06/02/2015

La chapelle Saint-Martin

Avant-hier nous avons évoqué le quartier Saint-Martin et sa chapelle du même nom, sans toutefois évoquer l'origine de sa construction. On m'a transmis à la suite de cet article, un papier de la Semaine Religieuse du 30 octobre 1953 que je restranscris ci-dessous.

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Le dimanche 8 octobre [1953], Monseigneur l'Évêque a béni, sous le soleil ensoleillé de l'Estagnol, une chapelle bâtie par la paroisse Saint-Vincent, pour le service du quartier lointain situé rive droite du Canal vers l'ouest de la ville.

Un millier de fidèles occupaient le terre-plein sommairement devant la construction quand son Excellence, après un chant de la Schola, commença, hysope en main, le tour de l'édifice pour l'asperger. À ses côtés, Monseigneur Rivière, MM. les chanoines Cazemajou, Fauré, Raynaud, Montagné ; Monsieur le Supérieur de Notre-Dame de l'Abbaye, et le clergé paroissial.

La foule suivait la cérémonie grâce aux explications données par un prêtre et aux textes qu'ont lui avait préparés. Quand l'accomplissement des rites de l'intérieur le permit, le plus grand nombre possible des assistants entrèrent dans l'enceinte au chant du Laetatus sum, en bon ordre et déjà respectueux de la sainteté du lieu.

Celui-ci pour le moment est un sanctuaire occupant 17 mètres sur 9. Dans le ciel, à dix mètres environ, le faîte du clocheton qui est en ciment armé et à deux alvéoles. Sous les belles lignes de la toitures en pente abrupte, une charpente très rassurante construite par le Père Merme, de Grazailles.

La couverture intérieure, aux bords légèrement incurvés, semble reposer sa blancheur sur deux séries de colonnettes à peine amorcées où se cache un éclairage moderne. Mais la lumière ruisselle surtout par les treize fenêtres cintrées, aux verres variés.

L'autel en granit nuancé, sur colonnes d'un rose discret, fut l'œuvre d'un artisan local (comme beaucoup d'autres parties de l'édifice). Ilse profile dans un bel arceau où s'annonce le chœur à construire et qu'entourent deux autres plus petits faisant prévoir les sacristies futures. Pour l'instant ce fond est dissimulé derrière un ottoman bleu, et il porte deux statues très fines entourant un bas-relief qui représente Saint-Martin à cheval et son pauvre.

Dans son allocution, M. le chanoine Andrieu, curé de Saint-Vincent, présenta l'œuvre comme une réalisation de l'église missionnaire. Et après le salut du Très Saint Sacrement, où le chant de la foule alternait avec les prières exécutées par la Schola, Monseigneur l'Évêque fit prier à l'intention de tous ceux qui ont participé à cet ouvrage si utile pour le quartier, et souligna que Dieu fait aux hommes en venant habiter parmi eux.

Cela les fidèles de l'endroit l'ont senti profondément. Quelqu'un qui est "très dans la vie" et encore jeune, disait en sortant : "Rien que d'entendre cette petite cloche et que penser que Dieu va se trouver chez nous, ça fait pleurer de joie".

Source

Louis Cros/ Contribution historique religieuse/ 1983-1984

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04/02/2015

Le quartier Saint-Martin est-il tombé dans l'oubli ?

Tout commence par de vieilles photographies aériennes tirées de ma collection personnelle, prises par la TAM (Transports Aériens du Midi) au début des années 1950. Dans un coin, il est indiqué :

" Carcassonne, quartier Saint-Martin"

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N'ayant jamais entendu parler d'une partie de la ville portant ce nom, j'en conclus d'abord qu'il s'agit sûrement d'une erreur. Quelques mois plus tard, les clichés me retombant entre les mains, je décide d'examiner plus profondément les photographies. À l'aide d'une loupe et d'un plan de Carcassonne, j'essaie les comparaisons et là, je me rends à l'évidence. Le quartier Saint-Martin n'est ni plus ni moins que le quartier Pasteur, dénommé ainsi par les habitants en raison de la rue du même nom qui le traverse.

