts qui ceindaient la ville à cet endroit et des traces de l'incendie, provoqué par le passage du Prince noir. En second lieu, des restes humains inhumés durant l'épisode tragique de la peste.

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© C. Marquié

Le chantier de fouilles en 1992, lors de la construction de l'Hôtel des 3 couronnes

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L'ensemble du bâtiment a été restauré il y a plus d'une dizaine d'années, d'une manière remarquable si l'on en croit le Chanoine Marcel Bories. L'abbé qui y disait la messe en latin tous les dimanches dans la chapelle, est un véritable puits de science en ce qui concerne l'histoire de la ville. Lors de cette réfection ont a enlevé une quantité importante des ex-voto. Il n'en reste qu'un quart; ce qui tend à prouver la ferveur autour du lieu autrefois. La particularité de Notre-Dame de la santé c'est qu'elle est la propriété de l'état, comme la Cathédrale St-Michel, l'église St-Gimer et la Basilique St-Nazaire. Au niveau de la toiture, des pierres de 50x50 comme des tuiles forment la voute sous une chape de plomb.

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L'église a trois représentations de Notre-Dame de la santé: à l'extérieur, au dessus du maître autel et sur le mur latéral droit.

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Cette carte postale du début du XXe siècle, nous montre une chapelle entièrement décorée et peinte. L'humidité a t-elle eue raison de ces décors? Le Maître autel a lui disparu avec l'ensemble des cadélabres.

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Dans une niche sérieusement fermée :

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La statue à ses plus beaux jours, richement parée. Là aussi, les vêtements et autres bijoux ont disparu.

Merci à l'abbé Marcel Bories pour son aide

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