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La construction du quartier St-Martin vers 1950

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Le quartier Pasteur en 2015

Jaune : Rue Albert

Rouge : Rue Rodin

Vert : Rue d'Isly

Bleu : Rue Pasteur

Violet : Daumier

Restait à connaître les raisons pour lesquelles il portait autrefois ce nom et celles pour lesquelles, il ne le porte plus aujourd'hui.

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Ainsi ai-je appris l'existence d'une chapelle édifiée en 1953 dans la rue Pasteur, numéro 82. Elle a été placée sous le vocable de Saint-Martin et se trouve à l'arrière de l'actuelle maison de retraite Béthanie. Ceci explique qu'elle servit à de nombreuses reprises pour les sépultures des prêtres ayant fini leurs jours à Béthanie. Cette chapelle, selon un témoin, pourrait être menacée de destruction car l'évêché n'a plus les moyens d'entretenir son patrimoine sacré. L'achat du terrain par un promoteur et un coup de bulldozer auront raison de ce lieu de prières. En lieu et place, je vous laisse imaginer ce qu'on pourrait y faire... Aussi est-il très important de ne pas laisser tomber dans l'oubli l'origine de ce quartier Saint-Martin devenu... Pasteur.

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31/12/2014

Le vitrail de Sainte-croix

À l'intérieur de la Basilique St-Nazaire et Celse de la Cité de Carcassonne, dans la chapelle Sainte-Croix à droite du choeur, se trouve un vitrail remarquable:

L'arbre de vie.

Il est du XIVe siècle et un texte de Saint-Bonnaventure est inscrit le long de la verrière. Viollet le duc a fait réparer le bas du vitrail par un peintre parisien du nom de Gérente.

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Ce vitrail symbolise toute la religion chrétienne. Dans le bas, l'arche de Noë à gauche, l'arche d'alliance à droite annoncent le salut des croyants. Adam et Eve, qui cédent au tentateur et mangent le fruit de l'arbre de la science, personnifiant le Christ et l'Humanité pécheresse. Plus haut, le Christ en croix rachète les péchés des hommes. L'arbre de la science se confond avec la croix; ses branches correspondent aux prophètes et à d'autres personnages bibliques qui ont annoncé le Christ; sa floraison supérieure aboutit au Paradis représenté par des Anges et par le Père éternel.

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Ce vitrail a été mal réparé. Gérente a substitué aux quatre fleuves du Paradis, l'image d'Adam et Eve entourés de l'arche de Noë et de l'arche d'alliance. Ceci change l'arbre de vie en arbre de mort. Une inscription tente de réparer l'erreur:

"Que ligno vetus Adam mortem protulit novus adam vitam retulit".

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Description des éléments du vitrail

 

Sources:

Guide la cité de Carcassonne/ Pierre Foncin/ 1902

Carcassonne/ Lily Deveze/ Editions Bonechi/ 1980

Monographie de l'église de la cité/ Abbé Delmas

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25/09/2014

La chapelle et le tombeau de l'évêque Guillaume Radulphe

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Dans le bras sud du transept de la basilique Saint-Nazaire de la cité de Carcassonne se trouvent deux portes. Si par celle de droite on accède à la sacristie, en revanche, derrière celle de gauche est entretenu un mystère tenu secrètement fermé aux yeux et à la connaissance des non initiés...

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Après avoir descendu plusieurs marches, on se retrouve dans une salle, supportée par de superbes clés de voute du XIIIe siècle.

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C'est là que se trouve le magnifique tombeau de l'évêque Guillaume Radulphe. Edifié pour y recevoir sa sépulture en 1259, le monument a été découvert par Cros-Mayrevieille en 1839. Cet endroit était alors comblé jusqu'à mi-hauteur par de la terre et c'est à cette époque, la première découverte d'importance. On peut dire que c'est à partir d'ici qu'ont été réalisés les travaux de restauration de la cité médiévale.

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Le bas-relief représente les obsèques de l'évêque en 1266

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Aujourd'hui, on ne peut accéder au tombeau de Radulphe. Jusqu'à maintenant, l'ancienne conservatrice Madame Patricia Corbett s'était toujours opposée à toute visite. Ses remplaçants n'ont pas fait preuve de davantage d'élan, à moins que ce ne soit Mgr de la Soujeolle qui ne s'y oppose...

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De tout cela il résulte que le tombeau était encore caché sous une épaisse bâche en 2011 qui, paraît-il, le protègeait. De quoi? Sûrement des chauve-souris... L'endroit servirait même d'entrepôt, selon certaines sources. Cros-Mayrevieille aurait-il mis à jour ce joyau pour en priver le public?

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Comme pour la réouverture du Calvaire ( Oui, c'est grâce au lobbying sur la toile de MM. Lamouroux, Tiberghien, Delemarquette et moi-même), nous militons pour la re-ouverture de cette salle aux visiteurs. Il me paraît anormal que notre patrimoine soit ainsi réservé à un très petit nombre d'initiés. Il n'appartient pas seulement à une élite, il est un bien national.

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Si seulement cette ville pouvait un peu changer...

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27/06/2014

Hermann Cohen (1820-1871), compositeur et fondateur des Carmes de Carcassonne

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Hermann Cohen, fils d'un banquier juif allemand, mène au début de sa vie une existence dissolue. Interllectuellement très avancé pour son jeune âge, à quatre ans et demi il voulait jouer du piano comme son frère aîné. À six ans, il a complètement dépassé ce dernier et commence à improviser, ce qui impressionne les musiciens les plus avancés. C'est contre l'avis de son père qu'Hermann se lance dans la musique. Qu'importe ! Aidé par sa mère qui en fait une icône, le jeune prodige est mis sur un piédestal et rien n'est trop bon pour ses caprices. Tant et si bien qu'il écrira plus tard: "J'étais le tyran de la famille, gâté et choyé. Tout le monde devait courbettes devant mes caprices ; "Tais-toi Hermann, dort". Etre silencieux: "Hermann étudie. Etre silencieux: Hermann compose." Il admet qu'à cette époque, il était avide et n'avait aucune moralité.

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Franz Liszt

(1811-1886)

La situation ne s'est pas arrangée quand sa mère l'a amenée à Paris à l'âge de douze ans, afin qu'il y rencontre des musiciens célèbres: Chopin, Liszt et Zimmerman. Franz Liszt épaté par le talent du jeune garçon le prit sous son aile. Dans les salons musicaux, il rencontra Amandine Dupin (George Sand) dont il dira qu'elle a renforcé sa réputation et même provoqué de la jalousie. En 1836, Liszt qui a quitté sa femme s'enfuit avec une comtesse qui n'aura de cesse de tenter de couper les liens entre son amant et Hermann. Il aura fallu trois ans pour qu'elle arrive à ses fins. Elle l'accusa même d'avoir volé son professeur. La preuve n'a jamais été apportée.

Quelques réflexions commencent à germer sur l'existence qu'il mène:

" Quand je dis que tous les jeunes vivaient comme moi, je n'exagère pas. Il y avait le plaisir partout, et ils voulaient les ressources nessaires pour l'acheter. Ils n'ont jamais pensé à Dieu, qu'à eux-mêmes et à leur désir d'accumuler des choses. leurs seuls repères moraux étaient le respect humain et le désir de rester sur le côté droit de la loi." Une chose commençait à bouger dans l'âme d'Hermann, mais il se méfiait du clergé. À vingt-sept ans, il commença à visiter les églises avec une bible donnée par Liszt, profondément ému par la musique pour orgues. Sa confiance en Dieu grandit: " Oui, je connaissais déjà Jésus-Christ, je l'ai vu, je l'ai senti, senti son toucher sur chaque page. J'ai compris que je devais briser les chaînes  qui me liaient et marcher vers lui, mais je n'ai pas pu le faire. J'ai fait des résolutions du matin qui ont disparu dans la soirée." Dans sa chambre, une vie austère s'était installée au milieu d'un lit en fer, d'un crucifix, d'une petite statue de Notre-Dame et de deux photos ; l'une de Sainte-Thérèse d'Avila et l'autre, de Saint-Augustin."

Hermann ne voulait pas consciemment devenir catholique. C'est arrivé d'une façon spectaculaire:

"Il est arrivé au mois de mai de l'année dernière 1847. Le mois de Marie a été célébré en grande pompe à l'église Ste-Valère (démolie dépuis). Diverses chorales jouaient de la musique et chantaient. L'organisateur m'a demandé si je ne voulais pas diriger les choeurs. Je suis allé prendre ma place, uniquement pour l'intérêt de la musique. La cérémonie ne m'a pas touché beaucoup, mais au moment de la bénédiction j'ai senti quelque chose en moi comme si je m'étais trouvé. Il était comme le fils prodigue me faisant face. Quand je suis retourné le vendredi suivant, ce fut la même chose. J'ai pensé à devenir catholique." Hermann a attribué la grâce de son conversion à Notre-Dame et il s'est consacré à elle. Il a étudié, pratiqué les exécices de la dévotion et la méditation."

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L'église des Carmes, à Carcassonne

En 1850, après avoir terminé son noviciat à Bordeaux et être retourné aux Carmes d'Agen où il fut ordonné le 19 avril 1851, il avait trente ans. Il fut envoyé à Carcassonne pour restaurer les Carmes qui avaient été fermés à la Révolution française. Il institua avec Mgr de la Bouillerie, évêque de Carcassonne, l'adoration nocturne.

compositeurs

Le choeur de la cathédrale Ste-Edwige de Berlin

Herman Cohen est décédé le 20 janvier 1871 à Spandau et est inhumé dans la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin.

Oeuvres pour piano

   Fantaisies et thèmes d'opéra

Fleurs d'hiver, danses pour piano

Douze pièces pour virtuose

Nuit vénitienne

Schlummerlied

Les bords de l'Elbe

Musique sacrée

Gloire à Marie (32 cantiques)

Amour à Jésus-Christ

Fleurs du Carmel

Couronnement de la Madone

Thabor (20 cantiques et 1 motet)

Messa a tre voci, choeur et solistes

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17/03/2014

La chapelle des Jésuites: Auditorium de Carcassonne

La première pierre de cette chapelle attenante au Collège royal est posée en 1640 et consacrée par les évêques de Mirepoix, Lodève et Mende en 1667. Après la Révolution, le collège est transformé en atelier militaire puis accueille l'Ecole centrale audoise. Jacques Gamelin, peintre et professeur de dessin, exposera ses toiles dans l'ancienne chapelle du collège. Il s'en suivra un long et douloureux déclin pour ce lieu de culte significatif de l'art religieux du XVIIe siècle, jusqu'au moment où la ville de Carcassonne décide en 1997 de procéder à sa restauration. Par chance, le bâtiment est classé à l'inventaire des monuments historiques depuis le 10 avril 1948, ce qui explique qu'il n'ait pas été rasé pour un parking...

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La municipalité Chésa a pour ambition d'aménager la chapelle en auditorium pouvant accueillir des concerts de musique de chambre ou de jazz. Le projet ficellé par Gérard Larrat, alors adjoint à la culture, doit allier la musique à la préservation du patrimoine. Les travaux pour un montant total de 3 500 000 francs sont confiés au cabinet d'architectes Tarbouriech avec un cahier des charges bien précis:

Réparations du plafond mouluré, remise en état des pièces dégradées, remise en valeur des encadrements, pose de meneaux en pierre dans les trois fenêtres de la tribune nord, nettoyage des revêtements de sol, remise en état des éléments en bois des tribunes, le plafond en bois retrouvera sa teinte grise et jaune d'origine, restauration du décor peint sur le mur de la tribune, pose de tentures pour améliorer l'acoustique...

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La chapelle prise depuis le choeur avant les travaux

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Le choeur de la chapelle accueille aujourd'hui les conférenciers et les petites formations orchestrales, programmées dans la saison du théâtre municipal. La jauge de la salle est d'environ 200 places assises et offre toutes les garanties pour passer un très bon moment.

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Le travail de restauration est vraiment remarquable. Carcassonne peut s'enorgeuillir de posséder un très bel outil à vocation culturelle. Un seul bémol toutefois... Le manque de signalisation dans la Bastide pour atteindre l'auditorium et l'entrée très austère donnant sur la rue des Etudes. Il serait également indispensable que l'auditorium possède son propre matériel (Micro, video projecteur...) pour les conférenciers.

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Au moment des restaurations, les graphitis d'anciens élèves sur la galerie de la chapelle.

(Photo: JL Bonnet)

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